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mardi 30 décembre 2008

Cyber Frédéric

Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat à l'économie numérique. C'est possible car le poste va se libérer. Cela fait rire jaune certains dans le monde de l'internet et pas que des blogueurs. Contrairement à ce qui peut être dit, Frédéric Lefebvre connait bien le monde de l'internet, comme il connait très bien ses dossiers en général. Ce qu'il ne maitrise pas, il ne mettra pas longtemps à l'assimiler. C'est un excellent parlementaire, si tous étaient aussi actifs et solides sur les dossiers que lui, la face du Parlement en serait transfigurée. Un amendement Lefebvre n'est jamais anodin.

Cette nomination indiquerait un choix politique fort, pas très favorable à une conception "libertaire" de l'internet. Pour l'avoir déjà entendu sur le projet de loi "internet et création", Frédéric Lefebvre est complètement dans le camp de l'industrie "culturelle". Si jamais il arrive en responsabilité sur l'économie numérique, nous aurons droit à des décisions favorisant ouvertement les intérêts des gros groupes multimédias. C'est d'ailleurs dans la droite ligne de la politique prônée par Nicolas Sarkozy, que l'on trouve noir sur blanc dans la lettre de mission de Christine Albanel : "l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan".

Les projets de "régulation" de Frédéric Lefebvre doivent donc être pris au sérieux. Mais ceux qui ont le plus d'inquiétude à se faire (et qui ont été les premiers à hurler par la voix de Pierre Kosuiscko-Morizet), ce sont les net-entrepreneurs. Fini la jungle où tous les coups ou presque sont permis. Les règles du jeu vont être remises au carré pour que les rouleaux compresseurs industriels entrent en action. Il y a du fric à se faire, l'outil est presque mature, en tout cas bien rôdé. Les pionniers vont être priés de se ranger et de laisser la place aux "gros". Par contre, pas d'inquiétude majeure à avoir pour les blogueurs et pour l'internet "non marchand" sans enjeu financier, qui ne sont pas dans le viseur. Il faudra juste veiller à ne pas figurer parmi les victimes collatérales...

Frédéric Lefebvre au poste de secrétaire d'Etat à l'économie numérique, cela aurait plus de sens qu'Eric Besson, qui a récupéré le truc en cours de route, en plus de ses autres attributions, sans y connaitre grand chose. Ce serait le signe d'une "reprise en mains" assez brutale, si tant est que le nouveau secrétaire d'Etat ait les moyens de ses ambitions. A moins d'instaurer une régulation à la chinoise, les possibilités d'action de la France sont assez maigres. Tout est encadré par des directives européennes, les frontières sont ouvertes aux activités internet, facilement délocalisables. Il lui faudra aussi des moyens, car il sera priés, en plus de ses projets, de mener à bien le plan numérique que vient de lancer Eric Besson.

Savoir profiter de la crise

Un décret vient de paraitre, donnant pouvoir à la ministre de l'Economie d'emprunter sur les marchés et de restructurer la dette publique. En ce temps de crise financière, avec des taux à 0% aux USA, il faudrait vraiment être bête de ne pas en profiter.

L'article 3 impose à l'agence France-Trésor de rendre des comptes tous les mois. Elle va le faire, mais pensez vous que cela soit repris ? A moins d'un scandale, sans doute pas. Et pourtant, toutes ces opérations sont diablement importantes, car le plan de relance dépend de la capacité du gouvernement français à emprunter. Et surtout, le poids de la dette française dépend de la capacité du gouvernement à emprunter au meilleur cout.

Ce sont des milliards qui se jouent ici et c'est un jeu qui n'est pas sans danger, même pour un Etat aussi solvable que la France.

lundi 29 décembre 2008

Gauchet et les médias

Via Marianne 2, une interview de Marcel Gauchet sur France Inter. Je vous laisse l'écouter, avec Marcel Gauchet, on n'est jamais déçu car c'est un homme d'un grande intelligence, qui ne se prend pour une star et refuse le jeu médiatique. Sa parole est donc fiable, chose rarissime aujourd'hui, du moins dans ce que nous donnent à entendre les médias, encore largement détenteur d'un monopole de la diffusion de l'information et de la parole.

Je dois reconnaitre que...

Les left blogueurs ont réussi un très joli coup dans leur petite polémique avec Benoit Hamon : être repris par le Figaro.fr, qui laisse à penser que c'est l'ensemble de la blogosphère socialiste qui hurle après Hamon, bref, que les left blogs, c'est l'alpha et l'oméga de la blogosphère PS.

C'est le signe que les blogueurs commencent à être considérés comme des acteurs à part entière du débat, notamment militant. C'est un signe encourageant pour la blogosphère.

Revers de la médaille, les blogueurs sont maintenant instrumentalisés, comme des acteurs ordinaires du débat militant. Le Figaro a réussi grâce à la bande à Dagrouik à pondre un nouvel article sur le thème : "ça continue à se déchiqueter au PS". Pour le lecteur Lambda, qui ne connait pas les left-blogs, qui ne suivra pas les liens proposés (et même s'il le fait), c'est un goutte de plus dans un vase qui a déjà débordé.

Résultat : le militant de droite esquisse un sourire gourmand, le militant de gauche sombre un peu plus dans le désespoir. Pile poil la ligne éditoriale du Figaro. Dagrouik au service de Serge Dassault, qui l'eut cru ?

samedi 27 décembre 2008

Campagne électorale explosive

Les israéliens viennent de lancer une vaste opération militaire sur Gaza, tirant dans le tas. Officiellement ce sont des sites du Hamas qui sont visés, mais comme ils sont situés en zone résidentielle et que les tirs d'aviation n'ont pas une précision fabuleuses, on peut s'attendre à un carnage.

Tout cela pourquoi ? Pour les élections bien entendu.

Celles qui se déroulent en Israël, où la droite dure du Likoud est en tête dans les sondages. Kadima a donc choisi de séduire cet électorat, sans regarder à la dépense. Une bonne opération militaire contre les palestiniens, il n'y a que cela de vrai pour emporter des élections. Sharon, avec son passé, n'a pas eu besoin de cela, mais Tzipi Levni, sans passé militaire, devait montrer qu'elle n'a aucune hésitation à frapper.

Mais il y a aussi les élections qui doivent se dérouler dans les territoires occupés, le mandat de Mahmoud Abbas arrivant à échéance. Si on ne fait rien, le Hamas l'emporte haut la main, tellement l'autorité palestinienne est discrédité (et il y a de quoi). Comment faire pour que ce soit quand même Abbas qui gagne sans une fraude massive qui se verrait forcement et discréditerait les israéliens ? Et bien c'est simple, il suffit de désorganiser l'adversaire en bombardant ses installations, ses bureaux, en tirant pour tuer (surtout les cadres). Attendons de voir le bilan, mais on peut penser que le Hamas mettra quelques mois à se réorganiser. Pendant ce temps là, Abbas rempile.

Pour autant, le Hamas n'est pas une victime innocente. Dans la même optique électorale, il a rompu la trêve le 19 décembre dernier et a intensifié les attaques à la roquette sur Israël. Electoralement, c'est tout bénéfice à condition de survivre. Face à cela, que peut Abbas ? La population palestinienne est derrière le Hamas à la suite de cette attaque et si le scrutin présidentiel a lieu normalement (et démocratiquement) dans les territoires occupés, Abbas est écrasé.

Encore une fois, un grand perdant, la population civile...

Boutin sur le web

Christine Boutin vient de lancer un site web, nos valeurs communes. Elle propose de discuter, de réfléchir et surtout, d'écrire tout cela sur un wiki.

Je me suis inscrit par curiosité. Un site rempli de cathos, la pêche devrait être bonne. Comme ça, je ne serai plus limité à mes quelques blogs cathos comme sources d'inspiration. Ensuite, sans forcement partager tout le fond, la démarche éveille ma curiosité. Je suis curieux de voir ce que ça va donner : quel sera le niveau des participants, qu'est ce qui en sera effectivement tiré ? C'est d'autant plus intéressant que l'expérience est lancée par un groupuscule assez homogène (politiquement, socialement, religieusement) ce qui peut favoriser un réel travail coopératif. La même chose au PS n'aurait aucun sens, vu l'état de déchirement de ce parti.

Premier signe d'intérêt de la blogosphère, certains sites pas nécessairement proches de Christine Boutin on rebondit sur l'opération, pour s'en moquer. C'est une preuve que l'expérience vise juste, et que les internautes s'y reconnaissant. Un machin formaté par un boite de communication ne connaissant rien au web n'aurait suscité aucune réaction. Là, le buzz de lancement est réussi !

vendredi 26 décembre 2008

Décret sur la publicité à la télévision

Christine Albanel nous avait promis un décret sur la publicité à la télévision. Et bien elle n'a pas menti ! Voici donc le décret 2008-1392 (et son explication), du 19 décembre 2008, prudemment paru au JO du 24 décembre 2008.

Que contient ce décret ? Y trouve-t-on la fameuse interdiction de la publicité après 20 heures ? Et bien non ! Le passage par le voie parlementaire, cela n'était que du pipeau !

Mais ce décret est tout de même très instructif. Il élargit les possibilités pour France télévisions d'augmenter ses revenus publicitaires. Alors que d'un coté, on dit supprimer la publicité, de l'autre, on tire au maximum les quelques possibilités qui restent. C'est d'ailleurs explicitement dit dans le rapport du décret : "Le présent décret a pour objet d'assouplir certaines des dispositions applicables à la diffusion des messages publicitaires, au parrainage et au télé-achat". Désormais, les émissions de télé-achat vont pouvoir citer les marques, les fabricants et les distributeurs. On assouplit aussi le parrainage en l'ouvrant aux entreprises du médicament ! Et surtout, on augmente le temps maximal consacré à la pub, en passant du mode de comptage "heure glissante" à celui "heure d'horloge" et en augmentant de 6 à 9 minutes le temps maximum (qui sera de fait également le temps minimum).

Cette réforme de l'audiovisuel laisse au publiphobe que je suis un goût de plus en plus amer. Alors qu'elle nous est vendue comme le moyen de libérer la télévision publique de l'emprise de la publicité, certaines mesures tendent à faire sauter des verrous et des limites à la présence publicitaire hors période "spots de pub". Le parrainage, le placement produit, les émissions de télé-achat, c'est de la pub ! Si on veut supprimer réellement la publicité sur France télévision, il faut le faire complètement. On n'en prend pas vraiment le chemin !

Le plus dangereux, ce ne sont pas les tunnels de spots publicitaires (pendant lesquels on va faire autre chose) mais cette présence quasi-subliminale de la réclame à l'antenne. Le problème, c'est les marques citées ou apparaissant à l'antenne sans vraie justification (quel lien entre un marchand de machines à laver et la météo); le placement produit; les invités qui sont présents sur le plateau uniquement parce qu'ils ont besoin, pour leur business, de visibilité médiatique; les émissions qui sous un alibi "culturel" sont en fait des machines à faire vendre (typiquement les émissions dites littéraires).

La télévision va continuer, sous des formes moins visibles, à remplir le rôle que lui assigne le système consumériste : un hall d'exposition et de promotion pour ses produits le tout accompagné d'une pression pour consommer encore et toujours plus. On se contente juste de limiter la forme la plus visible, les spots publicitaires qui, de toute manière, ne sont plus très efficaces, nombre de consommateurs étant maintenant immunisés contre cette forme grossière de manipulation publicitaire.

mardi 23 décembre 2008

Quand les cathos n'assument pas

Le travail dominical est un sujet contre lequel les catholiques sont vent debout. Le septième jour, c'est le jour du seigneur, on ne travaille pas ! Cette position est parfaitement défendable. On travaille pour vivre, mais on ne vit pas pour travailler. Là dessus, je suis d'accord, il faut des moments de respiration, où on s'arrête un peu, on se repose, on fait le point et surtout, on fait autre chose. Le travail 7 jours sur 7, je ne suis pas d'accord !

Mais quand je vois comment les cathos se comportent sur le sujet, je suis un peu gêné pour eux. Ils n'osent pas assumer leurs positions philosophiques et se cachent derrière d'autres prétextes pour attaquer le travail dominical et ceux qui défendent une position contraire à la leur.

Luc Mandret a une position que je partage globalement. Oui au repos hebdomadaire, mais pas forcement le dimanche pour tout le monde. Je suis hostile au "travail, unique raison de vivre", mais en même temps, je reconnais le droit aux autres de ne pas penser comme moi. Si certains souhaitent travailler comme des mules, "pour gagner plus" ou pour toute autre raison, c'est leur droit ! Nous sommes dans une société pluraliste, où une minorité (les chrétiens) n'a pas à imposer aux autres sa conception de ce que doit être le rythme de vie de la société ! Par contre, il faut que cette minorité ne se voit pas imposer un rythme de vie qui soit contraire à ses convictions, surtout si cela est possible. Sur le travail dominical, un accord est possible, permettant à ceux qui veulent travailler le dimanche de le faire, tout en permettant à ceux qui ne le veulent pas de s'en abstenir sans que cela ne leur porte préjudice. Je reconnais que cela n'est pas forcement évident, mais c'est faisable !

Je m'agace donc fortement de certaines interventions de cathos et de conservateurs qui, comme le Chafouin, usent d'arguments petits bras pour tenter de discréditer la position de ceux qui ne pensent pas comme eux. Sa réponse à Luc Mandret est absolument pitoyable : un paragraphe pour ironiser les fautes d'orthographe (comme si cela faisait avancer le débat de fond). Deuxième argument, l'amalgame de mauvaise foi : "pourquoi est-ce le dimanche qui devrait être obligatoirement chômé" est mis sur le même plan que "pourquoi devrait-il y avoir un salaire minimum". Digne d'un militant d'extrême-gauche qui n'a rien à dire sur le fond ! La question de Luc Mandret est parfaitement légitime et pose un vrai débat : devons nous tous être mis sous la même toise et aligner notre rythme de vie sur celui prescrit par une minorité qui fut majorité et qui a du mal à se remettre de la perte de son statut de majorité ? Ce n'est tout à fait la même chose que se demander si les salariés doivent être payés ! Quant au débat pour savoir s'il faut autoriser le travail des enfants, je préfère ne pas m'avancer, tellement on touche le fond du débat : Luc ne pose la question de la nécessité ou pas du repos hebdomadaire mais juste de savoir s'il doit être le dimanche pour tout le monde. Pas franchement le même débat. Le chafouin termine sur ce qu'il croit être l'argument ultime : "ton raisonnement n'est valable que pour un célibataire sans enfant". Oui chafouin, sauf que des célibataires sans enfants, il y en a beaucoup plus que tu ne le penses sur le marché du travail, entre les étudiants, les jeunes couples sans enfants, les divorcés, les quinquas dont les enfants sont autonomes. Et je ne vois pas pourquoi on les empêcheraient, s'ils le souhaitent réellement (et c'est là qu'est le vrai problème), de travailler le dimanche et de prendre leur jour de repos hebdomadaire (principe qui n'est pas remis en cause) un autre jour de la semaine !

