Authueil

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 31 octobre 2008

Se méfier des journalistes ?

Narvic, qui n'est pourtant pas un bleu, vient de faire la douloureuse expérience de retrouver des propos qu'il considérait comme "off" dans une publication. Ca nous est tous arrivé une fois ou une autre, moi compris. On peut s'estimer heureux quand finalement, cela ne prête pas à conséquence. Je comprend l'amertume qu'a pu ressentir Narvic, mais il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a journaliste et journaliste, tout dépend du média dans lequel ils travaillent et surtout de son orientation.

Je n'aurai pas du tout la même attitude si j'ai au bout du fil un "journaliste" de Backchich ou un journaliste du Monde. Ils ne jouent pas dans la même cour. Le premier (Bakchich, mais on pourrait aussi ajouter Arrêts sur image, le Post, Marianne...) sont là pour faire du sensationnel, du sanglant. Le produit qu'il commercialise est fabriqué à partir de polémiques, d'attaques. Il leur faut du cinglant, du sanglant et la mauvaise foi ne les arrêtent pas. Ils ont un regard très orienté sur ce qu'on leur dit, et n'en retiennent que ce qui les intéressent pour alimenter le propos qu'ils souhaitent tenir. Quand ils vous appellent, ils savent déjà dans quel sens ils veulent aller, ce qu'il veulent entendre. En tant qu'interviewé, vous servez juste de faire-valoir et éventuellement de porteur de chapeau. D'où ce sentiment très désagréable de ne pas retrouver dans le papier du journaliste le message qu'on pensait lui avoir fait passer. Je me suis fait avoir une fois avec Backchich, maintenant, c'est terminé. Toute demande d'interview venant de ce genre de canard essuie un refus poli mais ferme.

A coté de cette presse "tabloid", il existe d'autres journaux, qui eux cherchent à informer, c'est à dire à décrire et à décrypter honnêtement la réalité, qui ne se prennent ni pour des prescripteurs d'opinion, ni pour Robin des bois. Quand ils vous appelent, c'est pour avoir des informations qu'ils n'ont pas, ou de manière incomplète. En général, vous n'avez pas de mauvaises surprises en lisant le papier, ils respectent même la demande d'anonymat (selon un collaborateur du groupe UMP) et ne tordent pas vos propos pour leur faire autre chose que ce que vous avez dit. Une relation de confiance peut se bâtir, et vous parlez plus librement, en leur donnant beaucoup d'informations, de celles dont on dispose parce qu'on est dans les murs (qui fait quoi, quels sont les projets...). Cela permet au journaliste d'aller frapper à la bonne porte, de poser les bonnes questions, de comprendre les non-dits des réponses.

C'est aux interviewés de faire attention, de se rendre compte de qui est au bout du fil. Ce n'est pas bien compliqué, car hormis sur les grandes chaines du service public, tous les journalistes annoncent directement la couleur : leur nom et le média pour lequel ils travaillent. Et ils ne sont pas en mesure de vous obliger à parler.

jeudi 30 octobre 2008

Mais tu vas chanter oui !!!

Au Parlement, il y a des députés qui n'ont peur de rien. La preuve, cette proposition de loi :

Proposition de loi tendant à imposer aux fédérations sportives délégataires d'édicter une Charte de bonne conduite qui obligerait les joueurs des équipes de France à chanter la Marseillaise lors de son exécution

Présentée par Jean-Claude GUIBAL Député

Démagogie es-tu là ?

Lenteur de la LME

Ce texte nous a été annoncé comme une grande révolution. Votée en urgence (donc bâclée), dans des conditions à la limite de l'acceptable, cette loi a été promulguée le 4 août 2008, sans passage par le conseil constitutionnel.

Depuis, on attend encore les décrets d'application. A ce jour, seuls trois ont été pris. Cela fait bientôt quatre mois... Je sais que nombre de dispositions législatives sont d'application directe, mais quand même, il y a 126 textes règlementaires à prendre !

On a beau critiquer tous ces sites internet gouvernementaux, au moins, ils permettent de rendre compte au citoyen, en temps réel, de l'avancement des travaux. Et en Démocratie, la transparence, c'est essentiel, car cela permet le contrôle citoyen.

Sur la LME, il y a véritablement du boulot de contrôle à faire, car seulement trois décrets en quatre mois, c'est vraiment de se foutre de la gueule du monde.

mercredi 29 octobre 2008

Enfin quelqu'un qui comprend

Monsieur Retailleau, rapporteur pour avis, vient de rendre son rapport sur Internet et création. Enfin un type qui comprend, qui sait poser les vrais enjeux et surtout, qui n'est pas à la solde des majors. Ses amendements sont du même tonneau, judicieux ! J'espère vivement qu'il sera suivi par ses collègues sénateurs.

Petite remarque, Bruno Retailleau est sénateur villiériste de la Vendée...

Misère des rapports budgétaires

Il y a des rapporteurs budgétaires qui prennent leur travail à coeur, qui étudient à fond leur domaine, n'hésitent pas à faire des rapports d'information sur des points précis, en général ceux qui fachent ou font débat. Leur rapport budgétaire est fourni. Et puis il y en a d'autres qui n'en foutent pas lourd. Pas de rapport d'information, aucune mission de contrôle et un rapport budgétaire indigent alors qu'il y aurait des choses à dire. Je parle souvent de ceux qui font bien leur boulot, aujourd'hui, je vais prendre un contre-exemple.

Georges Ginesta est député-maire de Saint-Raphael, et rapporteur au nom de la commission des Finances sur la mission "sécurité civile". Son rapport budgétaire est de la catégorie que je qualifie d'indigente. Une petite cinquantaine de pages, très "budgétaires". On y retrace l'exécution du budget passé, la manière dont la LOLF est plus ou moins bien appliquée à cette mission, les problèmes de découpages de la mission (une tarte à la crème) et le prochain budget. Mais attention, on ne parle que comptabilité. On se contente de mentionner les problèmes plus "politiques" sans jamais creuser. Et pourtant, il y en a des sujets qui mériteraient d'être creusées, avec un bon contrôle parlementaire comme certains savent le faire.

Parmi les problèmes listés et qui pourraient faire l'objet d'un rapport particulier : la réforme du fond d'indemnisation des catastrophes naturelles, la modernisation du système d'alerte des populations, le renouvèlement et la mutualisation des moyens aériens, la réforme de l'école nationale supérieur des officiers de sapeurs pompiers, la répartition des crédits d'Etat entre les différentes syndicats départementaux d'incendie et de secours (SDIS, qui relèvent des départements), les relations entre les pompiers et le SAMU dans les interventions sur les accidents (un sujet majeur et brulant, la querelle est ancienne et aigue), la réforme de l'organisation du travail des pompiers (rémunérations, gardes cumuls d'activités...). Pensez vous que Monsieur Ginesta ait l'intention de faire des rapports spécifiques sur ces questions ? Vous rêvez ! Il n'en a fait aucun depuis qu'il est rapporteur de cette mission !

Tous ces sujets que je viens de lister ont été traités dans le rapport budgétaire en une demi-page chacun. En gros, on signale leur existence, mais surtout, on ne va pas plus loin. Le summum est atteint, je crois, dans la liste des auditions : Monsieur Ginesta n'a procédé qu'à une audition, celle du directeur de la Sécurité civile au ministère de l'intérieur, le 24 septembre dernier. Autant dire qu'il n'a auditionné personne, car son rapport budgétaire, écrit par un administrateur de l'Assemblée nationale, est nourri des réponses au questionnaire que cet administrateur a envoyé au printemps dernier à ... la direction de la sécurité civile au ministère de l'intérieur !

Députés petits bras

La démagogie et la pression a payé, un numéro de département sera obligatoire sur les plaques d'immatriculation. C'est ridicule, mais c'est malheureusement tout ce que nos parlementaires sont capables d'obtenir de la part du gouvernement.

Il y a beaucoup de sujets plus graves, plus importants pour l'avenir du pays, mais visiblement, ils n'intéressent pas les députés, qui préfèrent consacrer leur énergie à des futilités sans importance. La déchéance du Parlement, c'est un peu ça aussi. Si les nouveaux pouvoirs que l'on accorde aux parlementaires sont destinés à traiter ce genre de questions, ce n'est pas la peine.

Voilà une affaire qui ne fait pas honneur aux députés.

Chacun mettra le numéro du département qui lui plait. On ne verra sans doute pas beaucoup de 75. C'est là qu'on s'apercevra que Paris est en fait habitée par des provinciaux. Au passage, quand on revendra la voiture, il faudra changer la plaque si on ne souhaite pas garder le numéro de département de l'ancien propriétaire. Justement l'une des choses que la réforme voulait éviter...

mardi 28 octobre 2008

Un corrupteur a besoin d'un corrompu

Narvic relaye l'inquiétude de journalistes et notamment d'Alain Joannès à propos de l'appel d'offre que vient de lancer le SIG pour assurer la surveillance d'une cinquantaine de blogs considérés comme suffisamment influents pour être l'objet d'une veille et qu'on y mette 130 000 euros.

Alain Joannès profite de l'occasion pour parler de la relation entre le pouvoir politique et la presse, décrivant le pouvoir politique comme corrupteur, avec des pratiques allant de l'intimidation à la corruption financière. Je n'ai aucune raison de mettre en doute ce qu'il raconte, c'est parfaitement plausible. Je voudrais juste apporter une vision différente.

S'il y a de la corruption, c'est qu'il y a des corrupteurs, mais aussi des corrompus ! Si le pouvoir politique achète, c'est qu'il y a des journalistes pour se faire acheter, et visiblement un certain nombre. Le pouvoir politique pratique l'intimidation et le chantage. Oui, mais cela veut dire que certains offrent une prise au chantage. Comme le dit ce proverbe "quand on veut grimper aux arbres, il vaut mieux avoir le cul propre". Il faudrait un peu que les journalistes, notamment les journalistes politiques prennent conscience de leur part de responsabilité dans ce phénomène.

Approcher du pouvoir, le commenter, éventuellement être en position de nuire à ses détenteurs vous expose. Ce n'est pas nouveau, c'est même une constante. Les abords du pouvoir sont des lieux dangereux et nombre d'imprudents ou de malchanceux y ont laissé la vie au cours de l'histoire ! Quand on veut une petite vie pèpère, on fait autre chose que journaliste politique se prenant pour Robin des bois !

Sans vouloir dédouaner le pouvoir politique qui n'est pas blanc comme neige, pas plus maintenant qu'autrefois, pas plus la droite que la gauche, le risque n'est pas mortel pour les journalistes un peu trop téméraires. On ne risque pas sa vie. Un journaliste injustement attaqué arrivera, passé un certain stade (variable) à bénéficier du soutien de la corporation. Le pouvoir politique sait parfaitement qu'il court un risque à trop titiller un journaliste, et que si la profession se rebiffe et porte la chose sur la place publique, le retour de flamme sera assez méchant. Et si la profession montrait un peu plus les dents sur ces questions, les politiques se feraient plus prudents !

Cette corruption n'est pas une fatalité, la preuve : le canard enchaîné existe. Il est craint et redouté par le pouvoir politique qui n'ose rien ou si peu. Ils savent que ce n'est pas la peine de tenter la corruption ou l'intimidation. Un ministre de l'intérieur a voulu y mettre des micros, cela a servi de leçons pour tous les autres. Si l'ensemble de la presse française avait la rigueur et la déontologie des journalistes du Canard Enchaîné, la question que soulèvent Alain Joannès et Narvic ne se poserait tout simplement pas !

Mauvaise soupe dans une vieille marmite

Nicolas Sarkozy fait ce qu'il peut face à la crise. Et au regard de ce qu'il vient d'annoncer pour l'emploi, on constate qu'il ne peut pas grand chose.

Retour des emplois aidés, financés sur argent public. On pourrait se demander quel argent public ? Celui que l'Etat n'a pas, mais qu'il dépense quand même. On va sans doute aussi solliciter les collectivités territoriales. Pour quels emplois ? Du bas de gamme sans valeur ajoutée. Si ces emplois n'existent pas, c'est qu'ils ne sont pas si indispensables, ou alors, qu'ils ne sont pas assez "rentables" pour que l'on ait engagé les dépenses pour les créer. On peut se consoler en se disant que l'Education nationale devrait retrouver un meilleur taux d'encadrement et qu'à défaut d'être rentables, certains pourraient être utiles.

Deuxième mesure phare, plein pot sur les emplois à domicile. Encore de l'emploi non ou peu qualifié, qui n'existeraient pas sans aides publiques, car pas assez "rentables" eux aussi. Quand tout le monde aura sa femme de ménage et son jardinier, on fera comment ? Et surtout, encore de l'argent public, qui vient cette fois abonder de l'argent privé. Mais au final, on tombe dans le même modèle que les emplois aidés du secteur public. Ah l'économie de l'innovation et de l'intelligence ! On nous dit que c'est ça l'avenir. En ce moment, il a l'air un peu bouché.

