Jean-François Copé publie régulièrement des tribunes sur slate.fr. Au début, j'ai regardé ça d'un oeil distrait, pensant qu'il s'agissait pour lui de faire se comm', et que cela tournerait assez vite court sous le poids des commentaires imbéciles et militants, à l'instar des quelques tentatives de députés UMP sur Rue89.

Finalement, non. La chose commence à prendre une tournure intéressante, car on sent une vraie implication de Jean-François Copé. Ce n'est peut-être pas lui qui rédige tout, mais c'est évident qu'il corrige et valide ce qui doit paraitre et qu'il y apporte de l'attention. Sa dernière tribune en date est révélatrice d'un intérêt pour les questions numériques. Il y traite d'un vrai sujet, celui de la protection des données personnelles sur internet, avec une annonce intéressante, la création d'un groupe de travail au sein du groupe UMP de l'Assemblée nationale (tiens donc...).

Ce que je sens aussi, c'est une réelle volonté d'apprendre. Et il y a besoin, car certaines des postulats de Copé, notamment sur la gratuité, sont faux. Prenons cette phrase : "pour beaucoup d'internautes, une œuvre intellectuelle n'appartient plus à son auteur. Par principe, elle doit être gratuite". Je ne suis pas dans cette catégorie d'internautes et beaucoup de ceux que je côtoie sur internet n'en font pas partie non plus. Premier point : ne pas généraliser. L'internaute type n'existe pas, il faut segmenter car les profils sont très différents. Rien à voir entre un ado et un trentenaire. Pas les mêmes usages, pas les mêmes attentes, donc pas les mêmes pratiques ni la même conception de la propriété intellectuelle. Pour le segment que je connais, il est évident que la propriété intellectuelle a un sens et qu'elle doit être respectée. Mais beaucoup (dont moi) sont dans une logique non marchande, qui peut dérouter car paraissant "étrange" et "contre-nature". C'est vrai que dans les médias, c'est l'aspect "monétisation" qui apparait sans cesse. L'internaute-blogueur semble passer son temps à vouloir "monétiser" sans d'ailleurs y arriver vraiment. On nous tanne avec les quelques oiseaux rares qui semblent arriver à gagner un peu d'argent avec ça. Mais c'est un silence assourdissant qui entoure ceux qui, comme moi, privilégient l'échange, le partage et pour qui le droit de la propriété intellectuelle sert surtout sous l'angle du droit moral et pour empêcher une éventuelle exploitation commerciale de ce qui est donné. Mes oeuvres intellectuelles (en l'occurrence mes billets) sont bien ma propriété, et c'est moi qui décide de ne pas en faire une exploitation commerciale.

Si certains s'amusent à me "piller" (ce qui arrive, mais rarement), ils ont droit à un rappel à l'ordre de ma part. Avant de repomper, il faut demander, de préférence gentiment. Et c'est bien ne pas mettre l'intégralité de l'article mais juste une partie et de renvoyer sur le blog d'origine. La plupart des "repreneurs" sérieux font ça et cela fait un certain temps que je n'ai pas eu à "sévir". Jean-François Copé semble penser que nombre de blogueurs ne réagissent pas au pillage. On peut réagir autrement qu'en évoquant le sujet sur son blog. C'est même l'étape ultime, quand toutes les tentatives de conciliation ont échoué ou quand il y a récidive. Beaucoup de litiges de ce genre se règlent par un échange de mails entre les personnes concernées. J'ai envie de dire que les questions de propriété intellectuelle ne sont pas un vrai problème pour les blogueurs.

C'est tout de même remarquable qu'une personnalité politique de haut niveau, promise semble-t-il à un grand avenir, accomplisse une telle démarche. Aux internautes de jouer le jeu du dialogue intelligent. Jean-François Copé est demandeur, donnons lui. Pour une fois que l'occasion d'informer un politique de la réalité de l'internet se présente, ne la ratons pas !