Le travail le Dimanche, à condition qu'il soit récupérable, réellement volontaire et réellement mieux payé, ne me pose aucun cas de conscience, bien au contraire ! Le vrai débat porte sur "réellement volontaire" et "réellement mieux payé". Rien qu'avec ça, il y a de sérieuses raisons d'être réservé sur ce qui est actuellement proposé !

Quand on veut monter à l'arbre...

La grande question du jour, dans l'affaire "Julien Dray", c'est "qui a balancé à la presse ?". Et on suppute, soit des "amis" au sein du PS, l'UMP ou je ne sais qui.

Comme si c'était la première fois que des informations censées être confidentielles (un PV d'audition devant un juge par exemple) se retrouvaient sur la place publique ! Le secret de l'instruction et le secret professionnel se sont effacés depuis bien longtemps devant le "droit à l'information", surtout quand c'est croustillant ou scandaleux. La plainte contre X de Julien Dray est donc un sommet d'hypocrisie ou une pitoyable tentative d'allumer un contre-feux médiatique.

Même chose pour les déclarations de certains socialistes, qui trouvent étrange le timing de la révélation et supputent une volonté de casser le mouvement lycéen. Là encore, pitoyable tentative de détourner l'attention, car si telle avait été la volonté du gouvernement, la fuite aurait eu lieu depuis longtemps. Le parquet a lancé les opérations le 10 décembre. Dès le 11 décembre, aucun problème pour cela se retrouve dans la presse, à un moment bien plus opportun pour gêner le mouvement lycéen !

On peut dire ce que l'on veut sur le lynchage et sur les coups bas en politique, le meilleur moyen d'éviter tout cela est de ne pas avoir de casseroles ! Ce genre de faits, c'est rarement inventé, du moins, il y a toujours un petit quelque chose à la base, une faiblesse que l'on exploite. La ruineuse passion de Julien Dray pour les montres coûteuses est de notoriété publique, ce que l'on connait moins, c'est la manière dont il finance cette passion. Ce n'est pas avec une indemnité de député et de vice-président de conseil régional qu'on peut se payer des montres à 30 000 euros ! D'où vient l'argent ? Héritage, autres activités professionnelles ? A partir du moment où les choses ne sont pas claires, on prête le flanc aux attaques.

Dans ces cas là, on se met au clair ou alors, on ne fait pas de politique. Quand on veut monter à l'arbre, mieux vaut avoir le cul propre !

lundi 22 décembre 2008

Etonnant soutien

Frédéric Lefebvre prend la défense de Julien Dray, réclamant pour lui le "respect de la présomption d'innocence". C'est absolument délicieux, car il ne faut surtout pas y voir une volonté réelle de défendre Julien Dray. Non, il s'agit juste de souligner l'absence réelle de soutien de la part du PS.

Ce communiqué sur le respect de la présomption d'innocence, c'est Martine Aubry qui aurait du le faire, dès ce week-end ! Que ce soit Frédéric Lefebvre qui l'ait fait le premier, c'est véritablement du sel jeté sur une plaie à vif.

Il est vrai bon ce Frédéric Lefebvre !

vendredi 19 décembre 2008

Les fausses alarmes de Monsieur Urvoas

Jean-Jacques Urvoas, député socialiste membre de la commission des lois s'alarme à propos du projet de loi organique n° 1314. Ce texte est la suite de la réforme constitutionnelle adoptée cet été, et en tire les conséquences. Il met en musique le droit de résolution nouvellement recréé, précise les modalités de présentation des projets de loi (études d'impact, délais entre dépôt et examen...) et enfin le droit d'amendement (article 44 de la constitution). Il est vrai que beaucoup de questions peuvent se poser sur ce dernier sujet,mais je ne partage pas pour autant les angoisses de Monsieur Urvoas.

L'article 44 de la constitution affirme clairement que les parlementaires ont un droit d'amendement, et la réforme constitutionnelle a ajouté "dans des conditions définies par le règlement de chaque assemblée, dans le cadre d'une loi organique. Un dispositif à trois étages, la loi organique n°1314 n'étant que le deuxième étage, celui qui fixe le cadre. Tout se jouera vraiment lors de la réforme du règlement, et si les socialistes poussent des cris d'orfraies dès maintenant, c'est pour être en meilleure position au moment crucial.

Voici l'article 11 (le texte en italique, mes commentaires en police normale) :

Les amendements sont présentés par écrit et sont sommairement motivés : c'est déjà le cas, je ne vois pas trop ce qui pourrait changer. Ce que l'on peut souhaiter, c'est que les amendements soient un peu moins sommairement motivés, parce des "cet amendement se justifie par son texte même", c'est un peu court.

Les amendements des membres des assemblées cessent d’être recevables après le début de l’examen du texte. Les règlements des assemblées peuvent déterminer les conditions dans lesquelles est fixée une date antérieure à compter de laquelle ces amendements ne sont plus recevables. La loi organique laisse au bon soin du règlement de chaque assemblée de déterminer à partir de quand un amendement n'est plus recevable. Il est logique qu'à un moment donné, on fige les choses, sinon, ce serait le chaos (ça l'est déjà pas mal, n'en rajoutons pas). Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, la limite pour le dépôts des amendements, c'est la veille de la discussion (en général à 17 ou 18h) que ce soit en commission ou en séance publique. On peut exceptionnellement déposer des amendements jusqu'à la fin de la discussion générale si le rapport a été déposé tardivement. Les députés UMP travaillent sur le sujet, et souhaitent reculer la limite à 72 heures avant le début de l'examen du texte, histoire de laisser à tous, et en premier lieu au rapporteur, le temps d'examiner et d'expertiser les amendements. Actuellement, cet examen se fait dans la nuit qui précède l'examen. Le service de la séance, qui gère le dépôt et la mise en ligne des amendements est en permanence sous tension et n'arrive pas à suivre. Au moins, avec un délai de 72 heures, on aura plus de temps pour préparer correctement les débats.

Après l’expiration de ces délais, sont seuls recevables les amendements déposés par le Gouvernement ou par la commission saisie au fond. Là aussi, c'est déjà ce qui se pratique, et s'il y avait quelque chose à redire dans cet article, c'est ici ! J'en ai plus que marre (et je suis loin d'être le seul) de ces amendements gouvernementaux portant article additionnels, qui arrivent en dernière seconde, que l'on découvre en entrant en séance, avec un examen en commission à 9h15 pour une séance débutant à 9h30. La proposition de loi de clarification du droit de Jean-Luc Warsmann a été de ce coté là, un festival qui a suscité l'irritation sur tous les bancs, y compris de l'UMP.

Les amendements sont examinés et votés en commission en présence du Gouvernement, à sa demande ou répondant à l’invitation du bureau de la commission. Vu que le texte examiné en séance sera celui de la commission, il apparait logique que le gouvernement soit représenté en commission pour défendre son texte et donner son avis sur les amendements. La loi organique fixe le principe, mais laisse le soin aux règlements des assemblées de fixer les modalités concrètes.

Article 12

Les règlements des assemblées peuvent, s’ils instituent une procédure d’examen simplifié pour des textes qui s’y prêtent, prévoir que le texte adopté par la commission saisie au fond est seul mis en discussion, sauf amendement du Gouvernement ou de la commission. Une procédure simplifiée existe déjà, surtout utilisée pour les ratifications d'accords internationaux ne posant pas problème. La loi organique va plus loin, car elle autorise une possibilité de vote bloqué en séance, le débat et l'exercice du droit d'amendement ayant lieu uniquement en commission. En soi, cette disposition ne me dérange pas plus que cela, à condition que les modalités d'application prévoient que l'opposition ait un droit de veto à l'utilisation de cette procédure, comme c'est le cas actuellement pour la procédure simplifiée et que chaque député qui le souhaite puisse déposer des amendements en commission. Il est donc un peu prématuré de s'alarmer sur ce sujet.

Article 13

Les règlements des assemblées peuvent, s’ils instituent une procédure impartissant des délais pour l’examen d’un texte, déterminer les conditions dans lesquelles les amendements déposés par les membres du Parlement peuvent être mis aux voix sans discussion. Là, c'est déjà plus chaud ! Derrière cet article, se cache le compte-temps. Chaque groupe ou chaque député (selon les modalités choisies) disposent d'un temps global sur l'ensemble de la discussion en séance publique (il est acquis que le compte-temps ne serait pas appliqué en commission) et quand un député est trop bavard et qu'il a épuisé son temps de parole, il n'est plus autorisé à parler et ses amendements sont mis aux voix sans discussions. C'est l'arme atomique contre l'obstruction parlementaire ! Les députés UMP en parlent, sont favorables au principe, mais buttent actuellement sur les modalités pratiques d'attribution (aux groupes ou à chaque député individuellement) et de décompte. C'est encore à l'état d'ébauche et je ne suis pas certain qu'ils arrivent à s'en dépatouiller. Le principe ne me heurte pas tant que cela, et tout dépend de l'application qui sera faite de cette mesure. A partir du moment où on fixe des temps de parole suffisamment larges, pourquoi pas ? Cela obligera les bavards à se réfréner ce qui n'est pas un mal, car c'est vrai qu'un certain nombre de députés s'écoutent parler.

L'article de Monsieur Urvoas soulève toutefois des questions intéressantes sur la manière de travailler d'un député. Ses remarques sont recevables, notamment sur la question de l'examen des amendements en commission, si on envisage que le travail parlementaire est individualiste. C'est vrai que lorsque l'on est pas membre de la commission saisie au fond, les amendements que l'on peut déposer sur un texte ne sont pas examinés. Mais des solutions existent. On peut très bien modifier le règlement pour rendre recevables en commission tous les amendements. On peut aussi inviter les députés à travailler davantage au sein de leur groupe (ce que les socialistes font bien plus que les UMP) et à faire en sorte que les amendements déposés soient ceux du groupe, pouvant être défendus par n'importe quel membre du groupe, et non des amendements purement individuels.

C'est d'ailleurs là que se situe le point clé de cette réforme, que personne n'a vraiment explicité jusqu'ici, à savoir le renforcement du poids des groupes politiques. A partir du moment où un temps global de discussion est accordé à un groupe politique, c'est le groupe qui le répartit entre ses membres, d'où un vrai pouvoir des instances dirigeantes de mettre en avant certains, et à l'inverse, d'en faire taire d'autres. Dans les réflexions internes au groupe UMP, on trouve l'idée de ne débattre que sur certains amendements, considérés comme "structurants" et de faire voter les autres sans discussion. Et bien entendu, qui détermine quels sont les "amendements structurants" et qui doit prendre la parole ? Le groupe et ses instances dirigeantes, bien entendu !

Cette manière de privilégier le collectif par rapport à l'individuel, c'est déjà ce qui se pratique au Sénat. Toutes les décisions sont prises en amont, au sein du groupe, et quand on arrive en séance, tout est joué et verrouillé, puisqu'au Sénat, un seul sénateur peut avoir la procuration de tous les absents de son groupe et voter pour eux, dans le sens adopté par le groupe. Les nouveaux sont complètement écrasés dans ce système : peu de possibilités d'initiatives individuelles, tout passe par le filtre du groupe qui oriente le projecteur, punit ou récompense. Personnellement, je n'aimerais vraiment pas que cela se mette en place à l'Assemblée ! D'abord, ce n'est pas du tout dans la culture des députés (je ne vous raconte pas l'absentéisme que cela provoquerait) et ce n'est pas ma manière d'envisager le travail parlementaire, car là, ce serait "godillots sur toute la ligne".

Certains points de cette réforme sont inquiétants, c'est évident. Mais le moment décisif n'est pas encore arrivé. Cette loi organique, ce sera le round d'observation. La vraie bataille se jouera au moment de la réforme du règlement, entre ceux qui veulent renforcer le pouvoir des groupes politiques et ceux qui veulent absolument maintenir une possibilité d'exister individuellement. Entre les deux, j'ai clairement choisi mon camp.

Socialiste et collectionneur à l'ISF

La brigade financière perquisitionne chez Julien Dray. De sombres histoires d'argent, avec des chèques d'un montant total de 102 000 euros qui auraient transité par SOS-Racisme puis Julien Dray pour aller on ne sait où.

Gardons nous de toute conclusion hative, mais quand même. Il n'est jamais bon pour les politiques de se retrouver dans des circuits d'argent. En quoi un député a-t-il besoin qu'on lui fasse pour 102 000 euros de chèques ? En quoi une association du genre SOS Racisme a-t-elle besoin de faire transiter de l'argent via son attachée de presse ? Il y a un trésorier, ce devrait être lui et lui seul qui devrait revenir le maniement de l'argent !

Je ne peux pas m'empêcher de rapprocher cela de la passion de Julien Dray pour les belles et couteuses montres, dont certaines ont été réglées avec d'importantes sommes en liquide. A l'époque, il s'en est tiré en déclarant que l'argent venait de la vente d'autres montres de sa collection. Cela n'a peut être aucun lien, mais il n'empêche, un homme politique se doit d'être au dessus de tout soupçon sur la question de l'argent.