Enfin, accélération des réformes sur la fusion ANPE-UNEDIC et la prise en charge des demandeurs d'emploi. Sur le principe, c'est louable, mais pourquoi annoncer une réforme qui est déjà sur les rails et qui est censée être mise en oeuvre en urgence. Si on peut aller encore plus vite, c'est que l'on était pas au maximum ? On en profite au passage pour rajouter des mesures nouvelles, pas anodines comme la levée de la limitation de l'emploi des CDD par les PME, qui vont encore nécessiter une nouvelle loi sur le droit du travail. La... je ne sais plus combientième depuis quelques mois. Un peu plus ou un peu moins, on n'est plus à ça près !

C'est le retour des vieilles recettes éculées, que l'on nous ressert avec une bonne dose de volontarisme et de communication. A la décharge de Nicolas Sarkozy, les périodes de crise ne sont pas propices à l'imagination, aux nouveautés et aux expérimentations. Il faut du résultat, tangible et rapide. au moins, avec les emplois aidés, on sait où va, tant en terme de coûts que d'emplois. Ca fait 25 ans qu'on pratique, on finit par bien connaitre.

Pour la rupture, on repassera ...

Le nouvel Alain Minc ?

Sorti major de l'ENA après avoir fait polytechnique, esprit brillant, le plus jeune partout. Et puis la grosse merde, révélatrice que finalement, dans l'opérationnel, il n'est pas si bon. La chute et le retour comme consultant et donneur de leçons.

Exactement comme Alain Minc, mais celui-là s'appelle Jean-Marie Messier et il commence juste sa carrière de donneurs-de-leçons-conseilleurs-mais-pas-payeur.

On le retrouve quand à la présidence du conseil de surveillance du Monde ?

lundi 27 octobre 2008

Internet et création, c'est parti

Le Sénat examine cet semaine le projet de loi internet et création. Je vais essayer de le suivre attentivement et de vous en rendre compte. Pour commencer, un peu de lecture : le rapport de Michel Thiollière, les amendements et l'examen du rapport en commission.

J'ai parcouru le rapport. C'est clair, Monsieur Thiollière est pleinement dans la ligne du gouvernement. Pas grand chose à attendre de lui. Reste à voir comment vont se dérouler les débats, car au Sénat, l'UMP peut être battue si les centristes décident de voter avec l'opposition, ou si certains UMP font défection. Au regard de ce qui s'est passé sur DADVSI, dont l'examen au Sénat fut une promenade de santé pour RDDV (après le calvaire de l'examen à l'Assemblée nationale), j'ai peu d'espoir.

En lisant ce rapport, j'ai eu l'impression d'un gouffre entre les élus et une partie de la population. J'ai le sentiment que Monsieur Thiollière ne sait pas ce qui se passe sur le web, ne comprend pas la culture des internautes, qui est pourtant celle de toute une génération. Je ne lui jette pas la pierre, je suis juste un peu effaré que nos élus ne se rendent pas compte du ressenti de leur concitoyens et n'écoutent que la voix de certains acteurs économiques, qui cherchent avant tout le maintien de leurs rentes de situation. En tout état de cause, leurs explications et leurs démonstrations ne m'ont en aucun cas convaincu. Et pourtant, je suis le premier à dire qu'il faut une juste rémunération de la création, et qu'il est impossible d'avoir des contenus de qualité sans que quelqu'un paie. Et au final, que ce soit par paiement direct ou par le truchement de la publicité, c'est le consommateur final qui paiera !

Il y a là un dysfonctionnement de notre système démocratique, et peut-être aussi un problème plus important de communication entre générations. Si ce contact n'a pas lieu, si les utilisateurs ne sont pas écoutés, si on ne tient pas compte de ce qu'ils sont, de ce qu'ils disent et proposent, cette loi sera vouée à l'échec. Elle sera certes juridiquement légitime, mais pas politiquement. Rejetée par une part significative de la population (les ados et de fait, leurs parents), elle provoquera rapidement des conflits qui ne manqueront pas de remonter jusqu'aux parlementaires. C'est alors qu'ils se rendront compte du problème et qu'ils se mettront à l'écoute. On finira par arriver à des positions plus équilibrées et surtout plus acceptables pour tout le monde. Mais on aura perdu du temps et de l'énergie, et c'est ça qui est dommage, car je ne pense pas que nos élus, du moins Monsieur Thiollière, soient de mauvaise volonté.

McCain président

Le 5 novembre, la France, et ses journalistes qui se croient leaders d'opinion, découvrent que finalement, après une nuit de suspense, c'est John McCain qui est élu président des USA. Là, franchement, je serais mort de rire. Hilare à imaginer les gueules déconfites de tous ceux qui n'en avaient que pour Barack Obama. Comme en 2000 et en 2004 !

Comme Marc Cohen de Causeur, je suis profondément agacé par les médias français, qui chantent les louanges d'Obama au lieu d'informer sur la campagne présidentielle US. Dès que l'on parle "campagne américaine", ce sont des photos soit pro-obama, soit anti McCain qui sont utilisées. Les propos sont à l'avenant. C'est à sens unique, au point que personne, dans le microcosme français, n'ose s'affirmer ouvertement pour McCain. Il se ferait aussitôt lyncher.

Le microcosme parisien vote Obama, ou du moins voterait Obama s'ils avaient le droit de vote. Quelle incidence sur le résulta réel de l'élection US : le néant absolu. C'est très instructif de voir que quelque soit le sujet, les médias français se comportent en prescripteurs de "ce qu'il faut penser". Même quand cela n'a aucune utilité pratique. En fait, j'ai vraiment l'impression qu'ils se moquent complètement des conséquences pratiques de leurs prises de position. Du moment qu'ils aient l'impression de donner collectivement le ton, et d'être, à titre personnel, dans le camp des gentils.

Pour ma part, je serais américain, je voterais McCain ! Rien que pour faire chier !

Après coup

C'est toujours facile, une fois que la crise a éclaté, d'aller vomir sur ceux qui ont fait des conneries. Cela dispense de proposer des solutions, et surtout, de regarder ses propres torts.

Ségolène Royal est ici un cas d'école. En deux phrases, elle se met en difficulté si jamais on s'avise de lui poser les bonnes questions.

«Les banquiers étaient parfaitement au courant depuis trois ou quatre ans» de la fragilité de la situation économique, a-t-elle accusé

Madame Royal, si des gens, dans le milieu, savaient depuis trois à quatre ans, comment cela se fait-il que vous, qui avez été candidate à l'élection présidentielle, n'ayez pas été au courant ? C'est assez grave que quelqu'un prétendant aux plus hautes fonctions n'ait pas les réseaux qui puissent lui faire remonter des informations aussi capitales ! Et si effectivement elle les a eu, elle semble ne rien en avoir fait pendant sa campagne. Elle aurait pu alerter sur ce capitalisme sauvage qui est en train de nous conduire droit dans le mur. Elle aurait pur faire des propositions pour éviter cela AVANT le crash. C'est facile de donner le tiercé dans l'ordre une fois que les chevaux ont franchi la ligne d'arrivée.

«Les banques n'ont pas respecté les règles prudentielles, elles n'ont pas fait leur travail.»

Madame Royal, les banquiers sont là pour faire des affaires. Les règles prudentielles, ils s'en affranchissent dès qu'ils le peuvent. C'est pour cela qu'il doit exister des régulateurs, des gens chargés de faire respecter les règles. Ce ne sont pas les banquiers qui ont failli, mais les régulateurs. Et qui sont les régulateurs : les Etats et leurs dirigeants. Vous faites partie, Madame Royal, d'une classe politique française qui a failli plusieurs fois dans son rôle de régulateur du système bancaire. Cela a commencé quand vous étiez ministre (il est vrai de l'environnement) avec le Crédit lyonnais. Quand on voit les pertes des banques françaises, enfin celles qui sont avouées, on se dit que le régulateur n'a pas mieux fait son boulot. C'est la classe politique dans son ensemble, PS comme UMP qui n'a pas assumé son rôle de régulateur.

Enfin, dernier point amusant, certains attaquent Nicolas Sarkozy sur le fait qu'il a tendance à désigner des "boucs-émissaires" afin de ne pas avoir à traiter réellement le fond des problèmes (ils n'ont pas toujours tort). Et là, que fait donc Madame Royal ? Exactement la même chose !

dimanche 26 octobre 2008

L'impact de Vendredi

Deux billets très intéressants, chez Narvic et Affordance sur l'impact du nouvel Hebdomadaire "Vendredi" sur la blogosphère politique.

Premier questionnement : Quel impact sur le comportement des blogueurs ? Vont-ils se mettre à écrire en fonction des attentes et du format (tant sur le fond que sur la forme) demandé par la rédaction de Vendredi ? Il y aura des incidences, c'est évident. Personnellement, l'incidence sera plutôt sur le forme. Je ferai plus attention au style et au choix des mots si le billet est susceptible de sortir de la blogosphère et donc de toucher un public bien plus large que mes quelques centaines de lecteurs quotidiens. Sur le fond, ça ne changera strictement rien. Je suis trop "idéologiquement" éloigné d'eux pour qu'un alignement soit un jour possible. Et en plus, comme il leur faut des blogueurs de droite pour réaliser un semblant d'équilibre, je n'ai qu'à attendre, vu que le créneau "blogueur de droite" est bien moins encombré que "blogueurs de gauche"...

Les "hiérarchies" vont également bouger, car être repris plus ou moins régulièrement par Vendredi est un gage de qualité, un signe de reconnaissance. Certes, il n'est pas neutre, Vendredi a une "ligne éditoriale". La sélection est orientée et avouée. Mais Wikio n'est plus seul sur ce terrain de l'identification des blogueurs "de qualité" et c'est là le point important. Je souhaite que d'autres investissent ce terrain, avec des regards encore différents. C'est par le recoupement et la confrontation de ces différents regards que nous aurons une image plus exacte des acteurs de la blogosphère politique.

Devenons nous de ce fait un peu journalistes. Là, je répond clairement non. Nous faisons un travail proche de celui que les journalistes revendiquent comme le leur, mais il y a une différence majeure. Un journaliste est un professionnel qui ne fait que cela, qui vit de cette activité. Il doit donc vendre le fruit de son travail pour gagner de l'argent. Il participe à la fabrication d'un produit qui doit être vendable et se retrouve alors soumis à de multiples contraintes qui peuvent avoir un incidence assez forte sur la nature et la qualité du produit. Il n'est sans doute pas toujours conforme à ce que le journaliste aimerait produire, mais pas le temps, pas la compétence pour traiter tel sujet, mais il faut bien qu'il soit traité car la concurrence est féroce. Problème de place dans le canard, de compréhension du lecteur (qui ne sont pas tous bac+5). Plus toutes les personnes importantes à qui il ne faut pas déplaire que la survie économique du journal dépend en partie d'eux. Ca fait beaucoup...

En tant que blogueur, je n'ai pas toutes ces contraintes. Et je trouve cela très bien, car cette activité me plait justement parce que je suis libre. Elle cesserait assez rapidement de me plaire si on me soumettait aux contraintes qui sont celles des journalistes (que ce soit le presse papier ou en ligne).

Le pari de Vendredi, c'est qu'au regard des contraintes du métier, sur certains créneaux, pour fabriquer certains produits, le blogueur est plus performant que le journaliste. En devenant journalistes, nous perdrions ce qui fait justement notre charme et finalement notre utilité !

vendredi 24 octobre 2008

Piqure de rappel

Petit rappel, mercredi prochain, c'est la république des blogs.

Notez bien le changement de lieu. Désormais, nous sommes installés au pachyderme, 2bis boulevard Saint-Martin à République.

Reste à voir aux actes...

Les députés UMP soutiennent Copé qui s'en est pris plein la gueule sur la co-production législative. Mais prudents, il concentrent leurs tirs sur le serial looser Dominique Paillé. A quel titre un simple conseiller, incapable de retrouver une légitimité démocratique, viendrait leur donner des leçons ? Merci Dominique d'avoir servi de paratonnerre à Fillon (comme quoi, un conseiller à l'Elysée peut se révéler utile, y compris par ses conneries).

Les députés UMP semblent donc bien remontés, décidés à ne pas lâcher sur les nouvelles extensions de leurs prérogatives. Du moins en paroles. Reste à voir comment va se traduire dans les votes. C'est bien beau de gueuler, mais si c'est pour finalement se coucher au moment du vote, et rentrer dans le rang, le petit doigt sur la couture du pantalon, c'est ridicule. Trop souvent malheureusement, les psychodrames nés dans la salle des quatre colonnes finissent comme ça...

De l'art de se coucher devant un lobby

Certains lobbies ont un pouvoir énorme, notamment celui de la grande distribution. Il vient de le démontrer à l'Assemblée nationale.

A la base, un amendement de Charles de Courson, qui propose de taxer les sacs plastiques distribués aux caisses des supermarchés, pour favoriser les sacs biodégradables au détriment des sacs plastiques non-biodégradables. L'amendement est adopté en commission des finances et est présenté en séance.

