L'affaire Bettencourt prend de l'ampleur, mais en même temps, prend une autre tournure. Après les enregistrements du majordome licencié, voici le témoignage de l'ex-comptable, elle aussi ancienne salariée licenciée. Elle révèle, sans preuves (elle a au moins le mérite de le reconnaitre), que les Bettencourt arrosaient largement les politiques en argent liquide, et que Sarkozy profitait aussi de la manne. Je commençais à trouver étrange qu'il ne soit pas encore cité dans cette affaire. Le but suprême, c'est quand même lui...
Oui, ça ne sent pas très bon, oui le financement de la vie politique n'est pas aussi clean que ce qu'on nous raconte (au même titre que la situation dans le cyclisme). Forcement, ceux qui s'occupent du financement des partis politiques doivent parfois recourir à des petites combines et autres encaissements pas très légaux. Même si cela n'atteint pas les sommets d'avant 1995, il doit bien rester encore quelques circuits parallèles. Les mettre en lumière n'est pas une mauvaise chose. Même si, comme le clame Woerth, rien d'illégal n'a été commis, il est bon que les citoyens sachent à quoi s'en tenir. Loi et éthique ne se recouvrent pas toujours et on peut être incorrect tout en restant formellement dans les clous légaux. Là dessus, le travail d'enquête est une bonne chose (et ce serait bien aussi d'aller voir à gauche, qui ne doit pas être plus propre que la droite).
Que le trésorier de l'UMP soit aussi ministre du budget, c'est concevable, mais ce serait mieux d'éviter un tel cumul. Ca n'apporte rien d'autre que des soupçons et des emmerdes. Le "conflit d'intérêt" est possible. Encore faut-il le prouver. Jusqu'ici, les limiers ont beau chercher, pas de traces d'une quelconque corruption ou d'un conflit d'intérêt. Beaucoup de choses qui pourraient se réaliser, finalement, ne se font pas. Et heureusement. Il y a dans cette insistance à souligner le conflit d'intérêt potentiel une mise en cause de l'honnêteté d'Eric Woerth. On n'a rien de concret mais forcement, il doit y avoir quelque chose. Et s'il n'y avait rien ? Cette éventualité ne parait pas effleurer les enquêteurs, qui continuent à chercher. La présomption d'innocence, c'est pour les amis...
Autre "conflit d'intérêt" où aucune preuve n'est apportée, c'est l'emploi de Madame Woerth. Elle travaille pour une société qui gère des placements. La directrice financière est chargée de surveiller les gestionnaires des différents fonds dans lesquels l'argent de la société est investi. Des personnes exerçant ce métier, il y en a des centaines, voire des milliers dans les banques. Il se trouve que cette directrice financière est Madame Woerth et que la société gère une partie des fonds de Madame Bettencourt. Certains n'ont pas manqué d'extrapoler et d'insinuer plus ou moins ouvertement que Madame Woerth avait connaissance de l'ensemble des fonds et placement de Madame Bettencourt, y compris de ses comptes privés. C'est hautement improbable. A ce niveau de fortune, il y a un cloisonnement et très peu de personnes ont une vision complète des avoirs. En règle générale, c'est le milliardaire lui même qui est le seul à tout connaître. Dans le cas de Madame Bettencourt, c'est Patrice de Maistre qui a cette vision d'ensemble. Madame Woerth n'est qu'une subalterne, chargée de suivre les placements "officiels" et connus. Il y aurait pu y avoir problème si Eric Woerth avait usé de ses fonctions et de sa place pour faire embaucher son épouse en échange de "services". Il n'y a pas le moindre commencement de début de preuve d'une telle situation. Il se peut que Patrice de Maistre ait jugé bon d'embaucher la femme du ministre (qui avait par ailleurs tous les titres pour l'emploi auquel elle a été embauchée). C'est un calcul bien aléatoire à partir du moment où le ministre ne se considère absolument pas concerné et considère ne rien devoir.
Très récemment, le site médiapart a sorti de "nouvelles révélations". Là, ça devient de plus en plus grotesque. La source, c'est l'ancienne comptable, qui affirme, sans preuves, que les Bettencourt arrosaient largement, en liquide. C'est possible, c'est assez dans le style de ces milliardaires à l'ancienne et on a un autre cas à droite avec Serge Dassault, qui a d'ailleurs vu une de ses élections annulée pour distribution d'argent. Mais il faut un minimum de preuves, car que vaut la parole d'une ancienne salariée licenciée ?
Dans cette affaire, Médiapart m'apparait de plus en plus comme un chasseur qui veut "se faire" Eric Woerth. Est-on encore dans l'information où est-on passé à autre chose, qui ressemble davantage au combat politique ? Pour l'instant, rien, absolument rien ne permet d'amener Eric Woerth devant un tribunal. Qu'il ne soit pas forcement ultra-clean, c'est une chose, mais c'est davantage le système qui veut cela que la personnalité d'Eric Woerth. Mérite-t-il une telle indignité ? Autant au début de l'affaire, la position de Woerth me posait problème, autant maintenant, c'est l'acharnement contre lui qui me gêne. A trop vouloir l'abattre, certains dépassent la mesure et plombent leur combat. C'est dommage, car sur le financement des partis politiques, avec notamment l'existence des "micros partis" au service d'un seul homme, quelques beaux lièvres seraient à lever.