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vendredi 30 mars 2007

Sida et politique

L'association AIDES vient de se lancer sur les traces d'Act Up, en attaquant Nicolas Sarkozy par une affiche qui tient de la basse manoeuvre partisane. Une première campagne est lancée, demandant aux candidats à la présidentielle d'apparaitre sur une affiche avec ce slogan "voteriez-vous pour moi si j'étais séropositif ?". Le but est d'amorcer un débat sur la discrimination et la mise à l'écart des personnes atteintes du SIDA. L'idée de base de la campagne est plutôt bonne, avec des visuels sur les candidats et sur le regard que l'on porte sur une personne. Penserait-je la même chose de lui si je découvrais qu'il est séropositif. Ca fait réfléchir, utilement.

AIDES propose l'idée et trois candidats répondent. Le nombre est suffisant pour que la campagne d'affiches soit lancée. Mais cela ne suffit pas à AIDES, il faut que tous les candidats leur répondent. Ils relancent plusieurs fois Nicolas Sarkozy, sans résultats. Les dirigeants d'AIDES décident alors de lui forcer la main en reprenant le même visuel, mais avec cette phrase "voteriez-vous pour moi même si j'en ai rien à cirer du SIDA ?"

Ce comportement est absolument scandaleux. C'est tout simplement du chantage : si tu ne fais pas ce qu'on te demande, on lance une campagne médiatique contre toi. Le slogan utilisé contre Sarkozy est révélateur de la haute considération que se porte AIDES et peut se résumer ainsi : Si on ne répond pas à notre questionnaire, c'est que l'on a rien à cirer du SIDA. Pour qui se prennent-ils ? Personne n'a le monopole d'une cause et il existe bien d'autres associations, centre de recherches et organismes publics et privés qui luttent contre le SIDA. L'association AIDES n'est que l'une d'elle. On peut très bien avoir une action forte sur ce sujet sans passer par eux. Visiblement, Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas passer par eux, pour des raisons qui lui appartiennent. C'est son droit !

La lutte contre le SIDA et l'aide aux personnes séropositives méritent mieux que ce genre d'actions, qui sentent la manipulation politique de campagne (une de plus), consistant à faire croire que Nicolas Sarkozy ne s'intéresse pas au SIDA. Voilà comment, par l'activité de certaines associations très médiatisées (et visiblement très politisées), on en arrive à discréditer une cause qui devrait être au dessus des contingences politiciennes.

jeudi 29 mars 2007

Miracle academy

Le procès en béatification de Jean-Paul II avance à grand pas. On vient enfin de désigner le miracle gagnant. Il s'agit d'une religieuse française (cocoricoooo) de 45 ans, qui a été "miraculeusement" guérie de la maladie de Parkinson (et tant mieux pour elle si elle a été guérie). Au moins, on connait d'avance la spécialité de Saint-Jean-Paul II, qui guérit la maladie de Parkinson comme Saint-Roch la peste, et Sainte-Apolline le mal de dents. Un saint guérisseur de plus. Il y en a toute une panoplie qui assurent toutes les spécialités, ce qui ne dispense pas pour autant d'aller voir son médecin.

L'heureuse gagnante se voit offrir son petit quart d'heure de gloire wharolien, sous contrôle de l'institution en la personne de son archevêque. Comme lady Diana, même mort, Jean-Paul II fait encore vendre. Il y a des supports médiatiques qui peuvent vous faire une éternité.

Quand est-ce que l'église catholique en finira avec cette pratique de la béatification et de la canonisation tout droit venue des apothéose des empereurs romains, divinisés après leur mort (et pour certains mégalos, de leur vivant) ? Je crois à la vie éternelle, mais où tous sont égaux. Pourquoi certains le seraient ils plus que d'autres, et surtout sur quels critères, sinon des choix humains, en rien validés par Dieu. Je veux bien qu'une communauté ait des modèles, des personnalités phares, dont le souvenir est particulièrement marquant. Jean-Paul II fait certainement partie de ces hommes qu'on n'oublie pas, qui ont marqué leur époque. Mais est-il besoin pour cela d'en faire un être surnaturel, offert à l'idolatrie de fidèles qui au lieu d'adorer le ciel, vénèrent le doigt qui le leur montre. Qu'est-il besoin d'avoir des saints et des bienheureux pour avoir un contact avec Dieu et vivre une vraie vie chrétienne.

Prochaine étape après la béatification, la canonisation. Elle devrait suivre rapidement et l'exigence d'un deuxième miracle ne devrait pas poser de problèmes, vu le nombre de candidats. Si l'église catholique veut innover et vivre avec son temps, elle peut organiser une émission de Télé-réalité, "A la recherche du nouveau miracle de Jean-Paul II". Succès assuré pour KTO.

mercredi 28 mars 2007

Que fait la Police ?

La question de la Sécurité agite soudainement la campagne électorale après les heurts qui ont eu lieu à la gare du Nord, hier après-midi. La polémique a été immédiate, tant Nicolas Sarkozy est identifié à la Police, plus particulièrement à son coté musclé et démonstratif. Tous les candidats ont embrayé sur la violence policière, sur le climat de tension créé par l'action de la Police.

Quelle a été l'action réelle de Sarkozy sur la Police. A-t-il augmenté les effectifs ? non. A-t-il amélioré les conditions de travail des forces de l'ordre ? Pas vraiment, il n'y a qu'à voir les résultats des dernières élections professionnelles dans la Police. Son action, dès 2002, a été essentiellement psychologique, elle a consisté à redonner le moral aux troupes, à relégitimer l'action de la Police et de la Gendarmerie. Le message était clair : le maintien de l'ordre est une tâche essentielle au bon fonctionnement de la société, les gendarmes et les policiers n'ont pas à avoir honte d'être ce qu'ils sont, de faire leur métier.

C'est ce message, hautement politique, que ne supporte pas une bonne partie de la Gauche et l'ensemble de l'Extrême Gauche, qui se veut libertaire, dont la pensée est très bien résumée par "CRS, SS". La notion même d'autorité les révulsent, alors pensez bien que ceux qui sont chargés d'exercer cette autorité en contrariant les volontés et les projets de ces gauchistes ne peuvent être que des salauds. D'où, depuis 1968, ce dénigrement au grand jour de la Police, de son action, qui cache une tentative de remise en cause de l'autorité politique en tant que telle ! Dans les médias, on prend presque systématiquement le parti de la "victime des brutalités policières", sans se poser de questions sur le comportement de cette "victime", sur ce qu'elle a fait pour en arriver là. Je pense à ce syndicaliste de SUD, qui est tombé dans le coma après une charge de CRS. Ce qui lui est arrivé est regrettable, mais on ne reste pas se promener devant un cordon de CRS, lors de manifestations houleuses où il est évident qu'une charge va avoir lieu. L'extrême-gauche est bien rodée, et choisit soigneusement les "victimes" qu'elle met en avant. On ne l'a guère entendue sur le supporter du PSG, tué par un policier qui défendait un supporter israélien. Par contre, quand deux jeunes, poursuivis par des policiers, font la connerie de se réfugier dans un transformateur et meurent électrocutés, c'est de la faute des policiers. Ben voyons !

Si certains groupes se heurtent régulièrement aux policiers et que la tension est forte, ce devrait être à la Police de céder et de laisser certains faire ce qu'ils veulent, y compris des crimes et délits. L'existence de zones de non-droit est un scandale dans une démocratie. Certes, la réponse policière seule n'est pas suffisante, mais elle est nécessaire pour mettre un frein à ceux (ultra-minoritaires) qui ne veulent rien entendre et refusent de se soumettre aux règles communes. Dans notre système démocratique, seul l'Etat, parce qu'il est légitime et issu du suffrage, peut poser les règles et les interdits. Et il a l'obligation de faire respecter ces règles, y compris à ceux qui n'en veulent pas, car en démocratie, la minorité doit s'incliner devant le choix majoritaire. Ce serait tellement plus simple et agréable si tous acceptaient les règles dans le calme. Mais ce n'est pas le cas, et des contestations violentes existent, il faut pouvoir y répondre. Parfois, l'Etat est obligé d'utiliser la violence pour défendre le droit, et faire appliquer les règlements. Il doit le faire avec toute la mesure possible, uniquement quand il n'y a pas d'autre solution. Les policiers étant des êtres humains, ils peuvent parfois déraper, en faire un peu trop, avec des conséquences parfois dramatiques. C'est pour cela qu'il faut des mécanismes de régulation interne et que les policiers et gendarmes coupables de crimes et délits (et encore plus dans l'exercice de leurs fonctions) soient sévèrement sanctionnés.

Je n'ai pas peur d'affirmer que l'Etat, aujourd'hui en France, a le droit de se défendre, de défendre l'ordre public et in fine, de défendre la Démocratie. La Police française travaille avec un très grand professionnalisme, j'ai pu en être le témoin. L'action de Nicolas Sarkozy, sur ce plan, a été justifiée. Il y a des règles concernant la vie en société, elles doivent être appliquées.

mardi 27 mars 2007

Billet grand voyageur

Alors que tout le monde s'attendait à ce que François Baroin cumule le ministère de l'Intérieur avec celui de l'Outre-Mer. Et bien non, Jacques Chirac a choisi de récompenser un fidèle, un des vieux grognards, Hervé Mariton, en lui donnant le poste de ministre de l'Outre-Mer. En un mois et demi, on ne voit pas trop ce qu'il pourra faire à part aller se promener dans les DOM-TOM aux frais de la princesse. Mais bon, cela permettra de mettre "ancien ministre" sur sa carte de visite. Jusqu'à la fin, Chirac aura montré ce grand sens des intérêts claniques qui auront profondément marqué son action politique.

Les règles veulent que son suppléant prenne sa place, mais uniquement au bout d'un mois. Si le 26 avril prochain, Hervé Mariton est toujours ministre, son suppléant sera automatiquement proclamé député. Lui aussi pourra mettre "ancien député" sur ses cartes de visite, sans avoir siégé. Il lui reste juste à prier le ciel que le premier tour de la présidentielle, le 22 avril, ne provoque un séisme politique et la démission du gouvernement... avant le 26 avril.

lundi 26 mars 2007

L'auberge espagnole 2

Les ralliements à François Bayrou continuent, cette fois, c'est François Goulard, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, maire de Vannes, qui a rejoint l'auberge. En voilà encore un qui rallie Bayrou plus par haine de Sarkozy que par adhésion au projet de l'UDF.

