Authueil

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mercredi 30 décembre 2009

Faiblesse de l'avatar

Comme c'est les vacances, j'ai un peu de temps, je suis donc allé voir le film qu'il faut avoir vu, Avatar. J'avais quelques craintes au regard du battage médiatique. Et cela s'est confirmé. Je n'ai pas aimé.

Le scénario est d'une atroce banalité : un brave gars embauché par des méchants très méchants, pour infiltrer des gentils et les trahir. Mais voilà, le gars tombe amoureux de la fille du chef des gentils (même que ça rend jaloux le fiancé de la fille du chef). Ca, c'est la "guerre des étoiles". Voyant cela, les méchants attaquent fort et infligent des pertes aux gentils. C'est la phase "l'empire contre attaque". Bien qu'atteints, les gentils se regroupent sous la houlette du brave gars, qui d'un coup d'un seul, enchaîne plusieurs exploits pour galvaniser le peuple des gentils. C'est le retour du jedi. Finalement, il triomphe du chef des méchants au terme d'un duel épique plein de faux suspens avec moult passages à deux doigts de la mort du héros qui, une fois le travail achevé, s'en va retrouver sa belle. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Le tout avec un message politique un peu lourd.

Et pourtant, ça marche puisqu'il y en a apparemment un paquet qui disent avoir aimé. Ca fait même des siècles que ça marche, car quand on regarde les mythes antiques, mais également le théâtre médiéval ou classique, on est sur le même modèle. Une intrigue qui se noue après avoir posé les personnages et les situations, avec dénouement à la fin. Celui-ci peut être heureux ou pas, mais il a toujours un sens. Et c'est là le coeur du truc, le sens, le message, qu'il est beaucoup plus facile de faire passer en racontant une histoire (le storytelling, c'est vieux comme le monde). Pendant longtemps, c'est par ce mécanisme que l'on a fait passer les idées, les messages politiques ou philosophiques. Avatar s'inscrit donc pleinement dans une très ancienne lignée. Comment cela se fait-il que je n'accroche absolument pas à Avatar, alors que sur des "histoires" plus anciennes, pourtant du même modèle (au hasard, la Bible), j'accroche ?

Tout est dans la profondeur du message. Avec Avatar, l'épaisseur du message, c'est de la feuille d'or. C'est joli et clinquant, mais ça fait 4 microns d'épaisseur. "Il faut respecter la planète et vivre en harmonie avec elle". C'est le message à la mode, celui qu'il faut seriner pour être dans le camp des justes et des gentils. Ce conformisme est un premier point d'agacement. Mais surtout, le film ne contient pas le moindre début de commencement d'explication du "pourquoi il faut adhérer au message". Le choix sans doute, de privilégier le spectaculaire sur l'explicatif, l'esbroufe sur l'intelligence. C'est malheureusement trop souvent le parti pris des blockbusters américains "à message" (parce qu'il y en a qui font du spectaculaire brut, sans le moindre message). On pourra me rétorquer qu'Avatar soulève pas mal de questionnements. Sauf qu'il n'en développe aucun, ce qui accentue la frustration du spectateur. Le "monde" d'avatar n'est qu'un décor, pour un scénario hyper-prévisible accompagné d'un message politique asséné sans explication.

Exactement le contraire de ce que j'attends d'un bon film (ou d'un bon livre d'ailleurs).

Révolution syndicale

Paru ce matin au JO :

"Art. D. 2135-7. - Les syndicats professionnels de salariés ou d'employeurs et leurs unions, et les associations de salariés ou d'employeurs mentionnés à l'article L. 2135-1 dont les ressources au sens de l'article D. 2135-9 sont égales ou supérieures à 230 000 euros à la clôture d'un exercice assurent la publicité de leurs comptes et du rapport du commissaire aux comptes sur le site internet de la Direction des Journaux officiels. A cette fin, ils transmettent par voie électronique à la Direction des Journaux officiels, dans un délai de trois mois à compter de l'approbation des comptes par l'organe délibérant statutaire, le bilan, le compte de résultat, l'annexe ainsi que le rapport du commissaire aux comptes. Un arrêté du Premier ministre fixe les modalités de cette transmission. « Ces documents sont publiés sous forme électronique par la Direction des Journaux officiels, dans des conditions de nature à garantir leur authenticité et leur accessibilité gratuite."

Ce décret, paru le 30 décembre et devrait donc être applicable aux comptes de 2009 (sous réserve que l'autorité des normes comptables fasse son boulot).

L'an prochain, vous aurez les comptes de l'UIMM, du Medef, de la CGT et de bien d'autres en ligne. Une vraie révolution je vous dis...

mardi 29 décembre 2009

La subtilité du contrôle de constitutionnalité

J'aimerais revenir dans ce billet sur les aspects "non taxe carbone" des deux décisions du conseil constitutionnel de ce 29 décembre 2009 car ils sont tout aussi intéressants et personne ou presque n'en parlera. Ils permettent pourtant de voir que le conseil constitutionnel sait exercer un contrôle subtil qui concerne le fond, mais également la forme et la manière dont le débat s'est déroulé.

Plusieurs autres dispositions sont censurées, et point important, à chaque fois, c'est le conseil constitutionnel qui a relevé d'office parce que les socialistes n'en avait pas parlé dans leur recours. Il y en a eu à la fois dans la loi de finances initiale pour 2010 et dans la loi de finances rectificative pour 2009. La censure la plus notable, celle a le plus de portée, concerne les très polémiques possibilités de transferts de monuments historiques aux collectivités territoriales. Le conseil a censuré tout ça car ces dispositions étaient des cavaliers législatifs, c'est à dire qu'ils n'avaient rien à faire dans un texte financier, car ne concernant pas les recettes ou les dépenses de l'Etat.

Aucune critique sur le fond, c'est à dire sur le choix politique opéré par le législateur. Le conseil constitutionnel ne remet pas en cause le dispositif en lui-même. Mais il censure quand même, pour vice de forem, et comme par hasard, ça tombe sur une disposition délicate, qui fait débat et qui est arrivée un peu par surprise, sans qu'un vrai débat puisse avoir lieu sereinement en amont. Le gouvernement est malheureusement trop souvent tenté par cette politique du fait accompli, surtout quand il sait qu'un débat préalable est à haut risque politique. Le conseil constitutionnel peut alors décider, sans qu'on le lui demande, de provoquer une "deuxième délibération" en retoquant pour "vice de forme" et en obligeant le gouvernement, s'il tient vraiment à cette disposition, à la représenter devant le parlement. Mais cette fois ci sans l'effet de surprise et avec éventuellement des limites constitutionnelles. Le conseil sait très bien envoyer ces petits signaux, et le texte des considérants, surtout quand il est un peu étoffé, est rarement anodin.

