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vendredi 30 avril 2010

Juppé intégriste ?

"Comment Juppé et Sarkozy ont protégé l'église traditionaliste". C'est le titre (racoleur et un peu malhonnête) d'un article de Rue89, qui montre une fois de plus le biais militant de ce site.

Cet article traite des liens entre Alain Juppé et les traditionalistes catholiques installés dans l'église Saint-Eloi à Bordeaux (l'institut du bon pasteur). On y a rajouté Sarkozy pour le référencement, mais il n'a strictement rien à voir avec cette affaire, sauf qu'il a été ministre des Cultes. Ce n'est pas pour autant qu'il est intervenu personnellement dans tous les dossiers traités par son ministère.

Qu'est-il reproché à Alain Juppé ? Il a confié une église de sa ville, où le culte n'était plus célébré depuis 1981 et qui servait de dépôt pour les archives municipales depuis 1993, à une association loi 1901 qui souhaitait la restaurer. Certes, personne n'était dupe que derrière cette association culturelle, il y a des intégristes lefebvristes (qui sont revenus dans le giron de Rome depuis). On reproche à Alain Juppé d'avoir confié une église aux intégristes, justement ceux qui ont eu droit à la vedette dans une récente émission de télévision.

En quoi cela est-il répréhensible, pour un maire de grande ville, de confier une église aux traditionalistes ? Toutes les adresses des lieux de cultes de la fraternité Saint Pie X sont ici, il y en a quand même pas mal. On pourrait supputer qu'un maire le fasse par sympathie idéologique avec cette frange. Si le maire est FN, c'est possible, autrement, c'est plus que douteux. En fait, les maires répondent à des demandes, et surtout, gèrent des situations de fait. Quand vous avez une communauté qui vient vous demander un lieu de culte, que justement, vous avez des églises vides (que vous devez quand même entretenir), difficile de refuser, ne serait-ce que pour des raisons de paix sociale et de respect de la laïcité (ne privilégie aucun culte). Quand en plus, l'évêque du coin ferme plus ou moins les yeux (lui aussi pour avoir la paix avec ses intégristes) et que, cerise sur le gâteau, ces intégristes prennent à leur charge l'entretien de l'église qui, normalement incombe à la commune, je ne connais pas de maire normalement constitué qui refuserait (à moins d'être un bouffeur de curés patenté).

Certes, l'attribution de l'église Saint-Eloi aux intégristes n'est pas d'une grande régularité juridique. Mais il faut dire que la loi de 1905 est assez rigide et particulièrement protectrice pour les cultes affectataires, et dans ce cas l'église catholique. Mais dans ce domaine, il y a loi et son application, beaucoup plus souple. Bien qu'ayant obtenu l'annulation de la convention de mise à disposition de l'église, l'archevêque de Bordeaux ne semble pas vraiment désireux d'envoyer l'huissier et les CRS pour l'appliquer et faire déguerpir l'abbé Laguerie.

Accorder la disposition d'un lieu de culte, ce n'est pas protéger ni cautionner ce qui s'y dit ou s'y fait ! Je ne pense pas que l'on puisse accuser Bertrand Delanoé de protéger l'église traditionaliste parce qu'il ne fait rien pour les expulser de Saint-Nicolas du Chardonnet, où se sont installés en toute illégalité...

mercredi 28 avril 2010

Tir au pigeon dans les jeux en ligne

Les opérateurs de paris en ligne n'ont même pas attendu la promulgation de la loi pour se lacher. Alors que le texte est toujours en examen devant le conseil constitutionnel, voilà que je reçois une publicité : unibet, pour le figaro.fr, me propose de parier sur le match de ce soir entre Lyon et le Bayern, avec une belle image où je trouve notamment le dénommé Pierre je ne sais plus quoi (vous savez, le gros qui commente les matchs). Il va falloir être très doué ou complètement déconnecté pour échapper au matraquage publicitaire qui va déferler sur nous. 118-218, à coté, c'était de la roupie de sansonnet !

Cette publicité dit tout sur les dérives. Elle annonce un bonus de 50 euros, avec une petite astérisque renvoyant à "conditions sur le site". Je suis donc allé sur le site et là, ce n'est déjà plus la même chose. En fait de bonus, unibet double l'argent que je dépose sur le compte que je dois ouvrir, jusqu'à une somme de 50 euros. Pour bénéficier de la totalité du bonus, je dois déposer sur 50 euros. Et ce n'est pas tout ! Avant de pouvoir retirer mon argent (donc le bonus), je dois l'avoir joué au moins 6 fois. Largement le temps de tout perdre, et en plus, je ne peux jouer mon bonus que sur des paris dont la cote est supérieure à 1.6. Un bel attrape-couillon, uniquement destiné à me faire venir et à me faire prendre l'habitude de jouer.

Par curiosité, je suis allé voir les conditions générales d'utilisation du service Unibet. C'est de la même eau ! Le service est basé à Malte, c'est la loi maltaise qui s'applique, le contrat est réputé avoir été fait à Malte. Le joueur s'engage à accepter l'ensemble des conditions générales, accepte d'avance les modifications "Les Règles d'Unibet comme actuellement publiées sur le Site, aussi bien que n'importe quel futur changement possible aux Règles d'Unibet" (ben voyons) et que tout se fait selon la loi maltaise. Enfin, cerise sur le gateau, les règles qui font foi sont rédigées en anglais. Rien qu'avec ça, on a une moisson de clauses abusives surabondante !

