Un membre du conseil constitutionnel, Jean-Louis Pezant, est décédé. Bernard Accoyer vient d'annoncer qu'il ne procèdera à la nomination de son remplaçant que début septembre, affirmant "qu'aucune disposition organique ne prévoit explicitement, en cas de décès, de délai impératif pour le remplacement d'un membre du conseil constitutionnel".

Je tique un peu. L'article 10 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 prévoit qu'en cas de démission d'office, le remplacement se fait sous huitaine. L'article 11 dispose que ces règles "sont applicables aux membres du Conseil constitutionnel qu'une incapacité physique permanente empêche définitivement d'exercer leurs fonctions". Il me semble que le décès entre assez bien dans la catégorie "incapacité physique permanente empêchant définitivement d'exercer les fonctions...

Oui certes, il n'est pas écrit explicitement "décès", mais comme rien n'est prévu dans l'ordonnance en cas de décès, et qu'il ne peut y avoir de vide juridique, il faut chercher quelles dispositions s'appliquent. Cela ne saurait être la démission volontaire, puisqu'il faut un acte explicite que l'on serait bien en peine de présenter dans le cas de Jean-Louis Pezant. Il ne reste guère que l'article 11 sur l'empêchement physique, et il prévoit un remplacement sous huitaine. Mais les parlementaires étant en vacances, on ne va quand pas les faire revenir pour respecter scrupuleusement la loi...

Cela pose d'ailleurs la question de la concordance entre ce remplacement sous huitaine et l'obligation de consulter la commission des lois de l'Assemblée, dont le vote ne peut avoir lieu moins de huit jours après que la proposition de l'autorité chargée de nommer soit connue. Encore un "bug législatif", avec une coordination pas faite. Il va falloir sans doute modifier l'ordonnance du 7 novembre 1958 afin de rallonger le délai pour le remplacement d'un membre du conseil.

Résumons : une procédure inapplicable techniquement faute d'avoir fait la réforme proprement, sur laquelle on s'assoit joyeusement pour des raisons de pur confort personnel.