C'est ce qu'il a fait pour le transfert des monuments historiques aux collectivités locales, mais aussi, d'une certaine façon, pour la taxe carbone. Il oblige à un nouveau débat, sur de nouvelles bases, plus saines et plus démocratiques. Le principe d'intelligibilité de la loi n'a été conçu que pour ça.

A trop gagner, on perd tout

Le conseil Constitutionnel s'est prononcé sur les deux lois de finances, celle pour 2010 et la loi de finances rectificative pour 2009.

L'élément majeur de ces décisions, c'est l'annulation de la taxe carbone, non pas sur le principe même, mais parce que de trop larges exemptions en avaient tué le principe. Ne nous leurrons pas, c'est une décision hautement politique. Cela ne l'empêche pas d'être juste, en rappelant que l'égalité de tous devant les charges publiques oblige à justifier les exemptions accordées. Et sur la taxe carbone, les exemptions étaient tellement énormes qu'elles en ont complètement dénaturé le projet initial. C'est donc la censure complète qui est encore la meilleure solution, car un simple annulation des exemptions aurait été une catastrophe, car certains exemptions pouvaient être justifiées, et le texte entrant en vigueur au 1er janvier, le chox économique aurait été fatal pour certaines industries.

C'est aussi une leçon aux lobbies, et c'est sous cet angle que cette décision est politique. A trop en faire, on finit par tout perdre, car si la taxe carbone dans sa première version est annulée, on est certain qu'elle reviendra. Et là, les lobbies industriels seront beaucoup moins à la fête, car l'essentiel du débat public portera sur les exemptions. Pas de question de faire passer discrètement, comme la première fois, des exemptions énormes dont finalement très peu de monde avait perçu l'ampleur (et moi le premier). Beaucoup n'avaient en tête que les exemptions accordées aux agriculteurs et aux transporteurs routiers.

Par cette censure, le conseil constitutionnel a recentré le débat. Je me demande comment les lobbies vont réagir. Je leur fait confiance pour trouver une formule les préservant. J'attend ça avec une certaine curiosité professionnelle. Mais il va falloir faire vite, car Fillon a annoncé un passage en conseil des ministres pour le 20 janvier. Cela veut sans doute dire une loi de finances rectificative dans les deux semaines gouvernementales de février (avant les régionales). Au moins une bonne nouvelle, cela veut dire que l'examen de la LOPPSI est reportée.

lundi 28 décembre 2009

La baudruche H1N1 se dégonfle

Une récente étude menée sur des femmes enceintes à Marseille a montré que les trois quarts des femmes ayant les anticorps liés à une infection par le virus H1N1 n'ont eu aucun symptôme ou alors ne s'en sont pas rendus compte. Si on extrapole (même avec une forte marge d'erreur), 5 millions de personnes ayant consulté pour H1N1, ça fait 20 millions d'infectés. Pas étonnant que le pic de l'épidémie soit déjà atteint. cela confirme que ce virus qu'on nous annonçait comme la nouvelle grippe espagnole est en fait un petit virus de rien du tout, qui n'est vraiment dangereux que pour les personnes déjà fragiles et quelques autres cas isolés et finalement très marginaux.

A la lumière de cette information, j'ai rassemblé mes souvenirs. Une après midi, j'ai eu un accès de fièvre assez soudain accompagné d'un gros coup de fatigue. Mis à part les rhumes, je ne suis jamais malade (je n'ai pas le souvenir d'avoir pris un arrêt de travail). J'ai pris un doliprane 1000, je me suis un peu allongé (et oui, j'ai un lit dans le bureau) et en fin d'après midi, cela allait beaucoup mieux. Ca se trouve, c'était H1N1... Concernant mes enfants, ils ont été assez malades (surtout le dernier) à ce moment là, accumulant rhinites, otites et autres joies de l'hiver pour les très jeunes enfants.

Finalement, j'ai bien fait de ne pas aller me faire vacciner. J'aurais sans doute été plus malade si je l'avais fait. Et j'aurais facilement perdu ma matinée.

Ce qui me dérange le plus, c'est le souk médiatique autour de cette grippette. Plus que de l'information, les médias (et notamment l'audiovisuel) on fait dans l'alarmisme et l'émotionnel, meublant le creux du mois d'août en faisant monter une inquiétude au grand bénéfice de leurs recettes publicitaires et de celles de l'industrie pharmaceutique qui s'est goinfrée sur fonds publics de manière hallucinante. Et quelles leçons vont être tirées, tant pour le fonctionnement de l'Etat que pour celui des médias ? Aucune, absolument aucune. Tout va continuer comme avant, sans même que l'idée d'une mise en question effleure un tant soit peu nos responsables.

dimanche 27 décembre 2009

Hadopi la mort née

La structure hadopi se met progressivement en place, un peu dans la douleur, il faut le reconnaitre. Cette nouvelle autorité administrative a des locaux, un collège de membres. C'est maintenant qu'on va commencer à se marrer, car c'est le plus facile qui a été fait.

Il reste encore quelque tuyaux à monter dans l'usine à gaz, et visiblement, les ouvriers chargés de la tâche rechignent. La CNIL vient de suspendre son avis sur un décret dans l'attente d'avoir un autre projet de décret. Elle estime à juste titre ne pas pouvoir donner son accord sur le fichage des internautes fautifs si elle n'a pas le décret définissant qui sont les internautes fautifs. Cette décision est technique, mais le fait que la CNIL ait jugé bon de communiquer là dessus est par contre très politique. Elle aurait pu attendre gentiment que le gouvernement lui communique le texte, dans une relation de confiance. On est davantage dans la méfiance et la crainte par la CNIL, d'une entourloupe du gouvernement.

