Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas se plaint, sur son blog, du rythme de fou auquel il est soumis.
9 heures : réunion des membres socialistes de la commission des lois. Présence évidemment indispensable dans la mesure où son objet est de préparer la réunion de ladite commission prévue pour 11h. Présence indispensable, oui, si le sujet de la réunion de 11 heures intéresse le député. Autrement, il passe à la fin, on lui fait un résumé de ce qui s'est dit.
- 9 h 30 : réunion avec Didier Quentin, député UMP et Jean Luc Warsmann président UMP de la commission des lois, pour balayer la première version du rapport d'information que nous préparons sur l'enchevêtrement des compétences des collectivités locales.
Là oui, c'est une réunion importante, très importante même car c'est quand le rapport n'est pas encore finalisé que l'on peut peser. Si la première réunion socialiste n'est pas finie (ce qui est à peu près certain), il faut la quitter pour venir à celle-là.
- 9 h 30 : réunion des députés socialistes intéressés pour travailler sur la prochaine réforme du règlement de l'Assemblée Nationale. La révision constitutionnelle a fixé des principes mais c'est maintenant dans le cadre de la modification des articles du règlement que l'on va pouvoir organiser les changements pour que l'Assemblée travaille mieux. Ce sujet m'intéresse d'autant plus que j'ai commis une note de la "Fondation Jean Jaurès" sur ce thème.
Cette réunion peut être intéressante, mais tout dépend ce qui s'y dit et s'y décide. Si c'est pour tenir des propos généraux et répartir les tâches, il suffit de faire savoir au président de séance que l'on est intéressé par le sujet, faire passer une note avec ses positions en chargeant un collègue d'intervenir en son nom et de l'excuser car il a une réunion très importante au même moment.
- 10 heures : ouverture officielle de la session. Présence indispensable dans l'hémicycle pour élire le bureau de l'Assemblée (vice-présidents, questeurs, secrétaires). Accessoirement Paris Match doit en profiter pour faire une photo souvenir au moment de l'anniversaire de la naissance de la Ve République. A cette occasion, tous les anciens premiers ministres ont été invité à se joindre à nous.
Présence indispensable, pour voter oui, mais autrement, c'est de la figuration. En temps ordinaire, c'est une séance très formelle. J'ai assisté à cette séance depuis mon bureau. Le président a fait les annonces paroissiales communications légales (Madame des Esgaulx est élue sénatrice, untel a été chargé d'une mission, tel autre est décédé...) puis est passé aux nominations de questeurs et de secrétaires. Comme il y avait autant de candidats que de postes à pourvoir, ils ont été déclarés élus sans vote. Par contre, cela a coincé pour la désignation des vice-présidents. Comme l'année dernière, les communistes se sont plaints de ne pas avoir de vice-président et ont donc présenté un candidat (qui n'avait aucune chance). Comme il y avait 7 candidats pour 6 postes, il a fallu procéder à un vote. Là effectivement, la présence était indispensable, car il n'y a pas délégation possible. Seuls les présents votent. Mais ce vote a été annoncé vers 10 heures 30, par la sonnerie habituelle, la séance a été suspendue et le président annonce que le scrutin sera clos à 11 heures 5. Il suffit de 5 minutes pour venir voter, et ensuite, on peut reprendre le cours de normal de ses activités en étant à l'heure à la réunion suivante.
- 11 heures : réunion de la commission des lois pour étudier les textes qui sont inscrits dans l'ordre du jour pour les deux semaines à venir.
Cette commission a commencé par renouveler son bureau, sans vote puisque le nombre de candidats était égal au nombre de postes, puis a examiné un texte qui revient en seconde lecture, sur les chambres régionales des comptes. Pas franchement d'enjeu, présence pas indispensable, même s'il est de bon ton de ne pas trop sécher les réunions de commission.
- 11 h 30 : audition dans la commission des lois d'Alain Marleix, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur en charge de deux textes sensibles : le découpage électoral et la création de députés des Français de l'étranger
C'est politique, intéressant. Mais à la limite, on peut demander aux autres de vous raconter après ce qui s'est dit. Donc, réunion pas si indispensable, il n'y a pas lieu de voter.
- 11 h 30 : réunion du groupe socialiste pour choisir les questions qui seront posées cet après-midi lors de la séance d'actualité.
Pour le groupe UMP, c'est le bureau du groupe qui décide ce genre de choses. Si on n'est pas candidat pour poser une question, pas grand intérêt.
- 13 heures : déjeuner avec les députés qui signent la motion conduite par Martine Aubry,
C'est vrai que ça bouffe un temps fou, mais ce n'est pas du travail parlementaire !
- 14 h 30 : rendez vous avec des représentants d'associations agissant dans le domaine pénitentiaire,
Utile et intéressant. C'est là que se fait le vrai travail du parlementaire, dans l'écoute des acteurs de terrain (appelés parfois lobbies). On pourrait presque reprocher le temps assez court consacré à cette réunion.
- 15 heures : questions d'actualité
Le spectacle de guignols, la récréation.
- 16 heures : groupe de travail animée par ma collègue Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, sur les fichiers dans la suite du combat conduit contre EDVIGE.
Réunion utile
- 17 h 30 : groupe de travail que je co-anime avec Serge Blisko, député de Paris, sur la prochaine réforme pénitentiaire.
Là encore, réunion utile, et présence indispensable puisque le député est co-animateur"
Et dites-moi Monsieur Urvoas, à 18h 30, vous avez fini votre journée ? On peut encore en faire des choses, comme une réunion supplémentaire, un diner de travail.
Les journées d'un parlementaire sont comme cela, et encore, celles des députés de la majorité sont encore plus chargées, car comme c'est eux qui tiennent le manche, ils ont plus de réunions "décisionnelles", où il faut être présent.
La charge de travail dépend du degré d'engagement du parlementaire dans son travail de législateur. Siéger pleinement trois jours par semaine au lieu de deux ne changera pas l'attitude du député qui s'en fout et qui privilégie le terrain. Au contraire, rien n'interdit au parlementaire qui veut s'investir de rester le jeudi, et d'y programmer des réunions de travail. Le rendez vous de 14 heures 30 avec les responsables associatifs, c'est typiquement le genre de réunion que l'on peut mettre un jeudi matin. En plus, cela permet d'y consacrer le temps nécessaire. Et si le député a du temps libre, il peut aller dans l'hémicycle, c'est souvent le jeudi que s'écrit la loi, car c'est souvent ce jour là qu'on examine les amendements.
Quand on est député, on ne peut pas tout faire, il faut impérativement sélectionner, en se posant quelques questions : Est-ce le sujet m'intéresse ? Est ce que ma présence physique est nécessaire ? Est-elle nécessaire tout le temps ou à un moment bien précis ? Le contenu de la réunion justifie-t-il que j'y soit ?
Il y a de nombreuses réunions où on perd son temps, c'est vrai à l'Assemblée nationale comme partout. Nombre de députés, qui savent s'organiser, ne se plaignent pas de ce rythme, car il faut "rentabiliser" le déplacement à Paris. Le souci majeur est dans le temps laissé pour la préparation et la discussion des textes de loi. Le mauvais travail législatif vient davantage de l'urgence, systématiquement déclarée, de textes examinés dans la foulée de leur adoption en conseil des ministres, de commissions qui se tiennent la semaine précédent l'examen en séance publique, et qui bâcle l'examen des amendements.