Cette proposition est le décalque exact d'un certain nombre d'éco-taxes proposées par Borloo, sur l'idée du bonus-malus. On taxe les produits "pas bien pour l'environnement", pour les rendre plus chers et faire en sorte qu'ils soient moins compétitifs par rapport à d'autres produits équivalents plus respectueux de l'environnement. L'idée est bonne, car on se rend bien compte que le seul argument vraiment efficace est de frapper au porte-monnaie. Dans ce cas présent, c'est au porte monnaie des supermarchés que l'on porte atteinte, puisque le consommateur final ne paie pas directement les sacs de caisse (et la capacité à répercuter tout le client final est quand même limitée).

On aurait du attendre une réaction favorable de Jean-Louis Borloo. Et bien non. Tout ce qu'il trouve à dire pour rejeter cet amendement, c'est "pas issue des discussions et conclusions du Grenelle de l'environnement". J'en conclu qu'une idée qui va dans le bon sens, qui respecte pleinement l'esprit du Grenelle, mais qui n'est pas sur le papier estampillé "Grenelle de l'environnement" est mauvaise et doit être rejetée.

Le pompon, c'est quand même Eric Woerth, avec cette magnifique déclaration : "Le gouvernement n'y est pas favorable. On voit bien que l'opinion n'est pas prête à cela, a expliqué le ministre du Budget. C'est vraiment envoyer un signal d'augmentation de la fiscalité au cœur du quotidien". De la part de celui qui doit défendre, en loi de finances et sur le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) la création ou l'augmentation d'au moins une dizaine de taxes, c'est gonflé ! L'opinion n'est jamais prête pour les augmentations d'impôts, et pour nombre de choses, ce n'est pas ça qui freine le gouvernement.

Le pire, c'est qu'il y avait des arguments de fond pour contester cet amendement. En effet, l'offre alternative de sacs biodégradables n'est pas forcement très au point, et bien des sacs estampillés "100% biodégradables" ne le sont pas véritablement. Certains sont "fragmentables", et de ce fait, il reste toujours des résidus, et notamment des particules fines très nocives. Une telle argumentation aurait habillé un peu plus décemment le refus du gouvernement, et aurait peut-être pu faire illusion.

En fait, le gouvernement a tout simplement cédé devant le lobby de la grande distribution, qui s'était prononcé très vivement contre cette proposition. Il n'y a pas à chercher ailleurs.

jeudi 23 octobre 2008

Fébrilité gouvernementale

L'Elysée et Matignon font montre d'une certaine fébrilité vis-à-vis des parlementaires depuis ces derniers jours. Un tir groupé, venant du Premier Ministre lui-même, mais aussi de conseillers de Sarkozy, est assez sec pour les parlementaires : vos gueules et tout le monde le petit doigt sur la couture du pantalon ! L'esprit "réforme institutionelle", c'est comme le Grenelle, ça attendra des jours meilleurs.

Il est vrai que depuis une semaine, c'est un festival. Les sénateurs ont sérieusement secoué Christine Boutin, en lui infligeant plusieurs camouflets sur son projet de loi logement (qui a bien failli être rejeté). Ils viennent aussi de supprimer la disposition phare du projet de loi communicationnel "revenus du Travail. Il est vrai que ce dernier épisode a eu lieu en commission, mais au Sénat, l'avis de la commission a beaucoup de poids.

Les députés n'ont pas été en reste. En commission des finances, ils ont adopté l'amendement de Charles de Courson qui veut taxer les indemnités pour préjudice moral de Bernard Tapie. Ils ont également modifié le bouclier fiscal, pour que l'on prenne en compte les revenus réels, c'est à dire avant les réductions de revenus imposable que peuvent procurer les niches fiscales. C'est, à mon sens, un excellent amendement, mais il semble moins plaire au gouvernement. Il est vrai que pour certains adeptes de la niche fiscale non plafonnée, cela va tout changer ! La commission des affaires sociales s'est jointe au choeur en supprimant le dispositif de prime transport voulu par le gouvernement. Reste maintenant à confirmer tout cela en séance publique. A mon avis, les députés UMP, après une attaque aussi violente de l'exécutif, devraient baisser leur pantalon et obéir comme de bons petits soldats. Téméraires, mais pas trop...

Ce qui frappe cette fois, c'est la violence de l'attaque. A mots à peine couverts, Fillon a rappelé aux députés qu'ils ne sont que des troupes auxiliaires et que leur rôle est de voter ce que le gouvernement décide, et de fermer leur gueule. Au passage, Copé s'en prend plein la gueule, payant pour tout le monde. Il paye d'abord pour les sénateurs, à qui, vous le remarquerez, on ne dit rien. De toute manière, ils s'en foutent éperdument. L'indépendance est beaucoup plus dans leur culture que dans celle des députés. Ils viennent d'être renouvelés et sont tranquilles jusqu'en 2011. En plus, la position de l'UMP au Sénat est très fragile, totalement dépendante de centristes qu'il ne faut pas vexer par des propos dirigistes. Même si ce sont eux les plus coupables d'indiscipline, ils sont intouchables et ils le savent. Copé paye aussi pour s'être fait le porte-parole des revendications des députés UMP, qui souhaitent participer davantage aux décisions. C'est comme cela, et même en en rajoutant, que Jean-François Copé a réussi à asseoir sa légitimité comme président de groupe. Un temps très contesté, il est aujourd'hui complètement soutenu par sa base. Ce n'est pas un hasard si Fillon critique très vivement la notion de "coproduction législative", chère à Jean-François Copé.

Tout cela est révélateur d'un début de trou d'air politique. L'exécutif ne tient plus ses troupes. Pas trop grave pour les députés, qui rentrent dans le rang au coup de sifflet. Plus délicat au Sénat. Ce qui m'étonne, c'est la nervosité de la réaction, sa brutalité. Si les parlementaires ne se laissent pas impressionner, le gouvernement risque assez rapidement de se retrouver dans un bras de fer avec sa majorité, où forcement, il y en aura un qui se fera humilier. D'ici la fin de l'année, il risque d'y avoir encore de grosses turbulences, vu les textes sensibles qui sont au menu, avec un très fort risque de clash comme sur les OGM.

Libération de la parole

Maitre Eolas a réussi un tour de force, celui de donner une tribune aux magistrats. Un lieu où ils peuvent s'exprimer en respectant leur sensibilité professionnelle et leurs contraintes, un lieu où ils seront lus avec attention sans déformation, pour ce qu'ils disent et pas pour ce que que les intermédiaires (autrement appelés médias) aimeraient qu'ils disent. Ca s'appelle un blog et comme Narvic, je pense que cette série de billet est une avancée formidable dans l'exploration des potentialités d'internet et des blogs. Ce qu'Eolas a fait, jamais un média classique aurait pu le faire, le désintéressement, la non-volonté d'exploiter économiquement ce qui leur tombe entre les mains, ils ne connaissent pas. Un média classique aurait sans doute transformé cette prise de parole digne et profondément signifiante en un cirque destiné à générer de l'audience. Un blog est à l'abri de ces dérives, c'est ce que les magistrats ont bien compris !

Sur le fond, je n'ai pas tout lu, j'ai survolé. Mais j'y reviendrai, car nous avons dans ces textes la réalité de ce que vivent les magistrats. Des témoignages de l'intérieur, qui expliquent à ceux du dehors comment marche la machine, quelles sont les contraintes. Oui le résultat n'est pas parfait, mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a et souvent, on dénonce à tort les hommes et les femmes qui font tourner la machine, car c'est plus facile, plus confortable que de mettre en cause la machine dans ses malfaçons et son délabrement.

Je vis la même chose avec le Parlement. J'essaye, au fil des billets tagués "parlement" d'expliquer le processus législatif, ses contraintes, ce qu'il permet et ce qu'il permet moins. Moi aussi, trop souvent, je vis mal les critiques portées contre ceux qui font tourner la machine (même s'ils sont loin, très loin d'être exempts de tout reproche) car les parlementaires font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Et je me sens seul à parler de ces choses là. J'ai bien quelques collègues comme mon ami l'assistant qui nous parle des grandeurs et des servitudes du métier d'assistant parlementaire, des parlementaires qui nous montrent leur quotidien et s'expriment sur leur métier et ne se contentent pas uniquement de faire leur communication via leur blog. Mais cette parole est fragmentée et trop rare. Même moi, je n'en parle que de temps à autre, car je n'ai pas envie de m'enfermer dans un blog "monomaniaque". C'est pourtant la seule manière d'arriver à être un point de ralliement qui peut porter une parole qui ne s'exprimerait pas autrement. Il faudrait que quelqu'un, ou plutôt un collectif, se dévoue pour créer ce lieu.

mercredi 22 octobre 2008

Qui écrit la loi ?

En commission des affaires sociales, les députés ont supprimé la prime transport que le gouvernement entendait instituer. C'est un geste qui n'est pas anodin, car c'est la majorité qui envoie un signal au gouvernement. La réponse de François Fillon ne s'est pas attendre. Comme sous l'Ancien Régime, des lettres de jussion vont être envoyées : Chers députés, vous êtes fermement priés d'adopter la mesure.

Je vois que l'esprit de la Réforme institutionnelle, censée donner plus de pouvoirs, et accessoirement plus de respect pour le Parlement n'est pas passé par l'hôtel Matignon. C'est bien dommage, car un peu plus de tact pourrait se révéler utile. En effet, il semblerait que les parlementaires aient commencé à comprendre qu'ils avaient voix au chapitre et qu'au final, c'est encore eux qui écrivent la loi. Les sénateurs viennent d'en donner un exemple éclatant en désossant complètement le projet de loi sur le logement de Christine Boutin.

Que François Fillon prenne garde que cela ne lui arrive pas également...

Bondir et rebondir

Le groupe UMP à l'Assemblée nationale vient de constituer en son sein un groupe de travail sur "imposer plus de respect pour nos symboles républicains". Elle est constituée de Françoise Hostalier, Jacqueline Irles, Jean-Philippe Maurer, Philippe Meunier.

Ils doivent rendre des conclusions et des propositions avant la fin de l'année. Espérons que ce soit d'un autre niveau que les propositions idiotes de Bernard Laporte. Franchement, je ne sais pas trop ce qui peut sortir de ce groupe. Ce sont quatre députés "nouvelle vague" (sauf Françoise Hostalier, qui a été députée de 1993 à 1995) donc des inconnus, des "sans-grade" du groupe UMP. Ils peuvent produire le meilleur comme le pire.

mardi 21 octobre 2008

Plus grave que les coucheries

La curée se poursuit contre DSK au FMI, où une nouvelle accusation d'abus de pouvoir vient de sortir des placards. DSK est accusé d'avoir pistonné une française, par ailleurs membre de son équipe de campagne pour la primaire socialiste, pour obtenir un stage au FMI.

Nous sommes là sur un sujet plus délicat, car les faits semblent établis. Ils n'auraient peut-être pas suffis à eux seuls à mettre DSK en difficulté, mais vu le contexte, cela risque d'être le coup de grâce. Les anglo-saxons sont particulièrement chatouilleux sur le respect de l'égalité et le piston est très mal vu. Encore une différence majeure avec la France, qui ne fonctionne que comme ça. Ici, c'est la cooptation à tous les étages, et cela semble très bien intégré, vu le nombre de sollicitations dont font l'objet les parlementaires...

Bien que cette accusation puisse être aussi mal comprise par les français que la première, je pense qu'elle est plus fondée. C'est le piston et le copinage sur des bases d'accointances politiques et surtout sociales, qui sont la véritable gangrène de la société française et s'il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'à des extrêmes, un peu plus de rigueur sur ce sujet ne nous ferait pas de mal.

Tambouille socialiste sur l'économie

Au début, les querelles socialistes de pré-congrès m'amusaient. Et puis la rentrée est arrivée, avec sa masse de boulot. L'actualité débordante de choses incontournables (la crise) et de sujets qui m'intéressent (la reprise de la session parlementaire) m'a happé. Je n'ai plus le même temps à consacrer aux âneries socialistes de pré-congrès. Il faut vraiment que ce soit du lourd pour que j'y consacre un billet. Heureusement, ce brave François Hollande a su me tirer de ma torpeur.

Première perle sur les paradis fiscaux : "mais n'oublions pas que la France peut d'ores et déjà montrer l'exemple en revoyant les conventions qui la lient à Monaco, notamment sur l'imposition des personnes physiques. Elle peut aussi faire pression sur le gouvernement luxembourgeois en matière d'harmonisation de la fiscalité sur les revenus du capital". Mon cher François, Réduire la question des paradis fiscaux à la fiscalité des personnes, c'est bien réducteur. Et en matière de paradis fiscal, Monaco ou le Luxembourg, ce n'est rien à coté des îles vierges, voire même de Jersey ou du Liechtenstein. Le vrai sujet, ce sont les lessiveuses à argent sale et les paradis de la finance off shore. Mais c'est vrai que l'ISF de l'expatrié français, c'est plus parlant.

Continuant dans les poncifs, il tape sur Christine Lagarde, qui fait ce qu'elle peut : "Il y a un mois, Mme Lagarde, imprudemment, déclarait que le « gros de la crise était derrière nous »". Elle aurait dit le contraire, que serait-il arrivé ? Les investisseurs, déjà paniqués, y auraient vu un témoignage d'impuissance de la part du gouvernement français ! de quoi renforcer encore la panique. Dans ce moment de crise financière, même si on ne contrôle pas grand chose, il faut faire comme si c'était le cas, sous peine de voir toutes les digues sauter. Depuis le début de la crise, je dois reconnaitre que Christine Lagarde, au regard de ses contraintes, s'en est très bien tirée !

