L'article 52 de la loi de Finances assouplit les conditions du transfert des monuments historiques de l'Etat vers les collectivités locales. Cela provoque chez certains des flambées d'hystérie antisarkozyste : ça y est, l'Etat va brader au privé nos monuments historiques !

Derrière cela, qui trouve-t-on ? Les cultureux qui dirigent actuellement la culture administrée en tenant la rue de Valois, et qui voient leur pouvoir réduit par les transferts aux collectivités locales. Toute déconcentration est un drame pour ces gens là, qui sont arrivés à concentrer l'essentiel des décisions publiques dans quelques commissions nationales qu'ils ont verrouillé. Leur grand combat, c'est de sauver le système en discréditant la réforme en cours. Le titre du billet est à l'image de ce mouvement, mensonger. "les préfets de Sarkozy vont pouvoir vendre les cathédrales". D'abord, ce sont les préfets de la république, et quand vous regardez le pedigree de certains préfets, vous verrez qu'ils sont loin d'être tous sarkozystes. Un certain nombre ont d'ailleurs servi dans les cabinets ministériels de la gauche, et sont retournés dans la fonction publique lorsque la droite est revenue aux affaires. Ensuite, vendre les cathédrales, c'est irréaliste car si l'Etat est propriétaire, c'est l'église catholique qui est affectataire, c'est à dire quasiment usufruitier. Qui va acheter la nue-propriété d'une cathédrale ?

La réforme tant décriée ne date pas d'aujourd'hui, mais a été lancée en 2002. Une première mesure, votée en 2004, n'a pas donné grand chose car trop restrictive. l'article 52 de la loi de Finances se contente d'élargir le dispositif. L'idée de base est que l'Etat n'est pas le plus à même de gérer les monuments historiques, et que des collectivités locales sauraient davantage les dynamiser, en les intégrant dans leurs politiques locales (notamment pour le tourisme ou l'animation culturelle). Et puis il y avait l'idée de délester l'Etat de bâtiments couteux à entretenir. Une partie de l'échec des transferts depuis 2004 vient de là : les collectivités n'ont pas voulu payer et on les comprend. Ce n'est pas après cette nouvelle réforme qu'elles ouvriront plus grand leur porte monnaie. De ce point de vue là, on peut être rassuré.

On peut également tordre le cou à l'idée que c'est le privé qui va récupérer les meilleurs monuments. Même transférés, ces monuments restent la propriété d'une personne publique, donc sous l'empire du droit de la domanialité publique. Vendre un bien appartenant au domaine public implique un certain nombre de procédures et de consultations qui ne sont pas évidentes à mener discrètement. Que ce soit l'Etat ou les collectivités locales qui vendent, c'est la même chose. Laisser sous-entendre que le risque est plus grand avec les collectivités locales est infondé, et pas sympa pour les élus locaux.

Personnellement, je soutiens cette politique de décentralisation et de déconcentration des politiques publiques. Il est anormal que tout se décide à Paris, dans des petits cénacles bien verrouillés par des corporations. Introduire plus d'acteurs dans le jeu ne peut être que profitable pour la démocratie et la transparence. Le véritable enjeu politique est là !