Narvic, qui n'est pourtant pas un bleu, vient de faire la douloureuse expérience de retrouver des propos qu'il considérait comme "off" dans une publication. Ca nous est tous arrivé une fois ou une autre, moi compris. On peut s'estimer heureux quand finalement, cela ne prête pas à conséquence. Je comprend l'amertume qu'a pu ressentir Narvic, mais il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a journaliste et journaliste, tout dépend du média dans lequel ils travaillent et surtout de son orientation.

Je n'aurai pas du tout la même attitude si j'ai au bout du fil un "journaliste" de Backchich ou un journaliste du Monde. Ils ne jouent pas dans la même cour. Le premier (Bakchich, mais on pourrait aussi ajouter Arrêts sur image, le Post, Marianne...) sont là pour faire du sensationnel, du sanglant. Le produit qu'il commercialise est fabriqué à partir de polémiques, d'attaques. Il leur faut du cinglant, du sanglant et la mauvaise foi ne les arrêtent pas. Ils ont un regard très orienté sur ce qu'on leur dit, et n'en retiennent que ce qui les intéressent pour alimenter le propos qu'ils souhaitent tenir. Quand ils vous appellent, ils savent déjà dans quel sens ils veulent aller, ce qu'il veulent entendre. En tant qu'interviewé, vous servez juste de faire-valoir et éventuellement de porteur de chapeau. D'où ce sentiment très désagréable de ne pas retrouver dans le papier du journaliste le message qu'on pensait lui avoir fait passer. Je me suis fait avoir une fois avec Backchich, maintenant, c'est terminé. Toute demande d'interview venant de ce genre de canard essuie un refus poli mais ferme.

A coté de cette presse "tabloid", il existe d'autres journaux, qui eux cherchent à informer, c'est à dire à décrire et à décrypter honnêtement la réalité, qui ne se prennent ni pour des prescripteurs d'opinion, ni pour Robin des bois. Quand ils vous appelent, c'est pour avoir des informations qu'ils n'ont pas, ou de manière incomplète. En général, vous n'avez pas de mauvaises surprises en lisant le papier, ils respectent même la demande d'anonymat (selon un collaborateur du groupe UMP) et ne tordent pas vos propos pour leur faire autre chose que ce que vous avez dit. Une relation de confiance peut se bâtir, et vous parlez plus librement, en leur donnant beaucoup d'informations, de celles dont on dispose parce qu'on est dans les murs (qui fait quoi, quels sont les projets...). Cela permet au journaliste d'aller frapper à la bonne porte, de poser les bonnes questions, de comprendre les non-dits des réponses.

C'est aux interviewés de faire attention, de se rendre compte de qui est au bout du fil. Ce n'est pas bien compliqué, car hormis sur les grandes chaines du service public, tous les journalistes annoncent directement la couleur : leur nom et le média pour lequel ils travaillent. Et ils ne sont pas en mesure de vous obliger à parler.