L'Etat français est dans une situation financière difficile. Les recettes plongent, les dépenses s'envolent, la dette déjà bien chargée s'alourdit encore. Face à cela, il n'y a que deux solutions : augmenter les recettes et diminuer les dépenses. La première, on y aura droit, aucun souci là-dessus. Par contre, dès que l'on parle de la deuxième, c'est la levée de boucliers, qui vient des politiques eux-mêmes, ce qui est assez paradoxal.

Un exemple avec l'amendement visant à rogner les avantages fiscaux des sportifs de haut niveau. On ne peut pas dire que les footballeurs de ligue 1 soient des gens particulièrement dans le besoin. Les autres sportifs professionnels non plus d'ailleurs. Les clubs ne sont pas non plus malheureux, en tout cas en football, vu les sommes qu'ils retirent des droits télé. L'avantage fiscal supprimé n'est pas monstrueux. On supprime juste un dispositif qui leur permettait de faire passer une partie de leurs revenus sous un autre régime fiscal que le salaire. Ils étaient censés toucher 30% de leurs revenus au titre du "droit à l'image", nettement moins imposé que les salaires.

En gros, c'est un cadeau fiscal fait par le contribuable pour que les sportifs professionnels gagnent plus (et que les clubs aient donc moins à payer). Le système avait pour but de permettre aux clubs de lutter contre la surenchère des clubs étrangers, qui prenaient les meilleurs. A l'usage, il s'est révélé que cela n'a pas empêché l'hémorragie et que pour quelques retours spectaculaire, on a eu toujours autant de départs. Dans ces conditions, des politiques ont estimé que cette aide n'était pas franchement nécessaire, vu sa faible efficacité. En cela, ils ont raison. Et ce n'est pas la seule dépense publique inefficace. Il y en a un paquet, qui permettraient de réaliser de substantielles économies. Mais voilà, il y a des bénéficiaires qui n'entendent pas renoncer aux cadeaux fiscaux qu'ils ont réussi à se faire accorder. Et ils n'ont aucun mal à trouver des relais dans l'appareil politique.

Les sportifs étant visés, ils ont trouvé comme défenseurs naturels Jean-François Lamour et David Douillet, qui se sont beaucoup époumonés contre cette suppression. Ils ont été suivis par Rama Yade, qui a pour cela violé la règle de la solidarité gouvernementale. Ils ont enfin été relayés par Xavier Bertrand, sans doute lui aussi "sensibilisé" aux graves difficultés des pauvres sportifs professionnels...

Attendons de voir ce qui se passera au Sénat, mais on peut espérer que le gouvernement tienne bon. Cela illustre quand même bien toute la difficulté qu'il peut y avoir à supprimer des avantages acquis. Quand on voit le raffut qu'on pu faire les sportifs, qui sont quand même peu nombreux pour un petit avantage, imaginez donc la suppression d'un avantage bénéficiant à une large catégorie de français. Impossible ! Et pourtant, ces mêmes français refusent une augmentation des impôts et commencent à trouver que la dette est bien lourde.