C'est toujours facile, une fois que la crise a éclaté, d'aller vomir sur ceux qui ont fait des conneries. Cela dispense de proposer des solutions, et surtout, de regarder ses propres torts.

Ségolène Royal est ici un cas d'école. En deux phrases, elle se met en difficulté si jamais on s'avise de lui poser les bonnes questions.

«Les banquiers étaient parfaitement au courant depuis trois ou quatre ans» de la fragilité de la situation économique, a-t-elle accusé

Madame Royal, si des gens, dans le milieu, savaient depuis trois à quatre ans, comment cela se fait-il que vous, qui avez été candidate à l'élection présidentielle, n'ayez pas été au courant ? C'est assez grave que quelqu'un prétendant aux plus hautes fonctions n'ait pas les réseaux qui puissent lui faire remonter des informations aussi capitales ! Et si effectivement elle les a eu, elle semble ne rien en avoir fait pendant sa campagne. Elle aurait pu alerter sur ce capitalisme sauvage qui est en train de nous conduire droit dans le mur. Elle aurait pur faire des propositions pour éviter cela AVANT le crash. C'est facile de donner le tiercé dans l'ordre une fois que les chevaux ont franchi la ligne d'arrivée.

«Les banques n'ont pas respecté les règles prudentielles, elles n'ont pas fait leur travail.»

Madame Royal, les banquiers sont là pour faire des affaires. Les règles prudentielles, ils s'en affranchissent dès qu'ils le peuvent. C'est pour cela qu'il doit exister des régulateurs, des gens chargés de faire respecter les règles. Ce ne sont pas les banquiers qui ont failli, mais les régulateurs. Et qui sont les régulateurs : les Etats et leurs dirigeants. Vous faites partie, Madame Royal, d'une classe politique française qui a failli plusieurs fois dans son rôle de régulateur du système bancaire. Cela a commencé quand vous étiez ministre (il est vrai de l'environnement) avec le Crédit lyonnais. Quand on voit les pertes des banques françaises, enfin celles qui sont avouées, on se dit que le régulateur n'a pas mieux fait son boulot. C'est la classe politique dans son ensemble, PS comme UMP qui n'a pas assumé son rôle de régulateur.

Enfin, dernier point amusant, certains attaquent Nicolas Sarkozy sur le fait qu'il a tendance à désigner des "boucs-émissaires" afin de ne pas avoir à traiter réellement le fond des problèmes (ils n'ont pas toujours tort). Et là, que fait donc Madame Royal ? Exactement la même chose !