"Il n'est pas question de nationaliser l'ensemble des banques françaises, c'est un modèle que nous avons éprouvé". Au moins, il est cohérent avec son positionnement en faveur d'un libéral ! Après ce bref instant de lucidité, on retrouve une illusion à la mode : "Nous avons la Caisse des Dépôts : faisons-en vraiment l'instrument financier de la France". Yaka-faukon.

"Il est impensable que certains touchent en un jour ce que d'autres gagnent en un an". Ben si, c'est tout à fait pensable ! L'inégalité de revenus ne me choque absolument pas, à partir du moment où elle est justifiée, et surtout, à partir du moment où tout le monde peut avoir une chance de grimper dans l'échelle des salaires. Qu'une personne assumant de hautes responsabilités ait une salaire très élevé, c'est normal. Que celui qui a pris des risques soit rémunéré par un profit, c'est également normal, et je ne vois pas pourquoi on devrait niveler les revenus. C'est de l'idéologie pure et simple. C'est là sans doute l'un de mes points de désaccord majeur avec la pensée de gauche : ce tropisme qui consiste à lire le monde uniquement en terme d'inégalités de revenus et de richesses, pour bien entendu les dénoncer comme injustes.

"La transparence d'abord : je demande à connaitre la rémunération de tous les dirigeants des banques aujourd'hui". Que tous les dirigeants du PS montrent l'exemple et publient leur feuille d'impôts, en détaillant les montants économisés grâce aux niches fiscales, ainsi que leur déclaration de patrimoine, celle que tout élu doit déposer. Là, ils seront crédibles dans leur dénonciation !

"J'accuse le gouvernement de creuser les déficits sans le moindre effet de relance sur l'activité économique : c'est le déficit passif". En 1981, lors de la dernière grande politique de relance, le déficit a été creusé et a permis de relancer... l'Allemagne et le Japon, grâce à un boom des importations. Aujourd'hui, c'est encore plus accentué avec le marché unique. Une politique de relance par un seul pays, cela n'a aucun sens, et surtout, cela n'aura que très peu d'effet sur l'économie réelle du pays en question. Il y aura certes davantage de consommation, mais ce n'est pas avec cela que l'on sort d'une récession.

"Alors qu'il faudrait, pour lutter contre la récession, un déficit actif : relever les crédits octroyés à la recherche comme au logement et stimuler l'investissement des entreprises par une modulation de l'impôt sur les sociétés". On continue dans l'idiotie économique. Les investissements dans la recherche et le logement, c'est à effet de plusieurs années. La crise et la récession, elles sont là. Quant aux chefs d'entreprises, ils investissent en fonction de leurs anticipations, pas en fonction des éventuelles aides fiscales. Et ce n'est pas une modulation de l'impôt sur les sociétés qui va leur rendre l'optimisme et la confiance.

Le pompon, il est quand même là : "Je veux croire qu'il y aura une relance des emplois aidés". Face au chômage, un seul remède, la création d'emplois sur fonds publics. Pas bien novateur. Archaïque même. Les seuls emplois créateurs de richesse, ce sont les emplois marchands. Qui paie les impôts et les cotisations sociales : les entreprises !

"la conversion de Nicolas Sarkozy à la régulation n'est qu'un concours de circonstances". Pas totalement faux. Sarkozy est un pragmatique pur. Seul le résultat (surtout le résultat visible) compte. Le reste, c'est de la tambouille qu'il délègue. Comme Chirac...

Enfin, un mot sur le PS, qui comme par hasard, fait l'essentiel de la reprise par le Figaro. Notre ami François appelle les militants pour "Que soient soutenus ceux qui ont une vision cohérente du parti et que soient pénalisés ceux qui créent de la discordance". C'est bien connu, la cohérence, c'est moi, la discordance, c'est les autres. A condition de ne pas préciser qui on vise, c'est une phrase très consensuelle, qui pourrait être reprise intégralement par tous les leaders du PS.

Finalement, cet entretien est un beau révélateur des avancées, mais aussi des incohérences du PS. C'est clair, Le programme commun de la gauche, la rupture avec le capitalisme, ce n'est plus à l'ordre du jour. Mais le chemin n'est qu'incomplètement parcouru, car François Hollande, dans son discours public, fait montre d'une assez grande méconnaissance du capitalisme, dont le moteur est justement l'inégale répartition des richesses.

lundi 20 octobre 2008

Libéral quand ça l'arrange

Monsieur Delanoé se propose d'augmenter les impôts locaux à Paris. Et pas qu'un peu : + 140 euros pour un propriétaire, ce n'est pas rien.

Depuis 2001, la France, et particulièrement Paris intra-muros connaissent une hausse spectaculaire de l'immobilier. Pour les collectivités territoriales, c'est une aubaine, car les droits de mutation à titre onéreux (compris dans ce qui est improprement appelé "frais de notaire") suivent. Pour la ville de Paris, depuis 2001, c'est le jackpot. Avec ça, Monsieur Delanoé a pu financer ses projets, notamment festifs, sans augmenter les autres taxes locales. De quoi se rendre populaire à bon compte, un autre à sa place aurait sans doute fait aussi bien...

Mais voilà que la bise arrive, avec une chute prévisible du nombre de transactions immobilières, et surtout des prix. Pour la ville de Paris, cela signifie baisse des recettes. Devant une telle situation, deux choix possibles : trouver de nouvelles recettes ou tailler dans les dépenses. Visiblement, la deuxième alternative ne semble pas avoir effleuré l'esprit de Monsieur Delanoé. Je suis pourtant certain qu'il existe des marges de manoeuvre de ce coté là à l'hôtel de ville. Rien que sur le cabinet du maire et les frais de communication, on devrait pouvoir réduire la voilure. Je ne parle pas de tous les "évènements" créés depuis 2001, que l'on a pu trouver intéressants les premières années, mais dont on se lasse assez vite (la nuit blanche notamment, où on doit faire des heures d'attente pour des trucs qui n'en valent pas toujours la peine).

Monsieur Delanoé, libéral quand ça l'arrange, est ici pleinement socialiste. Pas question de réduire les dépenses. Ne reste donc qu'à augmenter les impôts. Et tant qu'à y aller, autant le faire franchement, d'autant plus franchement que les élections municipales viennent juste d'avoir lieu !

De l'utilité de l'anonymat

Deux billet aujourd'hui qui illustrent parfaitement les vertus de l'anonymat sur internet, et notamment quand on blogue.

Aliocha tient à son anonymat car c'est un moyen de savoir réellement ce que l'on vaut. On est jugé pour ce que l'on écrit, pas pour ce que l'on est (ou pas). Cela permet aussi une liberté de ton que l'on ne pourrait pas avoir si les propos pouvaient être rattachés à notre "identité réelle", du fait des conflits d'intérêt et des prudences que l'on est bien obligé d'avoir, avec son employeur notamment.

Sylvain Lapoix, sur Marianne 2, donne l'autre versant : la "dégoogelisation" est impossible, en tout cas pour un anonyme sans moyens financiers. Qui sait si le texte vous écrivez aujourd'hui, qui ne pose aucun problème au moment où il est écrit, n'en posera pas dans 5 ou 10 ans ? Nul ne sait de quoi l'avenir est fait, et plutôt que de devoir porter des traces comme un boulet, il est préférable de ne pas créer ces traces. L'anonymat est d'autant plus important que nous ne sommes pas tous fonctionnaires ni à quelques années de la retraite.

Etre anonyme, ce n'est pas se cacher maladivement, préserver sur soi un secret absolu. C'est juste assurer la protection d'une identité réelle que l'on devra garder toute sa vie, dont on ne pourra que très difficilement changer et où les cicatrices ne s'effacent pas.

Par la bande

DSK le french lover est au centre d'un scandale comme seuls les anglo-saxons savent le faire. Les faits sont simples : DSK a eu une maitresse au FMI, avec qui il a rompu. Quelques temps après, la dame a quitté le FMI dans le cadre d'un plan de suppression d'emplois. De mauvaises langues insinuent que DSK aurait profité de la charette pour évacuer son ex-maitresse. Un autre "moyen" aurait consisté à affirmer que la Dame aurait bénéficié d'émoluments de départ différent de ses collègues.

Attendons les résultats de l'enquête, qui ne sont qu'un élément dans la décision qui sera prise concernant DSK. Il lui est officiellement reproché un abus de pouvoir, mais ce n'est qu'un faux nez pour couvrir le véritable chef d'accusation, inavouable, celui "d'inconduite sexuelle".

Le crime premier et principal de DSK est d'avoir eu une maitresse ! Ne nous leurrons pas. Les anglo-saxons sont nourris au puritanisme, et dans leur code moral, l'adultère est au sommet du panthéon du crime, même si ce n'est jamais dit, jamais reconnu officiellement. Vous remarquerez qu'aux USA, les attaques contre les maris infidèles se font toujours sur une autre base, qui apparait ridicule et ne justifiant pas les développements que peuvent connaitre ses affaires. Un seul exemple, celui de Bill Clinton. A aucun moment, il ne lui était officiellement reproché d'avoir eu une petite aventure avec une stagiaire. La procédure d'impeachment a été lancée pour parjure, autre crime majeur aux USA, où on prête serment sur la Bible. Le parjure est donc une insulte vis-à-vis de Dieu.

En France, nous sommes bien loin de tout cela, c'est pourquoi nous risquons d'avoir du mal à comprendre les développements que va prendre cette histoire. Le risque pour DSK est d'être contraint de quitter son poste, car discrédité moralement. Même lavé de toute accusation d'abus de pouvoir, il pourrait bien ne plus avoir l'autorité nécessaire pour exercer sa tâche et être, de ce fait, poussé vers la sortie.

vendredi 17 octobre 2008

IIème république

La république des blogs fait peau neuve. Après la période un peu chaotique de cet été, où l'autogestion a clairement montré ses limites, Jules de Diner's room et moi-même avons repris le rôle d'organisateurs de cet évènement. L'esprit reste le même, à savoir un espace ouvert, où rien n'est imposé. L'expérience a juste montré qu'il est nécessaire que quelqu'un s'occupe de la logistique en amont et puisse répondre aux éventuelles questions. Nous essayerons d'animer nos réunions mensuelles par la présentation de bêtes de foires venue de personnalités susceptibles de nous intéresser et d'être intéressées par nous rencontrer. Il n'est interdit à personne de prendre des initiatives, bien au contraire. Nous souhaitons juste être prévenus avant, dans un souci de coordination.

Le premier et principal souci était le lieu. Le Pavillon, Baltard, bien qu'idéalement situé, laissait à désirer sur d'autres points, et notamment sur ses horaires d'ouvertures, réduits à zéro depuis plusieurs mois. La roue de secours de Maitre Kanter peut dépanner une fois, mais ne saurait devenir une solution définitive. Nous vous proposons donc un nouveau lieu, que nous avons bien évidemment testé, qui répond assez bien au cahier des charges, le Pachyderme, à deux pas de la place de la République. A proximité d'un noeud de communication, avec un espace suffisant pour contenir 80 personnes en même temps, une disposition qui permette à la fois de se poser, mais aussi de circuler, une terrasse couverte et chauffée où il est possible d'entretenir son cancer, un espace repas distinct du bar. Beaucoup d'atouts qui ont fait chavirer notre coeur.

La prochaine session de la république des blogs se tiendra le mercredi 29 octobre. Merci de vous inscrire si vous pensez venir.

Fin de Grenelle difficile

La séance d'hier soir, à l'Assemblée nationale, a été difficile et tendue. Madame Taubira a commencé par énerver tout le monde et a quelque peu pourri l'ambiance. Après un retour au calme relatif, le ton est monté après 2 heures du matin.

Les députés se sont en effet retrouvé devant le problème que tout le monde voyait poindre : on ne va pas avoir le temps de finir avant lundi. Les députés socialistes ont eu beau jeu de protester de leur bonne foi, ils sont en partie responsable de cet état de fait. Leur obstruction sur le premier texte de la session extraordinaire, "revenus du travail" a provoqué un retard qui n'a pas pu être rattrapé. Mais ils ne sont qu'en partie responsable, car le gouvernement ne peut s'en prendre qu'à lui-même. A trop charger la mule, il arrive un moment où elle cale. Le programme de travail législatif est démentiel. Trop de textes déposés, dont l'utilité n'est pas toujours évidente, tous plus pressés les uns que les autres.

Cette nuit, les députés ont débattu sur les solutions possibles. Il restait plus de 20 articles et 800 amendements. Certaines solutions pour accélérer peuvent fonctionner quand il reste un ou deux articles, mais pas 20 ! Le président de la commission, Patrick Ollier, a bien tenté le coup, avec des amendements qui récrivaient complètement les articles, en y intégrant les amendements adoptés en commission, plus quelques amendements de l'opposition. La méthode est cavalière, et le morceau étant trop gros, l'opposition a refusé le procédé. On ne va quand même pas bâcler ce texte, qui plus est à trois heures du matin, alors que tous sont épuisés.

