Un nouvel hebdomadaire sort cette semaine. Il s'appelle Vendredi et traitera, toutes les semaines, de l'actualité vue par internet et surtout par les internautes. Les responsables de ce journal, Jacques Rosselin et Philippe Cohen ont eu la gentillesse (et peut-être l'inconscience) de me laisser assister à deux conférences de rédaction. J'ai pu donc voir de l'intérieur ce qu'est ce nouveau journal et surtout qui sont ses auteurs.

Les deux têtes ne sont pas des inconnus, loin de là. Jacques Rosselin est l'un des fondateurs de Courrier international. Philippe Cohen, pas besoin de la présenter, lui au moins a une fiche wikipédia. J'y ai aussi croisé des personnages que je ne connaissait pas, comme Jean-Marc Manach, et qui m'ont fait très bonne impression. C'est une équipe de professionnels, rien à voir avec certains qui ont pu lancer des magazines sur le web armés de leur seule candeur. Vendredi, c'est des vieux routiers du journalisme, avec des carnets d'adresse, des soutiens financiers. Leur projet ressemble fortement à une version de courrier international, mais sur internet et non plus la presse étrangère. C'est d'ailleurs comme cela qu'a réagi mon épouse à la lecture du numéro 0 que j'avais ramené à la maison (et elle a beaucoup aimé).

Tout cela m'apparait intéressant : des professionnels, avec des moyens, un business model travaillé (grosse promo de lancement dans les médias, visibilité chez les kiosquiers), une cible clientèle existante (les déconnectés d'internet qui sentent que quelque chose s'y passe mais sont incapable d'aller trouver ce qu'il faut où il faut). Une faiblesse existe toutefois.

L'équipe de Vendredi, ce sont des journalistes, pas des blogueurs, ni des "gens du web". Il n'y a qu'à voir leur site, qui n'est visiblement pas la priorité. Culturellement, le choc avec les internautes, en majorité allergiques aux méthodes du journalisme traditionnel, risque d'être rude. J'ai une pensée particulière à l'un d'entre eux, adorable (il réagit au quart de tour aux trolls), mais tellement "journaliste à l'ancienne" (ce qui fait une partie de son charme). Ils connaissent un peu la blogosphère politique, qui est leur vivier de textes, mais seulement en observateurs extérieurs. On les a rarement vu dans les réunions de blogueurs. Est-ce un bien, est-ce un mal ? La réponse n'est pas évidente du tout. La blogosphère a sans doute besoin d'un regard extérieur, indépendant, mais en même temps connaisseur, qui puisse assurer la connexion avec les médias traditionnels. La blogosphère a-t-elle les moyens de faire émerger un tel projet ? j'en doute très sérieusement. J'en ai tellement vu, de ces grands projets qui commencent dans l'enthousiasme d'un forum et qui s'enlisent très rapidement. Ils ont de toute manière un gros travail devant eux pour se faire adopter.

S'ils réussissent leur adaptation, ils pourraient être un pont entre les médias et les blogueurs qui permette de sortir de la méfiance et du mépris mutuel pour construire quelque chose. Au fil de mes lectures (merci Narvic entre autres), je prends conscience qu'il y a plus complémentarité entre blogueurs et journalistes que réelle opposition, à condition que chacun y mette du sien. Avec ce projet, un nouveau type de rapports peut se mettre en place, par une adaptation (bien obligée) des journalistes de Vendredi aux contraintes des blogueurs (publication irrégulière et inégale), et à coté, un effort des blogueurs (de certains, c'est sur) pour se mettre au niveau d'exigence des journalistes (ne plus écrire n'importe comment...). Et si en plus, Vendredi peut remplacer wikio comme porte d'entrée de la blogosphère, ce serait génial. Il y aura toujours un tri, mais au moins, il sera intelligent et basé sur une appréciation réellement qualitative.

Vous l'aurez compris, Vendredi est un projet qui me plait bien.