Et ça continue "Unibet se réserve le droit, à sa discrétion et à tout moment, de- Refuser l'ouverture d'un Compte Unibet et/ou de clôturer un Compte Unibet existant, sans fournir de justifications ; - Refuser d'accepter des versements, sans fournir de justifications", "Un Compte Unibet de donne pas droit à des intérêts", ou encore "Unibet se réserve le droit de facturer les retraits pour frais administratifs comme indiqué sur le site" (sans la moindre indication sur le montant et la nature de ces frais). Je ne suis pas allé jusqu'au bout, faute de temps, et parce que finalement, j'avais suffisamment de billes pour ma démonstration.

Cette loi sur les jeux en ligne est une vaste plaisanterie. Alors qu'elle n'est même pas définitive, les acteurs français, médias et sociétés basées en France se lancent déjà, sans licence. Aucune poursuite ne sera sans doute engagée pour ce faux départ. Le consommateur sera le pigeon absolu, et ne comptez pas sur l'ARJEL, l'autorité de régulation des jeux en ligne, pour se préoccuper de lutter réellement contre les offres "pousse-au-crime", les clauses abusives (la moisson est abondante chez Unibet) et l'addiction au jeu. Trop de gens puissants (le fisc le premier) ont intérêt à ce que le consommateur-pigeon se fasse plumer.

lundi 26 avril 2010

De l'usage des symboles

Un photographe a connu récemment une certaine notoriété avec cette image où le drapeau français sert de papier toilette. Cela a provoqué l'ire de la ministre de la Justice, qui risque pourtant, à en croire mon ami Jules, d'être bien en peine pour faire condamner le photographe.

Ce qui m'amuse ici, c'est que c'est loin d'être la première fois qu'un symbole est "insulté". Sauf que souvent, on ne réagit que lorsque SON symbole est attaqué, détourné, insulté. Combien de fois la publicité a détourné, de manière parfois très limite, des symboles religieux ? Les croyants de la confession concerné ont hurlé, mais se sont trouvés bien seuls. Parfois, ce sont des caricaturistes qui se permettent des dessins où certains symboles religieux sont malmenés. Eux ont droit à l'excuse de la liberté d'expression et les personnes qui se sont senties insultés par certaines caricatures étaient dans leur tort.

Que tous ceux qui se sont insurgés à propos de cette image se regardent un peu dans une glace et réfléchissent deux minutes à leur attitude quand les symboles d'autres groupes, auxquels ils n'appartenaient pas, ont subi le même traitement.

Un peu de cohérence ne ferait pas de mal...

Dernier obstacle tombé

Bruno Retailleau quitte le MPF. Pour l'instant, il reste sans étiquette, c'est à dire qu'il ne rejoint aucune chapelle. C'est une très bonne nouvelle à plusieurs titres.

Pour le numérique d'abord. En 2009, Retailleau était prêt pour devenir secrétaire d'Etat à l'économie numérique. Il avait dit oui, mais de Villiers s'y était violemment opposé et la nomination ne s'était pas faite. Si l'occasion se représente, cet obstacle "de Villiers" n'existera plus. Même si NKM fait plutôt bien son boulot au secrétariat à l'économie numérique, elle ne semble désireuse d'y rester trop longtemps. Le fait qu'un "successeur potentiel" du calibre de Retailleau soit disponible me rassure grandement. D'autant plus que ça écarte (à mon avis) la candidature de Frédéric Lefebvre, qui serait un véritable traumatisme pour le monde du numérique.

C'est aussi une bonne nouvelle car cela indique que de Villiers est clairement sur la pente descendante. Des ennuis de santé, maintenant son principal lieutenant en Vendée qui se barre, ça sent la fin de règne au Puy-du-Fou. Et je ne vais certainement pas pleurer ! de Villiers était une véritable caricature de la Droite conservatrice (avec Boutin dans la version féminine) qui incarne une tradition de droite qui ne me plait guère. L'effacement de ce leader, sans qu'un véritable successeur n'apparaisse enlèvera de la visibilité médiatique à cette frange, dont la seule utilité aurait été de contenir le Front national, ce dont ils se sont révélés assez largement incapables.

Enfin, c'est une bonne chose pour Bruno Retailleau, dont tout le monde, après l'avoir entendu (notamment sur le numérique), se demandait ce qu'il foutait chez de Villiers. Son image en était brouillée. Il va sans doute pouvoir enfin prendre son essor et valoriser au mieux ses immenses qualités et son potentiel, jusqu'ici bridé par son appartenance à ce groupuscule de droite dure.

jeudi 22 avril 2010

Débat de fond

Sur l'interdiction de la Burqa, tout sera dans la communication et l'habillage politique de la démarche. Le gouvernement semble avoir réfléchi à l'affaire et considère que même censuré par le Conseil constitutionnel, il y a gagnera quand même à l'affaire. J'ai bien peur qu'il n'ait pas complètement tort.

Un article de la Pravda m'a mis la puce à l'oreille. Le Conseil d'Etat, dans son avis sur le sujet, a entre-ouvert une petite porte conceptuelle dans laquelle le gouvernement souhaite s'engouffrer, à savoir la définition de la notion d'ordre public.

Jusqu'ici, l'ordre public est mal défini. On y trouve beaucoup de choses en rapport avec la sécurité et à la salubrité. Si vous ne mettez pas les autres en danger, vous pouvez faire ce que vous voulez. Mais il y a aussi derrière cette notion des restes de considérations morales, avec la notion de "bonnes moeurs". Ce que le gouvernement envisagerait, c'est de faire entrer dans le périmètre de l'ordre public un certain nombre de "valeurs" considérées comme le "socle minimal d'exigences réciproques et de garanties essentielles à la vie en société". Après tout, si vous vous promenez nu dans l'espace public, vous allez assez rapidement faire l'objet d'un rappel à l'ordre par le premier représentant des forces de l'ordre que vous trouverez sur votre chemin. Ce raisonnement peut aussi bien fonctionner pour le port de la Burqa, à condition que le consensus social existe pour désapprouver tout autant l'attentat à la pudeur et le port de la Burqa.