François Goulard est un pur produit du système politico-administratif français. Enarque, il est allé s'implanter en province (en Bretagne) pour pouvoir mener sa carrière parisienne. Il est élu député DL du Morbihan en 1997, succédant à Raymond Marcellin, sur le fauteuil depuis 1946 et atteint par la limite d'âge (82 ans). Goulard se présente alors en dauphin du vieux baron et emporte sans coup férir ce siège relativement sûr pour la Droite. En 1998, il se fait élire conseiller général du canton de Vannes-centre (et avant que ce canton ne bascule à gauche, il coulera de l'eau sous les ponts). Dès 2001, il abandonne ce mandat pour prendre la mairie de Vannes, succédant à Pierre Pavec, un authentique UDF, que François Goulard avait battu au premier tour de la législative en 1997 (25% contre 20%). En 2002, François Goulard se présente sous l'étiquette UMP. Facilement réélu (au deuxième tour quand même), il rate le protefeuille ministériel. Il devra attendre 2004.

François Goulard est un membre de longue date de la famille libérale. D'abord aux Républicains Indépendants de Giscard, il passe au Parti Républicain, puis à Démocratie Libérale. A aucun moment, il n'a exprimé la moindre proximité idéologique avec les démocrates chrétiens, les centristes et "l'UDF canal historique" de Bayrou. Son ralliement aujourd'hui est uniquement tactique et viscéral. François Goulard est un chiraquien pur sucre, avec une détestation de Nicolas Sarkozy, à qui il a joué de sales tours, notamment en le critiquant vertement dans les médias (alors qu'ils faisaient partie du même gouvernement). Il se sait donc grillé, archi-grillé même. Il sait que si Sarkozy est élu président, il est pour 5 ans (au moins) député-maire de Vannes, sans aucun espoir d'une quelconque faveur.

Alors perdu pour perdu, autant aller se jeter dans les bras de François Bayrou. S'il est élu président, c'est le jackpot, avec sans doute un bon gros ministère. Si Bayrou n'est pas élu (ce qui est probable), Goulard peut espérer ne pas avoir d'adversaire UDF en face de lui, ce qui compensera la présence d'un candidat divers droite (voire même un investi UMP), envoyé par les sarkozistes. Il faut donc prendre ce ralliement pour ce qu'il est, une aventure personnelle d'un baron de province qui cherche à sauver sa carrière et sa position politique.

La vraie cinquième République

Tout le monde semble insatisfait de la cinquième république. Alors que Ségolène Royal veut une sixième république, Nicolas Sarkozy et François Bayrou vont vers une présidentialisation accrue. Aucun ne se pose la question de rétablir la cinquième république telle que voulue par le général de Gaulle et le comité constituant. Il suffirait pourtant de peu de choses pour retrouver un véritable équilibre du pouvoir et des institutions satisfaisantes. Mais on se trompe lourdement en se focalisant sur la fonction présidentielle. Le personnage central, dans l'esprit des constituants, ce n'est pas le président, mais le premier ministre. C'est lui qu'il faut remettre au coeur du système, en le faisant élire par l'Assemblée nationale au lieu de le faire nommer par le président de la République.

A partir de ce moment, le Premier Ministre tient sa légitimité de la seule assemblée, et n'est responsable que devant elle. Ce qui a troublé le fonctionnement de la cinquième république, c'est la double allégeance du premier ministre, dépendant à la fois du président de la République et de l'Assemblée. Progressivement, par le biais de la pratique, c'est le lien président-premier ministre qui a été considéré comme le plus fort, alors que cela n'aurait pas du être le cas. Sous la Quatrième République, le président de la République confiait à un homme la mission de former un gouvernement, à charge pour ce dernier de se faire investir par la Chambre des députés. Vu le contexte de la Quatrième République, ce n'était pas évident, et il est arrivé de nombreuses fois que des hommes désignés par le président échouent. Si par chance, ils arrivaient à passer ce cap redoutable de l'investiture, les présidents du Conseil n'avait aucun subordination politique vis-à-vis du président et menaient la politique qu'ils décidaient, sans prendre les ordres de l'Elysée.

Je pense que les constituants de 1958 se sont basés sur cet esprit pour confier au président de la République la désignation du premier ministre. Ils n'ont pas souhaité lui donner une autorité hiérarchique, car dans le texte, si le président nomme le premier ministre, il ne peut pas mettre fin à ses fonctions. C'est la pratique de la cinquième république qui a imposé au premier ministre de démissionner si le président le lui demande. En 1958, les constituants n'imaginaient pas que le système majoritaire puissent s'installer aussi rapidement, dès 1962, avec des majorités stables. Ils raisonnaient sur la base d'une assemblée émiettée, où l'idée même qu'un premier ministre puisse être élu n'était pas envisageable. Il fallait que quelqu'un propose un nom sur lequel les députés se prononcent par oui ou non. C'est la pratique et la trop forte autorité morale du général De Gaulle qui a dévoyé cette prérogative, la transformant en subordination politique du premier ministre.

Dans ce schéma de cinquième république originelle, le président de la République retrouve pleinement son rôle d'arbitre et de garant des institutions. Le pouvoir politique réel est entre les mains du premier ministre et le président est là comme autorité morale, comme un contre-pouvoir doté de suffisamment d'atouts pour être efficace. C'est lui qui détient le pouvoir de nomination aux postes importants (et notamment dans la magistrature), ce qui lui permet de lutter (s'il le souhaite) contre la politisation des nominations et freiner l'emprise d'un parti sur l'appareil d'Etat. En tant que chef des armées, il peut éviter les tentations de coup d'état d'un premier ministre entreprenant. Il faut se rendre compte qu'en 1958, le putsch militaire est une possibilité très réelle. Les évènements du 13 mai 1958 et la tentative de putsch de 1961 sont là pour le confirmer. Il en va de même des pouvoirs exceptionnels de l'article 16, où en cas de péril imminent, le pouvoir politique peut être désaisi en faveur d'une "dictature à l'antique", avec un président qui tel Cincinnatus, abandonne sa charrue et son champ pour aller sauver la Nation, et revenir chez lui une fois le travail accompli.

C'est le même principe qui s'applique au droit de dissolution, qui est exercé par le président, sur proposition du premier ministre. Lorsqu'il y a conflit entre le premier ministre et l'Assemblée, la solution se trouve entre les mains d'un tiers, qui n'est pas partie au litige. En cas d'adoption d'une motion de censure, c'est après diverses consultations que le président décide, soit d'accepter la démission que le premier ministre est tenu de lui présenter (il donne alors raison aux députés) soit de dissoudre l'Assemblée (il donne raison au premier ministre). De toute manière, c'est le peuple qui tranche en dernier ressort. Ce mécanisme n'a de sens que si le président n'est pas le véritable inspirateur de la politique menée par le Premier Ministre.

La cinquième république a été conçue comme une monarchie républicaine, avec un président de la république qui a tout d'un roi, qui aurait dû régner sans gouverner. C'est la pratique qui a ancré cette perversion du système qu'est la dyarchie à la tête de l'exécutif.

dimanche 25 mars 2007

Pour l'identité nationale

Nouvel épisode de la campagne présidentielle, la polémique autour de la valeur "nationale". Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy lance son idée du ministère de "l'immigration et de l'identité nationale". Tollé des autres candidats, de la Gauche en général, gêne chez certains à Droite. On assiste là à une réaction "normale" des élites françaises, où cette "appelation" est jugée malséante car trop proche dans son esprit d'un sujet-phare de l'extrême droite. Le choix des termes est en effet lourd de sens (et sans doute très soigneusement pesé), le thème de l'identité nationale ayant été trop longtemps laissé au FN, qui y a mis des contenus et des sens qui ne sont pas acceptables pour les partis démocratiques;

En lançant ce message, parfaitement voulu et calculé, Nicolas Sarkozy savait qu'il allait provoquer un tollé dans les milieux "bien pensants". Mais il a fait un pari sur la réception de ce message dans les couches populaires. Et il a gagné ce pari, car les sondages ont révélé qu'une majorité de la population n'a pas été choquée par ce ministère "de l'immigration et de l'identité nationale" ni par ce que Nicolas Sarkozy mettait en dessous. L'identité d'une nation, c'est un certain nombre de règles, d'interdits, qui forment le socle de notre culture, de notre identité, et qui ne sont pas négociables. Nicolas Sarkozy rejette ici fermement l'idée qu'il faut accepter sans restriction que les cultures non occidentales aient le droit de cité en France, que leurs pratiques soient reconnues légitimes, même si elles heurtent de plein fouet les fondements de notre civilisation. Je suis heureux de cette prise de position. Parler d'identité nationale, c'est aussi parler de la fierté d'être porteur de ces valeurs, de cette identité. Il y a des gay pride, pourquoi n'y aurait-il pas des "franco pride". Trop souvent ces dernières années, on a senti que se dire Français était honteux. Trop souvent on a laissé des éléments hostiles à notre culture et à nos valeurs exprimer leur haine et leur mépris de ce que nous sommes, sans réagir. Je pense en particulier à cette Marseillaise, sifflée dans un stade. Pour bien se faire comprendre, Nicolas Sarkozy a pris comme exemple de valeurs qui ne font pas partie de notre identité des pratiques d'autres aires de civilisation, comme l'excision, la place inférieure des femmes, car ce sont des points concrets, que l'on rencontre malheureusement en France de la part de certaines populations d'origine africaine ou musulmane (sans que l'ensemble de ces communautés soient concernées). Je ne pense pas qu'il ait voulu stigmatiser ces populations, dont l'immense majorité des membres sont des personnes respectables et sincèrement désireuses de s'intégrer.

