Fin de la visite de Benoit XVI. Les catholiques sont heureux, tant mieux pour eux. Certains comme Koztoujours ont beaucoup écrit, ce qui donne de la matière pour un regard croisé, le protestant analysant ses différences avec le catholique.

"Certainement, la beauté de la liturgie, sa solennité, aura facilité cette méditation collective". Il y a plusieurs manière d'apprécier la lithurgie. Tout est lié à la place que l'on accorde aux cérémonies dans la vie religieuse. Les catholiques répètent souvent que le sommet de la vie religieuse, c'est l'eucharistie, donc la messe, qui en plus d'être un rassemblement communautaire, est aussi un moment "mystique" et émotionnel. La lithurgie est alors quelque chose d'important. Pour moi (et pour beaucoup de protestants), le sommet de la vie religieuse, c'est dans la vie de tous les jours, quand on met en pratique concrètement le message du Christ. Le culte est réduit à sa dimension de pratique communautaire, où on se retrouve entre nous, pour écouter un enseignement s'adressant d'abord à l'intellect (certains trouvent d'ailleurs que les cultes protestants sont trop arides et intellectualisés). Dans ce cadre là, trop de lithurgie nuit à la méditation bien plus qu'elle ne l'aide. Il ne faut quand même pas oublier que la lithurgie, c'est une mise en scène (et l'église catholique y est extrêmement douée) qui joue sur l'émotion bien plus que sur l'intellect. Le billet de Koz est d'ailleurs éclairant ! Intellect ou émotion, quel équilibre ? Ce n'est pas le même chez les protestants et les catholiques.

"Nous sommes là aussi parce que le message du Christ, porté par le Saint-Père, mérite le plus grand écho et que le monde est ainsi fait qu’un tel rassemblement est de nature à le lui donner". Sur cette partie, je n'ai pas grand chose à redire. On peut ne pas être d'accord avec la version catholique du message du Christ, elle a le droit d'exister et mérite qu'on l'écoute, autant que les autres, ni plus, ni moins. Là où je tique, c'est juste après : "Au demeurant, qui d’autre que lui porte dans le monde le message du Christ, de façon véritablement audible ?" Premier reproche, la voie médiatique est-elle la seule qui permette de porter le message du Christ ? Bien sûr que non ! La preuve, les protestants n'ont pas de pape, leur message est peu présent dans les grands médias axés sur l'événementiel, et pourtant, il existe, se transmet, et pour son pendant évangélique, se répand largement. Deuxième reproche, on peut sentir ici un soupçon de cathocentrisme, sur lequel les chrétiens non catholiques sont assez chatouilleux (les catholiques ne se rendent d'ailleurs pas assez compte de cette susceptibilité).

Là où je me marre franchement, c'est sur l'homélie avec le “Fuyez le culte des idoles”. Et le lendemain, il va où ? A Lourdes ! Sanctuaire marial et barnum mélangeant argent et religion. Lourdes, c'est un pompe à finances pour l'église de France, sans parler de cet étalage commercial indécent des boutiques de bondieuseries.. Quand un sanctuaire est vécu par les habitants du coin comme une industrie, cela devrait poser question. Dois-je rappeler le scandale que représente pour les protestants le culte marial ! En matière d'idolâtrie, on ne fait pas mieux ! Dans les évangiles, Mmarie mère du Christ a une place assez secondaire et ce qu'on en dit est assez succinct. Et c'est bien suffisant, car les évangiles, c'est d'abord, non pas des personnes, mais un message. Je ne vois pas en quoi le culte de Marie apporte à la compréhension du message "aimez-vous les uns les autres" (le culte de Jésus, bien trop présent chez nombre de protestants, notamment évangéliques, est du même tonneau).

Cette homélie me fait un peu penser aux discours du PCF (qui lui aussi tenait sa grand-messe ce week-end), qui appelle à un positionnement, qui critique le camp d'en face, mais sans donner de contenu positif à ce qu'il propose. “Ce monde est merveilleux et riche, il déploie devant l’humanité ses innombrables richesses, il séduit, il attire la raison autant que la volonté. Mais, en fin de compte, il ne comble pas l’esprit. L’homme se rend compte que ce monde, dans la diversité de ses richesses, est superficiel et précaire; en un sens, il est voué à la mort”. C'est assez remarquable de voir que le pape utilise sa fenêtre de tir médiatique pour dénoncer les voies où il ne faut pas aller, mais n'expose pas ce qu'il propose comme voie (bien entendu que contrairement au PCF, l'église catholique à quelque chose à proposer). C'est en tout cas cela qu'un catholique fervent retient !

La dernière phrase du billet me pose aussi question en tant que protestant. "Il nous reste, comme pour l’ensemble des discours et homélies qu’il a déjà prononcées, et ceux qu’il prononcera encore demain, à les relire, les approfondir, les garder présents" Et les mettre en application ? C'est pourtant ça, à mon sens, le plus important dans un enseignement, c'est qu'il débouche sur des applications concrètes. Tu va me répondre, cher Koz, que bien entendu cela va de soi. Sauf que tu ne l'as pas écrit clairement...