Authueil

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vendredi 10 août 2007

Les vacances

Je pensais pouvoir encore bloguer un peu, au moins jusqu'à dimanche, date de mon départ vers un lieu dépourvu de connexion internet. Le temps magnifique qui règne actuellement sur la Bretagne ne m'en laisse pas le temps. C'est fou comme on perd le rythme une fois en congés, alors dans ces conditions, autant fermer la boutique. Retour le 4 septembre.

mardi 7 août 2007

La Lettre à Albanel

Nicolas Sarkozy a envoyé des lettres de mission à un certain nombre de ministre, dont le 1er août à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication. Il lui donne sa feuille de route, ses objectifs sur lesquels elle sera évaluée lors de l'entretien annuel, comme dans toute entreprise.

Le premier point abordé, qui apparait prioritaire est la question de la transmission culturelle. Une Nation a besoin d'un ciment, de projets communs, mais aussi de références communes. Parmi celle-ci, on trouve l'histoire de la Nation, son patrimoine littéraire et artistique et l'un des rôles de l'école serait de transmettre cette base culturelle à tous les élèves. On se trouve ici dans une réflexion qui n'est pas neuve, avec le "socle commun de connaissances" qui est le bagage que devrait avoir tout jeune sortant du système scolaire français. On retombe aussi sur la question du rôle de l'école, qui selon certains (dont moi) ne transmet plus assez et fait trop d'éducation au détriment de l'instruction. Nicolas Sarkozy esquisse quelques pistes, comme la création d'un enseignement obligatoire d'histoire de l'art. Je suis assez dubitatif car le raisonnement par discipline, qui s'empilent comme des mille-feuilles, m'apparait dépassée. Chaque matière veut garder son quota d'heures, et en rajouter une nouvelle ne pourra se faire qu'au détriment d'une autre. Levée de boucliers garantie chez les sociétés d'agrégés et autres temples du conservatisme dans l'Education nationale. La solution passe plutôt par la définition du contenu des programmes, certaines matières comme l'histoire-géographie pouvant servir de receptacle à ces nouveaux enseignements. Certes, la géographie risque d'y laisser sérieusement des plumes, mais ce ne sont les professeurs, souvent historiens de formation, qui vont résister.

On sent une volonté de reprise en mains de l'audiovisuel public, le sujet revenant à plusieurs reprises. Ce ne sera pas un mal car l'empilement des structures, l'absence de pilotage centralisé et les chevauchements entravent et alourdissent l'outil. Christine Albanel est d'ailleurs spécialement mandatée pour remettre de l'ordre dans les médias audiovisuels à destination de l'étranger. C'est le dossier "France 24", chaîne de télévision créée par le fait du prince, et qui est arrivée comme un chien dans un jeu de quilles au milieu d'un dispositif relativement cohérent. Une remise en ordre de tout cela s'impose effectivement, et d'urgence. On retrouve aussi les habituels voeux pieux sur "l'offre différente du privé", sur la place de la Culture à des heures de grande écoute. A mon avis, pas grand chose ne changera si on ne met pas les moyens financiers adéquats pour que France Télévision ne soit pas obligée de courir après les recettes publicitaires. Vu l'argent déjà dépensé ailleurs et la dette qui ne va pas manqué de s'alourdir, on n'est pas prêts d'y arriver.

Le soutien à l'insustrie culturelle n'est pas absent des préoccupations du président. Il faut que la France conserve son industrie musicale, qui est la seule garantie de l'existence d'une création française. Là dessus, il n'a pas tort, et la protection de la scène française est un objectif politique consensuel. Mais Sarkozy ne s'arrête pas là et veut que les groupes audiovisuels français puissent devenir des leaders européens, voire mondiaux, en étant présents à la fois sur les contenus, mais aussi sur les moyens de diffusion. Pour cela, pas de mystère, il faut permettre à ces groupes (Largadère, Bouygues, Dassault) d'améliorer leur rentabilité. Une phrase me fait un peu peur dans cette lettre "l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan". Cela veut-il dire que l'on va faire sauter tous les obstacles à la concentration dans le monde des médias audiovisuels, de la presse, de la production musicale et cinématographique ? Je suis d'accord avec l'objectif d'avoir une industrie culturelle forte, capable de nous éviter d'être bouffés par les anglo-saxons, mais pas forcément au prix d'une mainmise de quelques groupes sur cette industrie. Ce serait tomber de Charybde en Scylla !