Finalement, après beaucoup de débats, de suspensions de séances et d'énervement, le gouvernement a bien été obligé de céder et a accepté que la séance soit levée. Reprise cet après midi, 15 heures. Nous allons voir si les négociations de la nuit et de la matinée auront permis de trouver une solution. Il y a plusieurs choix : on bâcle en réécrivant pour finir cet après midi ou ce soir, on prolonge les débats jusqu'à dimanche, ou on reporte la suite de la discussion ce qui nous amènera à une reprise mi novembre. La dernière solution serait la plus respectueuse du parlement, mais elle est difficilement acceptable par le gouvernement. Jean-Louis Borloo l'a d'ailleurs clairement dit, il souhaite aller au conseil européen de lundi prochain avec une discussion bouclée.

Affaire à suivre...

auto-promo

Je passe aussi à la radio. C'est ici. L'interview est en voix masquée, dans la vraie vie, je n'ai pas cette voix (et heureusement). Le début la gloââre ?

jeudi 16 octobre 2008

L'armée mexicaine du Sénat

Le Sénat vient de renouveler ses instances. Médiatiquement, on a surtout vu l'élection de Gérard Larcher à la présidence et les querelles autour de la représentation de l'ancien courant "RI" dont est issu Jean-Pierre Raffarin.

Ce qui me frappe, c'est le nombre très important de "dignitaires", c'est à dire de sénateurs pourvus d'un titre. Il n'y a bien entendu qu'un président, mais il y a six vice-présidents et il est question de créer deux postes supplémentaires qui sont déjà attribués ! Le bureau du Sénat est complété par 12 secrétaires. A cela, il faut rajouter les bureaux des commissions, et c'est là que j'ai été sidéré : dans chacune des six commissions permanentes, il y a bien entendu un président, mais aussi 8 vice-présidents et 5 secrétaires. Faisons le calcul : 23 "dignitaires" pour le bureau du Sénat, 84 "dignitaires" pour les commissions, 5 présidents de groupes. Certes, il a quelques doublons entre bureau du Sénat et bureaux de commissions (moins d'une dizaine), mais quand même, il n'y a que 343 sénateurs, ce qui nous fait un taux de dignitaires de 30% : un tiers !

A l'Assemblée nationale, le bureau est identique : 1 président, 6 vice-présidents (qui suffisent largement sans que l'on éprouve le besoin d'en avoir deux autres), 12 secrétaires et 3 questeurs. Par contre, au niveau des commissions, deux ont chacune 4 vice-présidents et 4 secrétaires (Affaires Culturelles et Affaires économiques, les plus importantes numériquement) et les autres ont 3 vice-présidents et 3 secrétaires. Cela fait en tout 40 "dignitaires". Plus 4 présidents et de groupes et quelques présidents de délégations (Union européenne, aménagement du territoire, parité). Cela fait 66 "dignitaires" pour un effectif de 577 députés, soit un taux d'encadrement de 11%.

Il est effectivement temps que le Sénat se rende compte qu'il est observable et qu'il n'est plus hors du temps, dans une bulle qui le protège des évolutions. Et il y a plein d'autres sujets sur lesquels un minimum de transparence est souhaitable, à commencer par les comptes, l'inventaire des biens immobiliers. J'ai quelques inquiétudes, car le nouveau président de la commission chargée de vérifier et d'apurer les comptes n'est autre qu'Adrien Gouteyron. Même si c'est un sénateur pour qui j'ai beaucoup d'estime eu égard à son travail et à sa grande rigueur intellectuelle, il fait partie du sérail, ces quelques sénateurs qui trustent les postes de "super-dignitaire", qui décident de tout et qui peuvent, s'ils le veulent, marginaliser n'importe qui, y compris le président...

mercredi 15 octobre 2008

Accélérer un débat

Le Grenelle de l'environnement s'enlise au parlement, et le mot est faible. Nous sommes mercredi soir, la séance doit reprendre sur l'article 10 (il y a 50 articles) et il faut absolument boucler la discussion avant vendredi soir. En effet, dès lundi après midi, on reprend sur la loi de finances, qui n'est pas "décalable". Il y a comme un effet de cisaille qui doit causer des sueurs froides au cabinet de Jean-Louis Borloo. "On ne va jamais y arriver", c'est ce qu'ils doivent penser en ce moment. Ils n'ont pas tort. Il va donc falloir sortir l'artillerie lourde...

Il existe plusieurs moyens "d'accélérer". Le premier est de le prolonger les débats. C'est assez paradoxal, mais pas tant que cela. La règle à l'Assemblée veut que si l'auteur ou le cosignataire d'un amendement n'est pas présent pour le défendre, il n'est pas soutenu et tombe. On ne l'examine même pas et on passe au suivant. Le mardi et le mercredi, les députés sont en général présents, mais dès le jeudi matin, l'assiduité est déclinante, et à partir du jeudi soir, c'est l'hécatombe. Si on siège vendredi, on va se retrouver avec deux pelés et trois tondus, les amendements non soutenus vont se ramasser à la pelle (regardez ici, au fur et à mesure du déroulement de la séance, on indique le sort des amendements : adopté, rejeté, retiré, non soutenu). Rien qu'avec cette élimination naturelle, on devrait éclaircir les rangs.

La deuxième technique, plus discutable, est de demander aux députés du groupe majoritaire "de la fermer". Pas de prise de parole, une défense d'amendement réduite au strict minimum. On est dans la négation du rôle du Parlement. La chambre d'enregistrement dans son plus simple appareil. Pas glorieux, mais finalement assez efficace, l'opposition se retrouvant dans un monologue où elle s'épuise assez vite, faute de répondant en face. On joue là sur la fatigue physique des quelques députés d'opposition qui assurent le débat, en gros les 4 ou 5 spécialistes qui sont capables de sortir des choses intelligentes car ils maitrisent le sujet. Le risque pour l'opposition est de se prendre "un contre", comme au football, si un des leurs, pour occuper l'espace laissé libre, s'aventure à dire des conneries.

Troisième technique, encore plus discutable, le dépôt d'amendements gouvernementaux de dernière minute, qui réécrivent complètement des articles ou des bouts d'articles, comme par hasard ceux qui sont sensibles et risquent de cristalliser les débats et de les faire durer. On tue purement et simplement le débat sur le sujet. Sur le Grenelle de l'environnement, le gouvernement vient d'avoir recours à cette technique sur l'article 10, concernant les alinéas 13 et 14 concernant la "taxe poids lourds". Le sujet est sensible, les lobbies économiques, notamment celui des transporteurs, se sont mobilisés. On peut facilement perdre une heure et demie, voire plus, sur le sujet. Dans ces cas là, le gouvernement dépose un amendement, qui réécrit tout et qui, s'il est adopté, fait tomber tous les autres amendement sur le sujet. Voici donc l'amendement tueur sur la taxe poids lourds. Vous pouvez être assurés que demain et surtout après demain, en fonction de l'avancement des débats, d'autres amendements accélérateurs vont être déposés sur les points chauds.

Toutes ces techniques devraient permettre de terminer l'examen du projet de loi Grenelle 1 dans les délais. Mais c'est au prix d'un débat tronqué, baclé et indigne de ce nom. Sur ce sujet, le gouvernement a commis une grave erreur d'appréciation. Cette loi Grenelle 1, tout le monde est d'accord pour dire que c'est du bavardage inutile. Il aurait mieux valu pour le gouvernement organiser quatre ou cinq déclarations, suivies d'un débat sans vote, comme cela se pratique régulièrement. Les députés intéressés auraient alors pu s'exprimer sur le Grenelle de l'environnement, dire tout ce qu'ils avaient sur le coeur. On serait ensuite passé à l'examen du texte réellement important, le projet de loi Grenelle 2, celui qui va contenir la mise en application effective des objectifs du Grenelle 1. En fait, c'est là que tout va se jouer, Grenelle 1 n'étant qu'un vaste bavardage stérile qui n'apportera rien à la défense de l'environnement, mais fera perdre beaucoup à la crédibilité du Parlement.

Méchants lobbies, gentilles ONG

Sur Rue89, une vision du lobbying assez pitoyable, en tout cas sans aucun recul. Dès le début, tout est dit : "A l'ordre du jour, des propositions pour limiter le travail souterrain des grands groupes économiques".

Le lobbying est une activité consistant à agir auprès des lieux de décisions pour obtenir une décision favorable. Cela marche pour tous les sujets, y compris le lobbying mené par ces associations à qui rue89 tend complaisamment le micro, pour limiter et encadrer le lobbying ! Le lobbying en lui-même n'est ni bon ni mauvais, c'est un outil.

Ces associations ont visiblement une autre idée, à savoir qu'il existe un mauvais lobbying, celui qui consiste à défendre et promouvoir des intérêts économiques. Dès qu'il y a des enjeux financiers, c'est forcement sale. Par contre, quand ce sont des ONG qui agissent pour faire avancer les causes qu'elles défendent, ce n'est pas du lobbying, c'est de l'engagement citoyen/solidaire/équitable/sans sucres ajoutés (rayez la mention inutile). Une méthode serait bonne ou mauvaise en fonction des causes défendues.

Dans les faits, au niveau des méthodes, je ne vois pas une grande différence entre le lobbying d'un laboratoire pharmaceutique ou d'un constructeur d'ordinateur et celui d'un ONG environnemental particulièrement active dans les actions anti-nucléaires. Je dirais même que le lobbying économique est plus respectueux, en ce sens qu'il ne fait pas pression. Ils viennent, sollicitent, suggèrent, mais on peut leur dire non. Les ONG, j'ai pu le constater lors des discussions sur les OGM, font dans la pression et le harcelement. Vous êtes inondés de mails, d'appels de gens se disant vos électeurs et vous menaçant de ne plus voter pour vous selon votre vote sur telle ou telle loi.

Il y a dans le lobbying des ONG une violence que l'on ne trouve pas dans le lobbying des acteurs économiques. Attention donc à ne pas coller trop vite l'étiquette du méchant sur les uns et du gentil sur les autres.

Quelle responsabilité de la FFF ?

La Marseillaise a de nouveau été sifflée lors d'un match de football opposant la France et un pays du Maghreb. Le président exprime son mécontentement et convoque le président de la Fédération française de football.

Que peut bien ce monsieur au fait que la Marseillaise soit sifflée ? Il se trouve que cela s'est déroulé pendant un match de football, mais cela aurait pu arriver n'importe où et n'importe quand, le lien avec le football est purement circonstanciel !

Le remède trouvé, arrêt du match si la Marseillaise est sifflée, ressemble à une punition de cour de récréation. Allez hop, privé de dessert si vous n'êtes pas sages. C'est assez pitoyable de se contenter de ce type de réponse, qui ne traite que du symptôme, alors que l'on devrait surtout se pencher sur le mal. Le vrai problème, c'est le rejet de la Nation française, à travers l'un de ses symboles.

Plutôt que de jouer les vierges indignées, il faut s'interroger pour savoir qui précisément (tunisiens, français, franco-tunisiens...) a eu ce comportement, visiblement pas isolé, et surtout s'interroger sur le sens réel de ce qui est un message hautement politique. La Gauche, pour une fois, pointe le doigt sur des réalités, le ressentiment des maghrébins vis-à-vis de la France, que l'UMP cherche visiblement à occulter. Ce n'est pas en prononçant des interdictions de stades et des interruptions de matchs que l'on va désamorcer ce qui est une véritable bombe à retardement sociale !

mardi 14 octobre 2008

Vendredi

Un nouvel hebdomadaire sort cette semaine. Il s'appelle Vendredi et traitera, toutes les semaines, de l'actualité vue par internet et surtout par les internautes. Les responsables de ce journal, Jacques Rosselin et Philippe Cohen ont eu la gentillesse (et peut-être l'inconscience) de me laisser assister à deux conférences de rédaction. J'ai pu donc voir de l'intérieur ce qu'est ce nouveau journal et surtout qui sont ses auteurs.

Les deux têtes ne sont pas des inconnus, loin de là. Jacques Rosselin est l'un des fondateurs de Courrier international. Philippe Cohen, pas besoin de la présenter, lui au moins a une fiche wikipédia. J'y ai aussi croisé des personnages que je ne connaissait pas, comme Jean-Marc Manach, et qui m'ont fait très bonne impression. C'est une équipe de professionnels, rien à voir avec certains qui ont pu lancer des magazines sur le web armés de leur seule candeur. Vendredi, c'est des vieux routiers du journalisme, avec des carnets d'adresse, des soutiens financiers. Leur projet ressemble fortement à une version de courrier international, mais sur internet et non plus la presse étrangère. C'est d'ailleurs comme cela qu'a réagi mon épouse à la lecture du numéro 0 que j'avais ramené à la maison (et elle a beaucoup aimé).