Après l'ISF de Ségolène Royal et de François Hollande, voici qui resurgit la collection de Julien Dray. Un tel étalage n'est pas bon pour le PS car dans l'imaginaire collectif, l'étiquette "de gauche" rime mal avec richesse. Certains arriveront à justifier que l'on peut être socialiste et à l'ISF, mais pour beaucoup, cela reste antinomique. Le PS n'en a pas finit avec ses non-dits et ses ambigüités mal assumées !

jeudi 18 décembre 2008

Corrida

En ce moment, c'est la fête à Rama. Les proches de Sarkozy se font un malin plaisir à l'attaquer sur tous les fronts. Nadine Morano affirme qu'elle n'a pas la légitimité du scrutin et que si elle veut continuer en politique, il y a un moment où il faut affronter les électeurs. Christian Estrosi a poursuivi le tir en accusant Rama Yade d'être un mauvais placement. En résumé, Sarkozy l'a nourrie au grain, lui a donné un petit pré pour qu'elle puisse s'ébattre et voilà que Madame refuse de passer en salle de traite...

Je comprends que Rama Yade ne soit pas très heureuse de tout cela, mais au delà de l'élégance du propos, sur le fond, Estrosi et Morano ont raison.

Vouloir être ministre, occuper un rang important, sans passer par la case "élection", ça ne se fait pas. Il manque quelque chose : à la fois une légitimité, mais surtout un vécu. Le parfait exemple de ce manque est Dominique de Villepin, incapable en 2006 de comprendre la trouille des députés de base de l'UMP, qui pensaient vraiment qu'avec toutes les conneries du Premier ministre, ils allaient se retrouver dans le mur aux législatives. Il n'y aurait pas eu Sarkozy, la droite se prenait une claque en 2007. Dans notre classe politique, affronter le suffrage universel sur son nom, seul face aux électeurs (et non pas planqué en position éligible sur une liste) c'est un rite de passage initiatique. Exactement comme le service militaire pour les hommes il y a un siècle. C'est une règle de base de la tribu et refuser de s'y conformer, c'est s'exclure du groupe.

Christian Estrosi a également rappelé une règle vieille comme la politique. Quand on doit tout à quelqu'un, on évite de la mécontenter. Nicolas Sarkozy a choisi de mettre Rama Yade en avant, c'est pour qu'elle serve sa politique, et si elle ne va pas dans le bon sens, on tire un peu sur la longe pour lui rappeler qu'elle a des dettes, et que si elle n'avait du compter que sur ses propres forces, elle serait encore administratrice du Sénat ! C'est assez dur, voire sordide, mais la politique fonctionne comme cela et en d'autres époques, un tel comportement pouvait aller jusqu'à couter la vie. La proximité du pouvoir a été toujours été dangereuse.

Aujourd'hui, elle dispose à titre personnel de quelques atouts, essentiellement symboliques : femme et "minorité visible" ainsi qu'une jolie cote de popularité. Mais tout cela ne tiendra pas si Sarkozy décide de se débarrasser d'elle. Des "femmes+minorité visible", il y en a d'autres et une popularité, c'est éphémère. Les présidentielles sont lointaines, le public aura tout le temps d'oublier Rama et de s'enticher d'autres.

Maxime, le dernier prolo de l'Assemblée

Hier soir encore, Maxime Gremetz nous a gratifié d'un show dans l'hémicycle. C'est très régulièrement qu'il détonne par son comportement, un peu "hors norme" dans ce monde feutré, poli et bien éduqué de la France d'en haut. Pour certains, Maxime Gremetz n'est qu'un pauvre type, un "goujat mal éduqué".

En fait, Maxime Gremetz est un vrai représentant de la France d'en bas, de ces couches populaires que l'on méprise dans les hautes sphères. Il en a le comportement, dans ses bons et ses mauvais cotés. Il est colérique, parfois excessif, sans grand respect des convenances et des petites politesses entre gens bien élevées. Mais c'est aussi quelqu'un qui peut avoir bon coeur et qui est abordable. Et c'est loin d'être un imbécile. Des gens comme lui, il en faut !

Maxime Gremetz est le dernier "vrai communiste", de ce PCF qui était ouvrier, populaire, et en qui les "prolos" se reconnaissaient et s'identifiaient. Aujourd'hui, le PCF, c'est quoi ? Des permanents politiques couleur gris muraille, bien élevés, polis, discutant entre eux et sortant de temps en temps de la place du colonel Fabien pour appeler à "battre la droite". Autrefois, les communistes, ceux d'avant Georges Marchais, n'avaient pas leur langue dans leur poche et ne se privaient pas pour dire ce qu'ils pensaient en termes parfois vifs. Ils refusaient d'accepter les règles du jeu telles que les fixaient les "bourgeois" et défendaient pour de vrai les couches populaires, y compris en allant occuper les mairies avec des protestataires, comme vient de le faire récemment Maxime Gremetz. Ils n'avaient pas peur de passer pour des affreux, et s'en glorifiaient même.

Depuis 20 ans, l'extrême gauche a laissé tomber les classes populaires. Ses leaders, quelque soit l'étiquette, s'adressent désormais à la classe moyenne inférieure, celle qui a le plus subi la crise et qui n'a qu'une trouille, c'est de retomber dans la catégorie "couches populaires". Ceux qui prétendent la représenter se doivent donc d'éviter absolument le style "prolo" et au contraire, être l'image de ce que cette classe moyenne inférieure rêvent d'être : poli, propre sur soi, intégré (donc surtout pas de "diversité") tout en ayant un discours "radical" qui promet, non pas de tout casser, mais de renverser les rôles en prenant aux riches pour donner aux pauvres. Cela donne Olivier Besancenot, Clémentine Autain...

Pendant ce temps là, les classes populaires, les "Deschiens", personne ne les représentent plus, personne ne vient plus les écouter. Sauf un, un certain Jean-Marie Le Pen. Il s'est fait vieux, a perdu de la crédibilité et s'est fait tondre la laine sur le dos par Sarkozy. Mais en 2007, il a encore fait 10% et pendant 20 ans, le FN était le premier parti ouvrier de France. Ce n'est pas rien ! Maintenant que Jean-Marie Le Pen quitte la scène, qui va représenter ces couches populaires, qui va être leur porte-voix ? Les héritiers de Le Pen ? Pas certain qu'ils soient à la hauteur. L'extrême gauche ? On a bien vu que ce n'est plus cette clientèle qui les intéressent. Le parti socialiste ? S'est-il un jour intéressé à eux ? L'UMP ? Ce serait un comble et je n'y crois pas trop, car le gouffre culturel est immense et quand la droite a des contacts avec les couches populaires, c'est quasiment toujours sur le mode "paternalisme et dames patronesses".

Cette absence des couches populaires de la scène politique officielle m'inquiète. Car même si on les entends pas faute de représentants, ils sont là, avec leurs craintes et leurs espoirs. Faute d'être entendues par les voies ordinaires de la démocratie représentative, elles risquent de choisir d'autres chemins pour faire entendre leurs colères et leurs refus. Elles le font déjà d'ailleurs et cela n'apporte rien de bon, pour personne. Alors si quelques Gremetz nous permettent d'éviter des émeutes ou un vote protestataire radical qui plombe notre système démocratique, ce n'est pas cher payé !

Procédure tordue

L'Assemblée nationale a commencé hier soir l'examen de la proposition de loi sur le Travail dominical. L'ambiance était électrique et les débats ne sont pas allés bien loin. Maxime Gremetz était déchainé et Jean-François Copé a décidé d'arrêter les frais, pour éviter un clash.

C'est un texte qui part mal, un exemple même de ce que ne doit pas être le travail parlementaire. Au départ, le texte de Richard Mallié est uniquement destiné à régulariser la situation de la zone "plan de campagne" située dans sa circonscription ainsi que certains commerces d'Ile de France. Nicolas Sarkozy s'est mis en tête de libéraliser le travail dominical, ce qui est conforme à son programme "travailler plus pour gagner plus". Son erreur est d'avoir voulu se servir du texte de Richard Mallié comme base de départ, alors qu'il n'était pas conçu pour ça.

Le sujet suscitant beaucoup de réserves et d'oppositions au sein même de l'UMP, il a fallu le remanier. On a ainsi connu deux versions différentes officiellement déposées. Les discussions se poursuivant des reculs successifs sont opérés jusqu'à la réunion de la commission, qui arrête le texte qui sera examiné en séance publique. Les concessions n'étant pas suffisantes, les négociations se poursuivent, à l'Elysée, et aboutissement à l'annonce d'amendements non examinés en commission, mais qui ayant l'onction présidentielle, nous sont présentés comme "officiels".

Le texte initial étant tellement bricolé et dénaturé, Richard Mallié s'est senti obligé de produire un rapport supplémentaire, chose très inhabituelle qui montre à quel point l'équilibre du texte a été bouleversé. Le point le plus contestable, c'est que ce rapport supplémentaire soit paru hier à 20h 15, soit juste avant la reprise de la séance. Comment voulez vous travailler dans de telles conditions ! La commission examine normalement un texte, discute d'amendement, et finalement vote quelque chose qui va être mis à la poubelle à la suite d'une autre réunion de commission, convoquée à la va-vite dans l'heure qui précède la séance publique. C'est se moquer du monde.

La demande Jean-François Copé d'arrêter les frais pour cette année est sans doute motivée par la crainte de l'adoption d'une motion de procédure (comme pour la deuxième lecture de la loi OGM). Mais elle a au moins l'immense mérite de permettre aux parlementaires d'étudier à tête reposée ce texte nouveau. Au delà du fond (dont il n'est pas question ici), rien que sur la manière dont les discussions ont été menées, ce texte n'est pas à l'honneur des parlementaires.

mercredi 17 décembre 2008

3001, l'odyssée de l'info

J'ai assisté hier soir à la première réunion d'un projet qui m'apparait très prometteur, initié par l'Express.fr, intitulé 3001, l'odyssée de l'info. Le projet consiste à faire participer des blogueurs au site l'Express.fr lors de la première semaine de la rentrée, à la fois sur des sujets "froids" qui ont été définis hier soir en grande partie, et sur des sujets "chauds" en partageant le quotidien (et le boulot) de la rédaction de l'Express.fr les 7, 8 et 9 janvier prochain. L'expérience m'apparait intéressante à plusieurs titres.

Elle permet un contact réel entre blogueurs et journalistes, deux milieux qui s'ignorent trop, et on le sait, nombre de conneries que l'on raconte naissent avant tout de la méconnaissance de l'autre. Pour mieux se connaitre, rien de mieux que de travailler ensemble et la présence de blogueurs dans les murs même de l'Express.fr, du 7 au 9 janvier va sans doute entrainer des remises en cause de part et d'autre. La proposition de l'Express.fr est valable, car les blogueurs vont réellement être mis à contribution. La réunion d'hier soir m'a clairement montré qu'il y avait une véritable implication des journalistes (au moins du rédacteur en chef) et que ce n'est pas un miroir aux alouettes où on flatte le blogueur pour mieux le prendre pour un con et l'exploiter en vue d'une opération de com'. Je crois réellement à la sincérité du projet, vécu par l'Express.fr comme une expérience pour mieux connaitre cet animal bizarre qu'est le blogueur, qui empiète sur leur territoire, leur taille des costards, voire les traumatisent en leur envoyant la moindre erreur à la figure sans aucune diplomatie (et visiblement, j'en ai traumatisé un).

C'est également intéressant, et dangereux, pour les blogueurs. La critique est facile, mais l'art est difficile. Ce projet est quelque part un défi (amical) lancé par les journalistes aux blogueurs : viens, vis ma vie, assume mes contraintes, et on va voir de quoi tu es capable... C'est quelque part un moment de vérité qui peut nous assurer un certain respect de l'autre comme nous disqualifier complètement. Il y a un moment, de toute manière, où il nous faudra franchir ce cap, car nous ne resterons, du moins pas tous, au stade amateur où nous sommes actuellement. Les journalistes sont maintenant assez conscients qu'il y a chez les blogueurs un potentiel intéressant, le tout étant de savoir quoi en faire et comment l'intégrer dans leurs schémas pour qu'il conserve toute sa saveur et sa complémentarité avec leur travail. Des débuts de réponses existent. 20minutes.fr est assez avancé en ce qui concerne la production et l'intégration de contenus produits par les blogueurs "embedded". Cette expérience de l'Express.fr explore une autre voie, celle de l'intégration directe de contenus ne provenant pas de journalistes maison, tout en étant soumis aux mêmes processus de validation.

C'est un projet conçu sans préjugés. On sent que du coté des journalistes, c'est un peu le saut dans l'inconnu, avec quelques appréhensions (qu'est ce qu'ils vont nous pondre ?). C'est totalement pragmatique et créatif, sans plan théorique préconçu. Il n'y a pas véritablement d'attentes précises (du moins c'est comme ça que je le ressent) ce qui fait que cette expérience sera ce que l'on en fait, et c'est une démarche qui me plait beaucoup. C'est un peu le jardin anglais, qui s'oppose au jardin à la française, très rationnel, pensé, ne laissant que peu de place à l'imprévu.

C'est pour toutes ces raisons que j'ai accepté avec beaucoup de plaisir de me lancer dans cette aventure. Cela m'a déjà permis d'avoir le plaisir de rencontrer Eric Mettout, que j'ai tant étrillé et qui pourtant, ne m'en veut pas.

mardi 16 décembre 2008

Le placement produit

L'assemblée nationale s'est penchée lundi soir (et y a passé une bonne partie de la séance) sur le placement produit. Cette technique publicitaire bien connue consiste à truffer les programmes audiovisuels (les films de cinéma en particulier) d'objets de marque, en échange d'une rétribution. C'est ni plus ni moins que de la publicité clandestine. L'union européenne s'est penché sur la question et a adopté la directive 2007/65/CE, qui dans son article 3 octies pose le principe de l'interdiction de principe, avec possibilité de dérogations partielles.

La France, pour une fois pas en retard, a transposé cette disposition par le biais de l'article 26 de la loi sur l'audiovisuel. C'est vrai que la transposition législative n'est pas compliquée, puisque les mesures à prendre sont règlementaires. L'article 26 donne donc compétence au CSA pour prendre les mesures qui s'imposent et reprend le cadre fixé par la directive : Pas de placement produit dans les émissions pour enfants, pas pour le tabac et les médicaments, pas d'incitations directe à l'achat d'un produit particulier et pas de référence à des promotions, pas de mise en avant injustifiée d'un produit, mention claire de la présence d'un placement de produit au début et à la fin de l'émission. C'est de la transcription littérale.

