Philippe Cohen, de retour à Marianne 2, nous sort un éditorial moralisateur sur le scoop de l'Est républicain qui a publié le rapport (très instructif) de Tracfin, sur l'air connu du respect de la vie privée. J'aime beaucoup Philippe Cohen, mais j'aimerais lui dire deux ou trois petites choses.

Cela casse un peu sa démonstration de balancer que l'origine du scoop est un journaliste, dont il donne le nom, qui est le compagnon d'une magistrate et que c'est cette relation privilégiée lui permet d'avoir accès à des documents normalement couverts par le secret de l'instruction. Pour le coup, il porte atteinte à la vie privée de deux personnes...

Cela semble connu de longue date dans le milieu. Pourquoi ne pas l'avoir dit avant ? Pourquoi ne pas avoir alerté le parquet sur une évidente violation de la loi ? Soit on est d'accord avec ce que fait ce journaliste et on se tait, soit on va jusqu'au bout de son engagement moral et on agit. Il n'y a guère de place pour l'entre-deux.

Philippe Cohen a travaillé pour le journal Le Monde, et pour bien d'autres qui ont, plus d'une fois, allègrement violé le secret de l'instruction. Il n'y a jamais croqué ? Que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre !

J'ai lu ce rapport. Il contient des éléments précis et chiffrés et il parle d'argent. Mais l'essentiel des informations divulguées, quand elles concernent un homme public, ne relèvent pas de la vie privée. Il est normal que les électeurs de Monsieur Dray puisse connaitre le train de vie et les pratiques de leur représentant, pour les comparer avec ses déclarations et en tirer les conséquences qui s'imposent à leurs yeux. C'est d'autant plus utile que le rapport se termine par cela "pourrait laisser présumer la commission d'agissements délictuels". A aucun moment, ce document ne porte une appréciation, il se contente d'énoncer des faits incontestables. Certes, ce n'est pas agréable pour un français de voir ses relevés de comptes mis sur la place publique, mais quand on fait de la politique, il faut en accepter les désagréments.

Oui, la manière dont ce rapport est arrivé jusqu'au journal l'Est républicain peut poser problème. Mais si on veut s'y attaquer, on doit le faire dans sa globalité et dénoncer l'ensemble des "confrères" et des magistrats qui balancent des informations au mépris du secret de l'instruction.