L'approche n'est pas idiote, car le consensus social existe assez largement sur la question du port de la Burqa. Les français ont parfaitement compris que le gouvernement souhaite faire interdire une pratique trop "en décalage" avec le socle judéo-chrétien, base "intellectuelle" des pratiques culturelles de notre pays. Il existe un très large consensus pour faire entrer dans le cadre de la notion d'ordre public le respect de normes culturelles ! L'issue d'un référendum sur le sujet ne fait guère de doute, surtout avec l'habileté rhétorique de Nicolas Sarkozy qui jouerait là sur du velours !

Le débat politique ne sera pas inintéressant, car deux points très importants pourront être abordés : la définition même de l'ordre public, et de savoir quelles "valeurs culturelles" doivent y être intégrées.

Sur la définition d'abord. Le Conseil d'Etat souligne très clairement la chose. Jusqu'ici, l'ordre public est défini négativement, comme étant un ensemble d'exceptions à l'exercice plein et entier de la liberté individuelle. Il n'y a aucune cohérence d'ensemble, juste des limites fixées au cas par cas. La réforme proposée donnerait au contenu, ou au moins à une partie du contenu de la notion d'ordre public, une cohérence intellectuelle, puisqu'il s'agirait d'un "socle minimal d'exigences réciproques et de garanties essentielles à la vie en société". On passe d'une définition où la liberté est la règle, avec des exceptions ponctuelles à une définition où c'est une liberté encadrée qui est la règle. Cela ouvre la porte à toutes les dérives : tu es libre, à condition de ne pas être trop éloigné de la "norme". Le libéral qui est en moi en frémit et s'alarme fortement !

Deuxième point de débat, celui de savoir quelles "normes culturelles" peuvent être considérées comme faisant partie de l'ordre public. Les deux débats sont déconnectés, car même dans la définition actuelle de l'ordre public, on peut considérer que des normes culturelles permettent effectivement de limiter les libertés individuelles. La polygamie est une pratique culturelle admise dans certains pays, mais considérée comme contraire à l'ordre public en France. Finalement, ce ne sera pas forcement une mauvaise chose que l'on débatte de cela et que l'on fixe, là aussi la limite, ou au moins des critères d'acceptabilité. A partir de quand peut-on considérer qu'une pratique culturelle ne mettant en danger ni la sécurité, ni la santé, ni l'intégrité physique des personnes peut être quand même interdite sur les seules bases du "consensus social" et sur des valeurs "culturelles" donc contingentes ? quelles sont ces "normes culturelles" ? Et là, on retombe sur le débat relatif à l'identité nationale... Ce que je crains, c'est que le débat ne parte sur ces rails déjà posés en amont.

Le débat est très délicat, car dans nos démocraties, le juridique est la traduction du consensus social. Comment expliquer à la population que malgré un consensus social, ce n'est pas possible de traduire ça dans la loi, et que donc, la "volonté générale" est ignorée. Quelque part, ce n'est pas faux, et cela pointe le fait que nous vivons dans des démocraties "tempérées", où la "vox populi" n'est pas omnipotente, que des normes supérieures s'imposent. Complètement à rebours de notre culture politique absolutiste, où le pouvoir ne se partage pas.

Un beau défi en perspective !

mercredi 21 avril 2010

L'effet d'annonce

Nicolas Sarkozy a tranché, le gouvernement déposera un projet de loi d'interdiction totale du port de la Burqa. Aussi sec, la presse embraie sur "la Burqa va être interdite", sans se poser la moindre question.

Non, la Burqa ne sera pas interdite en France. Si le projet de loi est voté (ce dont je n'ai malheureusement guère de doutes), il se fera magistralement censurer par le Conseil Constitutionnel. Le Conseil d'Etat a pourtant été très clair. Une interdiction absolue du port d'un vêtement n'est juridiquement pas possible. On heurte de plein fouet les principes de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Même pas besoin d'être juriste pour s'en rendre compte. Aujourd'hui, c'est la burqa au nom de la dignité de la femme, demain, à qui le tour et à quel titre ?

Le gouvernement a choisi la confrontation directe. Il va se prendre le mur. C'est écrit, c'est d'une évidence criante. Et pourtant, certains de nos journalistes bêlent en coeur comme si c'était déjà fait, que l'interdiction était entrée en vigueur du seul fait de la parole présidentielle. C'est sans aucun doute ce que bon nombre de nos concitoyens vont retenir sur le sujet.

mardi 20 avril 2010

Les délires de MAM

Dans une interview au Figaro, Michèle Alliot-Marie nous annonce que la réforme de la procédure pénale sera applicable à la mi-2011. Pour arriver à ce résultat stupéfiant, elle nous donne sa recette : tronçonner en deux le texte initial (700 articles), en donner une moitié à l'Assemblée et l'autre moitié au Sénat dès cet automne, chacun examinant le texte de l'autre à la session de printemps.

On nage dans le délire le plus complet ! Ce scénario est totalement irréaliste. Déjà, un projet de loi de 700 articles, c'est de la folie furieuse. Le projet de loi Grenelle 2 était à 104 articles au départ. On voit le monstre que c'est devenu. Un texte initial de 700 articles, c'est trop, beaucoup trop. Ce texte, dont l'avant projet est consultable sur le site du ministère, a une cohérence globale. Le couper en deux n'a aucun sens, et organiser la discussion devant une assemblée sur une moitié de texte serait une atteinte à la sincérité des débats (donc risque d'invalidation par le Conseil constitutionnel). Comment imaginer que les modifications apportées au texte déposé devant Sénat n'auraient aucun impact sur celui que les députés examinent au même moment ? Il faut un minimum de coordination.