Pour le publiphobe que je suis, cette disposition est excellente, car le placement produit va enfin être règlementé et encadré. La directive fournit toutes les armes pour pondre une règlementation qui soit plus ou moins dissuasive. Mais tout reste à faire ! Quelle surveillance effective et surtout quelle sévérité de la part du CSA ? Quelles obligations pour les mentions obligatoires ? Un gros bandeau ou un petit truc illisible que personne ne remarque ? Il y a plein de questions intéressantes qui auraient pu être soulevées par les députés de l'opposition. Et bien non, ils ont tous répété en boucle qu'il fallait supprimer cet article et interdire purement et simplement le placement produit. C'est certes radical, mais irréaliste. Une telle pratique, malheureusement, existera toujours et la règlementer strictement et intelligemment (c'est à dire en veillant à ce que la règlementation soit applicable) est la solution la plus réaliste.

La balle est dans le camp du CSA qui, je l'espère, se montrera à la hauteur en adoptant une politique d'encadrement strict et en la faisant appliquer.

L'itinéraire d'un amendement

On parle beaucoup (moi compris) du fameux "amendement Marini" sur la demi-part fiscale supplémentaire pour les personnes ayant élevé seul un enfant. On semble découvrir seulement maintenant cet amendement, alors qu'il a en fait une très longue histoire que je vais essayer de vous conter ici.

Ce sujet est récurrent au sein de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Au cours de la dernière législature, un plafonnement avait été établi pour limiter l'impact de cet avantage fiscal, à l'initiative de Pierre Méhaignerie.

Le sujet a resurgit cette année, lors des débats sur la première partie de la loi de Finances. Le 22 octobre, est discuté un amendement 225 rectifié de Charles de Courson, qui entend seulement poser le débat. Les échanges montrent que c'est une question sur laquelle on a déjà beaucoup travaillé, mais qu'il faut peaufiner. Les débats portent sur un point assez précis, celui des couples qui se séparent après le départ des enfants, et qui de fait, garderaient chacun la demi-part fiscale correspondant aux enfants. Charles de Courson dénonce le fait que cet avantage fiscal est devenu, au fil des ans, une prime au divorce. Gilles Carrez, rapporteur général du Budget rappelle que cette mesure avait été prise juste à la sortie de la guerre, pour venir en aide aux veuves de guerre qui avaient à élever seuls des enfants (et qui, si elles se remariaient, perdaient les avantages "veuve de guerre", dont la pension). Il a une remarque très juste : "Le problème est que, en matière fiscale, vous le savez, on sédimente : sitôt qu’une mesure est prise, elle reste gravée dans le marbre. On en ajoute une autre et, finalement, on en vient à perdre le sens de toutes ces dispositions successives". Tout le monde convient qu'il faut faire quelque chose, mais la rédaction de l'amendement n'étant pas optimale, il convient de le retravailler. On décide donc de renvoyer à la deuxième partie de loi de Finances.

Un amendement amélioré est donc déposé en deuxième partie de loi de Finances, le 18 novembre 2008 (amendement 449). Là encore, ce n'est pas techniquement parfait. La ministre souligne que si le fait d'avoir élevé seul un enfant est un critère objectif, la durée de cinq ans minimum peut poser question ? Pourquoi cinq ans et pas quatre ? En terme d'égalité de tous devant la loi, c'est un peu limite. Elle pose aussi le problème de la preuve, surtout pour ceux ayant élévé leurs enfants depuis longtemps et bénéficiaires de la demi-part fiscale depuis des décénnies. Rappelons que l'avantage est à vie, et que la vie a tendance à s'allonger. Des petites mémés de 90 ans en bénéficient depuis 60 ans ! Comment vont-elle prouver qu'elles ont bien élevé seule un enfant pendant au moins cinq ans ? La solution idéale serait la suppression de la demi-part fiscale dès que les enfants ne sont plus à charge. C'est simple et cela répond aux objectifs des auteurs de l'amendement. En tout cas, c'est un sujet qui n'est pas évident, et la ministre aurait aimé qu'on retravaille le sujet. Elle se heurte à une mini bronca de députés : cela fait déjà un certain temps qu'on en parle, on ne va pas encore reporter une fois de plus. Même le PS, par la voix de Jérôme Cahuzac, soutient cet amendement et résume bien la position de ses collègues de la commission des finances : "Madame la ministre, mes chers collègues, je suis heureux que l’amendement soit maintenu. Nous en avons beaucoup discuté en commission des finances. Aucun des aspects insatisfaisants énoncés par Mme la ministre ne nous avait échappé. Néanmoins, nous estimons que cet amendement améliorera la situation de certains de nos concitoyens tout en allant clairement dans le sens de la justice fiscale". L'amendement est donc adopté.

Nous sommes encore dans un débat de spécialistes, d'où la "politique" est absente. Cela va changer avec le passage au Sénat. Le rapporteur général du Budget, le désormais célèbre Philippe Marini, reprend à son compte les remarques que Christine Lagarde avait formulé devant les députés et propose purement et simplement la disparition du dispositif dès que les enfants ne sont pas à charge. L'extinction de cet avantage se ferait de manière dégressive, sur 10 ans, histoire d'éviter un choc fiscal pour les contribuables concernés. Cette fois, c'est Eric Woerth qui est dans l'hémicycle, et il sent que ça peut tanguer. Il prend donc bien soin de préciser que ceux qui élèvent seuls un enfant conservent la demi-part fiscale supplémentaire pendant qu'ils ont l'enfant à charge, et qu'il n'est pas question de supprimer cet avantage. Il n'a pas tort de s'inquiéter, car les socialistes ont changé leur fusil d'épaule et dénoncent une attaque contre "les contribuables les plus modestes". Fin du débat de spécialistes, arrivée de la politique politicienne !

Résumons donc les choses : c'est bien le maintien de la demi-part fiscale alors que les enfants ne sont plus à charge qui est contestée. Cette mesure m'apparait de bon sens, fiscalement parlant. A partir du moment où il n'y a pas de charge, on ne voit pas pourquoi il y aurait avantage fiscal.

Finalement, en commission mixte paritaire, c'est finalement l'amendement de l'Assemblée nationale qui a été retenu. La mesure est maintenue, c'est politiquement important, il y a déjà suffisamment de reculades en ce moment, il ne faudrait pas lacher sur tout ! Mais malheureusement, comme d'habitude devrais-je dire, on s'est arrêté au milieu du gué en prenant l'amendement le moins audacieux. Quitte à payer le prix politique, autant avoir une mesure plutôt qu'une demi-mesure. Et en plus, on a là une demi-mesure qui tient techniquement mal la route. Les remarques de Christine Lagarde devant les députés étaient fondées, et je crains que le passage devant le Conseil Constitutionnel ne se fasse pas sans douleur. L'égalité de tous devant l'impôt est un principe constitutionnel.

Attendons donc le verdict des sages.

lundi 15 décembre 2008

Ben alors, ce décret ?

Christine Albanel et Frédéric Lefebvre nous ont annoncé que la fin de la publicité sur France télévision pouvait se faire par décret. Qu'apprend-on aujourd'hui ? que finalement, cela se fera par décision du président de France-Télévision, qui est parfaitement habilité, comme gestionnaire de la société, à décider de l'organisation des programmes et de la diffusion ou non de spots de publicité. Mais de décret point, juste une lettre à Monsieur de Carolis lui enjoignant de prendre l'initiative.

Cette "voie règlementaire" était donc du flan. Les juristes les plus éminents avaient d'ailleurs émis des doutes certains sur cette hypothétique voie règlementaire, de même que certains personnages hauts placés de la république. J'attends avec un certain amusement la reprise des débats sur le projet de loi, cet après midi à 16 heures. Les députés de l'opposition ne vont pas manquer de commenter cette annonce. Et ils auront raison, car un tel comportement de la part d'un ministre, qui tente clairement un coup de bluff, c'est indigne de notre démocratie. Comment voulez-vous qu'elle soit crédible après ? Et surtout, comment voulez-vous qu'elle soit respectée après une telle tentative d'enfumage ?

Ce qui m'amuserais encore plus, c'est que Patrick de Carolis, qui sait que de toute manière il ne sera pas reconduit, décide de refuser. Il en a parfaitement le droit, et l'Etat a beau être actionnaire majoritaire, il n'en a pas pour autant le droit de donner des ordres directs et précis à celui qu'il a nommé. Il a certes bien des moyens de faire entendre raison au PDG de France télévisions, mais pas de moyen de le contraindre. La seule solution est de le destituer, ce qui est long et ne se fera pas pour le 5 janvier...

Un tel incident serait du plus mauvais effet pour le gouvernement et surtout pour Christine Albanel, à la veille d'un remaniement...

Rassurant

Le scandale Madoff, ce nouvel Kerviel, a un coté rassurant. Voilà une escroquerie basée sur un mécanisme vieux comme la Finance sans aucune sophistication mathématique qui a fonctionné du tonnerre, sur des gens censés être les plus brillants de la planète.

Du moins, c'est comme cela qu'on nous les présentaient, nous donnant au passage l'impression de n'être qu'une vulgaire merde insignifiante. C'est là que je suis rassuré : ils ne sont finalement pas plus malins que moi !

Le romantisme de la révolution

Sur les émeutes en Grèce et le rêve de certains de les voir arriver en France, je laisse la parole à trois blogueurs, qui ont bien exprimé mon ressenti : Hugues sur Rue89 (qui n'a pas peur de porter ainsi la bonne parole dans l'antre de la Bête), Elisabeth Levy chez Causeur et Xerbias.

Ils tracent le portrait d'une certaine gauche française qui, bien à l'abri de son confort matériel, se rêve en Che Guevara, en révolutionnaire de 1830 ou de 1848, voire en communard sur ses barricades. Le seul moyen de changer, c'est la révolution, violente bien entendu. Leurs revendications sont radicales, évidemment, puisque qu'être révolutionnaire, c'est être entier. L'émeute est donc l'avenir de l'humanité (à condition de ne pas se dérouler devant leur domicile), il faut la souhaiter, et pourquoi pas la provoquer (en se gardant bien d'y participer en première ligne). Ca aurait pourtant de la gueule, tous ces bobos en première ligne devant des CRS prêts à charger. Ils auraient une autre vision de l'émeute, surtout pour ceux qui étaient trop jeunes pour avoir fait Mai 68 et qui ne s'en consolent pas.

J'aimerais juste leur rappeler que tout au long du XIXe siècle, les résultats des "révolutions" n'ont pas été franchement celles attendues par les théoriciens. Que ce soit en 1830, en 1848 ou 1871, c'est l'ordre bourgeois qui en est sorti renforcé. Il n'y a pas de raisons pour qu'aujourd'hui encore, l'histoire ne se répète pas.

samedi 13 décembre 2008

République avant l'heure

Le dernier mercredi du mois de décembre ne se prête pas bien, en temps ordinaire à la tenue d'une république des blogs. Il se trouve que cette année, il s'y prête encore moins puisque ça tombe le 31 décembre. J'aime beaucoup mes amis blogueurs, mais ce n'est pas forcement avec eux que j'ai envie de passer le reveillon.

Jules et moi avons donc pensé (et Jules a décrété, prenant ainsi la voie règlementaire) que le dernier mercredi où le pays fonctionne à peu près normalement avant les transhumances des fêtes de fin d'année serait propice.

La prochaine république des blogs parisienne aura donc lieu le 17 décembre. A tous ceux qui tiennent à leur anonymat, attention, risque de présence de caméras (pas toute la soirée, et avec instruction de faire attention à ne pas filmer des gens ne le souhaitant pas). Ca rappellera les grandes heures de la république des blogs, quand nos grands de ce monde politique daignaient honorer de leur présence nos modestes agapes. Il se pourrait bien d'ailleurs que la période électorale qui s'ouvre au printemps amène parmi nous quelques spécimens...

vendredi 12 décembre 2008

Le décret d'attribution de Devedjian

Le document que j'attendais pour mesurer réellement ce que pourra faire Patrick Devedjian vient de paraitre au JO. Il s'agit du décret d'attribution, qui fixe les limites de ses compétences, et surtout de ses pouvoirs sur les administrations. En effet, si on ne dispose pas de services administratifs, on est rien !

Les compétences sont assez précisément décrites et correspondent aux champs du plan de relance. Pas trop de surprises de ce coté là. Par contre, c'est dans la suite que se situe l'innovation. L'article 2 donne "autorité" à Patrick Devedjian, dans le cadre de sa mission, sur pas mal de grosses directions administratives, et notamment de Bercy. Mais ne précise l'articulation avec les ministres de tutelle de ces directions et surtout, n'attribue pas de services spécifiquement à Partick Devedjian. Il a autorité, mais il ne "dispose" de rien. D'ailleurs, les locaux qui lui ont été attribués à l'hôtel de Cassini, et dont il a pris possession de manière "sportive" ne comptent qu'une dizaine de bureaux. Que va-t-il arriver à faire avec un staff réduit ?

Il va donc falloir qu'il fasse son trou et qu'il ait les moyens d'exercer concrètement l'autorité qui lui est donnée par ce décret. Encore une belle pagaille en perspective.

jeudi 11 décembre 2008

Comique communiste

Les communistes sont impayables. Monsieur Bocquet, chef des cocos à l'Assemblée nationale vient de nous sortir une phrase dont eux seuls ont le secret : "le communisme est un combat d'avenir". Oui Monsieur Bocquet, à condition de ne surtout pas regarder le passé !

Il faut vraiment les protéger, c'est pourquoi je propose d'ériger la place du colonel-Fabien en réserve, et de classer le communiste français en "espèce menacée". C'est de la biodiversité de l'extrême gauche qu'il s'agit ! L'espèce est d'ailleurs en déclin, il faut réagir assez vite, du moins pour son rameau principal. La baisse du niveau est très nette : on est passé de Georges Marchais, que l'on ne présentent plus, à Robert Hue, encore assez rigolo dans son rôle de nain de jardin, puis à Marie-George Buffet, triste comme un jour sans pain. Heureusement qu'il reste des branches cadettes, avec Jean-Pierre Brard et Maxime Gremetz, communistes plus ou moins en délicatesse avec les instances officielles du parti, mais ô combien talentueux dans le registre comique.

