Petit laïus de Bernard Accoyer, comme un prof devant sa classe au début de l'année. Merci à tous de vous tenir et d'éviter de donner une image déplorable du parlement. On sent qu'il n'y croit pas lui-même.
C'est Jean-François Copé qui ouvre le bal, avec une question au premier ministre sur le pouvoir d'achat. Grande tradition de la perche tendue, où un parlementaire de la majorité sert plus ou moins élegamment la soupe au gouvernement. Avec Copé, c'est fait avec classe. C'est un peu une question de politique générale qui est posée, alors que parfois, on tombe dans le cirage de pompes éhonté. Et notre bon François Fillon saisi la perche pour faire le bilan de son gouvernement depuis juin et présenter les grands dossiers ouverts (explosant au passage les deux minutes et demie de temps de réponse).
Deuxième question, Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, toujours au premier ministre. Sauf que là, ce n'est plus la perche tendue mais les verges pour battre : la faillite de la France, c'est vous, puisque vous êtes au pouvoir depuis 5 ans et que vous commencez par ouvrir les vannes. "La faillite, c'est la votre !". Et on enfile les petites phrases : "dépot de bilan de l'Etat social", "vous déformez la réforme". On croirait entendre du François Hollande et ses jeux de mots à deux balles. Gentillet finalement, parce que Fillon, à peine égratigné, continue son propos de réponse à Copé.
Ca vient, la bronca et le bordel annoncés ?
Troisième question, Alain Bocquet, communiste. Discours attendu : vous offrez tout au privé (sécurité sociale, EDF), "vos amis du CAC 40". Ce n'est même pas une question, c'est une déclaration politique. Fillon ne se donne même pas la peine de répondre. C'est au tour de Christine Lagarde de reprendre la même chanson : notre bilan, nos réussites, nos projets. Bon, on peut passer à autre chose, parce que le bilan des quatre premiers mois du gouvernement Fillon, on connait. Le tout enrobé de petites phrases et de méthode Coué.
Quatrième question, Lagarde (nouveau centre) qui pose une question sur la franchise médicale à Rosleyne Bachelot. Tiens, pas une question de politique générale à Fillon. Petit bras !! Ah sacré Roselyne, en tailleur pantalon intégralement noir. On dirait un huissier ! Enfin le bruit de fond, les tentatives de déstabilisation. Mais avec Roselyne, ça ne marche pas, elle a de la bouteille et ne se laisse pas distraire.
Cinquième question : une nouvelle députée UMP totalement inconnue. Question "leche-cul" sur le Grenelle de l'environnement, avec une dénonciation des médias qui ont diffusé des infos qui ont laissé croire que les propositions étaient des mesures déjà décidées. Elle demande donc quelq calendrier de passage devant le Parlement. Parce que quand même, c'est le Parlement qui décide, enfin sur le papier. On peut quand même au moins sauver les formes, même si tout le monde a compris que les grandes décisions se décident en ce moment, entre le gouvernement et les associations.
Sixième question, Jean-Luc Warsmann, président UMP de la commission des lois, sur la réforme de la carte judiciaire. Et qui trouve-t-on juste derrière le gros Jean-Luc, dans l'axe de la caméra ? Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales et Patrick Ollier, président de la commission des Affaires Economiques. Réponse de Rachida. Voix un peu tendue, mais réponse assez claire, jusqu'à ce que cela dérape un peu. Il ne faudrait pas grand chose pour que ça tangue. Applaudissements de la majorité. Allez Rachida, tiens bon. Finalement, l'opposition a été bien aimable et ne l'a pas trop chargée. Ils semblent attendre d'autres clients...
Septième question, Didier Migaud, président PS de la commission des finances. Monsieur le Premier Ministre, vous y croyez encore à vos prévisions de croissance ? La crise financière s'arrête à nos frontières, comme autrefois le nuage de Tchernobyl ? Facile, tous les ministres des finances, de droite comme de gauche, ont la facheuse tendance à être d'un optimisme sans faille. Parfois c'est crédible, parfois moins. En ce moment, on est plutôt dans le moins, même si une fois sur deux, on se plante dans les grandes largeurs (parfois en sous évaluant la croissance). Réponse d'Eric Woerth, ministre du Budget. Il vaut mieux envoyer un costaud face à Migaud sur les questions financières.
Lionnel Luca (UMP), sur la Birmanie. A priori question anodine, purement d'actualité. Sauf que celui qui doit répondre, c'est Bernard Kouchner...
La gauche n'attend même pas la fin de la question pour commencer le tir. Ca promet ! Mais ça ne tient pas ! interpellation et quolibets attendus, mais là encore, c'est un vieux routier de la politique à qui on ne la fait pas. Imperturbable.
Jean-François Lamour. Marrant de voir un ancien ministre se retrouver de l'autre coté de la barrière et poser une question à un de ses anciens collègues. Gros dossier abordé, les régimes spéciaux de retraite. Quelles sont les principales mesures et le calendrier de la réforme. Comme si on n'en savait rien ! Mais bon, cela peut permettre d'avoir quelques précisions de calendriers et quelques détails sur les mesurettes. Et encore, peut-être... L'application sera progressive et pour le saurez après.
Ahhhh, Arnaud Montebourg. Et c'est reparti sur le pouvoir d'achat et la hausse des prix. De la politique générale, mais rien de bien original. La défense des pauvres français qui n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois. Réponse de Christine Lagarde "vous avez au moins compris que la priorité du gouvernement est le pouvoir d'achat". Et hop, la petite vacherie. Pour le reste, copier-coller des réponses générales.
Jean-Paul Anciaux, député UMP au ministre de l'Agriculture sur une épizootie sur les bovins et les ovins. Pas de quoi s'enflammer politiquement. Cela permet de souffler un peu et de laisser reposer les gorges. C'est vrai qu'après Montebourg, certains en ont bien besoin...
Dernière oratrice, Marisol Touraine (PS). Dernière charge sur les franchises. Après la question gentille de Largarde, c'est la question méchante. Fabuleuse Roselyne "j'ai déjà excellemment répondu à l'excellente question de Jean-Christophe Lagarde" et on recycle la réponse. C'était le petit moment d'humour et de détente, merci Roselyne !
C'était la séance de rentrée, aucun bleu (à part Rachida Dati) n'est monté au front. C'est pourtant cela qu'on attendait. Ce sera pour les prochaines fois, quand les attentes seront moins fortes, qu'on assistera à leur baptême du feu.