Maitre Eolas a réussi un tour de force, celui de donner une tribune aux magistrats. Un lieu où ils peuvent s'exprimer en respectant leur sensibilité professionnelle et leurs contraintes, un lieu où ils seront lus avec attention sans déformation, pour ce qu'ils disent et pas pour ce que que les intermédiaires (autrement appelés médias) aimeraient qu'ils disent. Ca s'appelle un blog et comme Narvic, je pense que cette série de billet est une avancée formidable dans l'exploration des potentialités d'internet et des blogs. Ce qu'Eolas a fait, jamais un média classique aurait pu le faire, le désintéressement, la non-volonté d'exploiter économiquement ce qui leur tombe entre les mains, ils ne connaissent pas. Un média classique aurait sans doute transformé cette prise de parole digne et profondément signifiante en un cirque destiné à générer de l'audience. Un blog est à l'abri de ces dérives, c'est ce que les magistrats ont bien compris !

Sur le fond, je n'ai pas tout lu, j'ai survolé. Mais j'y reviendrai, car nous avons dans ces textes la réalité de ce que vivent les magistrats. Des témoignages de l'intérieur, qui expliquent à ceux du dehors comment marche la machine, quelles sont les contraintes. Oui le résultat n'est pas parfait, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a et souvent, on dénonce à tort les hommes et les femmes qui font tourner la machine, car c'est plus facile, plus confortable que de mettre en cause la machine dans ses malfaçons et son délabrement.

Je vis la même chose avec le Parlement. J'essaye, au fil des billets tagués "parlement" d'expliquer le processus législatif, ses contraintes, ce qu'il permet et ce qu'il permet moins. Moi aussi, trop souvent, je vis mal les critiques portées contre ceux qui font tourner la machine (même s'ils sont loin, très loin d'être exempts de tout reproche) car les parlementaires font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Et je me sens seul à parler de ces choses là. J'ai bien quelques collègues comme mon ami l'assistant qui nous parle des grandeurs et des servitudes du métier d'assistant parlementaire, des parlementaires qui nous montrent leur quotidien et s'expriment sur leur métier et ne se contentent pas uniquement de faire leur communication via leur blog. Mais cette parole est fragmentée et trop rare. Même moi, je n'en parle que de temps à autre, car je n'ai pas envie de m'enfermer dans un blog "monomaniaque". C'est pourtant la seule manière d'arriver à être un point de ralliement qui peut porter une parole qui ne s'exprimerait pas autrement. Il faudrait que quelqu'un, ou plutôt un collectif, se dévoue pour créer ce lieu.