Sur le calendrier parlementaire, je vois mal comment caser un texte de 350 articles, sur un sujet aussi lourd que la procédure pénale, pendant la session budgétaire, en espérant que tout soit bouclé pour la fin de l'année. Il faudrait déjà que les textes soient déposés dans les temps sur le bureau de chaque assemblée, c'est à dire au plus tard en juillet afin que la commission des lois (qui est déjà surchargée) puisse faire son travail. Je doute que les députés de la majorité, qui sortiront tout juste de la réforme des retraites (programmée en septembre) ait une folle envie de se lancer dans ce nouveau chantier. Sans même que l'opposition ait à mener la moindre tentative d'obstruction, c'est déjà intenable ! Même un stagiaire peut s'en rendre compte.

Si jamais le texte est voté dans les délais, il va y avoir une foule de décrets d'application à prendre et toutes les dispositions ne pourront pas entrer en vigueur immédiatement. Enfin, il faudra des moyens supplémentaires (la Ministre le reconnait elle-même dans l'interview), or, des juges, des procureurs et des greffiers, ça ne se trouve pas en six mois, sous le sabot d'un cheval. Il faut un peu de temps pour les former, et encore, les capacités de l'ENM sont limitées. Bref, là encore, on nage dans l'irréel !

Alors pourquoi s'enferrer ainsi ? Michèle Alliot-Marie n'a pas le choix. Elle est arrivée à son poste alors que la réforme était déjà lancée. Elle est obligée de l'assumer et tant que Sarkozy n'a pas annoncé explicitement un recul, elle doit tenir la position coûte que coûte, même au prix du ridicule et du mensonge. C'est là le problème ! Je suis à peu près certain que MAM ne croit pas un mot de ce qu'elle vient d'annoncer sur le calendrier d'examen de cette réforme, mais elle ne peut pas dire ce que tout le monde sait, à savoir que cette réforme est sur une voie de garage et sera prochainement enterrée. Une annonce aussi irréaliste ne peut être qu'un signal de plus que cette réforme de la procédure pénale est morte-née (ce qui est une bonne nouvelle).

Que va-t-on trouver cette fois ci ?

Un récidiviste a tué une jeune femme dans la Drôme. J'attends le projet ou la proposition de loi. Le cas est trop beau, c'est certain, Ils ne pourront pas résister, Ils récidiveront avec une ènième loi faits-divers. Sauf que là, apparemment, le type a purgé ses peines, n'a pas bénéficié de libération conditionnelle, son obligation de suivi médical était respectée. Les juges ont bien pris soin de déminer, ils ne sont pas en cause, la loi a été scrupuleusement respectée.

Le gouvernement a déjà utilisé beaucoup de cartouches : la loi sur la récidive, la rétention de sureté, les peines planchers (Eolas vous en parlera mieux que moi). On peut se demander s'il reste encore des réserves. Et bien oui, il reste encore quelque chose. Oh certes, ce n'est pas du neuf, ça a même déjà servi une fois, mais ce n'est pas ça qui arrête le gouvernement. La dernière loi sur la récidive a bien servi pour deux faits divers. Ce qui va sauver le gouvernement, c'est que le type souffrait de graves troubles psychiatriques.

La solution miracle, c'est la loi sur l'hospitalisation psychiatrique, celle que Sarkozy avait promis après qu'un fou ait poignardé un jeune homme juste après être sorti d'un hôpital psychiatrique, en novembre 2008. Cette réforme de l'hospitalisation psychiatrique, on l'attend toujours, aucun projet de loi n'a été déposé. Mais le sujet a quand même fait l'objet d'études, de rapports et de concertation, il est quasiment prêt. On avait même failli le sortir déjà lors d'un autre fait divers, quand un jeune s'est retrouvé poussé sous une rame de RER par un fou. Mais comme ce dernier est mort avec sa victime, pas de procès, pas d'images, donc pas d'emballement médiatique. Donc pas besoin de dégainer un projet de loi...

C'est désormais un processus connu : l'annonce est faite au premier fait divers, le projet de loi est déposé après le deuxième fait divers, il est mis à l'ordre du jour après le troisième fait divers. Au moins, on amorti le travail de l'administration. Pas le choix de toute manière, car après ça, à part supprimer toute possibilité de remise de peine ou rétablir la peine de mort, il ne reste pas grand chose pour durcir encore la répression (quoique...).

lundi 19 avril 2010

Thiollière quitte le navire

Le sénateur Michel Thiollière, rapporteur sur hadopi, quitte la vie politique. Il vient en effet d'être nommé vice-président du collège de la commission de régulation de l'énergie par Gérard Larcher. Cette fonction étant incompatible avec des mandats politiques, il a donc quitté, en toute discrétion, son mandat de conseiller municipal d'opposition à Saint-Etienne (il a été battu aux municipales de 2008) et surtout son mandat de sénateur et ses accessoires (membre de l'Hadopi par exemple...).

Agé de 55 ans, Michel Thiollière change d'orientation professionnelle. Ce départ de la politique semble être sans retour prévu. Je ne peux que saluer cette décision, où Michel Thiollière tire sans doute les conséquences de sa défaite aux municipales à Saint-Etienne (mandat qui devait particulièrement lui tenir à coeur) et du fait que son avenir en politique est sans doute celui du has been qui n'a plus grand chose à prouver ni même à apporter. Son mandat de sénateur courrait jusqu'en 2011, il a devancé l'appel et est parti vers d'autres lieux, en rupture assez totale avec ce qu'il avait fait jusqu'ici. En effet, il s'est spécialisé au Sénat sur les questions de culture et de médias, devenant rapporteur pour DADVSI et hadopi. La commission de régulation de l'énergie semble bien loin de tout cela.