Les décrets déjà sortis ne sont pas bien méchants, mais ceux qui vont suivre ne vont pas manquer d'être attaqués devant le Conseil d'Etat. Ils ont intérêt à être en béton armé, car je ne suis pas du tout certain de la bienveillance du Conseil d'Etat vis à vis d'Hadopi. Lors du passage du texte devant le Parlement, on avait à faire à un 38 tonnes lancé à pleine vitesse. Toute remarque rationnelle ou juridique n'était pas de mise. Le Conseil Constitutionnel a été le seul à pouvoir freiner le convoi et à en limiter la dangerosité, mais sans réussir à l'arrêter. Il était donc inutile d'intervenir à ce moment là, la meilleure attitude étant encore de se taire et de laisser passer le poids lourd. C'est ce qu'ont fait avec intelligence Fillon et NKM, ainsi que nombre d'intervenants "officiels" du monde de l'internet qui se sont tus mais n'en pensaient pas moins. C'est maintenant que l'orage politique est passé qu'ils vont pouvoir entrer en action, chacun à sa place, pour gripper et paralyser le processus de mise en place de l'hadopi. C'est la CNIL qui ouvre le bal, d'autres suivront. Aucun cadeau ne sera fait !

Hadopi ne sera au bout de ses peines une fois complètement mise en place. Tout ce qui pouvait être dit sur les risques l'a été pendant les débats à l'Assemblée nationale. L'adresse IP n'étant pas une donnée fiable, il y aura des erreurs, des soucis. En ce moment par exemple, je tape cet article à partir d'une connexion WIFI qui n'est pas la mienne, et qui n'est pas sécurisée. Obliger l'ensemble des titulaires d'un accès internet à le sécuriser ne va pas se faire du jour au lendemain, surtout quand la personne accusée pourra prouver qu'elle n'est en rien coupable (du genre téléchargement par l'accès wifi d'une entreprise un dimanche soir, quand il n'y a aucun salarié dans les locaux, mais des voisins de l'immeuble qui se connectent...). L'entreprise pourra se dédouaner, mais on ne pourra pas l'obliger à rechercher le vrai coupable. Je suis à peu près certain que des petits malins vont s'amuser à faire en sorte que l'hadopi poursuive une imprimante ou un vieux rossignol bien incapable de télécharger quoique ce soit.

C'est là que les juges vont intervenir. Je ne sais pas du tout ce qu'ils pensent de l'hadopi, du rôle qu'ils doivent jouer. A mon avis (qui n'engage que moi), ils ne vont rien changer à leur pratique actuelle. Car les juges sanctionnent déjà pour des téléchargements illégaux. Il y a eu des condamnations, parfois lourdes. Mais à chaque fois, il y a eu des investigations autres qu'un simple relevé d'adresse IP et ceux qui tombaient étaient des gros téléchargeurs (800 films, ce n'est pas pour la consommation personnelle). La menace judiciaire existera toujours, mais je doute que les magistrats fassent souvent appel à la boite à outils que leur donne l'Hadopi. Cette dernière sera transformée en une machine à faire peur aux enfants, à spammer et finalement, aura le même sort que l'Autorité de régulation des mesures techniques, créée par DADVSI, qui a tellement peu servi qu'on en a repris les membres pour l'Hadopi.

Cerise sur le gâteau, le monde l'internet est en train de reprendre la main. C'est encore timide, mais ça vient. Des réflexions sont en cours sur le droit à l'oubli, qui ne manqueront pas de téléscoper la logique de l'hadopi et surtout, ses bases techniques. Dans la proposition de loi des sénateurs Detraigne et Escoffier sur le droit à l'oubli, l'article 2 propose que l'adresse IP devienne une donnée personnelle. C'est un petit exemple de la contre-offensive qui se prépare, où sans le dire, les spécialistes de l'internet vont reconfigurer le système pour saper complètement les dispositifs mis en place par les industries culturelles, qui n'y verront que du feu ou s'en rendront compte trop tard. Elles sont d'ailleurs en train de creuser leur tombe avec la mission Zelnik et les propositions de taxer les FAI, les transformant ainsi en alliés des internautes dans ce nouveau combat.

mardi 22 décembre 2009

L'impasse de la loi anti burqa

Jean-François Copé a voulu prendre tout le monde vitesse en annonçant le dépôt, en janvier prochain, d'une proposition de loi interdisant d'avoir le visage caché sur l'espace public.

Ce texte risque fort de se fracasser sur le mur du droit constitutionnel. Le droit de se vêtir comme on l'entend, en se couvrant ou non le visage est un droit constitutionnellement protégé, tout comme le droit d'aller et de venir. Le conseil constitutionnel n'a jamais eu l'occasion de le dire explicitement, mais c'est évident qu'il ne pourra pas aller dans une autre direction. Il ne peut y être apporté des restrictions que pour des considérations d'ordre public (sécurité, salubrité publique) qui doivent être strictement nécessaires, encadrées et appréciées restrictivement. C'est la liberté qui est le principe et l'interdiction l'exception. Et là, en plus, la genèse des travaux parlementaires indique clairement que la raison de cette interdiction ne relève absolument pas d'une défense de l'ordre public, mais plutôt d'une défense de "l'ordre moral occidental".

C'est la position habituelle de la justice administrative (allez voir chez d'autres pour les explications techniques). Je sais que le conseil constitutionnel manque parfois de courage, mais s'il ne met pas le holà immédiatement à cette atteinte aux libertés publiques, c'est la cour européenne des droits de l'homme qui s'en chargera !

vendredi 18 décembre 2009

Information discrète mais pertinente

Pour ceux que la réforme de fond de la régulation financière intéresse, je ne peux que leur conseiller la lecture de ce rapport. Vous n'en entendrez pas forcement parler dans la presse, ni même ailleurs à moins d'être du métier. Il est déjà ancien (juillet 2009), mais il contient un certains nombre de constats et de propositions que l'on retrouvera dans quelques mois sous forme de projet de loi ou de décret.

D'ailleurs, en avez vous entendu parler, de ce projet de loi ? J'ai appris son existence mercredi dernier, lors de son adoption en Conseil des ministres. Avant, pas le moindre signal et les mentions dans la presse au moment de sa sortie ont été succinctes. Pourtant, il contient des choses intéressantes et inhabituelles. On procède par exemple à la transposition de la directive européenne du 16 septembre 2009 (Oui, vous avez bien lu, 2009). Une telle rapidité dans la transposition d'une directive est tout à fait inhabituelle. C'est surtout le titre 1 qui est intéressant, car il pose les bases d'une régulation européenne des marchés financiers.

C'est là que ça se passe. Ca commence par des rapports, ça se poursuit pas des propositions législatives et règlementaires. Ce ne sera peut être pas la panacée, mais c'est quand même autre chose que l'enfumage médiatique de la taxation des bonus dont on nous parle tant.

jeudi 17 décembre 2009

Expérience amusante

Le collectif Regards citoyens n'en finit pas de m'amuser. Après le très potache (et très drôle) députésgodillots, le plus sérieux nosdéputés.fr, voilà que nos candides citoyens s'attaquent au Sénat.

