Nicolas Sarkozy n'en finit pas d'innover (c'est peut-être ça, la rupture) en portant plainte au pénal contre le site internet du Nouvelobs, pour avoir lancé la rumeur du SMS "si tu reviens, j'annule tout". Le choix de la procédure est hautement révélateur. Le président ne choisit pas la voie habituelle de la loi sur la presse de 1881, mais carrement la plainte pénale, l'arme lourde qui pourrait couter bien plus cher (j'attends d'ailleurs l'avis de mes amis juristes sur les tenants et aboutissants de ce choix)

J'ai été très surpris, lorsque j'ai vu cette info sortir. D'abord, comment le contenu d'un SMS a-t-il pu arriver jusqu'aux journalistes ? Ont-ils eu en mains le portable de Nicolas Sarkozy ou celui de son ex-épouse ? Le président est-il sur écoute ? Je suis curieux de savoir comment le nouvel Obs a réussi à obtenir cela. Personnellement, j'estime que c'est une info bidon, un coup foireux. J'ai été encore plus sidéré de voir que cette info qui n'a aucun fondement solide, qui est mise au conditionnel "aurait envoyé" a été reprise partout. En matière de panurgisme, c'est fabuleux ! C'est désolant de voir que nombre de personnes se moquent complètement de savoir si ce bobard était vrai ou faux. Cela allait tellement dans le sens de leurs convictions ou de leur intérêt, c'était tellement ce qu'ils avaient envie d'entendre qu'ils n'ont pas pu résister (que ce soit les journalistes ou nombre de blogueurs).

J'approuve le choix de Nicolas Sarkozy d'attaquer pour faux et usage de faux. Si les journalistes du nouvelobs peuvent prouver que l'information est véridique, ils ne seront pas inquiétés. Par contre, si comme je le pense, c'est du flan, ils vont devoir subir des conséquences et c'est normal. Cette information relevait de la vie privée et n'avait strictement aucun intérêt politique, aucune utilité pour analyser la présidence Sarkozy, comprendre des mesures prises par le gouvernement. C'est de la curiosité malsaine à l'état pur, à la limite de l'intention de nuire. A un moment donné, il faut fixer les limites !

La défense de la profession est pour l'instant assez maladroite : "C'est contraire aux lois sur la presse et aux conventions internationales, note Richard Malka, avocat, et c'est grave, surtout pour un Président. On ne peut pas poursuivre au pénal chaque journaliste qui fait une erreur, à moins d'être dans une dérive à la Poutine". En gros, on ne fait pas ça à un journaliste (sous-entendu ils sont intouchables ou presque) si on commence à poursuivre au pénal un journaliste qui fait une erreur, on n'a pas fini (aveu clair que les journalistes font régulièrement des erreurs) et on finit par un petit amalgame : si tu fais ça, t'es un petit Poutine (ouh, pas bien !). Un journaliste est un citoyen comme un autre, qui n'est pas au dessus des lois. La justice pénale française offre suffisamment de garanties pour qu'un innoncent ne soit pas condamné. Contrairement à la Russie, en France, la justice n'est pas aux ordres et je pense même que vu l'animosité entre Sarkozy et la magistrature, les journalistes pourraient bien bénéficier d'une indulgence maximale.