Pour les internautes, ce départ change singulièrement la donne, car il y aura redistribution des postes au Sénat. Le principal pilier d'hadopi au Sénat, qui avait fait preuve d'un autisme assez stupéfiant sur les questions numériques, quitte la place, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. On saura qui le remplace sur ce créneau quand on aura le nom de son successeur à l'hadopi. Sera-t-il sur le même champ ? le "portefeuille" de Michel Thiollière sera-t-il scindé ? Il s'occupait principalement de médias, et très accessoirement de numérique. Cela dégagera-t-il le chemin de Bruno Retailleau sur les questions numériques ? Ce serait une bonne chose, Retailleau étant le seul sénateur à véritablement comprendre le numérique et internet.

Le sénat sera-t-il moins obtus sur internet ? On peut l'espérer.

Catch philosophique

Michel Onfray s'apprête à publier un pamphlet, avec sa violence et son outrance habituelle, sur Freud. Ni une ni deux, la gardienne du temple psychanalitique, Elisabeth Roudinesco, lance la contre-offensive. C'est tout aussi violent et outrancier. Onfray, qui n'en demandait pas mieux (il y a une promo à faire) rebondit et en rajoute une couche. Roudinesco rompt l'échange, mais se fait relayer par un sbire. L'échange est particulièrement ordurier et chacun accuse l'autre d'être un facho. Le débat commence directement par le point godwin et ne le quitte pas ! Et on appelle cela des "intellectuels"...

Ce qui m'afflige le plus, c'est qu'on laisse ces deux chiffonniers s'étriper. J'ai découvert cette querelle par le biais du "monde des livres" où Elisabeth Roudinesco, qui y a son rond de serviette, assassine le bouquin d'Onfray, sans le moindre contrepoint. Où sont les journalistes, où sont ces critiques censés être indépendants des chapelles intellectuelles, qui peuvent expliquer au pauvre inculte que je suis les tenants et aboutissants de cette querelle. Je ne cherche pas à distinguer le bien du mal, à savoir qui est le "gentil", car les deux m'apparaissent être des affreux dans leur genre. On voit d'ailleurs ce que ça donne quand on les met dans le même panier.

Je suppute que les deux protagonistes se livrent en fait à un match de catch philosophique, c'est à dire à un combat spectaculaire, mais complètement truqué, car les deux ont à y gagner (matériellement parlant) à cela. Onfray bénéficie d'une promo d'enfer pour son livre et soigne son image de "rebelle" qui est son véritable fond de commerce (parce que pour ce qui est de ses apports à la philosophie, je suis plus dubitatif). De son coté, Roudinesco se pose une fois de plus en patronne de la psychanalyse en France (du moins dans les médias). Rien ne vaut une bonne attaque bien excessive, donc peu dangereuse sur le fond, pour resserrer les rangs et mobiliser les troupes. C'est l'absence d'attaques, l'indifférence qui seraient un problème pour elle.

Au final, ma connaissance de la psychanalyse et de Freud n'en sortira pas grandie, à moins qu'un journaliste fasse son travail à cette occasion (merci de me signaler les articles, je n'ai pas le temps de tout suivre). Ma perception des "intellectuels" français n'en sortira pas grandie non plus.

samedi 17 avril 2010

Test grandeur nature

Le volcan islandais nous faire vivre un excellent exercice "d'entrainement catastrophe". D'un seul coup, plus d'avions ! Et c'est la pagaille. Angela Merkel coincée au Portugal, l'équipe radio du fou du roi bloquée à Athènes, nombre de vacanciers qui doivent annuler leurs séjours à l'autre bout du monde. Mais tout cela est provisoire (enfin on l'espère...) et quand ce maudit volcan islandais se sera calmé, la vie reprendra comme avant.

Pourtant, cet épisode aura été révélateur de notre dépendance au transport aérien. Pour nos déplacements, mais aussi pour notre approvisionnement. Si ça continue comme ça, le prix des produits exotiques va grimper, voire ce sera la rupture de stocks. Nos bobos vont devoir pratiquer la vraie simplicité, à savoir manger des fruits de saison (et heureusement finalement que ça arrive en avril). Même problèmes pour les courriers et les colis. Sans avion, plus possible d'assurer des livraisons express. Tout ceux qui ont construit leur modèle économique sur cette rapidité devraient méditer sur la fragilité des choses de ce monde. En même temps, soyons optimistes, la vie ne s'est pas arrêtée et elle est normale. Je n'ai personnellement pas été touché en quoi que ce soit par cet incident. Idem pour mon entourage immédiat. Peut être que cet épisode nous fera prendre conscience que finalement, le transport aérien, on peut s'en passer. Manger des fraises en hiver ou aller passer une semaine à la Réunion, c'est du superflu.

Bon allez, cessons de rêver. A moins que cela ne dure un mois, personne ne tirera la moindre conséquence sur son mode de vie, dans un sens ou dans un autre, de cet incident. C'est bien dommage, et c'est la démonstration de notre fonctionnement à courte vue. Tant que ça tient, pourquoi changer ?

jeudi 15 avril 2010

Etrange prise de position

Le cardinal Bertone, numéro 2 du Vatican a récemment dérapé en parlant d'un lien entre homosexualité et pédophilie. Position idiote, tout le monde ou presque en convient. Mais fallait-il vraiment que la diplomatie française prenne position comme elle l'a fait, de manière très officielle ? Personne ne semble s'être posé la question...