J'espère que leur accouplement avec Jean-Luc Mélenchon, lui aussi talentueux dans ce domaine de l'humour, leur permettra d'améliorer le patrimoine génétique de l'espèce, et de lui donner un sursis. Sans les communistes, la vie politique serait si triste.

Explications pour Aphatie

Monsieur Aphatie, une fois de plus, vous vous livrez à une analyse superficielle de l'action du parlement, à partir de ce qui est visible à la télévision. Venant d'un citoyen ordinaire, n'ayant guère d'autre moyens de se rendre compte de la réalité du travail parlementaire, je pourrais comprendre. Mais venant d'un professionnel, qui se veut donneur de leçons, ça passe moins bien. Avant d'asséner vos colères "poujadistes", renseignez vous Monsieur Aphatie. On m'a dit que vous êtes journaliste, et donc, tenu à une déontologie qui vous impose de recouper et de vérifier.

Il n'y avait effectivement pas grand monde sur les bancs de droite, hier à 15 heures précises. Pour la simple et bonne raison que hier midi, les députés UMP étaient à déjeuner à l'Elysée. Ils y sont allés dans des cars affrétés par le groupe UMP à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, vos collègues rendent compte de ce déjeuner de travail. Il se trouve que la réunion a duré un peu plus que prévu, que les bus ont été bloqués par un bouchon sur le chemin du retour. Bref, les députés ne sont arrivés au Palais Bourbon qu'à 15 heures 5. Ils sont d'abord allés dans leurs bureaux, déposer leurs affaires et prendre les documents dont ils avaient besoin pour la séance. Avant de stigmatiser des bancs vides, vous auriez peut-être dû vous renseigner !

Sur le fond de votre attaque, c'est tout aussi petit ! Dire 80% des députés se moquent de l'Europe, c'est se moquer du monde. Vous prétendez ainsi qu'assister à un débat formel, sans vote, c'est important, que c'est là que se joue l'avenir de l'Europe. Avez vous compris que les séances qui sont télévisées c'est du théâtre, que les orateurs s'adressent davantage à leurs concitoyens qui sont devant leur poste qu'à leurs collègues ? Le vrai travail, les vraies décisions, elles se prennent ailleurs ! ET c'est la présence des députés là où ça se décide qui est important ! La plupart du temps, c'est avant la séance publique que les choses se décident. A quoi sert un débat sur une réunion européenne qui doit avoir lieu le lendemain, sinon à permettre au gouvernement d'utiliser la tribune de l'Assemblée pour exposer ses choix ?

Pourtant, il y a effectivement des choses à dire sur le travail parlementaire. Vous soulignez l'absentéisme en commission, et vous avez raison, c'est parfois à pleurer (souvent même). Nombre de parlementaires ne travaillent pas, car ils sont avant tout élus locaux, et que dès le mercredi soir, il faut repartir vers sa circonscription. Mais dans ce cas là, votre propos serait bien plus juste en pointant ce qui fait mal, les réunions de commission où ça s'est mal passé parce que l'opposition était majoritaire. L'absentéisme parlementaire n'est pas le seul mal, et le gouvernement a aussi sa part de responsabilité. Pourquoi ne pas évoquer ces amendements gouvernementaux qui arrivent à la dernière seconde, que la majorité vote à l'aveugle, et dont on s'aperçoit, quelques mois plus tard, combien ils étaient mal rédigés. Il faut alors repasser derrière pour colmater les brèches.

Vous êtes-vous posé la question de savoir pourquoi les parlementaires se comportaient ainsi ? Je vais vous donner quelques pistes de réflexion. Les parlementaires n'ont que peu de pouvoir sous la cinquième république. Quoique l'on dise, tout ou presque se décide dans les ministères. Les parlementaires ne sont pas idiots, ils vont là où tout se joue. Quand on suit attentivement le sujet, on se rend compte que certains députés, qui ne sont pas si présents que ça dans l'hémicycle arrivent quand même à obtenir des choses. Et quand ils viennent, ce n'est pas pour parader, mais parce qu'ils ont un amendement à défendre, et que celui-ci ayant été travaillé, négocié avec le gouvernement, il bénéficie d'un avis favorable et est adopté. Il faudrait vous pencher un peu plus sur la qualité et moins sur la quantité, même s'il est plus facile de mesurer la seconde. Autre élément, nombre de parlementaires cumulent avec leur mandat d'autres fonctions. Pour l'Assemblée nationale, la liste est là, et pour le Sénat, elle est ici. Certaines fonctions ne prennent pas trop de temps, d'autres sont plus chronophages. Savez que vous que le président de la CNIL est un sénateur ? Que le président du conseil de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations est un député ? Même chose pour la commission d'examen des pratiques commerciales ! Ces cumuls sont utiles, car ils permettent à ces parlementaires d'avoir une véritable expertise et d'apporter quelque chose aux débats et aux délibérations de leurs collègues.

Monsieur Aphatie, par pitié, ne résumez pas l'activité des députés à ce qui se passe dans l'hémicycle, vous passeriez à coté de l'essentiel !

mercredi 10 décembre 2008

Bouger le Quai d'orsay

Je vous avais déjà parlé d'Adrien Gouteyron, qui effectue un travail remarquable de contrôle parlementaire. Cette année encore, son rapport budgétaire n'est pas triste. Bien que chargé de suivre la mission "action extérieure de l'Etat", c'est à dire le ministère des Affaires Etrangères, il use d'un langage clair et pas très diplomatique. Quelques perles qui en disent long.

Il constate que l'enthousiasme pour la RGPP (Révision générale des politiques publiques) est très modéré dans les ambassades : "un nombre significatif d'ambassadeurs a dû faire l'objet d'une relance. Certains ambassadeurs n'ont pas compris encore les enjeux de la RGPP". Juste un exemple : "Certains ambassadeurs mesurent encore leur activité en « nombre de télégrammes diplomatiques envoyés »". La solution passe par une reprise en mains des ambassadeurs : "La réussite de la démarche triennale du Quai d'Orsay supposera donc un dialogue ferme, parfois directif, entre les responsables de la RGPP au ministère des affaires étrangères et européennes, et les responsables de poste qui n'ont pas encore tous perçu l'ampleur des engagements souscrits par le ministère".

Adrien Gouteyron s'attaque ensuite au problème de l'immobilier. Les ambassadeurs semblent faire ce qu'ils veulent "le Quai d'Orsay lui-même se heurte à des résistances importantes, de la part de certains ambassadeurs", et ont un mode de gestion archaïque de l'immobilier : "l'échec des opérations de cessions récentes à Dublin et à Madrid, qui conditionnaient par ailleurs des investissements immobiliers, s'explique en partie par l'absence de distinction entre occupant et propriétaire, ainsi que par la préférence du Quai d'Orsay pour le troc, plutôt que pour des opérations plus simples de ventes, puis d'achat".

Il s'étend également sur l'ambitieux plan de réorganisation des ambassades, qui doit "redimensionner" notre réseau diplomatique (en bref, réduire la voilure). Il pointe certains comportements absolument scandaleux : "certains ambassadeurs dans de « petits pays » auraient engagé des interventions informelles auprès des autorités locales pour contrecarrer l'éventuelle transformation de leur ambassade en poste de présence diplomatique ce qui ne paraît pas compatible avec le devoir de loyauté des hauts fonctionnaires".

Le Quai d'Orsay est un véritable Etat dans l'Etat, presque pire que Bercy. Il faut véritablement que les rapporteurs budgétaires soient tenaces pour arriver à exercer réellement leur mission de contrôle et faire bouger les choses.

Des offres qui ne se refusent pas

Rama Yade est en train de subir la dureté de la politique. Choisie pour son frais minois et sa belle couleur à un poste communicationnel, elle s'est prise à croire qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait et qu'elle était maitresse de son destin. Erreur ! Elle devait tout à son mentor, Nicolas Sarkozy, et si celui-ci décide de la lâcher, elle n'est plus rien. Il y a donc des offres qui ne se refusent pas, et ça, visiblement Rama Yade ne l'a pas compris.

Elle a sans doute commis une erreur fatale en refusant de se porter tête de liste aux européennes. Elle va se faire virer du gouvernement, c'est décidé. Nicolas Sarkozy lui proposait une porte de sortie honorable. Elle a refusé et va donc se faire virer sans rien derrière. L'opération de sortie risque même d'être anticipée, du moins c'est ce qui me vient à l'esprit en lisant les propos de Kouchner "la création d'un secrétariat aux droits de l'homme est une erreur de ma part". Ca sonne comme un arrêt de mort pour Rama Yade, et l'exécution risque d'avoir lieu très vite. Puisque Jean-Pierre Jouyet part le 15 décembre, on pourrait profiter de l'opération pour réorganiser complètement le pôle "affaires étrangères" et débarquer Rama Yade en supprimant purement et simplement son poste.

Bien entendu, ce ne sera pas une remise en cause de sa personne et de son travail. Évidemment non, m'enfin, officieusement, un peu quand même...

La machine à broyer les comités théodules

Décidement, le JO de ce matin est très riche. Après l'obligation de publication des circulaires et instructions sur internet sous peine de les rendre inopposables, voici que la machine à broyer les comités théodules, lancée en juin 2006, vient d'entrer dans sa phase active avec cette circulaire du Premier Ministre.

J'aime beaucoup cette phrase, qui prend toute sa saveur quand on connait la prudence diplomatique dans laquelle sont pensées et rédigées les circulaires et instructions : "L'approche de cette échéance, qui va nécessairement entraîner une rupture avec les habitudes anciennes, est l'occasion de revoir de façon globale et dans un esprit novateur la pratique de la consultation dans le périmètre de vos attributions". On va bousculer des habitudes anciennes ! vous vous rendez compte du choc pour les ministères. Et ils ont deux mois pour faire des propositions : "Je vous demande donc de m'adresser, d'ici à la fin du mois de février 2009, un document faisant apparaître comment vous entendez organiser la pratique consultative dans le champ de vos attributions".

Et ça continue : "Vous vous garderez d'une approche institutionnelle. Les nouvelles pratiques sociales et les technologies de l'information permettent désormais d'organiser consultations et concertations sans nécessairement recourir à la création d'instances administratives, conseils ou commissions" et surtout "Vous préciserez également les méthodes et techniques que vous envisagez d'utiliser pour simplifier les procédures consultatives (forums de discussion, visioconférences ou conférences téléphoniques, etc.)".

J'espère que cette circulaire ne va pas rester lettre morte, en tout cas, dans l'esprit, c'est un véritable basculement. L'Etat prend enfin la mesure des possibilités offertes par Internet et les nouveaux moyens de communication.

Quand l'Etat se sert vraiment d'Internet

Au journal officiel de ce matin, le décret 2008-1281 est paru. Voici le texte.

article 1 "Les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l'Etat sont tenues à la disposition du public sur un site internet relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation. Une circulaire ou une instruction qui ne figure pas sur le site mentionné au précédent alinéa n'est pas applicable. Les services ne peuvent en aucun cas s'en prévaloir à l'égard des administrés. Cette publicité se fait sans préjudice des autres formes de publication éventuellement applicables à ces actes".

C'est avec plaisir que je constate qu'un coup de pioche supplémentaire a été porté à la culture administrative du secret. Tout doit être public, consultable et surtout facile à trouver. Et c'est possible, facile et pas cher grâce à Internet !

Le plus drôle (mais vous connaissez mon humour vachard), c'est l'article 2 : "L'article 1er prend effet à compter du 1er mai 2009. Les circulaires et instructions déjà signées sont réputées abrogées si elles ne sont pas reprises sur le site mentionné à l'article 1er". Messieurs les responsables administratifs, vous avez quatre mois pour tout ranger, trier le stock de circulaires et d'instructions et le mettre en ligne. Bon courage...

mardi 9 décembre 2008

Le courage fiscal

Philippe Marini n'en finit pas de surprendre. Après son amendement "petits porteurs" finalement retiré, voici l'amendement "demi-part fiscale pour parent isolé". Cet amendement, adopté ce matin par le Sénat, supprime la demi-part fiscale pour les parents isolés (en clair les mères célibataires) à partir du moment où les enfants ont quitté le foyer. Jusqu'ici, la demi-part fiscale était acquise à vie pour les parents ayant élevé seuls un ou plusieurs enfants. Cet amendement et les réactions qui ne vont manquer de suivre (ça commence déjà) sont très intéressants (intellectuellement, cela s'entend).

Voilà une mesure fiscale qui est contestable, mais également défendable. Pour être père de famille, je mesure grandement la difficulté d'élever seul un ou plusieurs enfants. Je conçois parfaitement qu'un soutien fiscal particulier soit accordé pendant que l'enfant est à charge. Que l'avantage soit maintenu ensuite est plus contestable, mais peut être défendu par le fait que les aides pendant que l'enfant est à charge sont forcement insuffisantes, et qu'il est normal que ce "petit quelque chose" soit maintenu, d'autant plus que les bénéficiaires ne sont pas des personnes aisées. Il y en a donc qui vont monter au créneau, soutenu par le lobby des personnes intéressées à l'avantage fiscal en question. Vu la sensibilité du sujet, on peut penser que cet amendement (à mon avis soufflé par Bercy) ne va survivre au delà de la commission mixte paritaire.

Et c'est bien dommage, car une fois de plus, certains de nos dirigeants sont pris de schizophrénie. Ils disent d'un coté que le déficit est trop important, qu'il faut réduire les dépenses, et de l'autre, quand on détaille mesure par mesure, ils rejettent systématiquement les possibilités de faire baisser concrètement et significativement le déficit. Cet avantage de la demi-part fiscale représente quand même 1,7 milliards d'euros par an. La conserver uniquement pour ceux qui ont les enfants à charge représente un gain substantiel ! Je ne suis pas surpris de retrouver Philippe Marini comme porteur de ce genre d'amendement. D'abord, il n'a peur de rien. Ensuite, c'est un des "financiers" qui avec Lambert, Carrez et quelques autres tirent la sonnette d'alarme sur l'état de nos finances publiques et qui dénoncent, à mots plus ou moins couvert, l'absence, sur ce sujet, d'une véritable volonté politique au sommet.

