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mercredi 18 novembre 2009

Pleurnicherie de culture administrée

Je ne peux pas m'empêcher de rebondir sur les pleurnicheries d'un cultureux, qui se drape de noir et enfourche le cheval de l'antisarkozysme pour dénoncer la réorganisation administrative du ministère de la Culture.

Quel crime a été commis ? On a fondu la direction du livre dans une vaste direction générale des médias et des industries culturelles. Vous vous rendez compte du crime contre la livritude qui vient d'être commis ? Personnellement, je ne m'en rend pas compte, mais apparemment, ce monsieur est tout bouleversifié. Quand on regarde de plus près, on le comprend. On lui enlève ses interlocuteurs habituels, on supprime la structure (et les budgets) dédiée à ses seuls intérêts pour la fondre dans un ensemble où il n'y aura pas que lui à se présenter au guichet, où tout ne sera pas forcement que pour le livre (et surtout pour ceux qui dominent la filière). On fout en l'air toutes les petites connivences, les réseaux de copinage qui permettent "d'orienter" l'argent public et les labels officiels.

Pour un secteur qui ne vit que des aides d'Etat, c'est vrai que c'est un peu catastrophique...

Mais comme on ne peut pas présenter les choses comme ça, on va habiller cette colère très corporatiste des oripaux de l'intérêt général et de la défense de la culture. Et encore mieux, on va crier à l'attentat sarkozyste contre "l'intelligence", on va faire le lien avec la polémique Raoult-Ndiaye (alors que cette réorganisation administrative est en préparation depuis plusieurs années...). On va pleurer sur ce qu'on perd, prendre la pose de la victime. Bref, la panoplie complète, celle qui plait tant aux médias car facile à comprendre (pour les journalistes et le public).

Psychiatrie lourde

Vincent Peillon a laché le mot à propos de Ségolène Royal : "psychiatrie lourde". En gros, Ségolène Royal ne serait pas très équilibrée sur le plan psychologique. C'est un constat semble-t-il largement partagé à propos de cette dame.

Le vrai sujet, ce n'est pas elle, c'est l'ensemble du personnel politique. Et plus on approche du sommet, plus les cas de "psychiatrie lourde" se multiplient. Il n'y a qu'à voir le trio de tête aux dernières présidentielles. Ils sont différents, mais la question de leur équilibre psychologique se pose clairement !

Je crois que le problème, à la base, c'est notre système politique et institutionnel. La cinquième république a concentré le pouvoir sur une personne, le président de la république. La charge qui repose sur lui est lourde, écrasante même. Le chemin pour arriver à ce poste est long, tortueux et difficile. Quelque part, il faut être grivé pour tenter sa chance. Pour une personne saine et équilibrée, se lancer dans la course à l'Elysée présente un coût bien supérieur aux avantages qu'il peut en retirer. Cette compétition est réservée à ceux qui ont un ego surdimensionné (et encore, c'est un euphémisme), une capacité à encaisser les coups assez phénoménale et une absence quasi-totale de scrupules (pour ne pas dire plus).

Avec un tel cahier des charges, comment être surpris devant les bestiaux qui se présentent sur la ligne de départ ? Depuis 2007, ça s'est même aggravé.

Une fois de plus, on a les élites qu'on se donne. C'est nous qui acceptons que seuls des tarés puissent avoir une chance d'accéder à la présidence de la République. Si on veut que ça change, il faudrait déconcentrer le pouvoir politique, ramener la présidence de la république à un niveau plus modeste. Il faut ensuite limiter au maximum la désignation directe des dirigeants suprêmes par le peuple, au profit d'une sélection indirecte. C'est ce que font tous les pays qui ont une bonne gouvernance : les pouvoirs sont équitablement répartis et le chef est désigné par le parti qui a remporté les élections.

Une gouvernance sage et apaisée, est-ce vraiment cela que nous voulons ?

Faute politique

Finalement, le grand emprunt ne sera pas souscrit auprès des particuliers. En tout cas, c'est ce que nous dit Rocard. Quel besoin y avait-il donc de faire tout un foin avec cet emprunt ? S'il s'agissait de lever 35 milliards en deux fois sur les marchés financiers, quelle utilité de créer une commission spéciale et de lancer un grand débat public, avec force teasing dans la presse ?

En tant que particulier, je ne me sens concerné par ce grand emprunt que si je peux y souscrire. Sinon, ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent (comme d'habitude), je me désintéresse du sujet qui de toute manière se décidera sans moi, puisque la seule manière que j'avais d'intervenir dans ce dossier, c'est le niveau de ma souscription à cet emprunt. M'associer à cet emprunt, c'est m'associer à ce qui va en être fait, au choix des priorités. Cela m'a amené à m'intéresser à ce débat, à réfléchir, à mon modeste niveau, à ce qui me semble important pour la France des 20 prochaines années. Arriver à mobiliser, non seulement l'épargne, mais aussi l'attention des français sur un grand projet collectif, cela avait du sens et un véritable impact politique.

Techniquement, la décision annoncée est sans doute la meilleure, vu le niveau des taux d'intérêt et la situation des marchés financiers. Politiquement, c'est une faute. A partir du moment où Sarkozy avait lancé l'idée d'un "grand emprunt", c'était forcement, nécessairement une souscription ouverte à la population. Une commission de technocrates présidée par des has-been (eux mêmes technocrates) en a décidé autrement. Politiquement, ils sont complètement à coté de la plaque.