La proposition de loi rallongeant le délai de prescription pour les injures et la diffamation sur internet a été adopté hier soir par le Sénat. Les débats sont ici.

J'ai eu l'occasion d'y réfléchir depuis hier (vu que l'élection américaine, je m'en tape). Je crois à la bonne volonté des sénateurs, mais je pense qu'ils font fausse route avec ce texte. D'autres voies peuvent être explorées pour résoudre le problème de la diffamation et des injures sur internet, qui est un vrai sujet, et sur lequel la loi de 1881 n'apporte pas de réponse satisfaisante.

La différence majeure entre internet et la presse papier, c'est l'accessibilité permanente des informations sur internet. Un journal papier, trois mois après sa parution, est quasi introuvable et de fait, le trouble apporté à l'ordre public par les propos diffamatoires cesse. Il n'y a plus lieu de poursuivre pénalement. Sur internet, le trouble ne cesse pas, car tant que le contenu est en ligne, il est accessible assez facilement. Tout l'enjeu est donc d'offrir à la personne diffamée et injuriée la possibilité de faire cesser le trouble, c'est à dire d'obtenir la mise hors ligne des contenus diffamatoires et injurieux. Certes, vous me direz que l'on peut toujours arriver à retrouver un contenu sur internet, même quand il est supprimé. Mais il faut quelques manipulations dont l'immense majorité des utilisateurs n'a pas connaissance. On pourrait rétorquer la même chose pour un journal papier, que l'on peut toujours retrouver dans les services d'archives.

L'allongement du délai de prescription à un an est-il une solution adaptée. A mon avis pas complètement, et ce n'est certainement pas la solution optimale. Il me semble qu'il faudrait instaurer une procédure permettant à une personne diffamée ou injuriée d'obtenir simplement la mise hors ligne des contenus contestés, sans qu'il y ait nécessairement condamnation pénale du coupable. Une simple ordonnance d'un juge, sous astreinte, serait efficace. Elle se rajouterait aux procédures pénales, à savoir la loi de 1881. Le délai resterait de trois mois pour tout le monde, car aujourd'hui, avec tous les instruments de recherche et de veille qui existent, une injure ou une diffamation que l'on ne détecte pas pendant trois mois, soit ce n'est pas grave, soit c'est ultra-confidentiel et dans ce cas là, il y a certes trouble civil, mais pas nécessairement trouble pénal.

C'est là une proposition que je lance. A mes amis juristes préférés de la commenter et pourquoi de l'améliorer. Ce sujet de l'adaptation du droit de la presse aux spécificités d'internet peut être aussi un bon thème de réflexion pour les spécialistes médias (Narviccccc). Je lance donc la chaine...