Le cardinal Martini sort en librairie ce que certains n'hésitent pas à qualifier de testament spirituel. Le Cardinal Martini est une personnalité que j'ai toujours respecté, pour sa dimension intellectuelle, équivalente sinon supérieure à celle de Ratzinger. C'est un brillant exégète et ses écrits sont toujours bien pesé et réfléchis.

Ce dernier ouvrage est une sorte de règlement de comptes assez inédit venant d'un aussi haut prélat, car il fut aussi un éminent cardinal, un des princes de l'église, de ceux dont l'avis comptait au Vatican. Jean-Paul II serait mort plus tôt, il eu pu être pape. cette charge est donc à interpréter comme le craquement d'une vieille maison, inquiétant pour ses occupants, car signe de délabrement et donc de risque d'écroulement. Le cardinal Martini remet en cause les positions de l'église catholique sur la sexualité, la contraception, le mariage des prêtres, la collusion de l'église officielle avec les puissants. Cette dernière critique, compréhensible venant d'un franciscain est assez sidérant venant d'un jésuite, congrégation souple s'il en est (même s'il y en a qui sont bien à gauche). Il porte le fer là où beaucoup d'autres l'ont fait. C'est juste la première fois qu'un aussi haut gradé s'y met aussi franchement.

Ce genre de charge est sans doute de nature à faire évoluer le catholicisme, et ce n'est pas un mal, car sur les points que dénonce Martini, il y a un décalage criant entre la hiérarchie et les fidèles, au point d'atteindre, chez nombre de fidèles, le point de rupture. Cela suffira-t-il, j'ai bien peur que non, la psycho rigidité du Vatican étant un de ses traits fondateurs. Le seul regret que j'ai vis-à-vis de ce témoignage, c'est qu'il intervient un peu tard, chez un homme au soir de sa vie (il est âgé et malade). Il aurait eu beaucoup plus de force il y a 10 ans, quand le cardinal Martini était archevêque de Milan et encore l'un des hommes forts de l'église catholique. A cette époque, il pensait déjà sans doute tout ce qu'il a écrit. Rétrospectivement, on comprend mieux sa démission, à 75 ans et son refus de faire un peu de rab pour retourner à ses chères études. Pourquoi avoir attendu ? C'est là une des grandes faiblesses de ce témoignage !