Heureusement que les paris sur tout et n'importe quoi (et notamment sur les membres du futur gouvernement) ne sont pas autorisés en France, car il y aurait eu des gains minables et d'autres qui auraient rapporté gros. Les rumeurs de pré remaniement, il faut en prendre et en laisser. Voici donc les nouveaux ministres (ceux qui arrivent et ceux qui changent) avec des commentaires à chaud.
Le nouveau gouvernement.
- Jean-Louis Borloo, ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat : Il reste en poste, mais avec un périmètre une peu chamboulé. Il perd l'aménagement du territoire, mais gagne le logement et l'urbanisme, ainsi que la mer. Il gagne aussi une dimension internationale avec les négociations sur le climat (va falloir se coordonner avec le quai d'Orsay) et une dénomination un peu baroque qui lui permettra d'empiéter sur les compétences de la recherche : les technologies vertes. Gagne ou perd, c'est difficile à dire, tout dépendra de la manière dont il utilise les atouts qui viennent de lui être donnés.
- Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés. Elle monte en grade, avec le titre de ministre d'Etat. Avec ce poste, elle aura quasiment fait tous les ministères régaliens. Je n'ai pas d'inquiétudes pour elle, c'est une professionnelle de la politique (rien à voir avec Rachida). Une magistrate que j'ai croisé ce soir s'est montrée pas mécontente.
- Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales. C'est son rêve ! Il est fait pour ce poste et remplira sans doute très bien ses fonctions. En piste pour être premier ministre en 2010 après les régionales.
- Xavier Darcos, ministre du Travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Il fallait l'exfiltrer de l'Education nationale où il s'était enlisé à cause des contraintes budgétaires. S'il réussit bien dans ce nouveau rôle où on ne l'attend pas forcement, il est premier ministrable pour 2010 ou pour après. Là encore, c'est un pro qui a l'expérience de la négociation. Il devrait bien assurer.
- Eric Woerth, ministre du Budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat. Il gagne la réforme de l'Etat, qui était déjà sous sa tutelle. Le rajout de ce titre est un signe que le sujet est une priorité politique. La RGPP n'est pas enterrée, bien au contraire...
- Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, porte-parole du Gouvernement. La promotion pour le bon élève. Il va avoir besoin de tout son talent, car le poste est délicat, surtout sans marge de manoeuvre budgétaire.
- Bruno Le Maire ministre de l'Alimentation, de l'agriculture et de la pêche. Une vraie surprise, mais en même temps, un choix pertinent. Les questions agricoles se décident à Bruxelles, il faut donc un fin connaisseur de l'Europe.
- Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication. Le joker. Choisi pour son nom, son image d'homme de gauche. Seule prise de l'ouverture, ce qui est un peu maigre. Il a donc une latitude qu'il a commencé à utiliser en annonçant avant le président son entrée au gouvernement. En même temps, il a l'étoffe, la compétence et les réseaux pour ce poste. Un beau potentiel, reste à voir ce que ça va donner, car ce n'est pas un professionnel de la politique.
- Michel Mercier, ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Un cran en dessous de ce qui lui avait été promis. C'est amusant de voir le président du conseil général du Rhône nommé à l'espace rural. En matière d'élu rural, on fait mieux. Mais c'est la prise modem, celle qui met Bayrou encore un peu plus à poil. Pas grand chose à en attendre, surtout si, comme le laisse penser son titre, il ne disposera pas de services administratifs.
- Henri de Raincourt, ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Finalement, il assumera seul le Sénat et l'Assemblée. Bon courage Henri, j'espère que tu as une bonne santé, car le poste, déjà physiquement éprouvant, s'annonce éreintant avec la mise en place de la réforme institutionnelle.
- Christian Estrosi, ministre auprès de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, chargé de l'industrie. Mais qu'est ce qu'il fout là ? Je sens qu'il est en train de faire une carrière ministérielle à la Devedjian, ministre parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais pas là où il rêve d'être. Si, les rumeurs sont exactes, MAM s'est fait avoir en beauté !
