Jack Lang risque de connaitre dans les jours qui viennent un "grand moment de solitude". De tous les parlementaires socialistes, il est le seul qui a voté pour la réforme institutionnelle. Même s'il avait voté contre, la réforme serait quand même passée, mais les socialistes ayant échoué si près du but, et Jack Lang étant le seul à avoir franchi la ligne jaune, il va servir d'exutoire et de bouc émissaire. A écouter Jean-Marc Ayrault ce soir à la télévision, on croit entendre une oraison funèbre : "c'était un ami, je l'aimais bien...".

On va sans doute aller vers une exclusion du PS, ce à quoi l'intéressé s'attend. De toute manière, il s'en moque, à la limite, c'est presque mieux d'être dehors que dedans. Le tout est d'assurer son avenir. Lui a-t-on promis un portefeuille ministériel ? Sans doute ? Lui sera-t-il donné ? rien n'est moins sûr ! Même sans cela, je fais confiance à Jack Lang pour savoir rebondir. C'est un survivant professionnel, et il a compris que le PS n'avait plus rien à lui apporter et que pour survivre, il faut au contraire participer à la refondation du centre-gauche qui est en train de prendre corps, très lentement et très souterrainement. Et Jack Lang a encore une carte à jouer dans ce jeu.

Cette refondation, elle va se faire autour des radicaux de gauche. Les grands gagnants de l'opération, c'est eux. Sans leurs voix, jamais la réforme ne serait passée et Nicolas Sarkozy le sait. Jusqu'ici, il n'avait pris dans ses filets que des individus isolés (Kouchner), des marginaux (Bockel) et des réprouvés (Besson). De quoi semer le trouble à gauche, mais pas de quoi mordre durablement sur cet électorat. Avec les radicaux de gauche, la prise est autrement plus belle, même si elle est encore fragile. La promesse de Nicolas Sarkozy d'abaisser le seuil de constitution d'un groupe dans les assemblées leur était destinée, bien plus qu'aux communistes (même si cela aura quelques effets amusants de ce coté là aussi). En effet, l'avenir du groupe RDSE au Sénat n'est pas assuré après le renouvèlement de cette année et les radicaux de gauche rèvent d'un groupe à l'Assemblée nationale. Certes, ils ne sont qu'une petite dizaine, mais si comme au Sénat, les radicaux de droite rejoignent ce groupe, on aura les quinze députés. A partir de là, la réconciliation des radicaux, déjà en route (malgré quelques réticences à gauche) ira en grandissant et leur visibilité politique ne s'en trouvera que renforcée.

Autour de ce noyau, qui ne sera plus tout à fait d'opposition, mais pas non plus franchement dans la majorité (exactement la définition du groupe RDSE au Sénat), Nicolas Sarkozy espère fédérer et amalgamer les petits lambeaux arrachés à la gauche (Bockel, Besson...) voire en attirer quelques autres. Dans ce cadre là, l'arrivée de Jack Lang est une excellente affaire. Elle donne à ce groupe un authentique cachet "ni droite, ni gauche", qui permet d'étouffer définitivement François Bayrou, en le privant totalement de son espace politique !