Nous touchons là clairement du doigt la relation des français à l'Etat, qui est pour beaucoup une machine à redistribuer, à qui on demande toujours plus, sans se demander si c'est encore possible. Les avantages fiscaux deviennent des "acquis sociaux", quand bien même l'Etat n'a plus les moyens d'être aussi généreux. Cela représente des masses impressionnantes : la prime pour l'emploi 3,9 milliards, l'abattement de 10% pour l'impôt sur le revenu, c'est 2,6 milliards. Si on veut vraiment réduire le déficit, il faut tailler dans les dépenses, notamment dans les dépenses fiscales. Les véritables économies, elles se font sur les grandes masses, celles qui touchent les classes moyennes. Les plus pauvres, il s'en moquent de ces histoires de demi-part fiscale et d'abattement, ils ne sont pas imposables. Les plus riches s'en moquent aussi, car pour eux, c'est peanuts. La vraie rupture, à mes yeux, serait d'avoir le courage de réduire le déficit en taillant dans tous ces avantages fiscaux et d'affronter en face le mécontentement des classes moyennes. C'est sur des amendements comme celui-là que l'on mesure les vrais choix politiques de Sarkozy, pas ceux des beaux discours, mais les vrais, ceux des actes. C'est pour cela que cet amendement est intéressant.

Source unitarienne

Pour ceux qui s'intéressent aux questions religieuses, je conseille la visite d'un site que je viens de découvrir. On y parle des unitariens, du protestantisme libéral courant auquel j'appartiens. Sans adhérer forcement à tout, je me retrouve beaucoup dans le contenu de ce site et notamment dans les propos du pasteur Ruff.

lundi 8 décembre 2008

Perte d'autonomie de la pensée

Je découvre la composition de la nouvelle équipe nationale du PS. J'y vois que Monsieur Bertrand Monthubert est nommé responsable thématique "enseignement supérieur et Recherche". Accessoirement, il est aussi président de "sauvons la Recherche".

Cela me dérange beaucoup. Je crains fortement que le programme du Parti socialiste sur l'enseignement supérieur et la Recherche ne soit à l'avenir qu'un copier-coller des positions de "sauvons la recherche". Toute pensée autonome au sein du parti socialiste sur le sujet est désormais très limitée. La Recherche française a besoin de réformes, depuis 2004, l'UMP a lancé un train de réformes, qui peuvent ne pas être toutes excellentes. On a le droit d'en discuter, d'en débattre, de proposer autre chose. C'est ce que fait une large part de la "profession" à travers le collectif "sauvons la recherche". Même si je suis fortement en désaccord avec leurs propositions, leur intervention dans le débat est légitime.

Ce que je trouve regrettable, c'est qu'un grand parti de gouvernement tel que le PS s'aligne complètement sur une position qui est celle des membres de la profession concernée, qui y défendent avant tout leurs intérêts, qui peuvent très bien ne pas coïncider avec les intérêts du pays. C'est de la part du PS un signe de faiblesse que d'être ainsi incapable de s'extraire des positions d'un des piliers de son électorat pour formuler des propositions qui lui soient propres et qui aillent éventuellement dans un sens différent, décidé par l'ensemble des socialistes après un débat ouvert où toutes les parties ont pu être écoutées.

OVNI ministériel

La nomination de Patrick Devedjian au gouvernement m'a laissé perplexe. D'abord sur le positionnement : ministre auprès du premier ministre. Kezako ? Comment un ministre de plein exercice peut-il être sous l'autorité directe du premier ministre, sur un même rang protocolaire que les secrétaires d'Etat ? J'attends avec impatience de connaitre son rang protocolaire exact. En toute logique (s'il en reste une dans cette histoire), il devrait s'intercaler entre Eric Woerth, dernier ministre et Roger Karoutchi, premier secrétaire d'Etat. Mais cela poserait un vrai problème d'autorité vis-vis des ministres qu'il est censé "coordonner". Attendons donc...

Deuxième source de perplexité, la mission. Patrick Devedjian n'aura pas de département ministériel classique, mais une mission. Comment lire ce poste hybride. Jean-Pascal Picy y voit un retour du concept de "Ministre sans portefeuille". Je ne suis pas d'accord avec lui, car les ministres sans portefeuille avaient un rôle de "soutien politique" dans le cadre de gouvernements de coalition. On accordait ces places à des autorités morales ou politiques afin de donner davantage de poids et de lustre au cabinet. Ici, je ne vois pas ce qu'apporte Patrick Devedjian en terme de renforcement du poids politique pour François Fillon.

Je pense qu'il faut davantage voir ce poste comme un "super délégué interministériel". Coordonner une politique transversale à partir de Matignon, sous l'autorité et l'égide du Premier Ministre, c'est ce que font tous les délégués interministériels. Le plus qui est donné, c'est que le délégué interministériel est nommé Ministre, et bénéficie dont d'un poids politique que n'ont pas les simples délégués interministériels.

Le choix de cette formule est ma troisième source de perplexité mais aussi de curiosité. La nomination d'un délégué interministériel "ordinaire" concernant le plan de sauvetage de l'économie semblait la solution d'évidence. La direction politique est assurée depuis l'Elysée et surtout Matignon, qui se chargent d'arbitrer les querelles de pouvoirs entre ministres (Matignon ne fait que ça : arbitrer) pendant qu'un haut fonctionnaire (un inspecteur général des finances par exemple) connu, respecté, bref ayant du poids chez les hauts fonctionnaires de Bercy et d'ailleurs, se charge des arbitrages entre hauts fonctionnaires, utilisant tant que de besoin le poids politique du Premier ministre auprès de qui il a un accès direct d'autant plus grand que le sujet est politiquement sensible. Jean-Pierre Jouyet aurait été le candidat parfait, à la fois connu et respecté des hauts fonctionnaires, mais aussi des politiques. Le risque est que Devedjian se limite à être un "Monsieur plan de sauvetage" pour les besoins de la communication gouvernementale, sans aucun contrôle ou presque sur ce qui se fait dans les différents ministères.

J'attends de voir comment Patrick Devedjian va s'entourer, car il lui faut d'urgence un vrai "délégué interministériel" qui assure le coté technique pendant qu'il assure le coté politique et médiatique. De la solidité de cet "adjoint" qui aura sans doute le titre de Directeur de Cabinet, dépend la réussite de cette mission, et plus globalement, l'avenir de ce qui m'apparait comme un expérience finalement intéressante à suivre. (Edit quasi immédiat, je viens de voir, c'est un préfet, Michel Thénault, qui a fait toute sa carrière au ministère de l'intérieur. Mauvais choix à mon avis, car il aurait fallu quelqu'un de Bercy, c'est quand même de la relance de L'Economie qu'il s'agit) Si ça marche, nous avons peut-être là une solution aux problèmes que connait actuellement l'interministériel, véritable talon d'achille du travail gouvernemental, avec un duo politique-technique qui donnerait plus de place et de poids à l'interministériel et de ce fait, renforcerait le rôle du Premier ministre, seul capable de porter l'interministériel.

Parole à la défense

Dans deux affaires très médiatisées, nous avons surtout entendu une version, celle de la "victime" que l'on a eu trop tendance (certains ne se sont même pas posé la question) à prendre pour la vérité pure. J'aimerais, dans les deux cas, attirer l'attention sur la parole de l'autre intervenant, à savoir à chaque fois les forces de l'ordre. Je ne dis pas que leur version est la vérité pure, mais le recoupement des deux versions peut permettre de cerner les points qui posent problème, et éclairer ainsi le degré de "bonne foi" de chacun.

Commençons par l'affaire de Filippis, ce journaliste de Libé qui a connu les désagréments de la procédure d'arrestation. Aliocha publie le témoignage d'un commissaire, qui explique comment ça se passe dans ces cas-là. Oui, la fouille au corps est humiliante, mais nécessaire, car effectivement, s'il arrive malheur (suicide en garde à vue par exemple) c'est sur les policiers qu'on tombera à bras raccourcis ! Soit on leur donne les moyens d'exercer pleinement leurs fonctions, soit on accepte qu'ils ne soient pas responsables en cas de pépin. C'est l'un ou l'autre. Personnellement, je préfère qu'on laisse à la police les moyens de mener à bien son action, tout en surveillant et en sanctionnant les débordements. Dans cette affaire, le policier apporte des éléments qui cassent un peu la version de Monsieur de Filippis. Bien entendu que les policiers savent qui ils arrêtent, surtout si c'est un journaliste. C'est l'évidence même ! La réaction violente de Monsieur de Filippis, sans doute vexé d'être traité comme une personne ordinaire, a inutilement dramatisé la chose. Quand le ton monte, qui est responsable, difficile à dire, en général, les torts sont partagés. Sur cette affaire, il manque un témoignage, celui de la juge. Pourquoi a-t-elle utilisé ce moyen de convocation, en apparence disproportionné avec les faits reprochés ? Quelles sont ses raisons ?

L'autre affaire est celle d'un descente de police dans un établissement scolaire à la recherche de produits stupéfiants. Un épisode a eu lieu à Auch, l'autre à Marciac. Le blog Secret défense (trouvé via Rubin) publie le témoignage du responsable de gendarmerie qui a procédé à la visite à Auch. Que la police entre dans les établissements scolaires ne me choque pas, à condition que cela soit fait dans les règles, c'est à dire sur réquisition d'un juge ou d'un procureur, avec l'assentiment de la direction de l'établissement. A Auch, le but était de trouver de la drogue, et les policiers en ont trouvé. Pas beaucoup certes, mais ils ont attrapé un dealer. Cela servira de leçons pour les autres ! Que cela fasse forte impression sur des jeunes, ce n'est pas forcement mauvais. Il est bon de temps en temps de rappeler qu'il existe des lois et qu'elles sont appliquées !

Dans ces deux affaires, on retrouve le même discours anti-policier de la part des "victimes". Tout juste si on ne dit que les policiers qui ont opéré étaient semblables à ceux qui en 1942, venaient arrêter les juifs. En tout cas, tout est fait pour le suggérer. Les médias de gauche se sont jetés sur cette affaire, car l'allergie à la police est un élément de l'identité de leur lecteurs, qui ne peuvent que s'y retrouver dans un article s'indignant vertueusement de "débordements" policiers. Ces mêmes lecteurs sont pourtant bien contents de faire appel à la police quand ils en ont personnellement besoin. De gauche quand c'est pour les autres, de droite quand c'est pour sa pomme...

samedi 6 décembre 2008

L'excellence tactique de Ségolène Royal

Ségolène Royal ou ceux qui la conseillent sont très doués tactiquement. Depuis le congrès de Reims, ils ont magnifiquement géré et pourront cueillir, dans deux ans, le fruit mur que sera devenu le PS. Pile poil au moment de la désignation à la candidature pour la présidentielle, qui est leur véritable objectif.

Bien qu'ayant fait un score médiocre lors du vote des motions, Ségolène Royal s'est bien rattrapée lors du vote pour le poste de premier sécrétaire. Ses adversaires ont en effet commis une grave erreur en ne désignant pas un premier secrétaire lors de la fameuse nuit des résolutions, alors qu'ils étaient majoritaires. On en serait resté avec un score de 29% pour Ségolène Royal. Un peu court pour prétendre avoir une véritable légitimité militante. Après le scrutin pour le poste de premier secrétaire, le chiffre que l'on va retenir, c'est Ségolène Royal à 49,9 %, faisant jeu égal seule contre tous. Comme il n'y aura pas de consultation des militants pendant deux ans, on va rester sur ces chiffres, désastreux pour Martine Aubry, qui aurait du faire 70% au regard du vote sur les motions. Les royalistes vont pouvoir ergoter sur ça pendant deux ans.

Lors du scrutin serré, les partisans de Ségolène Royal ont réussi à faire admettre que le vote des militants était entaché de fraudes et d'irrégularités. On est passé, on ne sait comment, de 42 à 102 voix d'écart. On ne s'y prendrait pas autrement pour entacher la légitimité de l'élue. Martine Aubry va trainer pendant deux ans son statut de "voleuse de victoire". Au passage, c'est le PS tout entier qui est éclaboussé par ce qui a été mis sur la place publique, mettant la pression sur l'équipe en place pour que des réformes soient menées. Faisons confiance aux royalistes pour remettre cela sur le tapis et demander à Martine Aubry de changer les choses. Elle ne pourra pas refuser, mais aura bien du mal à agir. Un beau piège en perspective !

Et maintenant, dernier coup de maitre, le refus de participer aux instances, plaçant ainsi les représentants de Ségolène Royal dans l'opposition. C'est la position rêvée : on peut critiquer tant qu'on veut, on ne sera pas solidaire de la gestion de Martine Aubry (et de ses échecs) et on se met à l'abri de ses attaques. Quelle prise aura Martine Aubry sur les partisans de Ségolène Royal, quelles pressions seront efficaces ? Aucune ! La position d'opposant permet de tenir des propos démagogiques sans avoir à les mettre en pratique. Je pense que dans les deux ans qui viennent, des records de démagogie seront battus au PS !

Dans deux ans, que va-t-il se passer ? Nous aurons une Martine Aubry épuisée, coincée entre le pilonnage des royalistes (mais surtout pas de Ségolène Royal, qui sera dans le rôle de la gentille) et les fragilités de sa propre majorité. Elle n'aura rien pu faire avancer au PS, car sa marge de manoeuvre est trop étroite : légitimité militante douteuse, poids des grands féodaux. Rien n'aura changé, rien n'aura bougé.

Ségolène Royal, elle, sera prête. Fraiche et pimpante, avec un programme car elle aura fait travailler Désirs d'avenir, elle se présente au poste de premier secrétaire et en cas de victoire nette, flingue complètement les primaires en se posant en candidate naturelle du PS, mettant le couteau sous la gorge des militants : "voulez vous encore de Sarkozy pendant cinq ans ?". Votre seule chance de l'éviter, c'est moi et personne d'autre.

