Hier soir encore, Maxime Gremetz nous a gratifié d'un show dans l'hémicycle. C'est très régulièrement qu'il détonne par son comportement, un peu "hors norme" dans ce monde feutré, poli et bien éduqué de la France d'en haut. Pour certains, Maxime Gremetz n'est qu'un pauvre type, un "goujat mal éduqué".

En fait, Maxime Gremetz est un vrai représentant de la France d'en bas, de ces couches populaires que l'on méprise dans les hautes sphères. Il en a le comportement, dans ses bons et ses mauvais cotés. Il est colérique, parfois excessif, sans grand respect des convenances et des petites politesses entre gens bien élevées. Mais c'est aussi quelqu'un qui peut avoir bon coeur et qui est abordable. Et c'est loin d'être un imbécile. Des gens comme lui, il en faut !

Maxime Gremetz est le dernier "vrai communiste", de ce PCF qui était ouvrier, populaire, et en qui les "prolos" se reconnaissaient et s'identifiaient. Aujourd'hui, le PCF, c'est quoi ? Des permanents politiques couleur gris muraille, bien élevés, polis, discutant entre eux et sortant de temps en temps de la place du colonel Fabien pour appeler à "battre la droite". Autrefois, les communistes, ceux d'avant Georges Marchais, n'avaient pas leur langue dans leur poche et ne se privaient pas pour dire ce qu'ils pensaient en termes parfois vifs. Ils refusaient d'accepter les règles du jeu telles que les fixaient les "bourgeois" et défendaient pour de vrai les couches populaires, y compris en allant occuper les mairies avec des protestataires, comme vient de le faire récemment Maxime Gremetz. Ils n'avaient pas peur de passer pour des affreux, et s'en glorifiaient même.

Depuis 20 ans, l'extrême gauche a laissé tomber les classes populaires. Ses leaders, quelque soit l'étiquette, s'adressent désormais à la classe moyenne inférieure, celle qui a le plus subi la crise et qui n'a qu'une trouille, c'est de retomber dans la catégorie "couches populaires". Ceux qui prétendent la représenter se doivent donc d'éviter absolument le style "prolo" et au contraire, être l'image de ce que cette classe moyenne inférieure rêvent d'être : poli, propre sur soi, intégré (donc surtout pas de "diversité") tout en ayant un discours "radical" qui promet, non pas de tout casser, mais de renverser les rôles en prenant aux riches pour donner aux pauvres. Cela donne Olivier Besancenot, Clémentine Autain...

Pendant ce temps là, les classes populaires, les "Deschiens", personne ne les représentent plus, personne ne vient plus les écouter. Sauf un, un certain Jean-Marie Le Pen. Il s'est fait vieux, a perdu de la crédibilité et s'est fait tondre la laine sur le dos par Sarkozy. Mais en 2007, il a encore fait 10% et pendant 20 ans, le FN était le premier parti ouvrier de France. Ce n'est pas rien ! Maintenant que Jean-Marie Le Pen quitte la scène, qui va représenter ces couches populaires, qui va être leur porte-voix ? Les héritiers de Le Pen ? Pas certain qu'ils soient à la hauteur. L'extrême gauche ? On a bien vu que ce n'est plus cette clientèle qui les intéressent. Le parti socialiste ? S'est-il un jour intéressé à eux ? L'UMP ? Ce serait un comble et je n'y crois pas trop, car le gouffre culturel est immense et quand la droite a des contacts avec les couches populaires, c'est quasiment toujours sur le mode "paternalisme et dames patronesses".

Cette absence des couches populaires de la scène politique officielle m'inquiète. Car même si on les entends pas faute de représentants, ils sont là, avec leurs craintes et leurs espoirs. Faute d'être entendues par les voies ordinaires de la démocratie représentative, elles risquent de choisir d'autres chemins pour faire entendre leurs colères et leurs refus. Elles le font déjà d'ailleurs et cela n'apporte rien de bon, pour personne. Alors si quelques Gremetz nous permettent d'éviter des émeutes ou un vote protestataire radical qui plombe notre système démocratique, ce n'est pas cher payé !