L'assassinat de Bénazir Bhutto a permis d'occuper le grand vide d'actualité que l'on rencontre entre Noël et Nouvel an. Nos médias sont sont tombés dans leurs travers habituels, encensant la défunte et reprenant les versions officielles et offrant de l'espace à de pseudo intellectuels qui croient connaitre le monde entier. La palme à Libération pour sa couverture (esthétiquement très belle) et l'analyse de BHL.

On a beaucoup glosé sur les vrais coupables de cet assassinat. On s'est jeté sur Al Qaïda, coupable idéal de tous les crimes de la terre, qui est d'ailleurs le premier à revendiquer, car même si ce n'est pas l'une des nombreuses cellules de cette nébuleuse qui a commis l'acte, c'est dans leur intérêt de porter le chapeau. On parle aussi du général Musharaf et de ses services secrets, que cette disparition arrange bien. Mais on parle assez peu des erreurs de Bénazir Bhutto. Quand on sait qu'on est menacé par des gens ayant les moyens d'organiser un carnage le jour de votre retour au Pakistan, on ne passe pas le buste par le toit ouvrant de sa voiture blindée. C'est une règle élémentaire de sécurité, surtout au milieu de la foule. Bénazir Bhutto est la première responsable de ce qui lui est arrivé !

On a aussi vu à l'oeuvre le reflexe habituel de sympathie envers qui nous ressemble, et encore plus, envers qui est conforme à nos canons de beauté. C'est vrai que Bénazir Bhutto était belle femme (même si elle s'est un peu empâtée ces dernières années) et elle peut bien être une aristocrate corrompue et incompétente, et l'ayant prouvé par deux fois lors de ses passages au pouvoir, on s'en fout. Ce qu'on veut, c'est une belle icone sur laquelle greffer nos valeurs. Aurait-on eu la même couverture si Bénazir Buttho avait été une begum enveloppée et pas spécialement belle. La comparaison avec le traitement médiatique de l'ancienne présidente du Sri Lanka, Chandrika Kumarantunga est éloquent. Fille d'un premier ministre assassiné, elle-même victime d'un attentat où elle a perdu un oeil, qui a vu son mari périr dans un attentat, sa situation et son parcours sont en tous points similaires à celui de Bénazir Bhutto. Une seule différence, l'une est belle et photogénique, l'autre nettement moins.

A mon avis, c'est un évènement plus révélateur que déclencheur de problèmes au Pakistan. Le pouvoir central ne contrôle pas grand chose, et avoir Bénazir Bhutto aux commandes n'y aurait pas changé grand chose. En somme, mis à part les morts de nombreuses personnes que ce genre d'évènements engendre, on est quasiment au stade de l'anecdote.