Sur la Culture proprement dite, pas de grandes révolutions à attendre, mais plutôt des inflexions typiques d'un gouvernement de Droite. Il va falloir remettre des crédits sur l'entretien et la restauration du patrimoine. Après les coupes sombres sous RDDV, c'est une urgence, car nous sommes très près de la ligne de flottaison. Et c'est traditionnellement une orientation de droite, la gauche préférant mettre les crédits sur le spectacle vivant. Même orientation concernant la volonté de "veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public". C'est vrai qu'il y a du ménage à faire, certains cultureux se faisant plaisir avec de l'argent public et se moquant scandaleusement des spectateurs. S'ils veulent pratiquer l'art abscons, qu'ils se trouvent des mécènes ! On sent cette volonté de mettre la culture au service du public dans l'ambitieuse politique d'accès aux musées, avec comme mesure phare la gratuité. Je suis gêné que le président entre ainsi dans les détails d'application. Une politique publique doit d'abord expliciter les objectifs, avant d'étudier les instruments les plus adaptés et enfin de proposer un plan d'action cohérent. Là, Nicolas Sarkozy, pour des raisons de démagogie électorale, a placé la charrue avant les boeufs et annoncé la mise en place de l'instrument sans que la politique publique d'ensemble n'ait été mise en cohérence. La gratuité et l'accès plus important du public aux lieux de culture ne porteront leurs fruits que si le monde culturel y met du sien et lance tout un programme d'actions et d'animation. Cela sert à quoi de rendre l'accès à un musée gratuit s'il ne s'y passe rien, s'il n'est pas revu pour accueillir un nombre plus important de visiteurs. J'ai un peu peur que l'on n'ait pas bien vu toutes les dimensions et les conséquences de cette mesure de gratuité d'accès des musées nationaux.

Dernier gros morceau, la réorganisation des modes de fonctionnement du ministère de la Culture. L'objectif est clair, il va falloir maigrir, avec moins de budget de fonctionnement, pour dégager davantage de marges pour l'investissement. L'action culturelle extérieure va être revue de fond en comble et ça risque de secouer sévèrement, tellement les structures et les modes de fonctionnement sont sclérosés et le pilotage stratégique inexistant. Les cultureux vont également devoir apprendre la culture du résultat et les indicateurs de performance : "Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions". Une ministre issue du secteur culturel et ayant, à priori, vocation à y retourner, aura-t-elle le courage et les moyens de mener cette "révolution culturelle" des modes de gestion de son milieu ?

lundi 6 août 2007

Des gentils pique-niqueurs

Un "pique nique" militant anti-OGM devait avoir lieu dans le Lot, juste à coté d'une exploitation où l'agriculteur a eu l'audace de planter du maïs transgénique, pour l'alimentation de ses cochons. Pas des essais clandestins, non, juste du maïs autorisé, et même pas pour se retrouver directement dans l'assiette des consommateurs. Il y a eu un petit souci pour les organisateurs, l'agriculteur s'est pendu, avec suffisamment d'éléments qui laissent penser que son suicide est en "lien direct" avec l'organisation de ce pique-nique, qui avait toutes les chances de finir par un saccage de la parcelle plantée de maïs OGM.

Sous des dehors qui se veulent sympathiques, et que les médias reprennent en bloc, sans recul et souvent avec connivence, les militants anti-OGM pratiquent à vaste échelle la pression psychologique, le harcelement, l'atteinte aux biens, autant de délits réprimés par le code pénal. Parfois, les agriculteurs cherchent à se défendre et on se retrouvent avec des affrontements dont on s'empresse de les rendre médiatiquement responsables. S'ils ne font rien, ils assistent à la destruction de leurs culture, parce qu'il faut appeler un chat un chat. Un démonatge ou un fauchage, c'est de la destruction volontaire de biens, du saccage. On comprend que dans cette situation une personne fragile puisse craquer, que cette pression a pu être la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. J'espère que cette tragédie permettera à certains de se rendre compte de la portée de leurs actes et de la véritable nature des activités auxquelles ils participent. Au moins, cet agriculteur ne sera pas mort pour rien.

