Luc Chatel souhaite que les consommateurs aient le choix d’acheter un ordinateur sans système d’exploitation préinstallé. Il reprend là une vieille revendication du monde du logiciel libre, qui espère par là réduire (un peu) l'écrasante part de marché de microsoft. L'idée, en apparence séduisante, est d'obliger les vendeurs d'ordinateurs à séparer matériel et logiciel, pour que l'on puisse n'acheter que le matériel, sans se faire refourguer d'office windows. La conversion du ministre semble être très récente, car il n'en a rien laissé paraitre le 11 juin dernier, lorsque le sujet a été abordé pendant les discussions sur la LME.

En fait, c'est une mesure qui n'apporte rien de plus au consommateur et qui se révèle source de complications inutiles.

On peut faire une distinction entre matériels et logiciels et considérer que ce sont deux produits bien différents. Mais on peut également admettre que l'un ne va pas sans l'autre, car pour l'usage que l'on fait ordinairement d'un ordinateur, il faut du matériel et des logiciels. C'est la même choses pour les chaussures et les lacets, toujours vendus ensemble, et pour cause. Ordinairement, le lacet, bien qu'étant un produit différent de la chaussure, est un accessoire indispensable pour un usage normal du produit (en tout cas pour moi).

Obliger le vendeur à afficher le prix du logiciel et du matériel n'apportera pas grand chose car microsoft va brader ses logiciels, affichant un prix dérisoire pour la partie logicielle, à condition qu'elle soit achetée avec le matériel. Rien n'interdit en effet de pratiquer une différence tarifaire sur un même produit suivant qu'il est acheté seul ou en complément avec un autre produit.

Si on souhaite acheter un ordinateur "nu", il suffit d'aller chez un assembleur. Mais cela n'intéresse que les geeks, capables d'installer eux-même les logiciels. Le client lambda veut une machine où arrivé chez lui, il n'a plus qu'à allumer, procéder à quelques opérations simples pour pouvoir utiliser son achat. Aujourd'hui, l'offre est très diversifiée, et en cherchant bien, on peut trouver des ordinateurs pré-équipés sous mac ou sous linux.

Ce débat est l'illustration même de la manière dont se font nos lois et règlements, qui sont davantage conçus pour servir les intérêts matériels ou symboliques des lobbies que l'intérêt des consommateurs, qui est pourtant l'objectif affiché par tous pour justifier leurs demandes. L'intérêt du consommateur, ici, c'est de pouvoir acheter un ensemble informatique complet, en ayant le choix de prendre un PC, un mac ou un linux, de rentrer chez lui et de pouvoir s'en servir immédiatement. Il peut actuellement le faire, pourquoi donc changer la règlementation ?

Edit du 7 juillet, le ministre précise la position du gouvernement devant les sénateurs