La bourde d'un sénateur centriste qui a entrainé le rejet d'un texte a attiré leur attention sur le système de vote par scrutin public du Sénat. Ils ont regardé le règlement du Sénat et ont constaté que ce mode de scrutin était encadré par quelques règles. Un de leurs membres a donc pris sa plume et a écrit au président du Sénat pour lui demander si, lors du vote controversé, toutes les règles étaient bien appliquées.

Bien évidemment qu'elles ne l'étaient pas. Et c'est ça qui pose problème, car ces votes sénatoriaux ont quand même une incidence juridique forte. De la validité de la procédure dépend la validité du scrutin. Il apparait étrange que dans le lieux où s'élabore la loi, cette dernière ne s'y applique pas.

A travers ce sujet anecdotique, quand on tire le fil, on voit toute la pelote du fonctionnement opaque du Sénat se dérouler. Le palais du Luxembourg est un lieu étrange, très compassé, où tout est obscur. On est entre gens de bonne compagnie, qui fuient les projecteurs (ils n'en ont pas besoin pour être réélus) et qui règlent leurs petites histoires entre eux. Connaissez vous les présidents de commission au Sénat ? Ce sont d'illustres inconnus, et pourtant, ils sont très influents. Les décisions se prennent dans des cénacles à la constitution byzantine, où l'appartenance politique à la majorité n'est qu'un critère de pondération de l'influence. Les initiatives individuelles sont très mal vues et l'impertinent qui ose se lever contre les décisions prises est vite mis à l'écart. Dans ce jeu là, la séance publique est un théâtre d'ombres, où quelques acteurs font les gestes rituels afin de valider ce qui a été décidé ailleurs.

Que des citoyens tentent de soulever le tapis pour voir ce qu'il y a en dessous m'apparait démocratiquement sain. J'attends donc avec une curiosité très amusée la suite qui sera donnée à ce courrier, même si je ne me fais aucune illusion.

La prébende change de mains

Emmanuelle Mignon ayant quitté le cabinet du président de la République, elle doit aussi quitter la présidence du conseil d'administration du domaine national de Chambord qui est traditionnellement réservée au directeur de cabinet de la présidence de la République. Mais apparemment, l'actuel directeur de cabinet, Christian Frémont, n'a pas souhaité s'encombrer de ça. Il avait laissé le poste à Emmanuel Mignon quand celle-ci est passée de directrice de Cabinet à simple conseillère.

C'est donc Pierre Charon, conseiller à la présidence qui récupère le fauteuil. Cela ne devrait pas trop peser sur son rythme de travail, car un nouveau directeur général vient d'être nommé. Et heureusement, car en plus d'être conseiller de Sarkozy, Pierre Charon est aussi membre du conseil économique et social et conseiller de Paris.

Quelqu'un pourrait-il m'expliquer en quoi il faut absolument que ce soit un membre du cabinet du président de la République qui soit président du domaine national de Chambord ?

mercredi 16 décembre 2009

Couacs en série

La fin de l'année est difficile pour la majorité au Parlement. Les couacs s'enchainent sur les votes. Et ce n'est peut-être pas fini.

Le signal a été donné par le Sénat où un novice (le suppléant de Michel Mercier), croyant voter sur l'ensemble du texte a en fait voté pour un amendement communiste de suppression du texte. Comme il votait pour l'ensemble de son groupe, il a fait basculer la majorité. Le texte a été déclaré rejeté, il va donc revenir faire un tour à l'Assemblée avant de retourner au Sénat. Il sera finalement adopté, mais ça fait perdre du temps et surtout, ça fait tache.

Hier soir, c'est à l'Assemblée nationale que l'on a frôlé la sortie de route, sur la motion de renvoi en commission sur le projet de loi sur la Poste. A la reprise de la séance, voyant que l'UMP est minoritaire dans l'hémicycle, le député socialiste chargé de défendre la motion fait dans l'ultra-light afin de passer rapidement au vote. Le président de séance UMP suspend immédiatement la séance. Elle ne sera reprise qu'une heure plus tard, avec un hémicycle garni d'UMP. Si le président de séance avait été un PS, on aurait repris bien plus tôt et la motion aurait sans doute été adoptée...

Mais ce n'est pas fini. Le programme de travail indique que le vote final sur le budget aura lieu vendredi matin, et que le vote solennel sur la Poste est mardi après midi. C'est de l'inconscience ! Le gouvernement prend des risques de se retrouver devant un hémicycle vide d'UMP, pour cause de lassitude des troupes. En effet, vendredi, beaucoup seront rentrés en circonscription et le programme de la semaine prochaine (séance seulement lundi et mardi) n'est pas franchement motivant. J'en connais un paquet qui ne vont pas venir la semaine prochaine...

Les veilles de vacances sont souvent terribles au parlement. Rappelez-vous DADVSI, en 2005. Cela se passait juste avant les vacances de Noël...

mardi 15 décembre 2009

Quand les jeunes UMP piratent de la musique

La question du respect des droits de propriété intellectuelle vient de se poser de manière assez cocasse pour l'UMP. La musique du clip des jeunes pop qui fait tant de bruit aurait été utilisée sans autorisation, du moins sans autorisation de tous les ayant-droits.

L'inanité du système actuel est clairement démontrée. Même ceux qui font bien attention se font prendre en défaut. Et en plus, ce n'est pas la première fois, puisque l'UMP s'était déjà fait avoir avec le groupe MGMT. Bien qu'ayant payé la Sacem, ils ont quand même dû cracher 30 000 euros en plus, pour quelques diffusions lors des meetings. Après ça, allez donc expliquer que pirater c'est mal, et surtout, que l'offre légale est simple et attractive.

C'est par de tels imbroglios, qui mettent dans la mouise ceux-là même qui défendent le système actuel, que l'on provoque des prises de conscience. A l'UMP, ils doivent quand même se dire qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la propriété intellectuelle...

lundi 14 décembre 2009

Le mépris de l'électeur

Rachida Dati est comme son patron Nicolas Sarkozy, elle joue cartes sur table. Et ça donne ça. Un mépris complet des fonctions qui lui sont confiées, un refus de travailler, tout simplement.