Cette initative de Nicolas Sarkozy est importante sur plusieurs plans. Il remet sur le devant de la scène politique le thème de la cohérence de la Nation, de son unité autour de valeurs fondamentales non négociables. On peut accepter des différences, l'existence de communautés, à la condition qu'elles souscrivent ce pacte minimum, ce socle de valeurs qui sont l'identité de la France. Nicolas Sarkozy est souvent accusé de favoriser le communautarisme, de vouloir balkaniser la France, mais si sa politique consiste à autoriser et à reconnaître officiellement les différences, à l'intérieur d'un cadre explicite, cela me convient tout à fait. Par cette formulation un peu provocatrice, il va aussi empiéter sur des domaines trop longtemps laissés à l'extrême-droite, et c'est sans doute comme cela que l'on combat le plus efficacement le FN. C'est certainement mieux que les incantations et les procès en série de "l'antiracisme" officiel (SOS racisme et consorts), qui nourrit l'extrémisme plus qu'il ne le combat.

Après un premier moment de rejet et d'attaques, les deux autres candidats majeurs, Ségolène Royal et François Bayrou se sont aperçus que la thématique était très porteuse, et qu'il ne fallait surtout pas laisser ce terrain dans la besace de Sarkozy. D'où ces sorties assez pitoyables de Ségolène Royal sur le drapeau tricolore, sur la Marseillaise. On sent derrière la voix de Chevènement, qui nous avait déjà sorti l'obligation d'apprendre la Marseillaise dans les écoles, dans les années 80, lorsqu'il était ministre de l'Education Nationale. Bayrou a été plus malin, en se positionnant aussi dans ce débat, mais sans se lancer dans la surenchère comme sa concurrente socialiste.

Finalement, c'est Sarkozy qui s'en sort gagnant, marquant des points comme un boxeur qui a réussi un bon coup. Il a imposé le thème de l'identité nationale dans le débat présidentiel, thème sur lequel la Droite est mieux positionnée et plus à l'aise. Nicolas Sarkozy a aussi mordu sur les terres du FN, sans perdre trop de voix, car ceux qui ont hurlé n'auraient, de toute manière, jamais voté pour lui.

vendredi 23 mars 2007

Bizutage

A peine entré en fonction, le nouveau PDG de Total (qui était jusque là le n°2) est passé devant le juge et vient de se prendre une jolie mise en examen pour corruption. Il s'agirait d'une affaire de concession de gisements gaziers en Iran, où il aurait fallu arroser quelques personnes influentes, dont le fils de l'ancien président Rafsandjani. Bien entendu, Total nie les faits, mais cela ne trompe personne.

Il y a sans doute eu corruption, active de la part de Total, passive de la part des iraniens. Faut-il pour cela que la justice française poursuive les coupables ? Elle risque de ne toucher que les français, le fils Rafsandjani est bien à l'abri à Téhéran, et pourra continuer à voyager avec un passeport diplomatique. Par contre, les français vont trinquer. Margerie a pu conserver son passeport, heureusement pour lui, car vu la taille mondiale du groupe, l'assigner à résidence en France, c'est l'empêcher d'exercer ses fonctions. Un mois après son entrée en fonctions, l'obliger à démissionner serait porter un rude coup à l'entreprise Total.

Dans cette affaire, deux logiques se heurtent, celle de la justice et de la lutte contre les délits financiers, et la logique de la guerre économique. La France a la chance d'avoir avec Total un grand groupe international dans un secteur hautement stratégique, le pétrole. Cela nous donne un atout formidable, car la capacité d'influence et de pouvoir d'une telle entreprise va au delà de ce que l'on peut imaginer, pauvres citoyens que nous sommes. La politique économique mondiale, dans un système libéral, ce sont les très grosses entreprises qui la font, en tenant compte de critères objectifs (coût des matières premières, stabilité politique) ainsi que des incitations des politiques, qui tentent tant bien que mal de canaliser et d'orienter (par la politique monétaire notamment). Au milieu de tout cela, les grandes entreprises décident de leurs arbitrages et vu la masse qu'ils représentent, s'ils décident tous (de manière concertée ou pas) d'aller dans le même sens, cela a des répercutions mondiales. Avoir un ou plusieurs français dans ce club est une obligation si on souhaite garder un statut de puissance économique et donc politique.

Il est clair que dans la logique économique, les dirigeants de ces très grandes sociétés devraient être intouchables, surtout pour des histoires de corruption en vue d'obtenir des marchés. Dans la compétition mondiale, tous les coups sont permis et la corruption est l'une des manières de l'emporter sur ses concurrents. A la limite, dans l'affaire Total, ceux qui sont lésés, ce sont les iraniens, et encore. Vu la configuration du marché du gaz, que ce soit Total ou Gazprom qui emporte le marché, les conditions économiques et financières seront les mêmes pour l'Iran. Ensuite, que ce soit blanc bonnet ou bonnet blanc qui emporte le marché, c'est andecotique, sauf pour quelques personnes bien placées, celle qui auront à faire ce choix. Dans ce contexte, c'est péché véniel de la part de Total. Par contre, là où la corruption est plus scandaleuse, c'est quand elle permet d'obtenir des conditions très avantageuses pour l'entreprise, qui peuvent parfois s'apparenter à du pillage pur et simple, tellement le contrat est léonin. C'est malheureusement trop souvent le cas en Afrique, où les dictateurs locaux, en échange d'un flot d'argent sur leur compte en Suisse, laissent les grandes entreprises se servir largement dans les réserves de matière première du pays, au détriment des intérêts des populations. Là c'est plus grave et les poursuites dans ce cas sont largement justifiées. Etrangement, c'est dans le premier cas, quand il y a compétition entre les grandes sociétés que les affaires sortent, ce qui me laisse penser que la justice française se fait manipuler. Plutôt que d'aller pinailler sur le dossier iranien, j'aimerais que les juges français aillent s'intéresser par exemple à ce qui se passe au Congo-Kinshasa. Mais bizarrement, les dénonciations et les éléments de preuves n'arrivent pas spontanément sur le bureau du juge...

Il faut lutter contre la corruption, c'est une évidence, mais ce combat ne peut être mené chacun dans son coin, Etat par Etat. La lutte contre la corruption ne peut se faire qu'au niveau mondial, par le biais d'un droit international pour l'instant balbutiant, et que les grands pays occidentaux doivent faire avancer de concert. Ce n'est pas gagné, mais ce n'est pas impossible non plus. Et surtout, il faut d'abord viser l'intérêt des populations, celles qui se font piller et n'arrivent pas à se faire entendre, qui ne sont pas en mesure d'aller déposer un dossier sur le bureau d'un juge parisien, en se payant un avocat pour défendre leurs intérêts.

jeudi 22 mars 2007

Un fonctionnaire n'est pas un politique

Alain Morvan vient d'être démis de ses fonctions de recteur de l'Académie de Lyon. Il lui est officiellement reproché des manquements aux obligations de réserve liées à ses fonctions. Tout le monde s'accorde pour reconnaitre que ce n'est qu'un prétexte. Ce qui lui est reproché est de s'être opposé à l'ouverture d'un établissement "musulman".

Le gouvernement a eu raison de sévir. Un recteur d'Académie est un fonctionnaire, pas un politique. Il doit appliquer les consignes qui lui sont données par ses supérieurs hiérarchiques, et n'a pas à mener une "politique personnelle". L'ouverture d'un lycée musulman peut prêter à critique, et les inquiétudes sur un éventuel aspect "communautariste" peuvent s'exprimer. Mais dans ce cas, il faut attendre de voir le fonctionnement réel de l'établissement et sanctionner des comportements avérés. S'opposer, par principe, avant même l'ouverture de l'établissement, c'est choquant et cette attitude tient plus de l'idéologie que de l'exercice des fonctions administratives. De plus, ce recteur a attaqué sur des sujets mineurs, sur des problèmes de locaux, de salles trop petites. C'est bien qu'un recteur se préoccupe ainsi des conditions matérielles des établissements, mais qu'il le fasse pour tous. J'aurais aimé qu'il applique à tous les établissements de son rectorat les normes qu'il préconisait pour le lycée musulman, et qu'il ferme ceux qui ne seraient pas conformes.

Sur la question même d'un lycée "musulman", je n'ai aucune "inquiétude préventive". Il existe un réseau d''écoles confessionnelles catholiques en France, qui ne pose pas, à ma connaissance, de problèmes "communautaires". A partir du moment où l'établissement est sous contrat et rempli ses obligations, il est libre de faire ce qu'il veut, de fournir en plus des cours de religion, des activités annexes. Les parents ne sont d'ailleurs pas obligés d'y amener leurs enfants. J'estime qu'il faut faire confiance à priori à des personnes désireuses de monter des projets, et les juger sur leurs actes, non pas sur leur appartenance à telle ou telle organisation. Si on veut une bonne intégration, une communauté nationale apaisée, il faut commencer par tendre la main, par présumer la bonne foi et la bonne volonté de son interlocuteur, même si on a des doutes et que l'on suivra avec attention les projets qu'il lance. Il ne faut pas s'étonner après avoir semé le vent, de récolter la tempête.

mercredi 21 mars 2007

Qui connait Madame Royal ?

Je viens de lire le petit opuscule d'Eric Besson, où il explique les raisons de son départ du PS et les sérieux doutes qu'il a sur la candidature de Ségolène Royal. L'ouvrage est assez vite lu, 164 pages dans un petit format, avec de bonnes marges tout autour. L'ensemble est assez intéressant, même s'il présente des faiblesses. Il ne faut pas oublier que c'est un livre de justification, et que l'auteur s'y présente sous son meilleur jour.

Ce livre, c'est en fait la digue qui rompt, le bon soldat qui d'un seul coup, lache ce qu'il a sur le coeur, ce qu'il a supporté par discipline, par engagement, par fidélité pour son parti. Même si Ségolène Royal l'inquiète, il se tait, elle est la candidate investie par les militants. Régulièrement, il fait appel à son sens du devoir pour se remotiver.

