La "votation citoyenne" que la gauche tente d'organiser sur le changement de statut de la Poste est une escroquerie démocratique. Il s'agit d'une consultation organisée par des associations et mouvements politiques de gauche et d'extrême-gauche (ça permet d'ailleurs d'avoir des confirmations), qui prend les allures d'un vote démocratique, mais n'en est pas un. Aucune liste d'électeurs, un question ultra-orientée et bien entendu, aucune garantie de transparence du résultat qui de toute manière ne voudra rien dire. En plus, c'est une atteinte au caractère représentatif de notre système politique. Les seuls qui ont la légitimité pour décider, ce sont les autorités politiques légitimement élues lors de vraies élections. Accessoirement, des référendums peuvent être organisés, mais dans des conditions qui n'ont rien à voir avec la consultation bidon sur le statut de la Poste.

L'entreprise de la Poste va changer de statut pour devenir une société anonyme par actions. Cela peut inquiéter certains, car ensuite, rien n'interdit le gouvernement de vendre ces actions à qui il veut. Les engagements de garder le capital aux mains de personnes publiques ne sont assorties d'aucune garantie juridique formelle. Que certains n'accordent aucun crédit à ce que peut dire le gouvernement est un fait. Mais leur opposition est tellement systématique qu'elle n'a plus aucun sens. A force de crier toujours au loup, plus personne ne les écoutent. Classique.

Je ne partage pas leurs inquiétudes (ce qui n'étonnera personne parmi mes lecteurs réguliers). Privatiser la Poste, pourquoi pas, encore faut-il trouver un acheteur ! Pas évident quand on voit l'endettement de la Poste (6 milliards d'euros), le statut de ses salariés (une bonne partie a le statut de fonctionnaire et je ne parle même pas de la présence syndicale qui va avec), la faiblesse de ses actifs (pas de réseau de communication comme France-télécom, pas d'emprises foncières comme RFF) et des obligations de service public assez lourdes. De plus, le secteur sera ouvert à la concurrence (décision européenne) ce qui laisse à penser que des petites structures viendront tailler des croupières à la Poste sur les créneaux rentables. Le seul actif vraiment intéressant, c'est la partie bancaire. Si privatisation il doit y avoir, il y aura scission complète des activités bancaires et postales et vente de la banque. Mais pour la partie postale, je ne vois pas qui irait acheter ça. Et politiquement, ce serait à très haut risque, car en plus de la réaction de la population, il y aurait celle des élus locaux. Si on veut voir le Sénat écumer de rage, c'est un très bon moyen.

Par contre, cette transformation peut se révéler très intéressante pour la Poste et ses salariés. Au regard des règles européennes, il va devenir de plus en plus difficile pour l'Etat de donner de l'argent à la poste après l'ouverture à la concurrence le 1er janvier 2011. La commission européenne est très pointilleuse sur les aides d'Etat à un acteur intervenant sur un marché ouvert à la concurrence. Par contre, un actionnaire peut faire ce qu'il veut, et notamment procéder à des augmentations de capital. Et c'est justement ce que va faire l'Etat immédiatement après le changement de statut, avec une augmentation de capital de 2,7 milliards d'euros, avec comme intervenants l'Etat et la caisse des dépôts et consignations (je me demande combien de temps on va pouvoir la traire ainsi). Je vois aussi un autre avantage en terme de gouvernance. Il est tout à fait possible qu'une part du capital soit ouvert au personnel et aux collectivités locales, qui auraient ainsi des sièges dans les organes dirigeants, avec accès à l'information et leur mot à dire dans la nomination des dirigeants. La garantie du maintien du service public est là, dans l'entrée de ceux qui y ont intérêt. Il n'y a pas de mystère, cela aura un coût, mais il n'est pas illégitime que ceux qui veulent le maintien de certaines activités non rentables mais socialement utiles mettent la main au porte-monnaie. Au moins, les choses seront claires. Dans ce bas monde, c'est celui qui paye qui commande. La CGT n'aura qu'à devenir actionnaire...