Frédéric Mitterrand ne fait pas mystère de ses inclinaisons en terme de préférence sexuelle. Il n'a pas non plus caché ses pratiques en la matière, déballant pas mal de choses dans un livre paru en 2005. Il reconnait notamment avoir pratiqué le tourisme sexuel et apprécier les "jeunes garçons".

Et voilà qu'on vient lui chercher des noises sur le sujet, avec l'attaque massue : pédophilie. C'est le nouveau crime contre l'humanité, celui dont on ne se relève pas. Que Marine Le Pen aille sur ce terrain glissant, je n'en suis guère surpris, elle se révèle juste être la digne fille de son père. Mais que d'autres embrayent derrière, cela me dérange (enfin, pour eux).

Quand on instruit un procès, il faut des faits. Les accusations reposent ici uniquement sur ce que l'auteur, par ailleurs romancier et homme de lettres, a écrit dans un ouvrage qui se veut autobiographique, mais qui n'est avant tout qu'une oeuvre littéraire. Il dit aimer les "jeunes garçons". Qu'entend-il par là ? C'est la première question que l'on se pose. Ensuite, a-t-il réellement consommé ? Ces écrits relèvent-ils du vécu ou du romanesque et dans quelle mesure le romanesque enrobe un fond de vécu ? Beaucoup de questions donc auxquelles il serait peut-être avisé de fournir des réponses concrètes et étayées avant de balancer des accusations de pédophilie.

Il est clair que Frédéric Mitterrand a eu une vie sexuelle n'entrant pas forcement dans la norme "hétéro -monogame - juste la position du missionnaire". Il l'avoue, le reconnait et se dévoile. C'est peut-être là son erreur, car ce faisant, il donne prise à ses ennemis pour le trainer dans la boue. En même temps, lorsqu'il a publié ce livre, il ne devait pas imaginer que 4 ans plus tard, il serait ministre de la Culture. Ce genre de confession est à la fois touchant car elle donne une vraie dimension humaine (qui manque singulièrement au personnel politique) et terriblement imprudent, car le personnel politique n'a pas le droit d'être "hors norme". Bien souvent, il l'est, mais il n'a pas le droit de l'afficher.

Ne nous leurrons pas, les moeurs de Frédéric Mitterrand ne détonnent absolument pas dans le milieu politique. Il y a même bien plus dépravé. Regardez donc à l'étranger, dans les pays anglo-saxons où ce genre de choses sort plus facilement, la longue liste des scandales sexuels, et le dernier en date, celui de l'orgie "nazie" de Max Mosley. Le personnel politique est sélectionné sur la base de critères nécessitant un ego surdimensionné et un goût du pouvoir et de la domination. Cela ne peut pas ne pas s'accompagner d'une vie sexuelle intense et pour certains débridée (dans toutes les directions). Il doit bien avoir quelques authentiques pédophiles dans le lot, au milieu d'une cohorte (très nombreuse) d'infidèles conjugaux, de partouzeurs, d'adeptes du SM et autres pratiques un peu exotiques.

Si certains écrivaient leurs "mémoires sexuelles", Frédéric Mitterrand apparaitrait comme un gentil premier communiant.