Il commence par raconter les quelques journées qui l'ont fait basculer, car c'est bien d'un basculement qu'il faut parler. C'est un peu l'histoire de cet automobiliste joué par Michael Douglas dans "Chute Libre". Il menait jusque là une petite vie d'apparatchik, de député de base, reconnu en interne pour sa compétence économique, mais totalement inconnu du grand public. Il a des doutes, voit bien les petites bassesses du milieu politique, les contraintes et les servitudes. Mais il est là, dévoué (c'est lui qui le dit) faisant son boulot, animant une équipe d'experts économiques qu'il fait plancher, à produire des notes, des synthèses pour alimenter la candidate et ses équipes. Et puis il y a eu un coup de stress, lors d'une réunion. Eric Besson est déboussolé les changements de caps de Ségolène Royal, qui annonce 50% d'énergies renouvelables pour 2020 alors que le programme du PS n'en promet que 20%, qui multiplie les promesses coûteuses que Besson doit ensuite aller défendre et chiffrer. On comprend que la période n'a pas été facile et qu'il devait être bien fatigué. Après son coup de gueule et sa démission de la direction, les choses s'enchaînent, et ce sont les attaques personnelles de gens qu'il croyait être des amis (comme si on avait de vrais amis en politique), c'est le mépris de Ségolène Royal "vous connaissez Monsieur Besson ?" et c'est la chute libre, la rupture.

Il expose dans la deuxième partie ce qu'il pense de l'organisation de la campagne de Ségolène Royal : "La ligne, c'est qu'il n'y a pas de ligne. Pas de discours construit. Pas d'engagements. Personne n'est capable de dire, au moment où on se parle, ce que fera Ségolène Royal si elle arrive au pouvoir". Besson dénonce le refus du débat, le refus de Ségolène Royal des contre-pouvoirs, et le Parti Socialiste en est un. Lorsqu'elle s'est dit "libre" de prendre ses distances avec le PS, elle a véritablement exprimé le fond de sa pensée. Besson ne se contente pas de tirer sur Ségolène, sujet sur lequel il ne nous apprend que des choses que l'on connait déjà. Il pointe aussi la grande misère dans laquelle est tombé le PS, cette campagne interne où Ségolène Royal est arrivée à délégitimer toute critique de ses adversaires, forcement misogynes, où les ralliements se sont fait uniquement sur la foi des sondages et la capacité à gagner. Pour Eric Besson, les socialistes sont très profondément traumatisés par le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005. Le but n'est plus de faire triompher des idées, mais d'éviter les déchirements internes et surtout, une nouvelle déculottée électorale. Et pour cela, ils sont prêts à se jeter dans les bras de la première personne en mesure de leur garantir la victoire. Pour faire quoi ? Ils n'en savent rien et Besson à même l'impression qu'ils s'en foutent. Le PS est franchement en coma idéologique dépassé. Le 23 avril 2007, si Ségolène Royal est éliminée de la course, ce sera la mort clinique.

Au delà de l'auto-justification, on sent chez Eric Besson le cri du militant besogneux, qui aime son parti, qui lui a beaucoup donné et qui estime ne pas avoir reçu en retour. Il vient du secteur privé, ce qui en fait une espèce rare au sein des autres élus "purs produits du socialisme français". Il se positionne clairement social-démocrate, réformiste et se dit consterné par le mode de fonctionnement des socialistes "leurs guerres intestines, l'ineptie de ces courants qui se combattent". Il estime avoir beaucoup travaillé, beaucoup produit en vue de cette campagne sur les questions économiques et qu'au final, tout cela est balayé d'un trait de plume par les vieux éléphants (et il cite Pierre Mauroy), qui s'en foutent de l'économique, qui ne raisonnent que "social". Il se fait le porte-parole des "experts" dont le travail de fond n'est pas repris, mais qu'on envoye au charbon pour expliquer et soutenir des mesures qu'ils savent au mieux ineptes, au pire nuisibles.

Au delà de son aspect "brulôt de campagne", ce petit livre-témoignage est un bon indicateur des états d'âme des apparatchiks, et semble-t-il de beaucoup de militants socialistes, désespérés par l'évolution de leur parti, où la candidature de Ségolène Royal n'est que l'aboutissement d'une lente agonie, le symptôme d'un mal plus profond qu'une victoire électorale ne suffira pas à guérir.

Travailler en équipe

Savoir travailler en équipe est une compétence recherchée, et rare dans notre système français, surtout chez les "chefs" et les managers. Nous avons le culte, en France, du génie, de la forte personnalité sur qui tout repose, l'homme (ou la femme)providentiel. On a souvent des équipes qui n'en sont pas, parce que construites sur un modèle où les équipiers sont au service du chef, doivent se caler sur son rythme, sur ses manières de travailler. Dans ce modèle, le chef ne délègue pas, il sous-traite.

Le vrai travail en équipe implique que tous soient soumis à la règle, y compris le leader. Chacun a une tâche définie à accomplir pour que le projet aboutisse. Le "chef" est alors celui qui est chargé de la coordination, des arbitrages, de l'animation et de l'impulsion. C'est un état d'esprit totalement différent, où le leader accepte que tout ne soit pas fait à sa mesure, selon son bon plaisir. Il accepte que des éléments importants de la réalisation ne soient pas sous son contrôle étroit, et donc de "dépendre" de membres de son équipe.

Arrivé à un certain niveau, les tâches ne peuvent plus être accomplies par une seule personne, même entourée d'une noria de conseillers, d'assistants. Toute géniale qu'elle puisse être, cette personne est limitée, humaine, elle ne sait pas tout, ne peut pas tout. Travailler en équipe offre la possibilité de créer des synergies, les équipiers concentrant leur énergie sur le projet. Ils utilisant leurs talents de la manière la plus optimale, au lieu de devoir passer une partie de leur temps à se mettre dans les pas d'un autre. C'est bien plus valorisant quand la tâche que l'on a bien faite est reprise tel quel, que l'on retrouve sa marque dans les réalisations.

Les équipes politiques de campagne sont de bons exemples d'étude. Nicolas Sarkozy est quelqu'un qui travaille réellement en équipe. Il a su réunir autour de lui de vrais talents (notamment son excellent directeur de campagne, mais aussi sa plume, Henri Guaino). Il fixe la ligne globale, anime l'équipe, arbitre les conflits, mais il ne prétend pas tout faire. Il participe à la rédaction de ses discours, mais une fois que le texte est arrêté, il s'y tient. Quand ses conseillers lui donnent son agenda du jour ou de la semaine, il sait que le tri a déjà été fait, des arbitrages réalisés et il ne va pas s'amuser à bouleverser son programme, parce qu'il en a envie, parce qu'il fait ce qu'il veut comme il veut. Travailler en équipe, c'est admettre que d'autres puissent être meilleurs dans des domaines précis et leur faire entière confiance. Beaucoup de nos politiciens français, formés dans les grandes écoles, n'arrivent pas à se mettre cela dans la tête.

Ségolène Royal est exactement à l'inverse de ce mode de fonctionnement. Ses équipes découvrent le contenu des discours en même temps que le public, le prononcé pouvant être assez différent de ce qui avait été écrit. Si l'envie lui prend, elle bouleverse l'agenda et improvise des visites, comme dimanche dernier au salon de l'Etudiant. On comprend que des collaborateurs puissent péter les plombs, comme l'a fait Eric Besson, qui dénonce ce mode de fonctionnement. Au delà de la charge électorale, son propos ne traite en fait que de cela, l'incapacité de Ségolène Royal à accepter de travailler réellement en équipe.

Arrivé à ce niveau de responsabilité, c'est pourtant indispensable de travailler en équipe. Quand on regarde bien ceux qui sont arrivés au sommet, ils ont toujours su travailler en équipe. Ils n'auraient pas dit, comme Ségolène Royal "tout dépend de moi".

mardi 20 mars 2007

L'auberge espagnole

Après Le très libéral (et c'est un euphémiste) Edouard Fillias, après Azouz Bégag, voici que c'est maintenant Nicolas Dupont-Aignan qui se rallie à François Bayrou. Là, je comprends de moins en moins la cohérence. Que va faire un souverainiste forcené, qui se prétend gaulliste (et qui est peut-être celui à le plus droit à ce titre) chez un démocrate-chrétien fédéraliste. On aura tout vu ! Franchement, le siège de campagne de François Bayrou ressemble de plus en plus à une auberge espagnole, le rendez-vous des anti-sarkozy, ceux qui n'ont pas voulu se rallier au président de l'UMP, ou pire, ceux dont on n'a pas voulu à la rue d'Enghien, et qui viennent, par dépit, offrir leurs services à l'UDF.

Ce qui me surprend le plus est que François Bayrou puisse voir dans ce rassemblement hétéroclite une marque de son importance et de sa capacité à rassembler. Il y arrive, parce qu'à droite, c'est lui ou Sarkozy et que depuis 5 ans, il s'efforce d'être le village d'Astérix, celui qui résiste à l'envahisseur. C'est joli, c'est pittoresque, très gaulois finalement. La posture du résistant a toujours séduit en France, par son coté panache, son instransigeance. Oui, mais s'il n'y avait pas eu les romains, la France ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui. Un rassemblement de mécontents et de frustrés n'a jamais permis de gouverner. C'est tout le drame de l'UDF de ne pas pouvoir aller au delà de la fonction tributienne, celle qui proteste, pour passer à une véritable force de gouvernement, celle qui rassemble autour d'un projet.

J'attends avec gourmandise que l'entourage de Bayrou nous dise ce qu'il va faire de tous ces "réfugiés politiques", quel rôle va être le leur dans son dispositif, pour la campagne, mais surtout, après la campagne...

Delanoé et les contre-pouvoirs

Régulièrement, je trouve dans ma boite mail des messages d'un perroquet parisien, qui commente régulièrement l'actualité de la ville de Paris. Les propos ne sont pas toujours tendres pour Bertrand Delanoé et son équipe. Les élus de Droite ne sont pas non plus épargnés lorsqu'ils sortent des conneries ou qu'ils s'abstentent un peu trop souvent des séances.

Au début de son mandat, dans un grand élan participatif, Bertrand 1er demande aux citoyens "de lui dire ce qui ne va pas". Le volatile s'empresse de lui donner satisfaction et dresse régulièrement un tableau de ce qui ne va pas, des petits mensonges et des grosses manipulations. Comme Ségolène Royal, Bertrand Delanoé ne semble n'être "participatif" que dans les paroles, parce que lorsqu'il s'agit de passer aux actes, c'est une autre histoire. Le perroquet libéré a des contacts au sein des services de la Ville de Paris, les renseignements qu'il fournit étant généralement précis et étayés. Cela agace prodigieusement le maire et son équipe, qui cherchent par tous les moyens à descendre le volatile.

