mercredi 30 décembre 2009
Faiblesse de l'avatar
Par Samuel, mercredi 30 décembre 2009 à :: arts et lettres
Comme c'est les vacances, j'ai un peu de temps, je suis donc allé voir le film qu'il faut avoir vu, Avatar. J'avais quelques craintes au regard du battage médiatique. Et cela s'est confirmé. Je n'ai pas aimé.
Le scénario est d'une atroce banalité : un brave gars embauché par des méchants très méchants, pour infiltrer des gentils et les trahir. Mais voilà, le gars tombe amoureux de la fille du chef des gentils (même que ça rend jaloux le fiancé de la fille du chef). Ca, c'est la "guerre des étoiles". Voyant cela, les méchants attaquent fort et infligent des pertes aux gentils. C'est la phase "l'empire contre attaque". Bien qu'atteints, les gentils se regroupent sous la houlette du brave gars, qui d'un coup d'un seul, enchaîne plusieurs exploits pour galvaniser le peuple des gentils. C'est le retour du jedi. Finalement, il triomphe du chef des méchants au terme d'un duel épique plein de faux suspens avec moult passages à deux doigts de la mort du héros qui, une fois le travail achevé, s'en va retrouver sa belle. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Le tout avec un message politique un peu lourd.
Et pourtant, ça marche puisqu'il y en a apparemment un paquet qui disent avoir aimé. Ca fait même des siècles que ça marche, car quand on regarde les mythes antiques, mais également le théâtre médiéval ou classique, on est sur le même modèle. Une intrigue qui se noue après avoir posé les personnages et les situations, avec dénouement à la fin. Celui-ci peut être heureux ou pas, mais il a toujours un sens. Et c'est là le coeur du truc, le sens, le message, qu'il est beaucoup plus facile de faire passer en racontant une histoire (le storytelling, c'est vieux comme le monde). Pendant longtemps, c'est par ce mécanisme que l'on a fait passer les idées, les messages politiques ou philosophiques. Avatar s'inscrit donc pleinement dans une très ancienne lignée. Comment cela se fait-il que je n'accroche absolument pas à Avatar, alors que sur des "histoires" plus anciennes, pourtant du même modèle (au hasard, la Bible), j'accroche ?
Tout est dans la profondeur du message. Avec Avatar, l'épaisseur du message, c'est de la feuille d'or. C'est joli et clinquant, mais ça fait 4 microns d'épaisseur. "Il faut respecter la planète et vivre en harmonie avec elle". C'est le message à la mode, celui qu'il faut seriner pour être dans le camp des justes et des gentils. Ce conformisme est un premier point d'agacement. Mais surtout, le film ne contient pas le moindre début de commencement d'explication du "pourquoi il faut adhérer au message". Le choix sans doute, de privilégier le spectaculaire sur l'explicatif, l'esbroufe sur l'intelligence. C'est malheureusement trop souvent le parti pris des blockbusters américains "à message" (parce qu'il y en a qui font du spectaculaire brut, sans le moindre message). On pourra me rétorquer qu'Avatar soulève pas mal de questionnements. Sauf qu'il n'en développe aucun, ce qui accentue la frustration du spectateur. Le "monde" d'avatar n'est qu'un décor, pour un scénario hyper-prévisible accompagné d'un message politique asséné sans explication.
Exactement le contraire de ce que j'attends d'un bon film (ou d'un bon livre d'ailleurs).