Parmi les très nombreuses prises de paroles de députés socialistes, une ressort, celle de René Dosière. Il joue bien entendu le jeu de l'obstruction, prend tout son temps, se répète un peu, mais ce qu'il dit mérite d'être relevé.

René Dosière reproche à Nicolas Sarkozy de vouloir faire travailler toutes les institutions de la république sur son rythme, à savoir celui de l'action. Sauf que le rôle du Parlement, ce n'est pas d'agir mais de délibérer. Et le temps de la délibération, ce n'est pas le temps de l'action. Il est plus lent et vouloir l'accélérer, c'est purement et simplement le supprimer, car il ne peut pas y avoir de bonne délibération dans la précipitation.

La critique de René Dosière est je le pense fondamentale. Ce n'est plus un socialiste qui critique un UMP, c'est un parlementaire qui rappelle à l'exécutif un certain nombre de choses qui sont à la base même du bon fonctionnement de notre démocratie. Il faut arriver à trouver un bon équilibre dans le timing de l'examen des textes. En allant trop vite, on bâcle les discussions, ce qui laisse entier d'éventuels malentendus, on ne prend pas le temps d'expliquer et de fait, on est incapable de bâtir un consensus. En allant trop lentement, on se fait dépasser par la réalité, par les crises qui n'attendent pas qu'on ait délibéré.

Actuellement, le Parlement n'a pas le temps de bien faire son travail, car le rythme est trop rapide. L'urgence quasi systématiquement déclarée alors que cela ne se justifie pas, des textes lourds qui s'enchainent sans qu'on ait le temps de les préparer correctement. L'obstruction socialiste a au moins ce mérite de permettre de souffler un peu et de préparer un peu plus sereinement les prochains textes. Et c'est largement la faute de Nicolas Sarkozy qui, comme le souligne justement René Dosière, n'a jamais endossé l'habit du parlementaire. Il ne mesure pas toute l'importance qu'il peut y avoir à passer du temps à discuter et à échanger. Du temps apparemment perdu au début peut finalement être un gain au moment d'appliquer la réforme. Faire voter un texte, même en force, c'est facile. Le faire appliquer c'est autre chose, et ne pas permettre aux éventuels opposants ou sceptiques de s'exprimer ne fait pas disparaitre leurs oppositions ou leurs réticences, bien au contraire. Et plus on avance dans un projet, plus il est difficile d'expliquer sereinement, car la confiance n'est pas là, parce que tous sentent que la machine est déjà lancée et que c'est "ça passe ou ça casse".

Juste un exemple, la réforme du lycée. Quand en a-t-on débattu au Parlement ? Jamais à ma connaissance (Edit du 23 janvier : une mission d'information de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale va se créer. Mieux vaut tard que jamais...), le ministre s'étant contenté d'une "concertation" avec les syndicats d'enseignants. Il aurait pris le temps de débattre, d'échanger plus longuement, il n'aurait peut-être pas été nécessaire de retarder d'un an cette réforme, après avoir joué à se faire peur avec des manifestations lycéennes.