Je soutiens pleinement l'existence de ces contre-pouvoirs, qui mettent en lumière ce que les élus autoritaires voudraient cacher. Surtout quand les propos et les arguments sont de cette qualité : pas d'attaques personnelles, pas de charges grossièrement politiciennes et militantes. Juste des chiffres, des faits, des questions gênantes, mais toujours pertinentes. Une saine lecture pour tous les parisiens.

lundi 19 mars 2007

La 6ème république de Ségolène

Dimanche 18 mars, grand discours de Ségolène Royal devant les élus socialistes. La grande nouveauté que retient la presse, c'est que Ségolène Royal s'est prononcée en faveur de la 6ème république. Curieux, je suis allé voir ce qu'elle mettait sous cette appellation.

Rassurez vous bonnes gens, la révolution, le grand soir institutionnel, ce ne sera pas la 6ème république de Ségolène Royal. Elle reste sur les propositions déjà faites, et que j'avais commenté. Dans son discours, elle répète sa proposition, déjà connue, de mettre fin au cumul des mandats. Son deuxième pilier est un blabla informe sur le dialogue social, sans la moindre amorce de mesure concrète. Il faut du dialogue social, c'est bien, mais tous les autres l'ont dit aussi. Au final, sa sixième république est bien creuse, car de tous les candidats "sérieux", c'est elle qui bouleverse le moins les équilibres institutionnels. Alors que Sarkozy et Bayrou vont clairement vers un régime de type présidentiel, Ségolène Royal se contente d'améliorer le système parlementaire existant. Elle s'appuye sur le rapport Bel (du nom du président du groupe PS au Sénat) qui est plutôt bien fait et solide. Son programme institutionnel tient la route, mais le qualifier de 6ème république, c'est à la limite de la publicité mensongère.

Il n'y a qu'un seul sujet, dans ce discours, qui mérite qu'on s'y arrête, c'est la décentralisation. Comme d'habitude, Ségolène Royal nous sort ses concepts marketing de "démocratie territoriale" et "d'intelligences territoriales". C'est agaçant car c'est totalement creux. Heureusement, derrière, elle prend position de manière intelligible sur des enjeux réels.

Le premier sujet, c'est la multiplicité des échelons. On a la commune, le groupement de communes, le Département, la Région. Beaucoup considèrent qu'il y en a un, voire deux de trop. Le "maillon faible", c'est le département, et régulièrement, il est question de le supprimer, avec à terme l'idée d'avoir des régions fortes, adossées sur des groupements de communes qui prendraient en charge l'essentiel des compétences techniques des communes, ne leur laissant que les aspects "symboliques". Sur ce sujet, Ségolène Royal nage en pleine contradiction. Elle commence par dire qu'elle va faire voter une loi sur "les intelligences territoriales" qui ira dans le sens d'une régionalisation. Ce n'est pas une suprise de sa part, on sait depuis longtemps qu'elle est une fervent régionaliste. Mais juste derrière, elle annonce qu'elle n'entend supprimer aucun échelon, et qu'elle va conserver le département. Si on veut des Régions fortes, il faut leur donner plus de compétences et plus de moyens. La solution, c'est de transférer aux Régions les pouvoirs et les moyens financiers des Départements. Mais voilà, on supprime les conseils généraux et les postes de conseillers généraux... Le gouvernement Raffarin a essayé, en 2003-2004 de renforcer les Régions au détriment des Départements. Il a échoué devant la puissance du "lobby départemental" et comme que la majorité des Conseils généraux sont à Gauche, Ségolène Royal flatte dans le sens du poil, au risque de ne pas faire mieux que Raffarin sur le sujet.

Le deuxième sujet est la clarification des compétences de chaque échelon et les questions de financements croisés. Actuellement, beaucoup de projets d'investissements sont subventionnés à la fois par l'Europe, l'Etat, la Région, le Département, la Communauté de communes et la Commune. On s'y perd, les responsabilités sont diluées, chacun dispose d'un droit de regard, peut faire capoter le projet en refusant sa subvention. Bref, c'est le grand bazar et il est effectivement temps d'y mettre fin. La solution est que chacun sache ce qu'il a à faire et le finance seul (avec éventuellement des aides de l'Etat ou de l'Europe). On mettra fin au saupoudrage généralisé.

Encore faut-il que les collectivités aient les moyens financiers de leurs compétences. Sur ce point, Ségolène Royal évoque la mise à disposition de "moyens justes" pour que les collectivités locales ne soient pas obligées de recourir aux hausses de fiscalité. Après les augmentations vertigineuses des impôts locaux dans les régions socialistes, la marge de manoeuvre est réduite. Pour que cela fonctionne, il faudrait un peu d'ordre et de discipline, et que les Régions dépensent leur argent uniquement pour les compétences qui leurs sont attribuées. Aujourd'hui, elles ont tendance à se plaindre de ne pas avoir les moyens pour les compétences qui ne leurs plaisent pas (comme par exemple les personnels techniques des lycées), mais flambent allègrement pour la "coopération décentralisée", la Culture, des "palais régionaux" pharaoniques et même des investissements industriels, bref tout ce qui permet aux élus de se valoriser politiquement et de se faire plaisir. L'ordre juste voudrait que l'Etat veille à ce que chacun reste chez soi. Mais allez le dire à un parterre de 4000 élus locaux. Cela aurait pourtant été un beau moment de courage politique.

vendredi 16 mars 2007

La vérité finit toujours par sortir

Eric Besson lance une charge d'une rare violence contre Ségolène Royal souhaitant ouvertement sa défaite. Venant d'un ancien cadre de haut rang du PS, cela laisse pantois et montre l'étendue du drame de ce parti, qui se rend compte de sa monumentale erreur de casting.

Ségolène Royal y est décrite comme une femme autoritaire, adepte de l'exercice solitaire du pouvoir, uniquement préoccupée de sa gloire personnelle et de son image. Cela correspond exactement à ce que j'entend d'elle, notamment par la voix d'élus socialistes de la Région Poitou-Charentes, qui la détestent (et j'ai le témoignage direct d'un parlementaire socialiste de la Charentes, qui a tenu sur Ségolène Royal des propos peu amènes). C'est également ce que raconte son ancienne attachée parlementaire (passée depuis à l'UMP). Bien entendu, ce sont des attaques de campagne, et il faut les prendre avec prudence. Mais cela fait beaucoup trop de témoignages concordants, publiés ou off et comme le dit la sagesse populaire participative, il n'y a pas de fumée sans feu.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire, une campagne électorale met à nu, dévoile les personnalités. Si Ségolène Royal est élue, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas. Mais nombre d'électeurs, plus ou moins militants, vont une fois de plus faire abstraction de ces considérations et voter pour "l'étiquette", sans enthousiasme, voire à reculons. Mais ils voteront quand même, parce qu'une élection, c'est un choix à opérer dans un panel limité, où il faut faire avec ce qu'il y a, en sachant qu'il y en aura forcement un qui sera élu. La personnalité n'est qu'un paramètre parmi d'autres et plus qu'une personnalité, l'électeur un peu politiser souhaite faire gagner son camp.

Si des reproches doivent être faits, ce sont les militants PS qui les méritent le plus. Le rôle des partis est de sélectionner, pour que les électeurs qui veulent soutenir ce camp ne soient pas contraints de voter à contre-coeur, car même si le candidat est élu (on peut l'être par défaut), sa légitimité personnelle et donc sa capacité politique est faible. En 2006, les militants PS ont clairement failli, en ouvrant à tout va la possibilité d'adhérer, ils se sont jetés dans les bras d'une aventurière. Qu'ils ne soient pas surpris d'en payer le prix.

Autorictas blogospheris

Une amusante polémique, vient de naitre, comme on sait les produire de temps en temps, sur le mode tempête dans un verre d'eau. C'est comme une pièce de théâtre où un kaléïdoscope de la nature humaine nous est présenté. D'habitude, je n'en parle pas, mais cette fois-ci, c'est tellement amusant, caricatural et instructif que je passe outre mes habitudes.

Tout commence par un billet intéressant de Versac sur les failles de Technorati. Il part d'un exemple, le classement du blog de Carignano, pas du tout en rapport avec sa position réelle. Certes, il est un peu connu et lu, c'est une des têtes de pont des chiracolâtres, mais de là à être dans les sommets, il y a effectivement un anomalie, un truc qui ne colle pas. Versac mène donc l'enquête et découvre ce que tout le monde soupçonnait, on peut trafiquer et berner technorati. Cela explique entre autres le classement number one inamovible de Loïc Le Meur, difficilement explicable par la (piètre) qualité des contenus de son blog.

Même si j'attache une importance très relative à ces classements, je suis comme tout le monde, je vais voir. Technorati est d'ailleurs très utile pour repérer les blogs qui parlent de vous, de vos articles, en oubliant de mettre un rétrolien. Accessoirement, la question de "l'influence" des blogs est intellectuellement intéressante, avec cette dialectique quantité-qualité, comment mesurer quelque chose qui est éminemment subjectif, personnel. Ce n'est pas ce que je lis et que je commente que je suis convaincu et influencé dans mes idées et opinions. Cette thématique joue aussi à plusieurs niveaux, sur les contenus et les idées bien entendu, mais aussi sur le choix des sujets. Etre influent, cela peut aussi se jouer sur la capacité à lancer, voire à imposer des sujets et des thèmes. Cette polémique aura permis la publication d'un excellent article sur le sujet.

L'épisode est aussi intéressant sur le plan des enjeux des classements. Ce n'est pas seulement des satisfactions d'ego qui poussent à vouloir être dans les hauts de classements. On entre là dans des considérations professionnelles, financières, car la visibilité hors de la blogosphère que donnent ces classements est stratégique. Certains vivent de leur position "centrale" et "influente", ainsi que de la connaissance qu'ils ont de ce milieu. C'est le cas de Versac, qui exerce la profession de consultant en stratégie internet. Son article n'est pas tant celui d'un blogueur que celui d'un professionnel qui explique les trucs et astuces de la blogosphère, et permet ainsi aux lecteurs de faire la part des choses entre blogueurs réellement centraux et usurpateurs. C'est un intéressant travail de vulgarisation et en tant que béotien informatique, je suis heureux d'en apprendre un peu plus sur un sujet que je maîtrise mal. Dans son article, Versac prend Carignano et Page2007, parce que c'est ce qu'il a sous la main, que les anomalies sont évidentes et remplissent donc parfaitement leur rôle d'exemple. Je ne pense pas qu'il y ait à voir un volonté d'attaquer spécifiquement ces deux blogs.