Il y a des jours, je regrette qu'il n'existe pas des procédures de destitution d'élus je-m'en-foutistes. Parce que, à ce point, c'est grave. Pour ceux qui militent encore pour la proportionnelle, qu'ils méditent un peu sur cette vidéo. Rachida Dati est un pur produit de la proportionnelle. Si elle n'avait pas été imposée contre vents et marées dans le 7ème arrondissement de Paris (avec en prime un enfumage de première pour le maire sortant) et en seconde position aux Européennes (la meilleure, puisqu'éligible sans avoir à porter la liste), Rachida Dati ne serait rien. On peut reprocher beaucoup de choses aux députés français, mais aucun n'atteint ce niveau-là de fainéantise et de mépris pour ses électeurs. Devoir se présenter à un scrutin uninominal, ça filtre et ça évite de telles aberrations démocratiques.

Ce qui me rassure, c'est que là où elle est, elle est relativement inoffensive. Elle n'a pas de fonctions exécutives et elle est entourée de collègues n'en ont strictement rien à faire de plaire ou de déplaire à Sarkozy, et qui ne la jugeront que sur ce qu'elle est et non pas sur ses soutiens. En voilà une qui ne perturbera pas le fonctionnement de l'Europe. Si jamais elle a des velléités de s'intéresser à l'activité parlementaire, elle sera rapidement mise à l'écart. C'est ce que l'on aurait dû faire depuis longtemps en France.

Il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est que l'on traite par dessus la jambe un mandat confié par les électeurs. Personne n'est obligé de se présenter à une élection, la moindre des choses, c'est de remplir les quelques obligations minimales. Aucun élu ne se comporte ainsi et si certains sont assez absents des assemblées parlementaires, c'est toujours pour se consacrer totalement à un autre mandat.

samedi 12 décembre 2009

Révolutionnaires en peau de lapin

Etre français, c'est être révolutionnaire. Voilà ce que nous sort un grand intellectuel, Eric Cantona. Il n'a malheureusement pas tort, mais il devrait ajouter que c'est surtout être un révolutionnaire de salon.

Un journaliste suisse s'étonnait récemment des références que pouvaient encore faire des mouvements politiques de gauche, et notamment le PS, à la Commune.

Je crois volontiers, à sa suite, que l'attrait pour la Commune, et pour bien des mouvements historiques se rattachant à une utopie "socialisante" tient surtout du romantisme et d'un attachement sentimental à une utopie généreuse. Ce ne serait pas bien méchant si cela ne provoquait pas des blocages politiques. La situation au PS est emblématique de ce problème, le tiraillement entre l'absolu rêvé de la révolution et les nécessités terre-à-terre de la gestion provoquant une schizophrénie pas évidente à vivre et encore moins à expliquer. Où retrouve-t-on la Commune dans la pratique politique du PS ? Nulle part ! et pourtant, la référence est toujours là, avec un petit autel quelque part rue de Solférino, où tous les jours on renouvelle l'encens et les fleurs. Le piège se referme régulièrement car il existe toujours en France de vrais héritiers de la Commune, à savoir l'extrême gauche (à la gauche du PCF) qui elle, vit pleinement dans l'esprit d'anarchie et d'utopie irréaliste de la Commune. Et le drame, c'est qu'ils représentent un partie certes faible, mais non négligeable de la population (autour de 3 à 5%). Eux aussi rêvent, mais ne pratiquent pas, leur violence étant essentiellement verbale (les groupuscules violents d'extrême gauche, c'est de la gnognotte à coté des communards). Mais cela suffit à exercer une pression suffisante sur le PS pour qu'il soit incapable de trancher entre romantisme révolutionnaire et réalisme gestionnaire.

Finalement, l'esprit français, c'est ça. On se rêve révolutionnaire, mais on ne veut surtout pas pratiquer, ou alors au détriment des autres ! C'est quelque part un signe d'infantilisme, un refus de grandir et de prendre ses responsabilités. J'y vois une séquelle de l'absolutisme, car en s'écroulant très rapidement, n'a pas pas permis un vrai apprentissage de la démocratie, qui demande forcement du temps. La présence d'une extrême gauche forte, c'est le signe d'une mauvaise acclimatation de la démocratie.

jeudi 10 décembre 2009

Chiffon rouge

Le nouveau clip des jeunes UMP a suscité une vague d'hilarité sur le net, au moins autant que le nouveau site de Ségolène Royal. C'est vrai qu'ils y vont fort avec un produit pour le moins "décalé". Mais ont-ils joué un mauvais coup, je n'en suis pas certain du tout.

Quelle qu'ait été leur initiative, ils se seraient faits basher sur le net. Parce qu'ils sont UMP, tout simplement. A partir de là, faire quelque chose d'intelligent, de subtil ou une débilité profonde, ça ne change rien. Il n'y aura pas de débat sur le fond, juste un tir de barrage avec de gros morceaux de mauvaise foi militante dedans.

Quel intérêt de faire ça ? Le buzz. Dites en du bien, dites en du mal, mais parlez-en. Cela permet aux jeunes pop d'exister sur internet, là où le MJS est totalement absent, car invisible et inaudible. Au passage, cela soude les troupes et les équipes de se faire attaquer ainsi. Coup double pour les jeunes pop, qui se moquent sans doute éperdument de leur image auprès des internautes. Perdu pour perdu, autant y aller franco.

Les perdants, ce sont ceux qui participent à ce buzz. Ils se sont fait plaisir, se sont défoulés à se foutre de la gueule des jeunes pop. Et puis c'est bien tout. C'est vrai que de cet internet là, il ne sort pas grand chose de constructif. Ce n'est que bavardages et futilités. Le bruit, le buzz ne mène pas loin, c'est de l'éphèmere car derrière, il n'y a pas de fond, pas de réflexion, pas de contenu. Il suffit d'agiter un chiffon rouge pour que cet internet là entre en transes et se précipite, tête baissée.

Si le but de l'UMP est de discréditer les internautes, de les faire passer pour des excités sans cervelle, c'est plutôt réussi. L'internetbashing de l'UMP, où l'inénarrable Frédéric Lefebvre s'illustre magnifiquement, est une stratégie de long terme destinée à préparer le terrain pour la revanche d'Hadopi, pour gagner la bataille de la communication et de l'image sur les questions liées à internet. On décrit internet comme un lieu dont rien de bon ne sort, où règne en maitre la rumeur, la calomnie, les réactions excessives et où on chercherait en vain un once d'intelligence. C'est l'image des internautes en général qui se dégrade dans la population pour laquelle l'usage d'internet, c'est le mail et l'e-commerce. Quand de nouveaux projets destinés à transformer internet en un "minitel 2.0" reviendrons et que les internautes se mobiliseront contre, ils ne rencontreront peut être plus la même sympathie et le même soutien qu'ils ont pu avoir sur hadopi.