Un rouleau compresseur s'est mis en marche !

vendredi 5 décembre 2008

Ridicule procédurier

Aujourd'hui, saisir la justice est un moyen de faire du bruit médiatique, rien de plus. On le savait, mais on est sans cesse surpris par les trouvailles dans ce domaine. Un nouveau record vient d'être battu avec ces femmes catholiques qui attaquent le cardinal archevêque de Paris pour des propos considérés comme sexistes, devant ... le tribunal ecclésiastique de l'officialité !

Cela n'a aucun sens en droit, les attaquantes sont d'ailleurs les premières à le reconnaitre et à assumer le caractère de pur bruit médiatique de leur initiative.

C'est une dérive qui m'agace au plus au point. On ne doit pas traiter la justice à ce point par dessus la jambe, assignant pour un oui ou pour un non, pour un propos malheureux ou un peu rude, pour éventuellement retirer la plainte après des excuses. Cela s'appelle du chantage. J'aimerais beaucoup que les juges (les vrais, pas ceux de l'officialité) soient plus sévères et prononcent davantage de condamnations pour procédure abusive.

Quand un lobby fait semblant de plier

Les députés viennent d'adopter en commission des finances un amendement à la loi de Finances rectificative créant une taxe de 12 centimes sur les sacs de caisse en plastique. Cosigné par deux vice-président de l'Assemblée, ainsi que des membres de l'opposition, cet amendement est passé à la quasi unanimité. Les députés en remettent ainsi une couche sur un sujet où le gouvernement avait cédé devant le lobby de la grande distribution, indiquent qu'ils ne lâcheront pas le morceau.

Et là, divine surprise, le lobby de la grande distribution semble céder ! Le même jour, Jérôme Bédier annonce en effet que pour 2010, les sacs de caisse en plastique auront disparu. Ce n'est en fait que du trompe l'oeil, car l'amendement des députés ne concerne que les sacs de caisse à usage unique, dont la disparition était déjà programmée par la grande distribution depuis 2002.

Jamais à court d'idée pour faire payer davantage le consommateur, les grandes surfaces remplacent les sacs de caisse donnés gratuitement par des sacs cabas plus ou moins épais qui eux ne sont pas gratuits. La première mouture de l'amendement de députés concernait aussi ces sacs-cabas, ce qui gênait considérablement la grande distribution, ce qui n'est pas le cas de ce nouvel amendement.

Dans l'affaire, tout le monde y gagne. Les députés peuvent crier victoire, ils ont "fait plier" un lobby et victorieusement défendu l'environnement. La grande distribution aussi y gagne, car ces sacs de caisse à usage unique, elle n'en veut plus. Les députés leurs offrent le prétexte idéal pour les retirer définitivement au profit de leurs sacs cabas, infiniment plus rentables.

jeudi 4 décembre 2008

Combines et filouteries

Le jeu de cache-cache se poursuit entre l'opposition et la majorité dans l'hémicycle. L'UMP bétonne, en mettant à la présidence de séance Marc Laffineur, premier vice président (UMP). Celui ci applique strictement l'article 57 du règlement et déclare closes les discussions sur un article dès qu'un UMP et un socialiste se sont exprimés.

Sur l'article 10, il a commis une petite filouterie qui m'a beaucoup amusé.

La discussion sur l'article 9 a beaucoup duré, les députés socialistes prenant leur temps pour s'exprimer et déposant des sous amendements sur les amendements en discussion. A la fin, demande de scrutin public, tout le monde regagne sa place pour appuyer sur le bouton. Profitant de fait que les députés socialistes redescendent de l'hémicycle et rejoignent les places où ils ont laissé leurs liasses de documents, le président de séance donne la parole à Michel Herbillon, comme orateur sur l'article 10. Celui ci se lève avec un sourire gourmand, pour dire, tout simplement "cet article est excellent, nous le voterons" puis se rassoit. Le président Laffineur donne alors la parole à François Loncle, député socialiste, qui la réclame. Celui ci demande, pour que son groupe puisse se réunir pour se remettre de ses émotions suite au vote de l'article 9, une suspension de séance. Mais François Loncle, qui est un vieux routier, a commis une erreur, il a omis de préciser au début de son intervention qu'il s'agissait d'un rappel au règlement. En toute mauvaise foi, Marc Laffineur a considéré que François Loncle s'étant exprimé sur l'article, et qu'en vertu de l'article 57, un orateur de chaque camp s'étant exprimé, la discussion générale sur l'article 10 était close. Les socialistes étaient furax, ce qui annonce une reprise de séance orageuse à 21h 30.

Là dessus, Jean-François Copé intervient pour armer le coup suivant du canon anti-obstruction en demandant une vérification du quorum en vertu de l'article 61 du règlement de l'Assemblée. Si la vérification du quorum est demandée, le président de séance suspend, le temps de vérifier que la majorité absolue des députés se trouve bien dans l'enceinte du palais Bourbon. S'il n'y a pas le quorum (et un jeudi soir, c'est absolument certain), le vote qui devait avoir lieu (ici sur l'article 10) ne peut se tenir avant une heure. En demandant la vérification du quorum, Jean-François Copé coupe l'herbe sous le pied de son collègue Ayrault (seul un président de groupe peut demander la vérification du quorum), car il faut attendre un certain temps avant de pouvoir la redemander. Tout cela pour empêcher Jean-Marc Ayrault de se pointer à 23 heures dans l'hémicycle et de demander la vérification du quorum, ce qui, à cette heure là, entraine en général la levée de la séance.

Ce soir, les députés vont pouvoir aller jusqu'au bout de la nuit ! Je ne vous raconte pas comment on va retrouver les socialistes demain. Complètement cuits sans doute. Obstruer cause aussi quelques désagréments aux obstructeurs...

Face à l'obstruction

L'examen du projet de loi sur l'audiovisuel traine en longueur à cause de l'obstruction des députés socialistes. Le sujet est politiquement sensible (du moins pour les politiques, pour la population, j'en suis un peu moins certain), les socialistes ont besoin de montrer qu'ils savent faire autre chose que se chamailler entre eux, le gouvernement a une date couperet pour l'adoption de la réforme (Sarkozy a annoncé la fin de la publicité pour le 5 janvier 2009). Tous les ingrédients sont réunis pour une belle obstruction.

La technique de l'opposition est habituelle : dépôt massif d'amendements, prises de parole les plus longues possibles, multiplication des incidents de séances, avec demande de suspension. Le gouvernement fait face stoïquement, en attendant la lassitude des députés socialistes. Comme souvent, l'obstruction est le fait de quelques députés, ceux qui connaissent le sujet. Ils font de la présence et après quelques séances de nuit, on sent la fatigue. En général, ils sont plus souples et plus demandeurs pour qu'on boucle un texte. Mais là, visiblement, ils ne veulent pas lâcher.

Le gouvernement décide donc de montrer les dents, en faisant savoir que sa patience a des limites et que la fin de la récréation va être bientôt sifflée. Roger Karoutchi a lancé le premier avertissement, sans donner plus de détail sur les moyens qu'il compte employer. Aussitôt, le mot 49-3 a été prononcé par les commentateurs. Je ne pense pas qu'on aura besoin d'en arriver là. Le gouvernement a d'autres moyens pour accélérer l'examen d'un texte.

Il peut tout d'abord faire en sorte que le règlement de l'Assemblée sur les temps de paroles soit strictement appliqué. L'article 57 alinéa 1 prévoit que pour chaque article et chaque amendement, en principe, le président laisse parler un orateur pour (celui qui l'a déposé), un orateur contre et après avis de la commission et du gouvernement, peut passer au vote. L'article 54 alinéa 5 du règlement laisse une grande marge de manoeuvre au président de séance : "Quand le Président juge l’Assemblée suffisamment informée, il peut inviter l’orateur à conclure" et lui couper le micro le cas échéant !

Deuxième ficelle, l'application de l'article 41 de la constitution, qui interdit les initiatives parlementaires sur des matières relevant du pouvoir règlementaire (article 93 du règlement de l'Assemblée nationale). On devrait pouvoir faire tomber quelques amendements socialistes : autant d'occasions de prise de parole en moins. Quoi que sur ce texte, il n'y a pas trop l'air d'y avoir beaucoup d'amendements règlementaires.

Troisième ficelle, le dépôt d'amendements réécrivant certains articles. Le gouvernement peut déposer quand il le veut des amendements, y compris en séance. Quand on examine les amendements sur un article, on commence par ceux qui changent le plus l'article. Les premiers examinés sont les amendements de suppression, car s'ils sont adoptés, on passe à l'article suivant. La tactique du gouvernement est de réécrire complètement des articles pour qu'une fois cet amendement adopté, les autres tombent et que l'on passe directement à l'article suivant. Cette arme est par contre inefficace contre les amendements portant création d'un article additionnel, mais par chance pour le gouvernement, les socialistes n'en ont pas déposés beaucoup.

S'il veut être méchant, le gouvernement peut invoquer l'article 44 alinéa 2 de la constitution : "Après l'ouverture du débat, le Gouvernement peut s'opposer à l'examen de tout amendement qui n'a pas été antérieurement soumis à la commission". Souvent, l'opposition dépose peu d'amendements en commission, histoire de ne pas dévoiler trop tôt ses batteries. Et c'est effectivement le cas sur ce texte, où les socialistes ont déposé quelques amendements en commission. Le seul de l'opposition a avoir déposé ses amendements en commission est Noël Mamère. Sur l'article 8, l'opposition n'a déposé que deux amendements en commission et 16 en séance. Si le gouvernement dégaine le 44-2 (ce qu'il fait rarement), ce sont 14 amendements de l'opposition qui tombent d'un coup, rien que sur cet article. Je prend les paris sur l'utilisation du 44-2 si les autres moyens ne sont pas suffisants (finalement, je ne les prends plus).

Le vote bloqué et le 49-3 ne sont vraiment utiles que si le problème vient de la majorité, qui renacle à voter le texte, ou si le gouvernement est très pressé. Ce n'est pas le cas ici.

Vous le voyez, le gouvernement, sans même dégainer l'arme atomique, a clairement les moyens de briser l'obstruction des socialistes. Le tout est qu'il ait le courage de les mettre en oeuvre. Et il aura ce courage s'il arrive à faire passer l'obstruction socialiste comme une pratique illégitime et anti-démocratique.

Le combat est maintenant médiatique. Il faut faire passer les socialistes pour des vilains, qui font trainer inutilement un texte, qui ne jouent pas le jeu du débat démocratique. D'où la nécessité de multiplier les interventions, dans l'hémicycle ou dans les médias, appuyant bien sur le nombre d'heures de débats, sur le nombre de suspensions de séances, sur le nombre de demandes de quorum. C'est d'ailleurs ce qu'est en train de faire le député UMP Michel Herbillon, au moment ou j'écris ces lignes (15h20). C'est la préparation d'artillerie, avant que le gouvernement ne choisisse d'agir.

En direct et en live, les fantassins UMP montent en ligne, puisque que Michel Herbillon, à la fin de son intervention, demande l'application de l'article 57 (un orateur pour, un orateur contre) pour la discussion sur l'article 8. Un socialiste et un UMP se sont exprimés. La présidente (socialiste) de séance est bien obligée de prendre acte que les conditions d'application de l'article 57 sont remplies et qu'elle est saisie d'une demande officielle d'application de l'article. Elle met donc aux voix la demande, qui est adoptée par les députés UMP, majoritaires dans l'hémicycle. Cela déclenche les braillements et les demandes de suspension de séance de l'opposition, mais c'est un baroud d'honneur. Le rouleau compresseur est en route.

Normalement, tout devrait être bouclé d'ici demain soir. Le vote solennel interviendra bien mardi après midi, comme prévu. L'opposition aboie, la caravane passe...

mercredi 3 décembre 2008

La culture générale à bon escient

Le gouvernement vient de décider de supprimer l'épreuve intitulée "dissertation de culture générale" de certains concours de la fonction publique. Et c'est une très bonne chose !

Il y en a pourtant qui semblent avoir un avis différent. Rue89 synthétise les réactions idiotes, florilège de l'antisarkozysme pavlovien. L'argument de base de ces pleureuses, est que l'on va bannir l'exigence de culture générale dans le recrutement des fonctionnaires. Encore un magnifique amalgame de gens, soit stupides, soit de mauvaise foi (et sur ce coup, j'hésite vraiment sur l'explication).

Il s'agit d'une mesure parmi d'autres, issues d'un rapport sur l'organisation et le pilotage des recrutements au sein de la fonction publique. On se focalise sur celle-là car elle permet de se raccrocher à un épisode médiatique autour de l'ouvrage classique "la princesse de Clèves". Mais ces braves gauchistes savent-il exactement de quoi il est question ?

D'abord qu'est ce que la dissertation de culture générale ? Pour avoir passé, dans mon jeune temps, un certain nombre de concours de la Fonction publique, j'ai toujours été perplexe vis-à-vis de cette épreuve appelée "dissertation de culture générale", et pour tout vous dire, je n'ai jamais su comment la prendre. Je n'ai d'ailleurs jamais compris les notes (certaines excellentes, d'autres médiocres) que j'ai obtenu dans les différentes dissertations de culture générale que j'ai pu rédiger. Les sujets sont souvent très vastes, de grandes interrogations, plus ou moins en lien avec l'actualité. Qu'est ce qui m'était demandé ? C'est là que je bloquait souvent, car je n'en savait fichtrement rien des attentes du correcteur. Devais-je étaler ma science façon trivial poursuit, en truffant ma copie de références culturelles ? Le terme "culture générale" m'y incitais. Devais-je au contraire privilégier un raisonnement rigoureux, logique et implacable ? le terme "dissertation m'y invitais. Devais-je faire montre d'audace et de réflexion personnelle ou au contraire assaut de conformisme ? En fait, tout dépend du concours et du correcteur. Bref, une épreuve bâtarde et mal cadrée.