C'est très bien que "La France rappelle son engagement résolu dans la lutte contre les discriminations et les préjugés liés à l’orientation sexuelle et l’identité de genre". On aurait aimé la même vigueur, voire même un début d'action diplomatique sur ce sujet en Ouganda, où l'homosexualité est passible de la peine de mort (avec risque de mise en application). Et surtout, faut-il risquer de se fâcher avec le Vatican pour ça ? Dans le monde habituellement feutré de la diplomatie, une telle prise de position officielle tient de la gifle publique. Personnellement, j'estime que la diplomatie française a bien autre chose à faire, et que mettre en avant un tel "engagement" relève de l'hypocrisie quand sur bien d'autres sujets plus graves, on ferme notre gueule et on s'écrase après quelques protestations de pure forme (Tibet, Iran...).

Pour comprendre les dessous de cette prise de position surprenante, ne comptez pas sur la presse française. Heureusement, il y a la presse étrangère. La lumière m'est venue du blog, en italien, d'un vaticaniste, qui suggère lourdement (en balançant le nom) que ce serait le résultat de la vengeance d'un haut fonctionnaire du quai d'Orsay, que la France avait proposé comme ambassadeur auprès du Saint Siège (l'un des postes les plus prestigieux de la diplomatie française) mais qui avait été récusé par le Vatican pour cause de militantisme gay.

Si cela est avéré, cela éclaire sous un jour un peu inquiétant le fonctionnement de notre diplomatie...

Le travail sérieux

La question de la neutralité des réseaux est LE sujet du moment chez les différents acteurs du numérique en France. Un gros colloque a eu lieu mardi (auquel j'ai assisté, d'où l'absence de billets, vu que j'ai du rattraper hier le boulot en retard). Une consultation a été lancée par NKM, une autre le sera par l'ARCEP. En juin, le gouvernement rendra un rapport au Parlement, fixant déjà des grandes lignes et préfigurant un projet de loi où on traitera, entre autres choses, de transposition du paquet télécom, de régulation et de coordination des régulateurs. Le colloque de mardi était intéressant car il a réuni le gratin de l'internet français, chacun exprimant ses attentes, ses inquiétudes, réagissant parfois aux propositions des autres.

Nous avons là un processus d'échanges et de consultation très largement public et transparent (pour qui sait où aller chercher l'information) qui aboutira à des décisions politiques et législatives aux enjeux cruciaux pour l'économie numérique. L'essentiel est là. Mais c'est un peu technique et surtout, on est très loin de Sarkozy, de Carla et des imprécations imbéciles de Nadine Morano. C'est sans doute pour ça que les échos sur la toile sont limités aux spécialistes. C'est là qu'on peut percevoir toute l'inanité d'une certaine "blogosphère politique" qui se concentre sur des sujets people, se précipitant tête baissée sur tous les écrans de fumée, surtout quand il est question de Sarkozy et des fantasmes associés. La vraie politique, elle se décide ailleurs...

lundi 12 avril 2010

Nouvel équilibre institutionnel

Cette semaine, Bernard Accoyer s'en est donné à coeur joie sur Jean-François Copé, s'y reprenant même à deux fois pour lui taper dessus, l'accusant de semer le désordre et la confusion. Accoyer considère que Copé, par ses initiatives, brouille les pistes et perturbe le bon fonctionnement des institutions. En plus d'être assez confus et à contre-temps dans ses attaques, Bernard Accoyer montre surtout qu'il n'a pas vraiment compris qu'il y a eu une réforme constitutionnelle en 2008, et qu'elle a modifié les équilibres. Ce qu'Accoyer appelle "perturbation", c'est en fait le nouvel équilibre !

C'est vrai que ce n'est pas très "républicain" de doubler une mission d'information pluraliste en montant son propre groupe de travail et en formulant, avant les autres, ses propositions. Mais à partir du moment où Copé a la possibilité de faire examiner son texte avant ceux des autres, c'est forcement sur ses propositions que se fait le débat. Les semaines réservées à l'initiative parlementaire, permettent au président du groupe UMP de disposer de créneau où il inscrit les textes et les sujets qu'il veut lui donnent une maîtrise du calendrier. Copé en joue très habilement et très politiquement, bien plus que les autres présidents de groupe. Certes, ils ont moins de créneaux, mais rien ne leur interdit d'en jouer de manière aussi offensive et opportuniste ! En politique, la maîtrise de l'agenda est capitale.

C'est maintenant que l'on commence à se rendre compte que le grand gagnant de la revalorisation du rôle du Parlement, ce n'est pas le président de l'Assemblée ni l'opposition, mais bel et bien le président du groupe majoritaire ! On aurait pu ne pas s'en rendre compte si le président du groupe UMP avait été Bernard Accoyer, qui avait un style assez tranquille et respectueux des prérogatives de l'exécutif. Mais il se trouve que son successeur a d'autres ambitions et qu'il est déterminé à utiliser tous les atouts qui sont entre ses mains pour devenir un pivot de la majorité. C'est la réforme institutionnelle qui lui a donné les cartes dont il joue actuellement, et si certains ne sont pas contents, ils n'avaient qu'à y regarder de plus près avant de voter la réforme !