Il ne faut pas croire que ceux qui sont derrière Hadopi soient des naïfs ou des idiots qui n'ont rien compris à internet. Bien au contraire, ils ont parfaitement compris comment cela fonctionne techniquement, ce qu'on peut en faire et ce qu'ils veulent en faire...

mercredi 9 décembre 2009

L'art de la contorsion socialiste

Le PS n'en finit pas de se discréditer et Martine Aubry de montrer les limites de son autorité avec le cas Georges Frêche. Ce personnage "haut en couleurs" et grand trolleur devant l'éternel a finalement été exclu du PS, avec à l'époque, moult tergiversations.

Le problème resurgit avec les élections régionales, Georges Frêche, président sortant du Conseil régional étant candidat à sa sucession. Là encore, le PS a tourné autour du pot, affirmant haut et fort qu'il n'était pas question de l'investir. Mais Frêche tenant bien ses troupes, la consultation des militants a plébiscité le principal lieutenant de Frêche, qui affirmait haut et fort que voter pour lui, c'est voter pour Frêche. La seule solution que le PS parisien ait trouvé, c'est de dire qu'il n'investiraient pas Georges Frêche, mais ne lui feraient pas obstacle non plus. De toute manière, ils n'en ont pas les moyens...

Dans cette affaire, le PS a tout perdu, car il est fort probable que Georges Frêche remportera les régionales en Languedoc-Roussillon, sans l'investiture du PS, montrant ainsi que, lorsqu'on est bien implanté localement, l'investiture n'apporte rien. Le signal à destination des grands barons est très clair : vous pouvez faire ce que vous voulez, le siège parisien n'a aucun moyen de vous empêcher d'être candidat et la seule arme dont ils disposent, refuser l'investiture, c'est un pistolet à eau.

Mal élue, sans autorité réelle sur les grands barons, avec Ségolène dans les pattes, je vois mal comment Martine Aubry va pouvoir préparer efficacement l'échéance de 2012. Que du bonheur pour Sarkozy !

mardi 8 décembre 2009

Simplifions 2.0

La coproduction législative va peut-être connaitre un développement que son promoteur, Jean-François Copé, n'attendait pas. Le collectif regards citoyens vient de lancer une nouvelle fonctionnalité sur son déjà excellent site nosdeputés.fr.

Ils ont mis en ligne la proposition de loi de simplification du droit de Jean-Luc Warsmann, avec des renvois systématiques en lien vers légifrance dès qu'un texte de loi est cité et un espace commentaire sous chaque article. Chaque citoyen va pouvoir lire le texte en ayant les éléments pour le comprendre (ce serait encore mieux avec une "version consolidée", c'est à dire indiquant les modifications au sein même du texte modifié...) et peut donner son avis voire formuler des propositions d'amendements. Ils ont choisi un texte où il y a matière à commenter (j'ai déjà eu deux retours négatifs sur des dispositions de ce texte).

Cette expérience m'intéresse beaucoup. La première étape est franchie avec cette mise en ligne. Reste à faire le plus difficile, amener les bons contributeurs à participer à ce travail. Dans mon optique, un bon contributeur, c'est un internaute qui a réellement quelque chose à dire sur le fond et qui le fait de manière calme, posée et technique. Je pense qu'il va y avoir un travail dantesque de modération pour ne laisser que les commentaires présentant une réelle valeur ajoutée. L'idéal serait que de vrais débats aient lieu, d'une qualité égale à ceux qui se déroulent dans l'hémicycle.

Je lance donc un appel à tous mes lecteurs (enfin ceux qui ont quelque chose à apporter) pour qu'ils s'inscrivent sur le site nosdéputés.fr et commentent. Si une communauté ne s'approprie pas cet outil, il n'ira pas jusqu'au bout de ses potentialités, qui sont immenses.

C'est peut-être le début d'une révolution démocratique. Elle sera ce que les internautes en feront. Vous êtes au pied du mur, à vous de jouer et de faire vos preuves.

lundi 7 décembre 2009

Quitter l'UMP

Ce midi, coup sur coup, deux dépêches sont tombés, annonçant le départ de l'UMP de Jean-Luc Romero et d'Hervé de Charette. Le premier indique qu'il se sent isolé au sein de l'UMP dans ses combats en faveur du communautarisme gay (ce qui n'est pas faux) et que finalement, sur bien des points, il se sent plus en phase avec le PS. Le second déclare qu'il trouve l'UMP trop à droite.

La concomitance de ces deux départs n'est absolument pas le fruit du hasard. Les deux sont conseillers régionaux sortants, le premier en Ile-de-France et le second en Pays de Loire, et visiblement, ils ne seront pas sur la liste UMP aux prochaines régionales. Romero rejoints donc avec armes et bagages le PS qui, par un heureux hasard, lui propose une place éligible aux régionales ! Le second ne rejoint personne, vu que personne ne lui a proposé de place éligible aux régionales...

Un tel revirement, pile au moment où les listes sont bouclées, c'est du dépit de sortant mécontent d'avoir été évincé et qui sait n'avoir plus rien à perdre car il ne reviendra pas dans le jeu. Romero s'est largement grillé, plus par son action à la tête de l'association pour le droit de mourir dans la dignité (pro-euthanasie) que pour son orientation sexuelle. Pour Hervé de Charette, c'est encore plus simple, il a 71 ans. L'habillage politique n'est qu'un prétexte, car si on part uniquement pour des raisons de convictions, on le fait à une autre moment, et en général, on attend pas aussi longtemps.

Histoire de

Un drame agite la petite communauté des historiens : on va rendre l'histoire-géo optionnelle en terminale S. En première ligne pour dénoncer cette atteinte intolérable à la démocratie, les professeurs d'histoire-géo. Vous pensez bien, ça fait des heures en moins, donc des postes en moins, et donc une perte de "prestige symbolique", pour parler bourdieusien. C'est donc intolérable. Mais comme on ne peut pas présenter les choses comme cela, on tente d'habiller cette protestation corporatiste en défense de l'intérêt des élèves (qui soit dit en passant, s'en foutent complètement de l'histoire géo en terminale S).

Le grand argument, c'est la nécessité de préserver un "enseignement à la citoyenneté" que remplit l'histoire-géo. C'est à la fois vrai et pas convainquant dans ce cas de figure.