La réaction ne s'est pas fait attendre. Elle est tout aussi intéressante à étudier, car deux blogueurs cités ont tout de suite mis en place un écran de fumée. C'est un complot, Versac est un jaloux, un "vieux con". Christophe Carignano en fait immédiatement une question de personne, de susceptibilité de blogueur, d'attaque politique. Mais surtout, pas de réponse sur le fond ! Alors Christophe, tu les truquent ou pas tes statistiques ? parce le billet de Versac est quand même bien argumenté et que s'il se trompe, il doit être possible de lui répondre techniquement. Je pense qu'on risque d'attendre encore longtemps...

Axel de Page2007 place l'affaire sur le plan de la rivalité professionnelle. Versac serait jaloux de ne pas avoir obtenu un poste, ou je ne sais quoi. L'angle est un peu différent, mais il n'y a pas plus de réponse de fond, de contre-argumentaire technique. C'est un grand classique, quand on ne veut pas ou qu'on ne peut pas répondre sur le fond, on cherche à disqualifier l'adversaire. Si l'un des deux blogueurs attaqué avait été juif, on aurait peut-être vu sortir un accusation d'antisémitisme, s'ils avaient été des femmes, un procès pour mysoginie. Rien de neuf sous le soleil !

Heureusement, Thierry Crouzet est d'une autre envergure. Il reconnait honnêtement les faiblesses de son instrument Bonvote, qui ne fait que reprendre ce que lui donne Technorati. Il répond sur le fond, avec des arguments techniques (et il n'est pas d'accord avec l'analyse technique de Versac), mais aussi une réflexion intéressante sur l'influence, sa nature et la manière de la mesurer. Il dialogue réellement, sans prendre pour lui un article qui se voulait d'abord une critique de Technorati, et un appel à ne pas prendre pour argent comptant les classements qui peuvent sortir ici ou là.

Belle illustration de la blogosphère à plusieurs vitesses. C'est comme cela que se fait le tri entre les bons et les médiocres.

Que sont les RG devenus ?

Il y a quelques semaines, on ne parlait que de cela, des Renseignements généraux, de leurs fiches sur les conseillers de Ségolène Royal. On en faisait tout un foin, avec trois dépêches par jour : Une pour "Bruno Rebelle va consulter sa fiche", une autre pour "Bruno Rebelle est en train de consulter sa fiche" et une dernière pour "Bruno Rebelle a consulté sa fiche". Des présidents de groupes parlementaires saisissaient le Conseil constitutionnel, on réclamait la démission du ministre de l'Intérieur.

Et puis plus rien, le soufflé médiatique est retombé, on est passé à autre chose. Les Renseignements généraux sont toujours là, font des fiches sur les conseillers de tout le monde (actuellement, ils doivent être sur le staff de Bayrou) et Sarkozy est toujours place Beauvau. C'est bien la preuve que tout cela était une affaire gravissime, qui mettait le démocratie en danger. Comment voulez vous après que les politiques et les journalistes restent crédibles quand ils mettent tout sur le même plan, quand ils montent en épingle des bricoles et leur donnent l'allure d'affaires d'Etat.

C'est la grande misère des médias que de suivre bêtement et de se focaliser ainsi sur des sujets qui n'en valent pas toujours la peine. Ce que j'aurais aimé trouver, c'est un journaliste qui remette les choses en perspective et à leur juste place, avec un suivi sur la durée. Je ne suis pas journaliste, je n'ai donc pas leurs moyens d'investigations, mais j'aimerais bien qu'on réponde à cette question : Quels sont les résultats concrets de ce barnum politico-médiatique ? Les choses ont-elles changé ?

jeudi 15 mars 2007

Les nouveaux bobos

Je viens de découvrir récemment une nouvelle tribu, les "créatifs culturels". Il semblerait qu'il s'agissent d'une importation en droite ligne des USA (comme d'habitude) et qui risque d'être le nouveau concept à la mode en France.

Comme pour toute nouveauté, ceux qui se reconnaissent dans cette appellation (au cahier des charges assez lourd) sont des gens formidââblesss, géniaux, progressistes, dans le sens du vent. Bref, tous les qualifications que les bobos aiment se voir attribuer. En face, on trouve les ennemis, ceux qui sont à l'inverse de ces valeurs, gentillement baptisés "les nouveaux (néo ?)conservateurs" (houuu !). Voici donc ce qu'il faut être pour se dire "créatif culturel" : "En rupture avec les valeurs héritées de sa famille, il exerce souvent un métier qu'il a choisi, qui lui convient mieux que celui pour lequel il a fait des études. Il met a l'œuvre les valeurs dites "féminines" (sensibilité, intuition, empathie, non-compétitivité...) dans sa vie personnelle et professionnelle. Il tisse des liens autour de lui, préfère la coopération a l'affrontement, et a un fort sens de la solidarité. Il défend les valeurs multiculturelles et a une vision différente de l'éducation. Il peut pratiquer une certaine "spiritualité laïque", est convaincu que le changement personnel peut contribuer à une transformation positive du monde. Il attache une grande importance aux notions d'authencité et de cohérence entre ses convictions profondes et son comportement."

Je ne peux pas me reconnaitre dans ce portrait global, bien trop orienté et précis, et surtout, qui ressemble terriblement à un descriptif d'article de mode pour magazine féminin. La nouvelle mode, c'est ça, ça et ça, sans explications, sans nuances. Bien prescriptif tout cela. Pour autant, j'adhère à certaines valeurs inscrites dans le cahier des charges : "valeurs féminines", préférant la coopération à l'affrontement, choix d'un métier en phase avec les goûts, recherche de la cohérence entre convictions et comportement. Malheureusement, dans ce genre de concept, c'est tout ou rien. Alors si je ne coche pas toutes les cases suis-je créatif ou simplement culturel ?

On est là typiquement dans le concept marketing, qui flaire l'air du temps et qui cherche à capter les tendances favorables du moment, pour les enfermer dans un concept, avec ses grands prêtres, ses censeurs, ses prescripteurs. Parce derrière, le consumérisme va suivre, avec ses injonctions "si vous êtes un créatif culturel (traduisez gentil d'avant garde), vous devez consommer cela et de telle manière". On va estampiller des produits "pour créatifs culturels", donnant ainsi au bon peuple l'illusion d'en être, rien qu'en se ruant sur ces produits. Le mouvement est déjà en marche, avec comme fer de lance des magazines comme "les inrockuptibles" ou "Psychologie magazine" (le concept de "Elle", version new age) chargés de populariser le concept.

Encore un beau piège à cons...ommateurs !

Vivement le 7 mai

Vivement que cette campagne présidentielle se termine, que l'on puisse à nouveau bloguer normalement, sur des sujets qui en valent la peine. Je renonce officiellement a commenter plus avant les programmes des candidats, car je ne suis plus en mesure de distinguer le lard du cochon. Actuellement, les candidats, tous quels qu'ils soient, multiplient les promesses, au point que l'on ne sait plus ce qui relève de leurs vrai projet, de ce qu'ils vont effectivement mettre en oeuvre et l'ensemble des promesses et déclarations destinées à flatter tel électorat, à éviter de s'aliéner tel autre. On nage en plein délire, et je prend pour exemple la question de la viticulture.

C'est un lobby puissant en France, avec un secteur qui va plutôt mal, donc aux abois. Alors que Nicolas Sarkozy ne boit pas une goutte d'alcool, on l'a vu aller prendre un verre de vin blanc, à Sancerre au milieu des viticulteurs, en leur promettant ce qu'ils ont envie d'entendre. Cette profession s'est mis en tête que le vin, ce n'est pas de l'alcool, et qu'il faut les exonérer des effets de la loi Evin. Ils commencent par attaquer sur la question de la publicité, accusant les restrictions d'être la cause des difficultés du secteur. Qu'est ce qu'il ne faut pas entendre comme âneries et contre-vérités.

Il n'y a qu'une partie de la viticulture qui va mal. En Champagne, par exemple, les affaires marchent du tonnerre. C'est le Languedoc, le Baujolais et le Bordelais qui trinquent. Et s'ils souffrent, c'est largement de leur faute, de leur refus de s'adapter et d'évoluer. Face aux concurrents californiens, australiens, chiliens, il faut utiliser les mêmes armes, c'est à dire user du marketing et surtout, faire un vin qui répond aux attentes des consommateurs. Or, les viticulteurs français, imbus de leur supériorité, ont longtemps été dans l'idée qu'ils faisaient le vin qu'ils voulaient, en petits artisans à la Jean-Pierre Coffe, et que naturellement, le public achèterait. Et bien non, cela ne marche plus comme cela et si le public veut du vin boisé et chaptalisé, même si on est dans la faute de goût (pour les puristes), on fait du vin boisé et chaptalisé, surtout quand on vise les marchés à l'exportation. Si le public veut de la lisibilité dans le produit qu'il achète, on lui en donne au lieu de rester sur un système d'AOC où seuls les sommeliers diplômés s'y retrouvent. Qui n'a jamais connu le grand moment de perplexité au rayon vin, à savoir lequel prendre, et en achetant parfois "à l'aveugle" un bouteille qui avait une belle étiquette. Et bien entendu, il n'y a plus de place pour la piquette, ce vin de table qu'on vend au cubit. Il faut produire de la qualité et certains terroirs, comme le Languedoc, sont encore trop inégaux, d'excellents vins voisinant avec des cuvées médiocres (voire franchement mauvaises). C'est faute d'avoir évolué que la viticulture française est en crise. Ce n'est donc pas en libéralisant la publicité pour le vin que l'on va changer quoique ce soit, les vignerons le savent, les candidats le savent, et pourtant...