Cela montre une fois de plus à quel point cette réforme institutionnelle a été improvisée. C'en est dramatique. Les effets attendus ne sont pas forcement au rendez-vous (même s'il faut encore attendre un peu pour tirer un bilan), par contre, on se retrouve avec une foule d'effets qui n'avaient pas été prévus et pour certains indésirables. La Constitution de 1958, déjà bien déséquilibrée en 1962 par l'élection du président au suffrage universel et par la pratique gaullienne en ressort encore plus bancale. Les concepteurs de la réforme de 2008 avaient oublié une règle pourtant fondamentale : il y a les institutions et il y a les hommes et leurs pratiques, les deux ont autant d'importance. Le meilleur exemple, c'est la constitution de 1958, qui n'a pas la même application en cas de concordance des majorités ou en cas de cohabitation. Il y a aussi les conjonctures politiques qui font que des outils pensés comme "théoriques" ou en cas de conflit majeur deviennent presque d'usage courant. En 2008, nos constituants n'ont franchement pas été à la hauteur. Ce ne sont pas seulement les parlementaires qui sont à blâmer, c'est eux qui avaient le moins d'influence sur le texte, mais l'ensemble de la chaîne de décision. Cette faillite collective est assez alarmante sur le niveau de nos élites, ceux qui sont sous la lumière, mais aussi ceux qui sont dans l'ombre.

dimanche 11 avril 2010

Voiture ventouse

La défaite aux régionales et les turbulences qui en ont résulté ont amené un certain nombre à croire qu'une fenêtre de tir s'ouvrait pour leurs ambitions. Les centristes ont été les premiers à réagir, mais ils ne sont pas les seuls. Voici qu'Alain Juppé se lance à son tour, se posant en recours au cas où Nicolas Sarkozy ne serait pas candidat en 2012.

Ses chances d'être candidat à la présidentielle sont nulles. Il ne sera même pas candidat à la candidature, car je vois mal Sarkozy renoncer à se présenter en 2012 (sauf accident d'avion). Et si jamais une telle possibilité existe, Juppé a suffisamment de casseroles politiques pour ne pas aller bien loin dans une course présidentielle : ses condamnations, son âge (il aura 67 ans en 2012) son action passée et son bilan de Premier Ministre. Je ne pense d'ailleurs pas qu'il y croit lui-même. Simplement, en France, si on veut exister un tant soi peu, et être audible dans les médias, il faut agiter sa candidature possible à l'Elysée.

Il n'empêche que cela me fait un peu pitié de la part d'un homme aussi intelligent qu'Alain Juppé, et surtout, cela me désole sur l'état d'esprit de nos politiques. A l'âge de 65 ans, après 30 ans dans les circuits du pouvoir, une très grosse baffe en 1997, une condamnation avec perte de mandat et une défaite aux législatives en 2007, il souhaite encore se relancer. Dans n'importe quel autre pays, une seule de ces baffes aurait suffi à l'écarter définitivement de la vie politique nationale. En France non, même après les plus lourdes défaites, même des condamnations, on peut espérer revenir. Mais j'ai quand même une lueur d'espoir, car les temps changent, et ces tentatives de retour sont loin d'être des réussites. Si Balkany a réussi à retrouver son fief, il n'ira pas plus loin. Par contre, le come-back de Carignon a été une catastrophe et celui de Juppé aussi. Après 1997, à part président de l'UMP (et donc fondé de pouvoir de Chirac, ce qu'il a été toute sa carrière), il aura surtout été maire de Bordeaux. Sa dernière tentative de retrouver un poste d'envergure nationale a été mise en échec par les électeurs bordelais en 2007.

Il reste malgré tout du chemin, car les institutions françaises, et notamment le Parlement sont pleines de "has been" qui sont sur la pente descendante, et n'ont plus grand chose à apporter. Pour autant, ils s'accrochent à leurs fauteuils, occupent l'espace politique. Tout ça pour satisfaire leur ego qui refuse d'admettre ce déclin. Je n'en admire que plus les quelques rares élus, comme Seguin ou Dutreil, qui prennent acte qu'ils ont atteint leur sommet en politique et qui partent faire autre chose. Si tous faisaient ça, la vie politique française en serait transfigurée.

mercredi 7 avril 2010

Message reçu qu'il disait...

J'avais cru que la baffe des régionales aurait fait comprendre certaines choses à notre cher président. Je dois avouer que je n'ai pas mis longtemps à voir cette fragile espérance s'effondrer avec le montage en épingle, façon vaudeville de la fameuse "rumeur", transformée en vaste magma de fumée médiatique destiné à transformer Nicolas Sarkozy en pauvre victime. J'avais pourtant mis en tête de ma liste de course un changement profond dans le style de la présidence...

Un président de la république, ce n'est pas un people. Il n'a pas à exposer sa vie sentimentale et encore moins à en faire un usage politique. Il y a des choses qu'un président de la République, du fait de ses fonctions, ne peut pas se permettre, et d'autres, au contraire, auxquelles il ne peut pas couper. La fonction doit primer sur l'humeur et le caprice. Le fond du problème est là. Nicolas Sarkozy n'y arrive pas. Il refuse toute contrainte, se comportant en adolescent immature et mal élevé, qui se croit tout permis. Certes, il s'est calmé par rapport au début du mandat, mais il n'a pas changé d'attitude. Le souci pour lui, c'est que moi non plus, je ne changerai pas mes demandes et mes attentes sur ce sujet.

Le deuxième point de ma liste de course, c'est une manière plus collégiale de diriger le pays. Actuellement, c'est un peu la cacophonie, tout le monde parle dans tous les sens, parfois pour sortir des âneries. Le résultat des régionales a rebattu les cartes au sein de la majorité, il faudra un certain temps pour trouver de nouveaux équilibres. Pour l'instant, Sarkozy laisse tout le monde s'ébattre, mais je redoute le moment où il sifflera la fin de la récréation. Acceptera-t-il de partager un peu son pouvoir, de laisser plus d'espace à son premier Ministre, au Parlement ? J'ai de sérieux doutes, du moins pour ce qui relève de la bonne volonté présidentielle.