- Valérie Letard, secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de l'écologie et du développement durable, chargée des technologies vertes et des négociations sur le climat. Changement complet, reste à voir ce qu'on met sous "technologies vertes".
- Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Justice et des libertés chargé de la Justice. Ministre in partibus. Invirable car ministre d'ouverture, mais c'est bien ça qui le sauve de l'éjection. A quoi va-t-il bien servir ?
- Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du Commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, auprès de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi. Je le voyais viré, il agrandit son territoire. Comme quoi, même quand on manque de charisme, être besogneux paie. La réussite du statut de l'auto-entrepreneur n'y est sans doute pas pour rien.
- Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée des sports, auprès de la ministre de la santé et des sports. Elle fera toujours mieux que Laporte. Là encore, être ministre pour autre chose que ses compétences, ça aide à rester au gouvernement. Elle peut s'estimer heureuse d'avoir quelque chose à faire, où elle pourra être un peu plus convaincante que dans son précédent poste.
- Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, auprès du ministre de la défense. Il bouge, mais ça ne veut rien dire. Il fera aussi bien ça qu'autre chose.
- Nadine Morano, secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, auprès du ministre du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. Elle garde la famille et en plus, gagne quelque chose qui reste à définir. Elle ne fait que récupérer les restes de Valérie Létard. Pas vraiment à la hauteur de ce qu'elle demandait. Mais elle peut s'estimer heureuse, il y en a qui ont sauté...
- Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes. Enfin calife. Leloucche ministre, il en rêvait, et en plus, il est nommé dans son ministère fétiche, le quai d'Orsay. J'ai un peu peur, car le personnage n'est pas facile et assez incontrôlable. Mais il connait le milieu de la diplomatie.
- Nora Berra, secrétaire d'Etat chargée des aînés, auprès du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité. La caution "diversité". Chargée des vieux, il y a du boulot, c'est sur, mais ce n'est pas le Pérou. Il faut voir à l'usage, peut être une bonne surprise.
- Benoist Apparu, secrétaire d'Etat, chargé du logement et de l'urbanisme, auprès du ministre d'Etat, ministre de l'écologie et du développement durable. La grosse surprise. Je n'aurais pas forcement parié sur lui (quoique), et certainement pas à ce poste. Spécialiste de l'éducation et de l'université, je me demande ce qu'il fout là. peut être un changement de dernière minute.
- Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat chargée de l'outre-mer, auprès du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales. La fille à sa maman (Lucette Michaux-Chevry). Je me demande si c'est une bonne idée de mettre une ultra-marine à l'outre-mer. Pas convaincu.
- Christian Blanc, secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale auprès du Premier ministre. Le miracle. On le donnait fini, il reste, avec des attributions intactes, voire renforcées, puisqu'il est directement rattaché au Premier Ministre.
Ils s'en vont :
- André Santini. Frédéric Lefebvre va perdre son poste de député. C'est bêteeee ! Bon débarras !
- Christine Boutin. Elle avait été prévenue. Visiblement, être catho ne vaut pas être de couleur ou être Nouveau centre. Dommage pour elle. Sans doute Game over...
- Christine Albanel. Comment pouvait elle rester après hadopi ?
- Roger Karoutchi. Le poste des relations avec le Parlement est usant. C'est sans doute une délivrance pour lui. Il va pouvoir retrouver le confort douillet du Sénat pour une retraite en pente douce.
- Yves Jégo : trop de cafouillages. Il avait bien remonté la pente, mais pas assez pour résister à l'assaut de la conseillère technique de l'Elysée qui rêvait du poste.
- Bernard Laporte. Dès le départ, ce fut une erreur de casting. Il n'a fait que confirmer cette première impression. Mettre un sportif aux sports n'est en rien un gage de réussite...
Finalement peu d'entrants et de sortants, surtout un jeu de chaises musicales. C'est le minimum qui pouvait être fait. Les sortants ne sont pas une surprise, les entrants un peu plus. Une respiration normale pour un gouvernement après deux ans.