Ce billet est la reprise de deux commentaires d'Oppossum, sous le billet "pseudo mobilisation". Je n'ai eu qu'à les mettre bout à bout, car ils se complètent très bien. Et en plus, je partage pleinement l'avis d'oppossum (sur ce sujet au moins).
Sans aller chercher les conditions météo, l'idée qu'un certain nombre de prof., font discrètement tout pour faciliter, pour inciter à la grève, est un fait. Pas tous les prof., certes et pas tous les matins non plus certes! .Mon épouse, prof d'anglais a eu l'ocassion d'observer cela moultes fois.
Ceci étant, la dégradation de toute valeur exigeant un quelconque effort, l'idéal de contestation permanente et d'exigence permanente (des sous/des moyens/des droits pour tous, tout le temps) a tellement pénétré les esprits et les moeurs qu'il n'en faut probablement pas beaucoup pour pousser une fraction meneuse d'ado. à l'agitation.
Avec modestie je ferai remarquer à Cloran qui nous sort l'impitoyable logique comptable que pendant de nombreuses décennies, c'est plutôt un abondement permanent de l'Education Nationale qui a prévalu. Des efforts considérables ont été faits avec quand même l'impression de mettre un budget national énorme dans un tonneau sans fond.
L'E.N. est peu efficace, les prof. y sont malheureux, les élèves en sortent assez mal formés et avec des fondamentaux branlant. Je ne vais pas généraliser car il y a des prof. admirables de toutes tendance.
La réalité est que l'E.N. est une forteresse qui a TOUJOURS refusé d'être vraiment réformée , poussant ainsi tous les gouvernements à des mesurettes avortées. La vérité est que les prof. ont détruit leur propre outil de travail à coup de canif, année après années , sans qu'on puisse accuser qui que ce soit (avec la complicité des parents) .
Et oui, à un moment donné la disparition des raisons qui ont prévalu à créer de nouveaux postes , entraine logiquement une réduction des effectifs. Et bien entendu ça fait mal, ça ne peut que faire mal parce que lorsque la base elle même refuse de se réformer en quoi que ce soit, les décisions ne peuvent être que plus ou moins aveugles. Et je vais aller dans votre sens : compte tenu de l'état d'usure du système, effectivement, ces mesures n'arrangeront probablement pas les choses.
Cette mauvaise foi permanente est difficile à admettre car on sait que les conditions de travail que vous, les prof., vous êtes crées par vos renoncements successifs et votre idéalisme enfantin, sont très difficiles.
Ainsi vous refuserez toujours de vous comparer avec les exemples étrangers et surtout pas non plus avec le 'Privé' dont vous vous imaginez perpetuellement qu'il dispose de moyens considérables et qu'il ne scolarise que les gosses de riches (et les vôtres lorsqu'ils sont en difficulté!). Non , il y a toujours de bonnes raisons de penser que TOUS les autres ont TOUT LE TEMPS tort.
Et bien entendu , comme à chaque fois, par de savants raisonnements isolés, fragmentés et factuellement vrais vous tenterez de protéger un mauvais système, qui vous dévalorise et vous use. Vous vous échinerez à démonter les pauvres arguments de Darcos qui tente maladroitement avec quelques piteuse règles de trois et quelques chiffres, dérisoires, puisque ce sont les même que vous avez utilisés pour justifier sans cesse de meilleurs taux d'encadrement , et du quantitatif.
Et vous lancerez vos éternelles ritournelles sur le qualitatif, sur la réforme de fond, indispensable que vous appelez de vos voeux mais que vous repoussez immédiatement par vos cris des que vous en voyez le bout le bout du nez. Le problème de l'E.N. n'est pas qualitatif . Le problème , ce sont les conditions de dégradation de l'acte d'enseigner , que les prof. ont acceptées de voir s'installer. Le problème est l' hypertrophie du pédagogisme qui s'est transformé, de moyen en un but sans aucun sens.
Chaque ministre apporte sa réforme (ou essaie) parce que cela va mal. Effectivement ne rien faire serait mieux car souvent chaque réformette est dénaturée, mal exécutée, voire détournée, quant elle n'est pas impossible à exécuter. La massification pour la massification a probablement été une erreur de méthode (Style le grand bond en avant) mais je n'ai jamais vu aucun prof. ni syndicat la contester ou même y réfléchir (Ca faisait réac d'émettre des doutes)
Les coups de canifs datent des années 70 à partir desquelles on a peu à peu carrément renoncé à des trucs cons de disciplines, d'autorité, de transmission du savoir verticale. Les prof. dans leur grand élan généreux globalisant ont dilué leur mission dans d'autres acceptant sans cesse d'être le support d'autres projets (souvent teintés à gauche) ou d'autres missions. Souvent pseudo-culpabilisés par les "reproductions d'inégalités" , ils ont brouillonnement accepté toutes réformes masquant cela (Plus de note/plus de classement/tripotage des notes aux examens etc ...) Bien entendu il s'agit d'un mouvement de la société et des parents eux même. Il faut dire que l'état fait tout pour saper l'autorité parentale et que le système marchant transforme nos enfants en consommateurs autonomes. Mais je m'égare.