Qui est concerné par la suppression de cette épreuve ? Uniquement les concours de catégorie C (niveau brevet des collèges) et de catégorie B (niveau bac). Les concours de catégorie A et A+ conservent cette épreuve. Cela limite déjà quelque peu les critiques possibles. Que les amoureux de la Princesse de Clèves se rassurent. Les candidats aux concours de la Fonction publique pourront encore avoir besoin d'elle, s'ils passent l'ENA ou les concours de la catégorie A.

Quelles sont les raisons de cette suppression ? Elles sont très bien détaillées dans le rapport. Il s'agit de lutter contre les effets d'éviction créés par les candidats surdiplômés, qui passent les concours de catégorie B avec un bac+5. Ce n'est bon pour ni l'administration (ce n'est pas le profil qu'elle recherche) ni pour le candidat, qui se retrouve employé en dessous de ses capacités et peut ressentir une grande frustration. Ce n'est pas bon non plus pour l'Etat, qui ne forme pas des bac +5 pour en faire des secrétaires ou des agents d'accueil. Enfin, ce n'est pas bon pour les candidats "naturels" à ces postes, qui se retrouvent évincés et donc eux aussi frustrés. Le rapport rappelle également que le concours de la Fonction publique n'est pas un diplôme sanctionnant un cycle d'étude, mais une opération de sélection en vue de pourvoir des postes fonctionnels. Ce qu'on demande à une secrétaire, c'est de maitriser le traitement de texte, de savoir répondre au téléphone. Si en plus elle a entendu parler de la Princesse de Clèves, c'est bien, mais ce n'est pas la qualité première qu'on attend d'elle et ce n'est certainement sur cette base qu'on va sélectionner.

Enfin, la culture générale disparait-elle vraiment des concours de recrutement ? Pas si sur, car le rapport préconise le remplacement par des QCM, conçus pour mesurer réellement la culture générale du candidat : ses connaissances, mais aussi son aptitude à répondre à des questions en mobilisant les connaissances pertinentes, les questions ayant un rapport avec ce que l'on attend concrètement du candidat quand il sera en poste. Le QCM permet alors de valoriser l'acquis "académique", mais également les acquis professionnels, ce que l'actuelle dissertation de culture générale ne permet pas tellement, car trop centrée sur l'académique.

Finalement, est-ce un drame ? Personnellement, j'y vois plutôt un progrès.

Profiter de la crise

J'apprend que le père Noel président de la République va annoncer demain une pluie d'argent public pour soutenir les constructeurs automobiles, en solvabilisant la demande, pour qu'elle continue à acheter les bouses remplies de gadgets inutiles vendus très cher par cette industrie. On habille cette distribution (après les banques et l'automobile, à qui le tour ?) d'un vague alibi écologique. La prime à la casse va permettre de retirer du marché des épaves polluantes, pour les remplacer par des modèles qui émettent moins de rejets nocifs (du moins c'est ce qu'ils disent dans leurs pubs). Tout cela, c'est du pipeau. Le gouvernement semble bien timide alors que l'occasion est idéale pour faire prendre quelques tournants à l'industrie automobile. Malgré les aides, les constructeurs automobiles vont morfler. Autant en profiter pour infléchir bien des choses, ça ne fera pas beaucoup plus mal.

J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais des nouveaux modèles automobiles, remplis de gadgets électroniques, dont la plupart sont inutiles, car de pur confort ou apportant de la sécurité bien au delà du nécessaire. Par contre, ils sont très utiles aux constructeurs, car ils permettent d'augmenter le prix des voitures et contrôler complètement le marché de l'entretien (plus possible de faire sa vidange soi-même) et de la réparation, où il faut passer chez le concessionnaire agréé (celui qui a la bonne mallette électronique) pour changer la pièce, car aujourd'hui, on ne répare plus. Tout cela engendre un gaspillage énorme de ressources ! La protection de l'environnement, c'est ça aussi, pas seulement les gaz qui sortent du tuyau d'échappement.

L'industrie automobile a fait sciemment ce choix de développement, car c'est source d'un plus grand profit à court terme. A plus long terme, c'est autre chose, car vu le prix des véhicules, bien peu sont capables de payer cash. Comme pour la maison, il faut s'endetter pour acheter la voiture. Et en cette période de restriction du crédit, les constructeurs souffrent car ils n'arrivent plus à vendre leurs produits. Mais la faute à qui ?

Que l'Etat vienne à leur secours pour continuer à faire tourner ce modèle économique m'agace au plus haut point. Les constructeurs automobiles ont fait des choix, qu'ils assument ! Ils n'ont pas eu de problèmes pour encaisser les bénéfices en période de vaches grasses, qu'ils vivent sur leurs réserves maintenant que la bise est venue. Ou alors qu'ils révisent leurs modèles économiques et se mettent à fabriquer des modèles plus conformes aux attentes de beaucoup de consommateurs. Si on arrive à imposer cela en échange de l'aide publique, ce sera beaucoup plus acceptable.

mardi 2 décembre 2008

Du métissage

Aujourd'hui, certains font l'apologie du métissage culturel, mettant en avant que les cultures et les identités sont le résultat de brassages et d'influences, et qu'il faut donc "s'ouvrir", ne pas nous figer dans nos identités culturelles, et au contraire à accepter les changements apportés par les autres. Après la mondialisation économique, voici venue la mondialisation culturelle. D'autres au contraire appuient sur un autre aspect, celui de la culture conçue comme le ciment d'une communauté, un des éléments qui permet à des individus de se positionner, de pouvoir distinguer "eux" et "nous", bref qui soude, mais aussi qui exclut, qui marque des frontières en appuyant sur les différences.

Derrière cet éloge tous azimuts du métissage, se cache une volonté d'affaiblir le solidité du ciment culturel, dans le but d'affaiblir les communautés qui reposent sur ces fondements. Derrière cette position, il y a tout ceux pour qui les nations sont la source du mal, pour qui la solution passe par la dissolution des nation dans un vaste magma globalisant. Un livre comme "le choc des civilisations" de Samuel Huntington est pour eux une hérésie, une thèse à combattre. Quand on creuse un peu, on découvre que ceux portent cet éloge du métissage sont ceux qui maitrisent les circuits de diffusion de la connaissance, de l'information, qui sont mobiles, géographiquement autant qu'intellectuellement. L'existence de barrières culturelles est pour eux un obstacle. En creusant encore plus, on trouve derrière les grandes multinationales, qui ont tout à gagner à une plus grande unification économique, un grand marché où un même produit, une même marque peuvent être déclinés partout sans avoir à trop s'adapter à des spécificités culturelles locales. Ils savent que cela passe forcement par un affaiblissement des spécificités culturelles.

Cela ne va sans générer des résistances, car toute une frange de la population sait parfaitement qu'elle a tout à perdre à un affaiblissement des communautés, qui sont pour elles des filets de sécurité, tant économiquement que psychologiquement. Beaucoup de gens ont besoin de se sentir appartenir à un groupe, et ont justement besoin de ces repères stables que sont les références culturelles communes. Ces gens ont également besoin que des structures assurent une solidarité, une mutualisation des risques, car en général, quand une tuile survient (une crise économique par exemple), ils savent pertinemment que c'est sur eux que ça tombe, car ils n'ont pas les moyens d'esquiver et de rebondir. Ils ne sont pas mobiles et sont pauvres économiquement et culturellement. La mondialisation n'a rien de bon à leur apporter.

C'est donc un sujet hautement politique et surtout très actuel. Le thème de l'émission d'Isabelle Giordano "tous métis" était donc très pertinent et j'aurais aimé qu'un débat s'engage autour de ce sujet de l'identité culturelle, des communautés, de leur rôle. Et voilà qu'un imbécile appelé Eric Zemmour vient flinguer complètement l'émission en amenant le débat dans une impasse. Car ce débat sur l'existence ou non de "races" basées sur des différences physiologiques ou génétiques est une impasse. Il existe des différences entre les peuples et les ethnies, certaines visibles comme la couleur de peau, d'autres invisibles comme le patrimoine génétique. Soit, et quelles conséquences doit-on en tirer ? Si la réponse est : aucune (celle à laquelle j'adhère), le débat est clos car sans objet. Si par contre on s'aventure à dire que des conséquences doivent en être tirées, on arrive sur un terrain glissant et miné.

Faut-il pour autant interdire le droit de s'exprimer à ceux qui veulent aller en terrain glissant et miné ? Je ne le pense pas, car je suis pour la liberté d'expression. Par contre, il faut leur répondre en explicitant toutes les implications de leurs prises de position, et j'ai l'impression que certains "antiracistes" hurlent et poursuivent devant les tribunaux parce que justement, ils ne sont pas ou ne se sentent pas capables de répondre et de tenir la marée face à des gens parfois très habiles débatteurs. L'histoire récente fournit pourtant amplement de quoi les discréditer complètement. En général, pas besoin d'en arriver à des controverses homériques, le débat s'éteint bien vite. Car quand laisse les personnes tenant de tels propos s'exprimer davantage, ils se discréditent tout seuls. Il n'y a qu'à lire la réponse de Zemmour dans Vendredi (Monsieur Rosselin, ce serait bien de la mettre en ligne pour qu'on puisse mettre un lien). On s'aperçoit que l'on à affaire à un pitre, qui voulait juste se faire mousser en jouant au transgressif. L'attaquer violemment, c'est presque lui rendre service, en tout cas, c'est lui faire trop d'honneur.

Selon que vous serez ...

On parle beaucoup du traitement infligé par les forces de police à l'ancien directeur de la publication "Libération". Sur le mode de l'indignation bien entendu. Il est vrai qu'il a vécu quelque chose de pas agréable, surtout quand on est, comme lui, "quelqu'un".

Pourtant, ce traitement ne semble pas être chose inhabituelle dans les commissariats et palais de justice. Maître Eolas relève toute une série de petites anomalies et d'arrangements avec la procédure, mais là encore, visiblement rien que de très habituel. Ce n'est pas bien méchant, on ne vous torture pas franchement, on vous met juste psychologiquement en situation d'infériorité avant de passer devant le juge (enfin si, ça s'apparente quand même à de la torture). Histoire d'être plus malléable, plus souple. La garde à vue, c'est un peu la même chose.

Ce traitement, c'est le lot commun du petit peuple quand il vient à tomber entre les mains de la maréchaussée, sans que cela émeuve le moins du monde la presse et les grandes âmes. Par contre, que l'un d'entre vienne à subir le même sort, c'est inqualifiable. Ce n'est pas tant l'existence de telles pratiques qui dérange, que le fait qu'un membre de "l'élite" ait eu à les subir qui pose principalement problème aux amis et connaissance de Monsieur de Filippis. C'est surtout ça qui me dérange dans cette affaire et dans les réactions.

Je ne dis pas que j'approuve ce qui a été fait à Monsieur de Fillipis, encore que j'approuve ce genre de pratiques en général. Mais quelque part, ça ne fait pas de mal que les élites prennent conscience de ce qui se passe, de la manière dont le petit peuple est traité. Le comportement de la Police est tout aussi inqualifiable quand il concerne Monsieur de Filippis, journaliste, ou Mohammed, petit dealer de banlieue. Nous sommes tous des êtres humains égaux en dignité et en droits. Malheureusement, pour bien des nantis qui font profession de droits-de-l'hommisme chez les autres, cela reste très théorique quand il faut l'appliquer directement, sur eux, leurs enfants et leurs amis.

Certains pensent que tout cela ne sera pas forcement négatif, que les politiques vont bouger et que finalement, la situation de tous en sera améliorée. Bref, que Mohammed tirera bénéfice des mésaventures de Monsieur de Filippis. Personnellement, je n'en serais pas aussi sûr. Certes, des choses vont sans doute changer, mais dans les textes, pas forcement dans la pratique, ou alors un peu dans les faits, mais pas pour tout le monde. Avoir des droits face à la police ou à la justice, c'est bien, à condition d'être en mesure de les faire respecter et appliquer concrètement. Un seul exemple, la possibilité d'appeler son avocat au cours de la garde à vue. Quand vous êtes un notable, on ne vous le refusera pas, quelque soit l'heure, car vous avez les moyens de faire savoir à qui de droit que la loi a été violée. Par contre, si vous n'avez pas d'appui, aucun relais auprès des médias ou des pouvoirs en place, vous pourrez toujours attendre pour appeler votre avocat...

Selon que vous serez puissant ou misérable, l'indignation médiatique sera forte, ou ne sera pas. C'est bien plus grave à mon avis, car cela révèle une véritable fracture de la société française. Et c'est encore plus grave quand même des gens qui se disent de gauche, soi-disant défenseurs des "exclus" et autres opprimés, sont ainsi coupés du peuple. La fracture sociale, on en parle plus trop, pourtant, elle est toujours là et elle n'est pas seulement économique...

lundi 1 décembre 2008

Le PS gagne un député

Vous pensiez que le PS était au fond du trou. Et bien non, le candidat de ce parti vient de retrouver le siège de député de la Gironde qu'il avait occupé de 1997 à 2002, après avoir été battu en 2002 et 2007 par Marie-Hélène des Esgaulx, qui a rejoint en septembre dernier le confort douillet du Sénat.

On disait cette circonscription bien ancrée à droite, le candidat UMP était le maire d'Arcachon, "ami" de Nicolas Sarkozy. Il s'est pris une déculottée 55/45. Défaite nette et sans appel. Bien entendu, chaque élection peut s'expliquer par des considérations locales. Mais là en l'occurrence, on ne sentait pas la droite trop inquiète quand la perspective de remplacer Madame des Esgaulx s'est présentée. Vraie poussée de la gauche, mauvais cheval UMP ? Sans un peu des deux, mais dans quelles proportions ? Je n'en sais rien. Je constate juste que ce n'était pas franchement le résultat attendu !

Pour tout ceux qui pouvaient penser que le cartel électoral estampillé "PS" avait sombré à Reims, qu'ils se détrompent. Ce week-end, le PS a également gardé deux cantons en Côte d'Or (suite aux démissions des deux cumulards Rebsamen et Patriat, qui ont échangé un poste de conseiller général contre un siège de sénateur). S'il y a bien une raison pour laquelle les socialistes restent ensemble, c'est celle-là : gagner des scrutins électoraux !