Oui, l'histoire est un enseignement qui ne doit pas disparaitre car elle permet de prendre du recul sur l'actualité, d'acquérir une perspective, une "épaisseur" citoyenne. En plus, cela permet d'avoir une culture générale qui est souvent ce qui fait la différence au moment des entretiens d'embauche. Mais ce qui compte, c'est d'avoir fait de l'histoire pendant sa scolarité et là, le ministre a pris position pour un renforcement des horaires d'histoire en classe de Première. Que cela soit optionnel en terminale S n'a pas tellement d'importance, car les élèves de terminale ne s'intéressent qu'aux matières à fort coefficient. Autant vous dire que l'histoire ou la philo, c'est quand on a le temps ou que l'on aime ça. En terme de pur bachotage, ce n'est pas rentable. Cette réforme prend donc acte d'un état de fait.

Il faut aussi relativiser le rôle que peut avoir une matière scolaire dans la formation des jeunes. Tout dépend du prof, qui s'il est passionnant, peut faire bien plus qu'un prof médiocre. Et surtout, il n'y a pas que l'école qui assure la formation des jeunes. L'école est là pour instruire, mais l'éducation revient aux familles. C'est aussi aux parents de prendre leurs responsabilités et de former leurs enfants, notamment à la citoyenneté ! L'école ne peut pas tout faire et ne doit pas tout faire. Je crois que c'est important à rappeler.

Enfin, cette réforme n'est pas là pour sanctionner l'histoire, mais pour renforcer l'enseignement en Sciences, qui est un vrai problème. La désaffection des jeunes pour les formations universitaires scientifiques est de plus en préoccupante. Dans la compétition internationale, nous sommes en train de prendre du retard car dans bien des disciplines scientifiques, la relève ne sera pas là ! Il est donc urgent de renforcer l'enseignement scientifique et de faire de la filière S une vraie voie d'entrée vers les études scientifiques, et non pas ce qu'elle actuellement, une filière "d'excellence" qui mène à tout, et donc pas nécessairement aux sciences. Si on veut faire Science-po, c'est en ES qu'il faut aller, pas en S !

Cette réformette ne mérite donc pas le traitement qui lui est accordée. Ses effets, positifs ou négatifs, seront finalement assez limités. Sauf peut-être pour les professeurs d'histoire-géo qui la vivent comme une atteinte à leur prestige et à leur place dans le système éducatif.

samedi 5 décembre 2009

Warsmann et lexisnexis

Jean-Luc Warsmann aurait eu recours à un cabinet d'audit privé pour l'élaboration de sa loi de simplification du droit. Pour 80 000 euros. Il a aussi bénéficié de l'analyse du Conseil d'Etat. Gratuitement. Cette intervention d'un cabinet privé semble choquer certaines personnes. Pour moi, tout dépend comment cela est fait.

Il faut cesser avec ce mythe des propositions de loi écrites par les parlementaires. A moins qu'elles ne soient issues d'une mission d'information, avec des auditions et un temps assez long de préparation, les propositions de loi sont écrites ailleurs, soit dans les ministères, soit par les lobbies. Qu'un cabinet juridique écrive des articles de loi, cela ne me choque pas. Au moins, on a l'assurance que c'est juridiquement bétonné. Ensuite, c'est au politique d'en prendre et d'en laisser. Tant que ce stade du tri reste entièrement entre les mains des élus, je n'y vois aucun problème.

Certains s'étonnent que l'Assemblée nationale n'ait pas les moyens de faire le travail en interne. Personnellement, je ne suis pas surpris. Il y a bien 250 administrateurs, mais tous ne sont pas dans les commissions, à s'occuper du travail législatif. Si la commission des lois a une dizaine d'administrateurs, c'est bien le bout du monde. Et ils n'ont pas que la simplification du droit à gérer, mais tous les textes qui doivent être examinés par la commission des lois et il y en a eu ces derniers temps, que ce soient les textes d'application de la Constitution, les lois pénales. Ils doivent aussi s'occuper des avis budgétaires, des rapports et les missions d'information. Pour la simplification du droit, il y avait un administrateur (qui a dû travailler comme une brute sur la fin) éventuellement aidé d'un collègue. L'Assemblée nationale n'a absolument pas les experts pointus dont dispose un cabinet comme Lexisnexis.

Ce qui me dérange le plus, et je suis loin d'être le seul, c'est que Jean-Luc Warsmann ait tout gardé pour lui, sans informer absolument personne. Si les socialistes ne l'avaient pas questionné de manière insistante, nous ne l'aurions jamais su ! C'est la manière de travailler de Jean-Luc Warsmann qui est clairement en cause. Il travaille dans l'opacité la plus totale, avec sa petite équipe, en tenant soigneusement écartés ses autres collègues présidents de commission. Seul Didier Migaud, président de la commission des finances, s'est saisi pour avis, au dernier moment, sans doute sur un mouvement d'humeur car au moment de la saisine pour avis, on était en pleine préparation du budget et les administrateurs de la commission des finances avaient autre chose à faire. Ce qui a le plus énervé, c'est cette rétention d'informations : aucune mention de cette étude de Lexisnexis, seulement des extraits du rapport du Conseil d'Etat. Et sans doute reste-il des choses dont nous n'avons pas eu connaissance...

S'il n'y avait pas eu le bug de le scientologie, cela ne serait pas aussi gênant. Mais il y a eu ce bug, et il est clairement imputable aux méthodes de travail du président de la commission des lois. Cette fois-ci, l'examen de la proposition de loi de simplification du droit s'est faite un peu moins en catimini que la dernière fois. Mais pas encore assez, car finalement, les députés s'en sont préoccupés assez tard, au moment où elle a été mise à l'ordre du jour. C'est dès maintenant qu'il faut s'intéresser au prochain texte, et dès le dépôt du texte, forcer Jean-Luc Warsmann à "jouer collectif" par une saisine pour avis des commissions intéressées (toutes sauf la Défense et les Affaires étrangères).

vendredi 4 décembre 2009

Double langage à l'UMP

Un maire UMP de la Meuse a été entendu tenant des propos peu amènes pour les immigrés en général, sans pour autant tomber dans le délit pénal. "On va se faire bouffer" et "on les payent à rien foutre". Certes, c'est caricatural et pas très gentil, mais pas de quoi fouetter un chat et porter plainte (sinon, vous pensez bien que certaines associations l'auraient déjà fait).

Pourtant, les responsables de l'UMP, à commencer par Gérard Longuet, sénateur de la Meuse (ce maire est donc l'un de ses grands électeurs) et président du groupe UMP au Sénat ont vivement réagi, parlant de suspendre cet élu de l'UMP. Cette réaction est une tartufferie sans nom.

