D'aussi loin que remonte ma mémoire, j'ai toujours vu les responsables centristes se comporter comme des prostituées, allant au plus offrant, sans honte et sans pudeur. Je garderai toujours en mémoire ce petit sketch du "bébette show" en 1988, quand François Mitterrand a lancé "l'ouverture", plus prosaïquement le débauchage de centristes pour conforter sa majorité relative au parlement. Rocard, habillé en chasseur, demande à Mitterrand s'il a un appeau à centriste. Ce dernier lui répond qu'il suffit d'imiter le cri du portefeuille ministériel en rut.

Vingt ans après, les choses n'ont pas changé. Sarkozy veut faire la peau de Bayrou, qui, s'il ne peut pas gagner la présidentielle, a une réelle capacité de nuisance. Pour cela, il veut le foutre à poil, l'isoler politiquement. Dès avant les législatives, il a réussi à entrainer la majeure partie du groupe parlementaire à l'Assemblée, qui a abandonné son gourou en échange de leur réélection, qui permet d'assurer la soupe pendant cinq ans. Maintenant, c'est au groupe centriste de se faire corrompre. Mais comme un sénateur tient mieux son siège qu'un député, il est moins sensible aux menaces à la réélection. Il faut donc proposer autre chose. Dans une note à Sarkozy, Dominique Paillé, ex-centriste, donne les tarifs : Arthuis veut rester président de la commission des finances, Mercier veut être ministre, Méhaignerie veut continuer à exister et à être le "centriste de référence" à l'UMP. Il semble que certains aient été payés, ou du moins aient reçu des acomptes significatifs, car Mercier puis Arthuis ont largué Bayrou, et Méhaignerie, qui a fait mine de se rapprocher du Modem en Bretagne, n'aborde plus le sujet.

Et les convictions dans tout ça ? Je ne voudrais pas être méchant avec mes amis militants centristes (qui sont souvent sincères), mais il serait temps qu'ils s'occupent de cela. Ils vont me parler de Bayrou, contre-exemple fidèle à ses convictions. Détrompez-vous, il reste parce qu'on ne lui a pas encore proposé assez, et comme ce qu'il veut, c'est la présidence de la République et rien d'autre, il restera longtemps. Mais autour, c'est l'hécatombe, et rien que cela, ça devrait les interpeler. On a les élites qu'on se donne...