Christine Albanel nous avait promis un décret sur la publicité à la télévision. Et bien elle n'a pas menti ! Voici donc le décret 2008-1392 (et son explication), du 19 décembre 2008, prudemment paru au JO du 24 décembre 2008.

Que contient ce décret ? Y trouve-t-on la fameuse interdiction de la publicité après 20 heures ? Et bien non ! Le passage par le voie parlementaire, cela n'était que du pipeau !

Mais ce décret est tout de même très instructif. Il élargit les possibilités pour France télévisions d'augmenter ses revenus publicitaires. Alors que d'un coté, on dit supprimer la publicité, de l'autre, on tire au maximum les quelques possibilités qui restent. C'est d'ailleurs explicitement dit dans le rapport du décret : "Le présent décret a pour objet d'assouplir certaines des dispositions applicables à la diffusion des messages publicitaires, au parrainage et au télé-achat". Désormais, les émissions de télé-achat vont pouvoir citer les marques, les fabricants et les distributeurs. On assouplit aussi le parrainage en l'ouvrant aux entreprises du médicament ! Et surtout, on augmente le temps maximal consacré à la pub, en passant du mode de comptage "heure glissante" à celui "heure d'horloge" et en augmentant de 6 à 9 minutes le temps maximum (qui sera de fait également le temps minimum).

Cette réforme de l'audiovisuel laisse au publiphobe que je suis un goût de plus en plus amer. Alors qu'elle nous est vendue comme le moyen de libérer la télévision publique de l'emprise de la publicité, certaines mesures tendent à faire sauter des verrous et des limites à la présence publicitaire hors période "spots de pub". Le parrainage, le placement produit, les émissions de télé-achat, c'est de la pub ! Si on veut supprimer réellement la publicité sur France télévision, il faut le faire complètement. On n'en prend pas vraiment le chemin !

Le plus dangereux, ce ne sont pas les tunnels de spots publicitaires (pendant lesquels on va faire autre chose) mais cette présence quasi-subliminale de la réclame à l'antenne. Le problème, c'est les marques citées ou apparaissant à l'antenne sans vraie justification (quel lien entre un marchand de machines à laver et la météo); le placement produit; les invités qui sont présents sur le plateau uniquement parce qu'ils ont besoin, pour leur business, de visibilité médiatique; les émissions qui sous un alibi "culturel" sont en fait des machines à faire vendre (typiquement les émissions dites littéraires).

La télévision va continuer, sous des formes moins visibles, à remplir le rôle que lui assigne le système consumériste : un hall d'exposition et de promotion pour ses produits le tout accompagné d'une pression pour consommer encore et toujours plus. On se contente juste de limiter la forme la plus visible, les spots publicitaires qui, de toute manière, ne sont plus très efficaces, nombre de consommateurs étant maintenant immunisés contre cette forme grossière de manipulation publicitaire.