Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat à l'économie numérique. C'est possible car le poste va se libérer. Cela fait rire jaune certains dans le monde de l'internet et pas que des blogueurs. Contrairement à ce qui peut être dit, Frédéric Lefebvre connait bien le monde de l'internet, comme il connait très bien ses dossiers en général. Ce qu'il ne maitrise pas, il ne mettra pas longtemps à l'assimiler. C'est un excellent parlementaire, si tous étaient aussi actifs et solides sur les dossiers que lui, la face du Parlement en serait transfigurée. Un amendement Lefebvre n'est jamais anodin.

Cette nomination indiquerait un choix politique fort, pas très favorable à une conception "libertaire" de l'internet. Pour l'avoir déjà entendu sur le projet de loi "internet et création", Frédéric Lefebvre est complètement dans le camp de l'industrie "culturelle". Si jamais il arrive en responsabilité sur l'économie numérique, nous aurons droit à des décisions favorisant ouvertement les intérêts des gros groupes multimédias. C'est d'ailleurs dans la droite ligne de la politique prônée par Nicolas Sarkozy, que l'on trouve noir sur blanc dans la lettre de mission de Christine Albanel : "l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan".

Les projets de "régulation" de Frédéric Lefebvre doivent donc être pris au sérieux. Mais ceux qui ont le plus d'inquiétude à se faire (et qui ont été les premiers à hurler par la voix de Pierre Kosuiscko-Morizet), ce sont les net-entrepreneurs. Fini la jungle où tous les coups ou presque sont permis. Les règles du jeu vont être remises au carré pour que les rouleaux compresseurs industriels entrent en action. Il y a du fric à se faire, l'outil est presque mature, en tout cas bien rôdé. Les pionniers vont être priés de se ranger et de laisser la place aux "gros". Par contre, pas d'inquiétude majeure à avoir pour les blogueurs et pour l'internet "non marchand" sans enjeu financier, qui ne sont pas dans le viseur. Il faudra juste veiller à ne pas figurer parmi les victimes collatérales...

Frédéric Lefebvre au poste de secrétaire d'Etat à l'économie numérique, cela aurait plus de sens qu'Eric Besson, qui a récupéré le truc en cours de route, en plus de ses autres attributions, sans y connaitre grand chose. Ce serait le signe d'une "reprise en mains" assez brutale, si tant est que le nouveau secrétaire d'Etat ait les moyens de ses ambitions. A moins d'instaurer une régulation à la chinoise, les possibilités d'action de la France sont assez maigres. Tout est encadré par des directives européennes, les frontières sont ouvertes aux activités internet, facilement délocalisables. Il lui faudra aussi des moyens, car il sera priés, en plus de ses projets, de mener à bien le plan numérique que vient de lancer Eric Besson.