Tout cela m'apparait intéressant : des professionnels, avec des moyens, un business model travaillé (grosse promo de lancement dans les médias, visibilité chez les kiosquiers), une cible clientèle existante (les déconnectés d'internet qui sentent que quelque chose s'y passe mais sont incapable d'aller trouver ce qu'il faut où il faut). Une faiblesse existe toutefois.

L'équipe de Vendredi, ce sont des journalistes, pas des blogueurs, ni des "gens du web". Il n'y a qu'à voir leur site, qui n'est visiblement pas la priorité. Culturellement, le choc avec les internautes, en majorité allergiques aux méthodes du journalisme traditionnel, risque d'être rude. J'ai une pensée particulière à l'un d'entre eux, adorable (il réagit au quart de tour aux trolls), mais tellement "journaliste à l'ancienne" (ce qui fait une partie de son charme). Ils connaissent un peu la blogosphère politique, qui est leur vivier de textes, mais seulement en observateurs extérieurs. On les a rarement vu dans les réunions de blogueurs. Est-ce un bien, est-ce un mal ? La réponse n'est pas évidente du tout. La blogosphère a sans doute besoin d'un regard extérieur, indépendant, mais en même temps connaisseur, qui puisse assurer la connexion avec les médias traditionnels. La blogosphère a-t-elle les moyens de faire émerger un tel projet ? j'en doute très sérieusement. J'en ai tellement vu, de ces grands projets qui commencent dans l'enthousiasme d'un forum et qui s'enlisent très rapidement. Ils ont de toute manière un gros travail devant eux pour se faire adopter.

S'ils réussissent leur adaptation, ils pourraient être un pont entre les médias et les blogueurs qui permette de sortir de la méfiance et du mépris mutuel pour construire quelque chose. Au fil de mes lectures (merci Narvic entre autres), je prends conscience qu'il y a plus complémentarité entre blogueurs et journalistes que réelle opposition, à condition que chacun y mette du sien. Avec ce projet, un nouveau type de rapports peut se mettre en place, par une adaptation (bien obligée) des journalistes de Vendredi aux contraintes des blogueurs (publication irrégulière et inégale), et à coté, un effort des blogueurs (de certains, c'est sur) pour se mettre au niveau d'exigence des journalistes (ne plus écrire n'importe comment...). Et si en plus, Vendredi peut remplacer wikio comme porte d'entrée de la blogosphère, ce serait génial. Il y aura toujours un tri, mais au moins, il sera intelligent et basé sur une appréciation réellement qualitative.

Vous l'aurez compris, Vendredi est un projet qui me plait bien.

lundi 13 octobre 2008

La mobilisation à la française

Deux évènements concomitants mettent en lumière une caractéristique des "mobilisations" en France. Il y a tout d'abord ce prix Nobel de la Paix qui n'est pas allé à Ingrid Betancourt, la nouvelle madone de Saint-Germain des prés. Il eut ensuite la grâce présidentielle (je sais, ce n'est pas juridiquement exact, mais je ne suis pas juriste) de Maria Petrella, nouvelle Diane Chasseresse de Saint-Germain des Prés.

A chaque fois, nous avons pu constater un aveuglement complet sur la réalité, par le biais de travestissements symbolique. A la base, Ingrid Betancourt est une politicienne colombienne qui est allée imprudemment en territoire dangereux pour se faire de la pub et qui s'est retrouvée prisonnière. De son coté, Maria Petrella est une femme poursuivie dans on pays pour complicité d'assassinat, et dont la culpabilité ne fait guère de doutes. Elle fait donc logiquement l'objet d'un décret d'extradition, suite à la demande de son pays d'origine, où les faits criminels qui lui ont été reprochés se sont déroulés. Voilà les faits "bruts".

Ces deux femmes ont bénéficié de réseaux et de soutiens importants dans notre pays, particulièrement chez les gens ayant accès aux médias. Cela a permis un battage médiatique totalement disproportionnée par rapport à leur importance réelle, notamment pour l'avenir de notre pays et la vie quotidienne de nos concitoyens. Par la magie de cette médiatisation, elles se sont retrouvées transfigurées, nanties d'une charge symbolique censée les transfigurer. Cela me fait penser à ce que la publicité cherche à nous faire avaler sur des produits aussi dépourvus de glamour qu'une paire de chaussure de sport ou qu'une boisson gazeuse. Il y a le produit en lui-même, et l'habillage markéting.

Derrière ces produits markéting que sont Ingrid Betancourt et Maria Petrella (surtout elle d'ailleurs), on devine sans trop de mal des positions politiques et des intérêts bien compris, pas franchement en phase avec le message officiel. C'est d'ailleurs la même chose avec les chaussures de sports ou les boissons gazeuses, dont les qualités tant vantées par les réclames n'existent que dans les têtes de ceux qui veulent bien se laisser prendre.

Ingrid Betancourt est d'abord une femme issue de la haute bourgeoisie colombienne, avec des connexions dans la très bonne bourgeoisie française. Les efforts pour médiatiser son cas, et obtenir par là même qu'elle ne soit pas oubliée, sont ceux de sa famille et de ses amis proches. Jusque là, rien à dire, quand on est dans la détresse, tout est bon à prendre. Mais rapidement, Ingrid Betancourt est devenue autre chose : on a soigneusement gommé l'aspect "haute bourgeoisie", potentiellement choquant pour le public potentiel en France. Heureusement que les médias français ne sont pas aller décrire ce que cela représente réellement d'être un grand bourgeois en Amérique Latine. En termes d'inégalités sociales, c'est assez hallucinant et cela aurait brisé le mythique. Progressivement, la greffe a bien pris, Ingrid est entré dans le coeur des militants et est devenue une cause en elle-même. La preuve, toute l'infrastructure a survécu à sa libération, évènement qui aurait normalement du entrainer une auto dissolution des comités. Et là, tout s'est transformé en nouvelle église, véritable culte de la Madone. Le prix Nobel de la Paix, béatification des temps modernes, aurait dû lui être accordé. Malheureusement (ou heureusement), le comité Nobel n'est pas franco-français...

Pour Maria Petrella, on voit clairement derrière elle tous les activistes et surtout anciens activistes gauchistes des années 70, encore marqués par le romantisme de la lutte armée et par leurs sympathies de l'époque. Aujourd'hui, comment continuer à les exprimer, tout en évitant le choc trop brutal avec une opinion publique plus tout en sympathie avec le recours à la violence politique ? Soutenir Rouillan ? Trop cru, trop direct dans ses propos qui exprime clairement qu'il ne renie rien. Et surtout, pas assez médiatiquement glamour. Césare Battisti tenait mieux le rôle, il était, il est vrai, plus habile avec les médias, et surtout, avait officiellement renoncé à la violence pour le présent, sans forcement renier son passé. Juste la bonne dose pour être en phase avec tous les gauchistes des années 70 qui sont "passés à l'acte par procuration" et qui aujourd'hui, tiennent les manettes du pouvoir médiatique. Battisti s'étant enfui et n'étant, de ce fait, plus accessible pour les micros et caméras, il a du passer le relais. Maria Petralla a magnifiquement repris le manche, ajoutant une touche de tragédie à l'ancienne propre à faire vibrer les médias. L'émotion, il n'y a que cela de vrai.

Il semble qu'en France, on ne sache pas débattre sereinement et surtout clairement. Il faut des biais, des supports médiatiques. En fait, on ne cherche même pas à débattre, mais à imposer son point de vue à coup de matraquage médiatique et de mise en avant d'icônes marketing. C'est une véritable démission de l'intelligence.

vendredi 10 octobre 2008

Digne successeur de Jean-Louis

Bernard Accoyer marche sur les traces de son prédécesseur, Jean-Louis Debré, pour ce qui concerne les conneries. Il a mis du temps, mais le Bernard, ce n'est pas un rapide, sous sa présidence, tout traine, tout prend du temps. Il a mis un an, mais il en a sorti une belle : pour résoudre la crise, grand emprunt d'Etat et amnistie fiscale. A pleurer !

Je laisse aux économistes le soin de la réfutation technique. Cela ne devrait pas être trop compliqué. Ce qui m'afflige, c'est l'océan de démagogie de cette annonce. Bernard Accoyer est président de l'Assemblée nationale, il n'a aucun pouvoir exécutif, aucun moyen d'influencer l'action du gouvernement. Ce qu'il dit n'engage que lui et n'a strictement aucune chance d'être mis en oeuvre. Cela permet de raconter toutes les conneries qu'on veut, de prendre des postures qui plaisent à son électorat, sans le moindre risque. C'est le comportement habituel de la majorité des députés, de gauche comme de droite.

Par ce comportement, le président de l'Assemblée nationale montre que ce n'est encore demain que les parlementaires deviendront des adultes responsables. Ils ont tellement intégré leur mise en tutelle et leur rôle de chambre d'enregistrement qu'ils seraient presque malheureux de devoir assumer des vrais responsabilités. Imaginez donc une personnalité réellement en charge des affaires qui sort, en pleine crise financière, de telles énormités ! Vous allez me dire que les marchés se cassant déjà la gueule, ça ne changerait rien.

Moi, ça m'afflige quand même. Pour l'image du parlement, pour ces quelques députés et sénateurs qui essayent d'être responsables, de proposer des solutions viables. Cette totale irresponsabilité de Bernard Accoyer est un signe de plus que les députés ne sont pas prêts, dans leur tête, à assumer les pouvoirs renforcés que la réforme institutionnelle leur donne. On va doute encore beaucoup bavasser sur ce renforcement du Parlement. Personnellement, je n'en attend pas grand chose.

jeudi 9 octobre 2008

C'était notre tour

Un écrivain français prix nobel de littérature, et en plus un vrai, de chez nous, JMG Le Clezio. Ca faisait tellement longtemps que je me demandais bien si cela arriverait un jour. Heureusement, chaque aire linguistique l'a à son tour.

Il faudra que je le lise, il peut en valoir la peine...

mercredi 8 octobre 2008

Par ici la bonne soupe

Les bourses s'effondrent. Il va y avoir de très bonnes affaires à réaliser, car dans la panique, les traders ne regardent plus les fondamentaux. Il y a forcement des valeurs parfaitement saines qui vont se retrouver sous-évaluées.

Dans les crises boursières, il faut garder la tête froide, et se dire qu'après la pluie, vient le beau temps.

C'est donc le moment d'acheter (peut-être pas dans le secteur bancaire) et d'attendre que ça remonte. Parce que forcement, ça remontera. Il suffit juste de ne pas être pressé.

mardi 7 octobre 2008

Travaux préparatoires

La réforme de la formation professionnelle est un sujet qui surgira bientôt dans les médias. On en voit quelques traces deci-delà, sous forme d'annonce de rapports, de dénonciation des gâchis. Dans l'année qui vient, les parlementaires seront saisi d'un projet de réforme. C'est alors que nous verrons surgir tous les lobbies, que les intérêts divergents se mettront en scène. Mais pour l'instant, c'est encore trop tôt. C'est pourtant maintenant que tout se décide...

La commission des finances vient d'examiner une communication de la cour des comptes sur le Droit individuel à la formation. En Septembre 2007, le président (PS) de la commission des Finances et le rapporteur général du Budget (UMP) ont demandé à la cour des comptes de mener une enquête sur le droit individuel à la formation, créé par une loi de 2004. C'est un rapport qui s'inscrit dans la longue liste des rapports et études produits depuis 2007 sur la formation professionnelle. Les enjeux financiers sont énormes, l'efficacité du système est très insatisfaisante et en plus, on soupçonne que le système de collecte fuit de partout et finance beaucoup de choses n'ayant rien à voir avec la formation professionnelle.

Les constats sont posés depuis longtemps, le travail d'analyse est en train de se faire, par une série d'audits réalisés par des acteurs différents, n'ayant pas forcement le même point de vue. De rapport en rapport, on commence à avoir une bonne vision des choses, de ce qui ne va pas, comme des directions possibles. Bref, on a la matière première, on sait de quoi on parle. Des options se ferment, d'autres sont ouvertes et restent à trancher et feront l'objet de débats en séance publique. Le vrai travail parlementaire, c'est à ce niveau qu'il se fait, par ces rapports, ces auditions en commission.

Ce nouveau rapport de la commission des finances de l'Assemblée nationale devrait logiquement déboucher sur la constitution d'une mission d'information, qui va produire un nouveau rapport qui marquera une étape supplémentaire de la réflexion et surtout, sur une série de propositions. C'est là ce cela devient intéressant, car au terme de ce long travail d'analyse, d'échanges et de maturation, le Parlement est en mesure de produire une proposition de loi.

La réforme constitutionnelle va donner au Parlement une meilleure maitrise de son emploi du temps, en réservant notamment une semaine aux propositions d'initiative parlementaire. Si les parlementaires veulent faire du bon boulot et exercer réellement les pouvoirs qui leur sont donnés, il ne faudra pas se contenter de déposer des petites propositions de loi ridiculement courtes (un ou deux articles), mal ficelées et/ou démagogiques. Un parlementaire seul ne peut pas produire une proposition de loi digne de ce nom, c'est forcement un travail collectif, qui demande une préparation solide. Les missions d'informations sont un passage obligé, d'où l'utilité de les suivre attentivement, car elles portent sur les sujets qui feront l'actualité politique de demain ou d'après demain.