Pour ma part, ce n'est pas ainsi que je conçois le débat politique et l'action militante. Je peux être en désaccord avec certaines pratiques, si elles sont légales, je n'ai pas le droit d'intervenir directement dans les affaires d'autrui pour lui imposer ma volonté, mes idées et mes pratiques. Je préfère prendre la voie légale et militer pour que les activités que je réprouve ou que je considère comme dangereuses soit interdites par la loi.

mercredi 1 août 2007

Un parfum de sinécure

François d'Aubert, ancien ministre, battu aux législatives en juin 2007 vient d'être nommé Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie. Beaucoup d'éléments font penser à un recasage, comme Chirac savait si bien le faire. On assure ainsi, au frais de l'Etat, le maintien du train de vie et une fonction pour exister socialement à un fidèle qui sinon, se retrouverait les mains vides.

François d'Aubert est un pur produit de la haute administration politique française. Enarque, il fait un petit séjour à la cour des comptes (il reste au rang d'auditeur) avant de rejoindre les cabinets ministériels sous Giscard et de se faire élire député de la Mayenne en 1978. A priori un siège sûr. Il conforte son implantation locale en devenant maire de Laval en 1995 puis président de la communauté de communes à sa création. Il poursuit en parallèle une belle carrière parisienne, avec un séjour au gouvernement de 1995 à 1997 sous Juppé puis en 2004-2005 dans le gouvernement Raffarin 3. Un profil type ! En 2007, il se présente à nouveau aux législatives et comme certains barons depuis trop longtemps installés sur leur fauteuil, il se laisse surprendre par un opposant qui a labouré un terrain laissé un peu en friche.

En soi, la nomination de François d'Aubert à ce poste n'apparait pas scandaleuse. Deux fois ministre de la Recherche (entre 1995 et 1997 puis de 2004 à 2005), il a une compétence dans ce domaine, ainsi qu'un carnet d'adresses conséquent. Sa position d'ancien ministre, proche des décideurs politiques peut être un atout pour la cité des sciences. Mais d'autres que lui n'auraient-ils pas été tout aussi compétents pour ce poste ? Sans doute. D'autres n'auraient-ils pas été plus disponibles pour cette présidence ? Sans doute beaucoup, car François d'Aubert reste maire de Laval et président de la communauté de communes ce qui peut occuper un plein temps. A 64 ans, la carrière de François d'Aubert est sur la pente descendante, on peut donc s'interroger sur son investissement et son implication dans un poste qui est quand même nettement en dessous de ce qu'il a pu avoir par le passé. Je me fait d'ailleurs la même remarque concernant la nomination de Jean-Jacques Aillagon comme président de l'établissement public du château de Versailles. Il y a comme un parfum de sinécures qui cadre assez mal avec l'idée que je me fait d'une "démocratie irréprochable".

En toute franchise ?

La franchise médicale ressort du bois. Après un premier passage sur le devant de la scène en juin, la voilà qui revient, un peu toilettée. Le but est très clairement de faire des économies, ce qui n'est pas illégitime.

Cette idée de franchise ne me déplaît pas, tant qu'elle reste limitée, et un plafond de 50 euros par an est plus que raisonnable. On accepte bien des franchises pour ses assurances ordinaires, pourquoi pas pour l'ASSURANCE Maladie. La sécu pratique déjà, de fait, des franchises, quand elle refuse de mettre en paiement les allocations en dessous d'un certain montant. C'est ainsi que les APL en dessous de 24 euros par mois ne sont pas versées.

Des économies, on pourrait encore en faire plus, notamment sur les coûts de gestion, sans que la qualité de notre système de santé soit remis en cause. Quand je vois les misérables virement de 15 euros, voire moins, que l'on reçoit à chaque fois, pourquoi ne pas mettre en place un système où c'est l'assuré qui fait l'avance de trésorerie et qui ne reçoit son remboursement qu'à partir d'un certain seuil, 50 euros par exemple. On éviterait les multiples petites opérations qui doivent coûter presque aussi cher que le remboursement lui-même. Et là, pas besoin de nouvelle loi, il suffit juste d'un arrangement comptable, qui fera perdre un petit peu à chaque assuré et gagner beaucoup à la sécurité sociale.

Je ne vois pas en quoi de telles réformes peuvent être impopulaires, au regard du séisme que serait l'abandon pur et simple du système ou une baisse de qualité des soins. Cela voudrait dire que le français est un pur égoïste, qui compte chaque sou et refuse de sacrifier quoique ce soit au profit du collectif.