En voulant faire plaisir et dire aux diverses catégories ce qu'elles ont envie d'entendre, les candidats montrent leur perméabilité aux pressions diverses et variées. Quand on pèse électoralement ou symboliquement, on peut faire dire n'importe quoi à un candidat en campagne, y compris ce qui va à l'opposé de sa pratique habituelle. Comment voulez-vous alors démêler le vrai du faux, et croire aux promesses, trop nombreuses pour être sincères.

mercredi 14 mars 2007

Un style de vie chrétien

Trouvé dans le dernier document pontifical sur l'eucharistie, à propos des divorcés remariés :

"désirant qu'ils développent, autant que possible, un style de vie chrétien, par la participation à la Messe, mais sans recevoir la Communion, par l'écoute de la Parole de Dieu, par l'adoration eucharistique et la prière, par la participation à la vie de la communauté, par le dialogue confiant avec un prêtre ou un guide spirituel, par le dévouement à la charité vécue et les œuvres de pénitence, par l'engagement dans l'éducation de leurs enfants."

Voilà une phrase qui exprime assez clairement ce que l'église catholique romaine entend par "vie chrétienne". C'est avant tout la participation à la vie de l'institution, aux rites célébrés par l'institution, l'adhésion aux croyances prônées par l'institution. L'ensemble forme un corpus où tout se tient, et où on ne peut rien lâcher sous peine de voir l'édifice s'écrouler. Le risque d'une institution trop monolithique, c'est que son fonctionnement devienne sa raison d'exister, au détriment du message qu'elle est censée porter et servir.

Pour moi, la vie chrétienne, c'est pratiquer le message d'amour du Christ dans sa vie quotidienne, refuser la violence, savoir écouter l'autre, chercher à le comprendre, pardonner. Pas besoin d'aller à des cérémonies et d'accomplir des rites. Ce ne sont que des éléments facultatifs, destinés à souder une communauté, où l'on peut aller si on le désire, pour y trouver ce qu'on y cherche (enseignement, conseil, vie de groupe...) que l'on peut quitter.

mardi 13 mars 2007

Petit bras

Azouz Begag annonce, à mots couverts, qu'il ne votera pas Sarkozy, mais Bayrou. C'est le deuxième réaction d'un chiracolâtre (après celle de Carignano) allant dans ce sens. Plutôt crever que de voter Sarkozy !

Autant pour Carignano, c'est de l'ordre de l'anecdotique, car il ne représente que lui-même, autant pour Begag, c'est grave, car c'est un politique, un ministre en exercice. Il montre ainsi qu'il n'est pas capable de dépasser ses haines personnelles, ses rancunes. L'ego des politiques est surdimensionné, on le sait, ils sont parfois susceptibles, jaloux, capricieux. Ceux qui arrivent à sortir du lot sont ceux qui savent passer au dessus de cela, qui savent soit pardonner, soit passer outre et laisser de coté leur orgueil pour le bien commun, pour des idées et des projets.

Azouz Begag montre qu'il n'est pas de cette étoffe, à l'inverse d'un Villepin, qui a su se rallier à Sarkozy (même si cela lui arrache la gueule de le dire) ou d'un Chirac, qui a toujours su se montrer pragmatique, flinguant lors de l'affrontement, mais sachant se réconcilier (même avec Sarkozy) lorsqu'il le fallait. C'est peut-être ce qui a manqué à Giscard après 1981. Il n'a jamais digéré sa défaite et la trahison de Chirac, qu'il poursuit depuis de sa haine. Jamais je ne confierai le pouvoir à une personne qui met ainsi en avant son ego et son orgueil, au détriment de la chose publique.

lundi 12 mars 2007

La Carpe et la Lapin

Les ralliements arrivent de partout chez Bayrou. Après Corinne Lepage, qui affirme avoir ses 500 signatures mais qui se retire quand même, voici venir le dernier carré des chiraquiens. Après les gens se disant de Gauche mais réfractaires à la Ségolénite, déjà installés depuis quelques temps, le QG de campagne de Bayrou ressemble de plus en plus à une auberge espagnole.

On peut espérer gagner une élection avec un attelage aussi hétéroclite. Mais une fois le 6 mai passé, chacun retournera plus ou moins vite à son écurie habituelle, laissant Bayrou bien seul pour gouverner. Comment faire avancer ensemble tous ces gens que rien de positif ne rassemble, qui sont tous là parce qu'ils ne sont pas content de ce qui se passe chez eux. Et alors, le bon peuple pleurera sur son erreur, sur ces institutions paralysées, où rien n'avance.

Il faut savoir faire la différence entre gagner une élection et exercer une fonction. Ce ne sont pas les mêmes qualités qui sont demandées, ni les mêmes équipes. Nicolas Sarkozy a les équipes pour gagner et pour gouverner. Ségolène Royal a les équipes pour gouverner (pour gagner, c'est moins sûr). Je crains que Bayrou n'ai que de quoi gagner, et rien pour assurer pendant les cinq années qui suivent.

Chirac s'en va

Enfin, il quitte la scène, à bientôt 75 ans. Et encore, c'est parce qu'il n'est plus en mesure de remporter à nouveau une élection, sinon, il serait reparti. Chirac est de cette espèce d'homme politique, trop répandue, qui ne souhaite quitter le pouvoir et la politique que d'une seule manière : les pieds devant.

Les critiques pleuvent, en France et surtout à l'étranger. Sur de nombreux points, Chirac m'aura déçu, trop tiède, pratiquant l'immobilisme, privilégiant les intérêts de son clan dans les nominations. Mais émettre un jugement global maintenant, c'est trop tôt. Seul le recul nous donnera une vision plus sereine et plus juste de son bilan. Accabler l'homme me parait être un moyen, pour nombre de français, à commencer par les élites, de se dédouaner de leurs responsabilités. Chirac est une girouette qui tourne au gré du vent, nous sommes bien d'accord. Mais au fait, qui produisait le vent ?

Un chef d'Etat a des marges de manoeuvres, mais il ne peut pas faire tout ce qu'il veut, loin de là. Croire qu'un président français peut tout est une erreur grossière d'appréciation. Là où on pourra juger réellement l'homme Chirac, c'est sur l'usage qu'il a fait des marges qu'il avait ou qu'il aurait pu se donner. C'est sur ce point qu'il a une influence réelle, qui peut parfois être décisive, en impulsant ou en soutenant des initiatives, mais qui peut aussi être purement anecdotique, sans effet réel.

A mon sens, Chirac a été un président qui a largement laissé la bride au cou à la France, aux français et à l'appareil d'Etat. Il considérait que la politique n'est pas là pour changer la vie, pour transformer le monde. En cela, il est profondément de Droite. Les changements viennent de la base, l'Etat et les hommes politiques sont surtout là pour accompagner, organiser, freiner s'ils estiment mauvaise l'évolution proposée. Chirac est tombé sur une période calme sur le plan idéologique, avec une société française très consensuelle et ne demandant surtout pas la Révolution. On a accusé Chirac de reculer trop vite devant les corporatismes, mais il estimait peut-être que certaines réformes ne valaient pas que l'on creuse des fractures au sein de la société française.

Les français n'ont pas été fondamentalement malheureux pendant ces 12 années de présidence Chirac. Notre système social fonctionne toujours, l'Assurance-maladie n'est pas en cessation de paiement. Nos services publics continuent globalement d'être de qualité, il fait toujours bon vivre en France. Et si la bonne politique avait été justement de laisser les choses aller, de ne surtout pas mettre la pagaille en se lançant dans des réformes controversées. Mine de rien, Chirac laisse quand même une France socialement apaisée, où les oppositions idéologiques entre Droite et Gauche sont tellement ténues que François Bayrou arrive à séduire les franges les plus modérées des deux bords. Economiquement, ce n'est pas terrible, mais le choix d'une faible croissance (qui se paye par un fort chômage) est celui de toute une génération, pas d'un seul homme.

Finalement, Chirac aura peut-être été beaucoup plus cohérent qu'on ne peut le penser. Son grand tort est son silence, son refus d'expliquer clairement les ressorts de son action politique. En cela, il est le digne successeur de François Mitterrand, autre grand sphinx politique, qui cachait lui aussi sa vision réelle de la France, au risque d'être incompris.

samedi 10 mars 2007

Le nombre de ministères

L'information semblait fiable : si la Droite reste au pouvoir, il n'y aura que 15 ministères, pas un de plus. On opérera des regroupements pour avoir enfin des pôles cohérents et un nombre restreint de responsables politiques (quitte à nommer des secrétaires d'Etat). Cela générera des économies substantielles en supprimant des réunions interministérielles de coordination. On en finira aussi avec ces ministères de pur affichage aux appelations parfois folkloriques et ne gérant dans les faits aucun service administratif.

Et patatras, Sarkozy nous sort du chapeau un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale". Exactement le genre d'OVNI ministériel que l'on voulait supprimer. Sans parler du caractère très politique et controversé de l'appellation, je m'interroge sur les directions d'administration centrale qui vont être placées sous les ordres de ce ministre. Car la politique de l'immigration est transversale, faisant intervenir le ministère de l'Intérieur pour les préfectures et la surveillance des étrangers, le ministère des affaires étrangères pour la délivrance des visas et les naturalisations, la Défense et l'Intérieur pour les centres de rétention. Cela implique donc de reprendre les bonnes vieilles pratiques consistants à faire passer les directions centrales d'un ministère à un autre, de redécouper sans cesse, alors que l'idée de réforme était de figer les découpages ministériels (comme cela existe aux USA). Ce ministère inédit aura-t-il une réelle efficacité, j'en doute car on est dans la même logique que l'inflation législative, sauf qu'au lieu de faire une loi-miracle, on crée un ministère, qui du seul fait de son existence, va régler la question. Si c'était le cas, le ministère de l'emploi aurait depuis longtemps réglé la question du chômage...

C'est affligeant de voir que pour des raisons de racolage électoral, un candidat comme Nicolas Sarkozy fout en l'air une mesure utile au bon fonctionnement de l'Etat. Les vieux réflexes ont décidemment la vie dure.

vendredi 9 mars 2007

Dis, tu me donnes combien ?

Borloo n'a pas encore rallié le camp sarkoziste. Il attend de pouvoir discuter de son livre-programme avec le candidat UMP avant de donner la mesure de son soutien. Comme s'il était encore temps, à six semaines du premier tour, de parler de programme et de jouer les coquettes ! En gros, la question est : tu me prends comme Premier Ministre ou au moins, tu me donnes l'investiture pour la mairie de Paris ? Sinon, je vais chez Bayrou.