Si on devait virer tous les militants de l'UMP qui pensent peu ou prou ce dit ce maire, il ne resterait pas grand monde. Et encore, ce qu'a dit ce maire, c'est gentil à coté de ce que pensent certains. On ne peut pas à la fois racoler l'électorat du front national et s'étonner après que le militant UMP de base tienne ce genre de propos, où il ne fait que répéter ce qu'il entend dans les réunions UMP. Il faut être un minimum cohérent. Quand on lance un débat aussi mal ficelé et ambigu sur un thème aussi sensible que l'identité nationale, il faut pas s'étonner que ça dérape. Là dessus, l'UMP récolte ce qu'elle a semé !

Finalement, ce qui est reproché à ce maire, ce n'est pas tant le contenu même de ses propos que le fait que cela ait été médiatisé et ait porté atteinte à 'l'image" de l'UMP. Cela révèle la trouille des dirigeants de l'UMP face au tribunal médiatique. Surtout, ne pas offusquer les bien-pensants qui tiennent les médias. Cela oblige à un grand écart entre ce qu'ils disent à leur base, les grandes lignes directrices qu'ils leur donnent, et l'image modérée qu'ils veulent avoir dans les médias, qui ne colle absolument pas. On nage en pleine schizophrénie ! La droite n'est finalement pas si décomplexée que ça (à part Sarkozy, que l'on aimerait parfois un peu moins décomplexé, vu quand même qu'il est président de la République).

Ce n'est pas le première fois que l'UMP se retrouve ainsi pris au piège de cette contradiction. Rappelez vous la vidéo de Brice, qui tient auprès des militants des propos d'un humour douteux. Ce maire de la Meuse tient exactement le même langage. Il n'est pas raciste, juste un tantinet populiste. Plus de la bêtise qu'autre chose. Mais comme c'est le discours que tiennent devant lui les responsables de son parti, lors des évènements internes, il ne comprend pas pourquoi il se retrouve sur la sellette.

Dans cette affaire, qui est le plus coupable ? Certainement pas ce militant UMP, qui finalement, n'a fait que donner image fidèle de ce qu'est la base UMP. C'est vers les dirigeants (actuels et passés) de l'UMP qu'il faut se tourner et demander des comptes.

mercredi 2 décembre 2009

Agitation stérile

Des militants de greenpeace se sont amusés à grimper sur les toits de l'Assemblée nationale ce midi. Pendant le débat sur la conférence de Copenhague, cet après midi, une militante de cette même organisation a tenté de descendre dans l'hémicycle à partir de la tribune du public.

Ces opérations purement médiatiques, consistant à mettre le bazar pour attirer les caméras n'apporte strictement rien sur le fond. Aucun vrai message ne passe, sinon que c'est le bazar. Par contre, ça braque la majorité, ce qui n'est jamais productif. Cela oblige chacun à radicaliser ses positions. Il est toujours difficile, ensuite, de reprendre le débat constructif.

Certaines ONG se sont fait une spécialité de ce genre d'interventions stériles, qui leur permettent d'avoir une visibilité médiatique, et de se donner ainsi le poids qu'elles n'auraient certainement pas sur leur seul travail de fond. Cela s'appelle du parasitisme médiatique qui nuit à la cause qu'ils défendent et aux autres organisations qui jouent le jeu du dialogue et du travail de terrain.

Une fois de plus, greenpeace montre son vrai visage, celui de l'activisme à l'anglo-saxonne, basé sur l'affrontement, le rapport de force et la violence. On ne construit rien de durable sur ces bases-là, en tout cas pas en France, qui n'est pas un pays de culture anglo-saxonne. Le militant écologiste, ce n'est plus le baba-cool "peace and love".

mardi 1 décembre 2009

Amateurisme profond

Finalement, c'est Bernard Accoyer qui s'y colle pour désigner les deux euro-député supplémentaires que la France doit désigner au plus vite.

Les mots me manquent pour qualifier cette vaste pantalonnade qui couvre la France de ridicule devant toute l'Europe. J'ai vraiment l'impression d'un élève qui n'a pas fait son devoir et sort une excuse énorme, tellement énorme qu'on aurait envie d'éclater de rire (c'est sans doute ce que les autres pays vont faire d'ailleurs). On savait qu'on aurait deux euro-députés supplémentaires, on avait tout le temps de trouver une solution à la fois consensuelle et démocratique.

Et bien non, ce ne sera ni consensuel, ni démocratique. Cela se fera...

Tiens au fait, oui, comment est ce que ça va se faire ? La loi est muette là dessus.

Première solution : Amstramgramme, pique et pique et collégramme. Le tirage au sort est un mode de désignation finalement assez acceptable. Pas de contestation possible. Mais cela ne marchera pas, car pourquoi se limiter aux députés nationaux pour cette désignation ? Je sais bien que jusqu'en 1979, c'étaient les députés qui siègaient au Parlement européen, en plus de leur mandat. C'est encore le cas pour l'assemblée parlementaire de l'OTAN ou celle du conseil de l'Europe. Mais c'est quand même un peu léger comme base légale pour une telle restriction du droit à candidater.

Deuxième solution, le PS et l'UMP désignent leur candidat. Chacun se démerde en interne, donne un nom et Accoyer signe le papier. Démocratiquement, c'est très très limite. Quelle légitimité pour les deux députés ainsi désignés ? Aucune. La cooptation n'est pas ce qui se fait de mieux. Et il risque d'y avoir un léger souci avec les groupes Nouveau Centre et Communiste. Après tout, pourquoi pas eux, puisque le gouvernement a dit un député de la majorité et un autre de l'opposition.

Troisième solution, renvoi de la patate chaude au gouvernement, prié de prendre ses responsabilités. On a bien déclaré une commission d'enquête irrecevable, ça ne devrait pas être trop difficile de trouver une excuse pour un retour à l'envoyeur. Encore faut-il que Bernard ait le courage de déplaire au gouvernement. Pas gagné.

Je ne vois pas comment il va s'en sortir. Et j'ai comme l'impression que lui non plus, ne le sait pas...

Au final, on risque de laisser deux sièges d'euro-députés vacants, car même si deux noms sortent du chapeau, les "heureux élus" restent députés nationaux ne seront qu'observateurs au parlement européen. Ils ne pourront devenir pleinement députés européens qu'après une modification de la loi de 1977, qui créera, après coup, la procédure ad hoc pour valider leur nomination. Je n'aimerais pas être le ministre qui se trouvera au banc lors de l'examen de ce texte...