C'est encore tôt pour faire un bilan et déterminer quelle sera mon attitude en 2012. Mais ça commence mal et le problème pour Sarkozy, c'est que contrairement à 2007, j'ai une vision précise de ce que veux et ne veux pas et j'ai largement épuisé ma réserve de patience vis-à-vis du style présidentiel, principal problème politique de la Droite.

mardi 6 avril 2010

Anatomie d'un délire anti-UMP

Un député UMP, réputé pour ne pas avoir froid aux yeux, Richard Mallié, vient de déposer une proposition de loi au titre assez "violent" puisqu'elle ne vise pas autre chose que de supprimer la loi Bichet de 1947, qui règle la délicate et très politique question de la diffusion de la presse. En lisant l'exposé des motifs, on comprend que cette proposition de loi n'est qu'un élément d'un ensemble plus vaste. La distribution de la presse en France est un vrai problème, avec des coûts et une rigidité préjudiciable à tout le monde (sauf à la CGT du Livre). Une réforme est indispensable, tout le monde en convient. Sauf que que personne ne veut faire le premier pas. La proposition de loi Mallié se veut donc un "aiguillon" pour pousser tout ce beau monde à la table des négociations. C'est en quelque sorte l'arme atomique, que l'on brandit. Même si tout le monde sait qu'on en arrivera pas jusque là, quand même, on ne sait jamais...

Rue89 a sorti le premier l'info, en questionnant Mallié et en publiant le texte de la proposition de loi. Ils font à mon sens une erreur d'analyse, car c'est une proposition de loi qui est destinée à servir d'épouvantail, mais qui n'a que très peu de chance d'être inscrite à l'ordre du jour. On ne peut pas se contenter d'abroger le système actuel, sans rien mettre à la place. Mais il y a le titre, et là, le délire commence : "l'UMP veut mettre fin à la distribution égalitaire des journaux".

Ce titre est, à mon avis, une faute professionnelle pour tout journaliste qui se veut un tant soit peu objectif. D'abord, il ne s'agit pas de l'UMP, mais d'un député UMP qui, jusqu'aux dernières nouvelles, agit en son nom propre. Il aurait fallu titrer "un député UMP" mais certainement pas "l'UMP". Deuxième erreur grossière, il n'est absolument pas question de toucher à l'égalité dans la distribution des journaux !! Où dans l'exposé des motifs, figure cela ? nulle part ! le texte se contente de mettre en avant deux recommandations émises par le livre vert rédigé à l'issue des Etats généraux de la presse écrite. La dernière phrase explicite très bien la motivation de cette proposition de loi : bouger un peu les acteurs de la presse.

Bien entendu, les commentaires et les reprises vont arriver très vite sur : l'UMP veut supprimer la liberté de la Presse, ou alors elle veut faire main basse sur la Presse, servir les intérêts du Figaro et je ne sais encore quelques variations sur une collusion avec Lagardère qui est actionnaire des NMPP (et qui ne veut plus payer). Les antisarkozystes vont avoir leur os à ronger et vont gloser à n'en plus finir sur cette "information" qui les confortent dans leur opinion.

Le principe du téléphone arabe, où l'information se déforme d'autant plus vite que les gens n'entendent que ce qui les confortent dans leur opinion. Si en plus on leur tend la perche...

vendredi 2 avril 2010

La pelle à la Vérité

Les catholiques sont en train de se prendre la pelle de la vérité en pleine gueule. Les scandales sexuels frappant des membres du clergé catholiques sont en en train de sortir en nombre. Et ce n'est sans doute pas fini. La prochaine escalade, ce sera un évêque ou une personnalité en vue de la hiérarchie catholique. Statistiquement, c'est inévitable. Au début, la ligne de défense des cathos c'est "les prêtres que je connais sont irréprochables", je ne vois pas où est le problème. Et puis le problème touche un prêtre qu'ils connaissent. Et petit à petit, on va s'apercevoir, lors des procès, que des gens savaient et se sont tus, des gens en apparence moralement irréprochables. Un évêque, Mgr Pican, a été condamné à de la prison avec sursis pour non-dénonciation de crimes dans l'affaire Bisset. Le calice n'est qu'à moitié bu, et il reste encore toute la lie !

Le Clergé catholique n'est sans doute pas le milieu où il y a le plus de pédophiles. Nombre d'affaires relèvent davantage du détournement de mineurs que de la pédophilie pathologique. Pourtant, cela fait bien plus scandale qu'ailleurs, et cela s'explique. L'église catholique, c'est d'abord une ossature de clercs, dont on magnifie l'engagement au point d'en faire des "êtres à part" détenteurs de la Vérité. Il est évident que le degré d'attente en terme de "pureté" et de conformité à ce qu'ils prêchent est bien plus important que vis-à-vis de simples quidams. Et pour compliquer encore la tâche, l'église catholique impose à son clergé des normes draconiennes : no sex (du moins pour les apparences...).

Sauf que les prêtres et religieux, quoi qu'en dise l'église catholique, sont des êtres humains, avec leurs pulsions, leurs besoins physiologiques. Cela a toujours existé et l'institution a toujours su y faire face, avec comme seul souci de préserver les apparences. Parfois, on arrivait même pas à sauver ces apparences. Des papes comme Alexandre VI Borgia n'étaient pas des modèles de vertu, cela ne les a pas empêchés de prendre place dans la longue lignée des successeurs légitimes de Pierre. Pour mémoire, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord a commencé sa carrière comme prêtre, puis évêque. Ajoutez à cela que nombre de prêtres sont en situation d'être en contact avec des jeunes et des enfants, qui plus est en position de "personne ayant autorité".

Tous les ingrédients sont réunis pour un bon gros scandale. L'organisation de l'église catholique, son insistance sur la figure du prêtre lui revient en pleine figure, à la manière d'un boomerang. Il faut assumer ses choix, surtout quand c'est pour le pire. En plus, ça oblige ses fidèles à concentrer leur énergie sur la défense de l'institution. Au lieu de s'occuper de la lune, ils doivent nettoyer le doigt...