Ce travail de maturation sur la question de la formation professionnelle est exemplaire. Malheureusement, il se fait de manière totalement invisible pour les médias et les citoyens qui n'en ont que pour la séance publique. C'est bien dommage, car c'est là que les vraies décisions se prennent !

Le summum du foutage de gueule

Selon le Figaro, Gérard Collomb exerce tellement peu son mandat de sénateur du Rhône qu'il avait oublié que le 1er octobre dernier, avait lieu le vote pour l'élection du président. Il avait prévu ce jour-là un chat avec des internautes, qu'il a du annuler à la dernière minute.

Certains sont débordés parce qu'ils cumulent, d'autres font des choix et se concentrent sur leur mandat principal. C'est ce que fait Gérard Collomb, maire de Lyon, poste qui suffit largement à occuper un temps plein. Il se concentre tellement bien qu'il n'y a plus qu'une chose qui lui rappelle qu'il est aussi sénateur : la paie qui tombe tous les mois...

lundi 6 octobre 2008

Le divorce du peuple et des élites

Un entretien de Marcel Gauchet sur Causeur : Dialogue de sourds à la Française. On peut ne pas être d'accord avec Marcel Gauchet, mais au moins, avec lui, il y a réellement du fond.

Sa position dans cet entretien, c'est qu'il existe une "personnalité" de la France et de son peuple, qui s'est formé tout au long de son histoire. Cela fait que les dirigeants doivent tenir compte de cette personnalité, dans leur manière de diriger, mais aussi dans les buts qu'ils s'assignent. Et depuis 1975, les élites françaises, qui depuis 1945 avaient bien réussi, sont complètement à coté de la plaque, car ils ne savent plus comprendre le peuple, et encore moins lui parler.

Où va-t-on ? Déjà ça, nos élites sont à la rue pour nous le dire. Vous pensez donc que pour la question où veut-on aller, ils soient encore plus à la ramasse. C'est pourtant leur mission que de répondre à ces deux questions, et à formuler des propositions claires, cohérentes pour que le peuple puisse trancher.

Le seul problème de cet entretien, une fois de plus, c'est qu'on reste au niveau du constat. Pas de proposition d'action, de pistes pour évoluer et sortir de cette ornière politique. C'est bien dommage car c'est cela qui manque, Marcel Gauchet est d'ailleurs le premier à le dire. Il va bien falloir y arriver, car on ne pourra pas continuer longtemps comme ça...

Contre-pouvoir européen

Nicolas Sarkozy n'est pas omnipotent. Il existe au moins un endroit où on ne se gêne pas pour l'envoyer promener : Bruxelles. Il a beau être le président en exercice du conseil européen, il n'a pas d'ordre à donner à la commission. José Manuel Barroso vient de le rappeler sèchement à propos d'un amendement adopté par le Parlement concernant les limites de la lutte contre le piratage sur Internet.

Nicolas Sarkozy a beau faire le bravache, il va bien falloir qu'il s'incline devant ce qui est, comme le dit ingénument sa ministre de la Culture, un simple rappel du droit existant qu'il s'apprêtait à violer allègrement avec sa loi "internet et création".

Grenelle de la Crise financière

C'est la crise, et il va bien falloir s'en sortir. Mais comme nos dirigeants nous le montrent tous les jours, ils sont bien incapables de faire quoi que ce soit d'efficace. Ca gesticule et parle fort, pour sombrer à chaque fois dans le ridicule. Nos économistes ne sont pas meilleurs, aucun n'étant d'accord avec l'autre sur l'origine de la crise et les moyens (réalistes) d'en sortir. On finit pas se demander s'il y comprennent quelque chose !

Dans ces cas, il n'y a qu'une seule solution, organiser un Grenelle. Vous savez, comme le Grenelle de l'environnement, le truc censé résoudre une crise (le réchauffement climatique), où nos politiques sont incapables de faire quoi que ce soit, où nos scientifiques ne sont pas d'accord entre eux sur le diagnostic et les mesures à prendre. Et comme la crise financière, le réchauffement climatique a des effets perceptibles qui empêchent de pratiquer, comme d'habitude, la politique de l'autruche.

En quoi va donc consister ce Grenelle de la Crise financière ?

On va faire comme le Grenelle de l'environnement :

On va commencer par se réunir, entre politiques impuissants, scientifiques et autres "sachants" complètement dépassés, et quelques cautions associatives. Et surtout, pas de citoyens (qui n'ont rien d'expert, je le précise). Vous pensez bien, c'est eux qui vont trinquer...

On poursuit par une grande campagne d'auto-congratulation : on a trouvé la solution, c'est historique ! Ca tourne en boucle sur les médias à grande vitesse, pour que ça rentre dans la tête du bon peuple et l'anesthésie suffisamment pour qu'il ne sente pas trop l'étape suivante.

Et oui, parce qu'à un moment donné, il va falloir que quelqu'un fasse des efforts et des sacrifices ! Et devinez qui ?

Comme pour le Grenelle de l'environnement, la solution de la crise financière passera par une injection massive d'argent...public (c'est à dire le votre, chers amis contribuables). Comme il y a urgence pour la crise financière, les injections massives ont déjà commencé (les 700 milliards du plan Paulson, Dexia, Fortis, et c'est pas fini...). On aura bien le temps après d'augmenter les prélèvements pour payer tout cela, en attendant, les chinois et les émirs, qui sont plein aux as, nous consentirons un crédit relais. Le Grenelle de l'environnement est plus classique : on commence par prélever en créant de nouvelles taxes peintes en vert. C'est la fiscalité écologique. C'est pour la bonne cause, mais ça reste quand même de la fiscalité classique, c'est à dire qu'elle finit toujours par retomber sur le même, le consommateur final, celui qui n'a pas la possibilité de se récupérer sur les autres.

La seule inconnue, c'est la manière dont on va habiller les prélèvements supplémentaires qu'il va bien falloir lever pour éponger les pertes colossales de certains imprudents, que l'on ne peut malheureusement laisser se casser la gueule, car cela couterait encore plus cher que de les renflouer.

vendredi 3 octobre 2008

Et si Rouillan avait été un pédophile récidiviste ?

Je suis absolument sidéré par la réaction d'Olivier besancenot au retour en prison de Jean-Marc Rouillan.

"Jean-Marc Rouillan est incarcéré de nouveau, ce qui est absolument révoltant, puisqu'il a purgé sa peine" "Légalement, il a le droit de sortir et il n'y a rien qui justifie le fait qu'il retourne en prison, si ce n'est un acharnement judiciaire de la part de l'Etat".

Jean marc Rouillan n'a pas fini de purger sa peine. Il a été condamné à une peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sureté de 18 ans, en 1989. Cette période de sureté a pris fin en 2007. A partir de cette date, il pouvait bénéficier de mesures de liberté conditionnelle. Il n'était donc pas en fin de peine. On avait le droit de le laisser sortir, sous conditions. Ce que l'on a fait, sans que ce soit un droit automatique, comme le laisse entendre Olivier Besancenot.

La condition majeure, à mon avis, pour faire sortir un tel condamné, c'est la preuve qu'il a changé, qu'il n'y a pas de risque de récidive. Jean-Marc Rouillan a clairement montré que, comme les nobles qui ont quitté la France en 1789 et sont revenus en 1815, il n'avait "rien compris ni rien appris et rien oublié". Il reste un partisan de la violence politique et n'exprime aucun remord pour les crimes de sang qu'il a commis. Ce type n'a donc rien à faire en liberté !

C'est la même procédure que l'on applique pour les criminels pédophiles récidivistes, condamnés à de très lourdes peines (souvent perpétuité avec peine de sureté). Olivier Besancenot tiendrait-il les mêmes propos et le même raisonnement avec un pédophile récidiviste, qui sous régime de semi liberté, avouerait dans un newsmagazine qu'il bave devant les bacs à sable dans les parcs publics ?

Avantage Biden ?

Tous les commentateurs (en général pro-obama) donnent Joe Biden vainqueurs du débat contre Sarah Palin. De toute manière, ils avaient déjà cette position avant même que le débat ne commence...

Dans les nombreux commentaires, on lit surtout l'avis du commentateur, son ressenti à lui. Sauf que ce n'est pas le commentateur européen qui vote, mais l'électeur américain. Sinon, Gore et Kerry étaient élus haut la main.

La seule indication qui vaille, c'est l'effet sur l'électeur américain, et en particulier sur l'électeur visé par chaque protagoniste. Il est tout à fait possible que Biden et Palin aient tous les deux gagné, car ils ne visaient pas le même électorat. Aux USA, le rôle du candidat vice-président est de "fixer" l'électorat naturel de son camp, d'empêcher qu'il ne s'abstienne. Il faut donc le rassurer en lui parlant le langage qu'il souhaite entendre.

Palin a été très bonne, car son coeur de cible, c'est l'Amérique profonde et les évangéliques, qui peuvent avoir des réticences à voter McCain. Pour cela, il faut mettre la dose en créationnisme, en phrases simple, en "proximité". Le plouc américain est lourd, plus lourd que le plouc français. La couche mise par Sarah Palin est sans doute trop forte pour les français, mais croyez moi, c'est ce qu'il faut pour l'électorat "rural profond" aux USA, celui qui va au temple tous les dimances avant d'aller au bal country.

De son coté, Biden a aussi été très bon. Son public coeur de cible, c'est le démocrate urbain, libéral et éduqué. Très loin du public visé par Palin. Cet électorat démocrate de base aime la bonne éducation, la modération et surtout la compétence. Biden leur en a donné en veux-tu en voilà !

En visant chacun leur électorat de base, ces deux candidats à la vice-présidence a bien entendu révulsé l'électorat de base de l'autre, d'où les réactions parfois très négatives, qui sont forcement mieux reprises que les appréciations positives.

Reconnaissance somalienne

Le gouvernement géorgien brandit comme un trophée la prise de position du "gouvernement somalien" qui annonce qu'il ne reconnaitra pas l'indépendance de l'Ossétie du sud.

La Somalie, vous connaissez, c'est ce pays de la Corne de l'Afrique dont on parle beaucoup pour ses pirates ! C'est en fait une zone de non-droit, où l'organisation gouvernementale à l'occidentale s'est écroulée en 1991 avec la fuite du dictateur Syad Barré. Depuis, le pays est contrôlé par des chefs de guerre féodaux, plus ou moins islamistes. Les américains ont tenté d'aller y mettre de l'ordre en 1993, avec moult caméras. Ils en sont partis bien vite et sous-traitent maintenant les interventions aux éthiopiens.

La Somalie est aujourd'hui un non-état. C'est un territoire politiquement vide et les titres officiels sont attribués à celui qui tient la capitale Mogadiscio. Autant dire qu'une reconnaissance diplomatique par le gouvernement somalien, cela ne vaut pas tripette !

Qui sera le prochain sur la liste, la Papouasie-Nouvelle Guinée ?

jeudi 2 octobre 2008

Opus idolatri

"Pie XII accordera 500 jours d'indulgence chaque fois que l'on baisera avec dévotion cette croix de bois"

"Pour régler des petits problèmes, ma directrice m'avait conseillé de mieux prier mon ange gardien"

"ferventes catholiques, porteuses d'un grand amour à l'Eglise et au pape"

Ces phrases sont tirées d'un article du Monde sur l'Opus dei, association catholique "conservatrice". Ce sont les citations que la journaliste a repris, estimant sans doute qu'elles sont les plus représentatives de leurs propos. Lisez maintenant ci-dessous cet extrait de l'homélie du pape Benoit XVI, lors de sa récente venue en France.

La première Lettre de saint Paul, adressée aux Corinthiens, nous fait découvrir, en cette année paulinienne qui s'est ouverte le 28 juin dernier, à quel point les conseils donnés par l'Apôtre restent d'actualité. « Fuyez le culte des idoles » (1 Co 10, 14), écrit-il à une communauté très marquée par le paganisme et partagée entre l'adhésion à la nouveauté de l'Évangile et l'observance de vieilles pratiques héritées de ses ancêtres. Fuir les idoles, cela voulait dire alors, cesser d'honorer les divinités de l'Olympe et de leur offrir des sacrifices sanglants. Fuir les idoles, c'était se mettre à l'école des prophètes de l'Ancien Testament qui dénonçaient la tendance humaine à se forger de fausses représentations de Dieu.

Cherchez l'erreur...

Pauvre chaton

Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas se plaint, sur son blog, du rythme de fou auquel il est soumis.

9 heures : réunion des membres socialistes de la commission des lois. Présence évidemment indispensable dans la mesure où son objet est de préparer la réunion de ladite commission prévue pour 11h. Présence indispensable, oui, si le sujet de la réunion de 11 heures intéresse le député. Autrement, il passe à la fin, on lui fait un résumé de ce qui s'est dit.

- 9 h 30 : réunion avec Didier Quentin, député UMP et Jean Luc Warsmann président UMP de la commission des lois, pour balayer la première version du rapport d'information que nous préparons sur l'enchevêtrement des compétences des collectivités locales. Là oui, c'est une réunion importante, très importante même car c'est quand le rapport n'est pas encore finalisé que l'on peut peser. Si la première réunion socialiste n'est pas finie (ce qui est à peu près certain), il faut la quitter pour venir à celle-là.