La tarte à la crème de l'origine des élèves du prive est globalement vrai . Oui le privé peut -plus ou moins- choisir ses élèves. Et parfois , pour les établissements côtés, il applique discrètement cette politique. Mais il y a des établissements privé dans des quartiers difficiles avec des élèves de toutes origines , et là, ça marche quand même mieux que dans des établissements publics dans les mêmes conditions ! A toujours confondre orientation et sélection on dénature les filières et on pousse le privé à sur-fabriquer des caissons de filières plus ou moins étanches. (Ceci étant les très bons établissements du public ont exactement la même politique -déguisée, il est vrai- Et je vous rappelle que le concept de collège unique qui voulait promouvoir , sous couvert de bonnes intentions, une mixité sociales, n'a abouti qu'à une dégradation des conditions de travail et à des stratégies de sectorisation (ou dérogation de secteur, utilisation des options au niveau des lycées) , de la part des parents, pour échapper aux mauvais établissements. Là aussi on a vu peu de prof. ou de syndicats y réfléchir vraiment.
Oui, les jeunes prof. moins idéologisés que leurs ainés , ont parfois des éclairs de lucidité et de bon sens. Mais aller jusqu'à dire qu'ils "passent leur temps à dénoncer, là où c'est le cas, cette dégradation" est faux : par contre ils adorent S'EN PLAINDRE PERPETUELLEMENT (J'en fréquente pas mal), et réserve leur énergie gréviste à bloquer TOUTES grosses réformes.
Pour être juste avec vous, j'admets que votre administration est vraiment en dessous de tout. Car peuplée de gens dont la connaissance de plus en plus réduite du terrain, jointe à de vaguement généreuses idéologies inopérantes, additionnés aux pesanteurs administratives , à l'incompétence des encadreurs et la gentille mauvaise volonté du gros des catégories 'B' qui se fadent plus ou moins de boulot inutile, (bon je termine ma phrase) .... produit une paralysie magiquement parée des attributs du changement permanent .
C'est vrai qu'on vous admire, vous, avec les élèves en face, et dans le dos , concrètement , une telle pieuvre (produit d'une partie de vos idées) . Je dis ça sans ironie.
Si vous saviez comment sont traités (malgré les ronflantes apparences) les incidents scolaires quand ils remontent au rectorats ou dans les inspections ! L'idéal étant d'abord de bien maintenir le couvercle sur la marmite. Que le chef d'établissement se débrouille et qu'au final le prof se démerde devant ses élèves, est au fond le grand principe qui prévaut. Il est vrai que comme le prof. refuse toujours toute idée de sanction trop forte -forcément injuste dans le monde de brutes où nous vivons!- (préférons du désordre irresponsable à la responsabilité d'une seule injustice!) . Ceci étant mon épouse me rapporte les propos cyniques et méprisants de prof. encartés et engagées, envers certains élèves, en conseil de classe ...
Une mienne amie a eu son capot de voiture massacré par un élève mécontent. Elle a voulu réagir. Mal lui en a pris, ce fut un parcours du combattant : peu de solidarité active, beaucoup de compassion hypocrite, un soutien des syndicats conditionné à une modération (Ne pas en rajouter), un soutien de l'administration à arracher au forceps. Les actes d'incivilité sont finalement assez bien protégés par le système. Bon on fermera les yeux sur une grosse 'injustice' , un jour ou l'autre quand la coupe sera pleine, histoire de faire une moyenne !
De toutes façons, à votre décharge, vous héritez d'un système pourri largement salopé par ceux qui, à présent, sont à la retraite. Par ailleurs les prof. sont tout de même, eux mêmes, le produit culturel de ces ainés qui ont réussi à faire passer quelques idioties : réfléchir sur le redoublement (je suis d'accord avec vous mais le non redoublement est parfois aussi une catastrophe), revenir à un travail minimum de mémorisation, apprendre aux élèves à se situer par rapport aux autres, réfléchir à la multiplications des options inutiles, repenser l'enseignement dans sa dimension d'autorité (parmi d'autres) , envisager la discipline comme une condition au bon travail etc ... etc ... toutes ces évidences à retravailler et à ré-investir, sont d'emblée situées dans le champ de pratiques désuètes de 50 ans en arrière. Réactionnaire, forcément !
Enfin je termine par les comparaisons avec les systèmes étrangers. Vous avez raison : comparaison n'est pas raison et il est difficile d'en tirer des conclusions édifiantes , sauf qu'il est possible de faire autrement que nous, et que cela peut marcher. Mais, lorsque cela vous arrange, question salaire ou horaires vous ou en tous cas vos syndicats, n'hésitez pas à vous en servir sans vergogne, de ces comparaisons ! Et puis ce pauvre Darcos est bien obligé de tenter de vous fournir quelques éléments vaguement rationnels, au moins pour attirer votre attention sur le fait que , peut-être, on pourrait envisager de commencer à étudier l'idée ,éventuellement envisageable, de faire autrement quand ça marche mal.
Donc, effectivement, après avoir fait semblant de tout essayer sans jamais avoir réellement rien testé d'autre qu'un lent laisser-aller de tout ce qui se faisait avant, on en arrive à un point ou la seule variable d'ajustement est une imbécile diminution des effectifs, très certainement mal pensée , mais qu'avec les efforts des syndicats et des profs, on réussira à rendre encore plus nuisible.