- 9 h 30 : réunion des députés socialistes intéressés pour travailler sur la prochaine réforme du règlement de l'Assemblée Nationale. La révision constitutionnelle a fixé des principes mais c'est maintenant dans le cadre de la modification des articles du règlement que l'on va pouvoir organiser les changements pour que l'Assemblée travaille mieux. Ce sujet m'intéresse d'autant plus que j'ai commis une note de la "Fondation Jean Jaurès" sur ce thème. Cette réunion peut être intéressante, mais tout dépend ce qui s'y dit et s'y décide. Si c'est pour tenir des propos généraux et répartir les tâches, il suffit de faire savoir au président de séance que l'on est intéressé par le sujet, faire passer une note avec ses positions en chargeant un collègue d'intervenir en son nom et de l'excuser car il a une réunion très importante au même moment.

- 10 heures : ouverture officielle de la session. Présence indispensable dans l'hémicycle pour élire le bureau de l'Assemblée (vice-présidents, questeurs, secrétaires). Accessoirement Paris Match doit en profiter pour faire une photo souvenir au moment de l'anniversaire de la naissance de la Ve République. A cette occasion, tous les anciens premiers ministres ont été invité à se joindre à nous. Présence indispensable, pour voter oui, mais autrement, c'est de la figuration. En temps ordinaire, c'est une séance très formelle. J'ai assisté à cette séance depuis mon bureau. Le président a fait les annonces paroissiales communications légales (Madame des Esgaulx est élue sénatrice, untel a été chargé d'une mission, tel autre est décédé...) puis est passé aux nominations de questeurs et de secrétaires. Comme il y avait autant de candidats que de postes à pourvoir, ils ont été déclarés élus sans vote. Par contre, cela a coincé pour la désignation des vice-présidents. Comme l'année dernière, les communistes se sont plaints de ne pas avoir de vice-président et ont donc présenté un candidat (qui n'avait aucune chance). Comme il y avait 7 candidats pour 6 postes, il a fallu procéder à un vote. Là effectivement, la présence était indispensable, car il n'y a pas délégation possible. Seuls les présents votent. Mais ce vote a été annoncé vers 10 heures 30, par la sonnerie habituelle, la séance a été suspendue et le président annonce que le scrutin sera clos à 11 heures 5. Il suffit de 5 minutes pour venir voter, et ensuite, on peut reprendre le cours de normal de ses activités en étant à l'heure à la réunion suivante.

- 11 heures : réunion de la commission des lois pour étudier les textes qui sont inscrits dans l'ordre du jour pour les deux semaines à venir. Cette commission a commencé par renouveler son bureau, sans vote puisque le nombre de candidats était égal au nombre de postes, puis a examiné un texte qui revient en seconde lecture, sur les chambres régionales des comptes. Pas franchement d'enjeu, présence pas indispensable, même s'il est de bon ton de ne pas trop sécher les réunions de commission.

- 11 h 30 : audition dans la commission des lois d'Alain Marleix, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur en charge de deux textes sensibles : le découpage électoral et la création de députés des Français de l'étranger C'est politique, intéressant. Mais à la limite, on peut demander aux autres de vous raconter après ce qui s'est dit. Donc, réunion pas si indispensable, il n'y a pas lieu de voter.

- 11 h 30 : réunion du groupe socialiste pour choisir les questions qui seront posées cet après-midi lors de la séance d'actualité. Pour le groupe UMP, c'est le bureau du groupe qui décide ce genre de choses. Si on n'est pas candidat pour poser une question, pas grand intérêt.

- 13 heures : déjeuner avec les députés qui signent la motion conduite par Martine Aubry, C'est vrai que ça bouffe un temps fou, mais ce n'est pas du travail parlementaire !

- 14 h 30 : rendez vous avec des représentants d'associations agissant dans le domaine pénitentiaire, Utile et intéressant. C'est là que se fait le vrai travail du parlementaire, dans l'écoute des acteurs de terrain (appelés parfois lobbies). On pourrait presque reprocher le temps assez court consacré à cette réunion.

- 15 heures : questions d'actualité Le spectacle de guignols, la récréation.

- 16 heures : groupe de travail animée par ma collègue Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, sur les fichiers dans la suite du combat conduit contre EDVIGE. Réunion utile

- 17 h 30 : groupe de travail que je co-anime avec Serge Blisko, député de Paris, sur la prochaine réforme pénitentiaire. Là encore, réunion utile, et présence indispensable puisque le député est co-animateur"

Et dites-moi Monsieur Urvoas, à 18h 30, vous avez fini votre journée ? On peut encore en faire des choses, comme une réunion supplémentaire, un diner de travail.

Les journées d'un parlementaire sont comme cela, et encore, celles des députés de la majorité sont encore plus chargées, car comme c'est eux qui tiennent le manche, ils ont plus de réunions "décisionnelles", où il faut être présent.

La charge de travail dépend du degré d'engagement du parlementaire dans son travail de législateur. Siéger pleinement trois jours par semaine au lieu de deux ne changera pas l'attitude du député qui s'en fout et qui privilégie le terrain. Au contraire, rien n'interdit au parlementaire qui veut s'investir de rester le jeudi, et d'y programmer des réunions de travail. Le rendez vous de 14 heures 30 avec les responsables associatifs, c'est typiquement le genre de réunion que l'on peut mettre un jeudi matin. En plus, cela permet d'y consacrer le temps nécessaire. Et si le député a du temps libre, il peut aller dans l'hémicycle, c'est souvent le jeudi que s'écrit la loi, car c'est souvent ce jour là qu'on examine les amendements.

Quand on est député, on ne peut pas tout faire, il faut impérativement sélectionner, en se posant quelques questions : Est-ce le sujet m'intéresse ? Est ce que ma présence physique est nécessaire ? Est-elle nécessaire tout le temps ou à un moment bien précis ? Le contenu de la réunion justifie-t-il que j'y soit ?

Il y a de nombreuses réunions où on perd son temps, c'est vrai à l'Assemblée nationale comme partout. Nombre de députés, qui savent s'organiser, ne se plaignent pas de ce rythme, car il faut "rentabiliser" le déplacement à Paris. Le souci majeur est dans le temps laissé pour la préparation et la discussion des textes de loi. Le mauvais travail législatif vient davantage de l'urgence, systématiquement déclarée, de textes examinés dans la foulée de leur adoption en conseil des ministres, de commissions qui se tiennent la semaine précédent l'examen en séance publique, et qui bâcle l'examen des amendements.

mercredi 1 octobre 2008

Après le lynchage, l'abattage

Nicolas Sarkozy l'a demandé, un projet de loi va être élaboré dans les prochaines semaines, pour mettre fin aux parachutes dorés pour les patrons "lorsqu'ils ont commis des fautes ou mis leur entreprise en difficulté". Je me marre un peu.

Je rigole un peu jaune d'abord. On va régler ça par la loi d'ici la fin de l'année. Merci Nicolas, mais on n'est pas des boeufs ! Le programme de travail d'ici la fin de l'année est hyperchargé, saturé même. A l'Assemblée nationale, jusqu'au 20 novembre, c'est mort, c'est le tunnel budgétaire. Pour après, on a plusieurs projets lourds : la loi logement, la loi santé et territoire, Internet et création. Que des tapis de bombes qui ne passeront pas comme des lettres à la poste. avant le premier mars 2009, il y a plusieurs lois organiques à prendre pour l'application de la réforme institutionnelle (et là, pas de déclaration d'urgence possible) sans parler de la refonte du règlement. Et il faudrait qu'un projet de loi se rajoute, en catastrophe. A ce jeu là, un jour, le cheval va se cabrer et le cavalier se prendre une ruade. Les occasions pour la majorité d'exprimer son mécontentement ne manquerons pas.

Techniquement, je me marre aussi et j'attends avec gourmandise de découvrir le produit du concours de créativité qui demandé aux juristes chargés de mettre en musique techniquement ce caprice politique. Le cahier des charges est ainsi rédigé : vous devrez arriver à interdire une pratique de droit privé entre un employeur et son salarié, sur les conséquences financières de la rupture du contrat. Si ce n'est que cela, c'est facile, on peut soit interdire (même si politiquement, pour un gouvernement de droite, ce n'est pas idéologiquement très cohérent) soit taxer tellement si lourdement que finalement, le dispositif ne présente plus aucun intérêt. Mais il n'y a pas que cela ! Il faut cibler uniquement les cas où le bénéficiaire " a commis des fautes ou mis en difficulté son entreprise". Qu'est ce qu'une faute ? A partir de quand peut on considérer que la faute est passible de cette sanction ? Et enfin, quid des patrons qui quittent une entreprise en difficulté, sans que leur responsabilité puisse être invoquée pour expliquer le naufrage ? Je ne parle pas, bien entendu des contraintes constitutionnelles (intelligibilité de la loi, égalité devant la loi...)

Je pense qu'au Conseil d'Etat, ils vont avoir du boulot à mettre un texte au carré.

Le prix d'Alain Lambert

Alain Lambert a retiré sa candidature à la présidence du Sénat. Qu'a-t-il obtenu en échange ?

Je lance donc un concours de pronostics. Personnellement, j'hésite entre vice-président du Sénat ou rapporteur général du budget.

A vous de jouer !

Le voile de Myard

Jacques Myard est un député UMP connu pour ses positions peu consensuelles et très droitières. Tous les ans, il propose en loi de Finances de supprimer l'ISF et il voterait volontiers le rétablissement de la peine de mort. Cela vous brosse rapidement le personnage.

Il vient de déposer une proposition de loi qui m'a laissé scotché à mon siège. C'est du Myard tout craché :

Article 1er

Aucune prescription culturelle ou religieuse n’autorise quiconque à voiler son visage sur la voie publique ; toute personne allant et venant sur le territoire de la République doit avoir le visage découvert permettant aisément sa reconnaissance ou son identification.

Le principe mentionné à l’alinéa précédent ne s’applique ni aux services publics en mission spéciale, ni aux activités culturelles telles que le carnaval ou le tournage d’un film.

Article 2

Est puni de deux mois d’emprisonnement et 15 000 € d’amende la violation du principe mentionné à l’article 1er. Est puni de la même peine l’incitation à violer ledit principe.

En cas de récidive, ces peines seront portées à un an de prison et 30 000 € d’amende.

Article 3

Toute personne étrangère qui se comporte en violation du principe institué à l’article 1er ou qui incite une autre personne à violer ledit principe est éloignée du territoire national sur décision du ministre de l’intérieur ou des préfets de la République.

Jacques Myard est député des Yvelines, élu et réélu depuis 1993. Habitants de Maisons-Laffitte, de Sartrouville et du Vésinet, sachez que c'est votre représentant...

Les journées parlementaires

En cette fin de semaine, se tiennent les journées parlementaires de l'UMP, à Antibes-Juan-les-pins (dont le maire n'est autre que Jean Léonetti, premier vice président du groupe UMP à l'Assemblée nationale). Cette année, les journées parlementaires ont été décalées après la rentrée parlementaire, pour cause d'élections sénatoriales (alors qu'en temps ordinaire, elles ont lieu la dernière semaine de septembre).

Ces journées parlementaires sont d'abord un moment où les parlementaires UMP des deux assemblées se retrouvent, font le point des chantiers en cours. Cette année, le gros chantier est la mise en musique de la réforme constitutionnelle. Chaque chambre va devoir réformer son règlement et il serait bon qu'il n'y ait pas trop de différences entre les décisions prises par chaque chambre. Il serait gênant que l'on puisse soulever facilement l'irrecevabilité règlementaire (article 41 de la constitution) dans une chambre, et pas dans l'autre. Pleins de débats très techniques, mais essentiels, car ce genre de décisions ne se révisent pas tous les ans.

Ces journées parlementaires, c'est aussi un moment de "remotivation des troupes", l'équivalent des séminaires pour cadres des grandes entreprises. Les ministres viennent, tentent de booster les parlementaires, les présidents de groupes s'y mettent aussi. On fait passer les messages (y compris au gouvernement), les cadors de la majorité parlementaire font leur tour de piste. On est véritablement dans la cuisine interne, celle des rapports de force et de la basse-cour. Avec le renouvèlement du Sénat et la bataille pour la présidence, on aura sans doute droit à un show de Gérard Larcher.

Enfin, c'est un évènement politique et médiatique. C'est d'ailleurs cet aspect qui semble être la préoccupation principale du journaliste du Figaro qui interroge Jean-François Copé, chargé de faire la promo. Il est vrai que l'an passé, à Strasbourg, une certaine grogne était montée des rangs, les parlementaires appréciant peu d'être bousculés par le rythme et les méthodes de Nicolas Sarkozy. Et cela risque d'être un peu la même chose cette année, mais la presse n'en saura rien car tout sera mieux verrouillé. Le public aura juste droit à une belle photo finale, où tout le monde sourit et est uni "car dans ces moments de crise financière, l'unité nationale est indispensable".