Jean-Louis Borloo, c'est surtout un avocat d'affaires, qui a eu pour bon client un certain Bernard Tapie. Ils ont en commun de se foutre complètement de la gueule des électeurs, en se présentant comme des atypiques, des personnalités différentes. C'est clair, ils sont différents de la classe politique ordinaire, mais est-ce en mieux ?

Passer à la vitesse supérieure

Ca y est, François Bayrou passe le cap des 20% d'intentions de vote. Il entre maintenant dans un club très fermé, celui des vainqueurs potentiels. Cela change beaucoup de choses.

Il cesse d'être un candidat de témoignage, dont le but est de faire un score qu'il pourra monnayer auprès d'un qualifié du second tour. Ceux-là, les gros candidats ne les attaquent pas trop, parce qu'ils sont utiles au second tour, puisqu'il faudra bien rassembler. Bayrou a profité de cette situation, où Sarkozy, mais aussi Royal, pouvaient espérer puiser dans son vivier, dont on savait dès le départ qu'il mordrait un peu sur l'aide droite du PS (chez les sociaux-libéraux).

Désormais, l'indulgence est terminée et c'est à l'artillerie lourde que le PS pilonne. C'est DSK en personne qui est à la manoeuvre dans "le monde", pour mettre la pression et faire exploser la posture "au dessus des partis" de Bayrou. Son programme commence à être examiné à la loupe et disséqué, bien plus que ce qui a été fait jusqu'à maintenant. Comme c'est le PS qui a plus à craindre et à perdre, c'est eux qui montent en ligne, mais l'UMP attend derrière et n'hésitera pas, si le centriste tient le coup, à balancer quelques obus, car un second tour Bayrou-Sarkozy, c'est à très haut risque pour l'UMP.

Bayrou avait incontestablement la stature pour faire une bonne campagne de témoignage. Sera-t-il à la hauteur, ses équipes le seront-elles pour affronter un autre type de campagne ? C'est maintenant qu'il est entré dans le cour des grands que l'on va savoir s'il a l'étoffe d'un président.

Les signes de la dégringolade

Les éditorialistes et les observateurs n'arrêtent pas de le dire, la France décroche, le pays est en train de prendre du retard, par rapport aux pays à forte croissance, qui avancent à grand pas, et pire, vis-à-vis de nos partenaires européens. Malheureusement, cela reste très abstrait pour les français, qui n'arrivent pas toujours à s'en rendre compte.

Un signe, parmi d'autres, que ce décrochage a des conséquences très directes et désagréables, c'est la crise du logement. Nombre de beaux appartements, dans les quartiers chics (en particulier à Paris), sont achetés par de riches étrangers (américains, anglais, hollandais) qui n'y passent que quelques semaines, voire quelques jours par an. Lorsque vous passerez dans les 16ème et 8ème arrondissement, ainsi que sur l'île Saint-Louis, regardez le nombre d'appartements qui sont toujours fermés. Dans les campagnes, c'est le même phénomène, avec l'arrivée massive des anglais et des hollandais. Il y a 15 ans, ils achetaient des ruines et les retapaient. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas (il n'y a plus rien à rénover) et ceux qui arrivent achètent des pavillons et des maisons neuves. Ce faisant, ils accentuent encore la pression d'une demande que l'offre a du mal à satisfaire, faute d'avoir suffisamment construit dans les années 80 et 90.

Ces étrangers qui arrivent ont un pouvoir d'achat nettement supérieur au notre, et tirent les prix vers le haut. Les français n'ont pas les moyens de suivre et se retrouvent repoussés vers les choix de seconde zone (appartements plus petits ou plus loin du centre de Paris). Pourtant, ces anglais et ces hollandais qui arrivent chez nous ont eu des carrières souvent similaires à celles de nos cadres supérieurs. Leurs moyens viennent souvent de la revente de l'appartement ou de la maison dans le pays d'origine, où l'immobilier est cher (à Londres, c'est hallucinant). La différence avec les français, c'est qu'ils ont sans doute eu moins de mal à rembourser les emprunts et à faire la première acquisition, car leurs revenus étaient meilleurs, et cela grâce à une meilleure croissance économique. Ils gagnent ainsi sur les deux tableaux : ils se sont enrichis là où les choix politiques ont été de privilégier la croissance économique sur le confort (prestations sociales, services publics de haute qualité) et viennent maintenant s'imposer là où les choix ont été de vivre confortablement, au prix d'une moindre croissance.

Et qui va payer la facture ...

jeudi 8 mars 2007

Le chancelier de France

La question de l'indépendance de la justice est au coeur de la campagne, chacun gesticulant de son mieux pour montrer sa volonté d'aboutir. La proposition de Bayrou est de créer un "super garde des sceaux", qui serait au dessus des partis. Nommé par le président de la République, il devrait être ratifié par une majorité des trois quarts des députés et sénateurs.

Voilà l'exemple même de la fausse piste, de la fausse bonne idée. Si on veut qu'une fonction soit au dessus des partis et des politiques, on s'arrange pour que sa désignation ne soit pas entre les mains des partis et des politiques. Il y a plusieurs méthodes pour arriver à cela. On peut faire élire directement le titulaire du poste par le peuple, ce qui lui donne une légitimité forte, avec un processus de sélection inattaquable. Qui va aller se plaindre d'un choix populaire ? On a les élus qu'on se donne. On peut aussi le faire coopter par ses pairs, sur le modèle de l'élection du pape. Tous les premiers présidents de cour d'Appel, les présidents de chambre de la Cour de Cassation se réunissent en conclave à la chancellerie et une fumée blanche sort de la colonne Vendôme quand un garde des sceaux est élu, avec apparition au balcon. Un autre choix est de rétablir les offices vénaux d'Ancien Régime, où les titulaires sont en poste à vie, titulaire de leur charge et pouvant éventuellement la transmettre à leurs enfants. Ressuscitons l'office de Chancelier de France, et nous auront un "chief justice" au dessus des partis (en espérant qu'il ne soit pas au dessus de tout).

Concrètement, l'idée de François Bayrou est infaisable. Une majorité des trois quarts, c'est très difficile à obtenir, surtout pour un poste aussi sensible. Le choix d'un candidat risque de se faire sur "est-ce qu'il va arriver à obtenir sa validation", avec la tentation de mettre un incompétent sympathique, qui ferait un bon candidat mais un mauvais élu (il y en a plein, dans les couloirs et les antichambres de la République). Cette focalisation sur une personne est une erreur, une mauvaise perspective, car ce qui compte, ce n'est pas un chef indépendant, mais une institution indépendante. D'ailleurs, ce système de la personne indépendante ne fonctionne pas. On trouve toujours les moyens de l'écarter quand elle dérange trop, de la contourner. Quand les rois de France étaient mécontents de leurs chanceliers (qu'ils ne pouvaient pas forcer à démissionner), ils leurs retiraient les sceaux et les confiaient à un ministre, qui exécutait docilement les ordres, pendant que le chancelier vaquait à ses affaires privées et aux quelques fonctions décoratives qui lui restaient.

Aujourd'hui, on peut dire que la justice française est largement indépendante. Il n'y a pas de problème particulier là-dessus. La question des nominations est finalement assez anecdotique, car les juges du siège sont préservés. Que les procureurs soient "politisés", pourquoi pas, il représentent la société, il est normal que l'on veille à ce qu'ils soient en phase avec elle. Mais ils ne font que requérir, ils ne décident pas. Et ces nominations "contestées" ne concernent que les très hauts postes, qui n'ont finalement que peu d'influence sur le traitement des affaires courantes et sur la manière dont la justice est rendue. Si on veut encore améliorer cette indépendance, on peut jouer sur la question de l'argent, en augmentant et en sanctuarisant le budget de la Justice. Ce qui bloque le plus les magistrats, c'est le manque de moyens. Le vrai moyen de contrôle, il est là, chez celui qui tient les cordons de la bourse. Mais sur ce sujet, silence radio...

Franchement, voilà une mesure purement cosmétique, qui vient ajouter une touche "au dessus des partis" au programme de François Bayrou. Concrètement, c'est administrer un placebo à une personne qui va bien. Cela ne fera pas de mal, cela ne fera pas de bien non plus.

mercredi 7 mars 2007

Raymond Barre, homme libre

Raymond Barre, ancien premier ministre, est au coeur d'une tentative de lynchage médiatique de la part des "organisations bienpensantes de gauche", comme Sos-Racisme, qui comme à son habitude, réclame des poursuites judiciaires. Examinons les propos et ce que l'on peut reprocher à Raymond Barre avant de se lancer dans la dénonciation.

Il exprime son estime pour la personne de Bruno Gollnisch, qu'il connait bien et aux cotés duquel il a siégé pendant six ans au conseil municipal de Lyon. Au-delà des divergences d'opinion, Raymond Barre considère que le leader FN est quelqu'un de bien. Je ne connais pas personnellement Monsieur Gollnisch, mais les échos que j'en ai décrivent une personnalité courtoise et un excellent enseignant, qui fait la séparation entre ses activités militantes et son enseignement. Certes, il y a des imbéciles au FN (comme partout), mais il y a aussi des gens charmants, avec lesquels on peut discuter, voire travailler pour le bien commun, sans pour autant être en accord avec leurs idées ni se compromettre idéologiquement.

Le deuxième angle d'attaque est le soutien à Maurice Papon (qui a été le ministre du Budget de Raymond Barre), qui aurait eu raison de rester en place sous l'Occupation, car il fallait bien faire fonctionner la France. C'est une opinion qui se discute. Je n'ai pas d'avis fermement tranché, mais j'aurais tendance à penser que les circonstances de l'Occupation et les tâches que l'on faisait accomplir à un secrétaire général de préfecture pouvaient justifier une démission. Certains l'ont fait, d'autre pas. On peut être en désaccord avec Raymond Barre sur cette question, cela relève du débat, pas des tribunaux.

En troisième lieu, il parle du lobby juif, capable des pires bassesses. Qu'il y ait un lobby juif, personne ne peut le contester, et cette communauté a parfaitement le droit de s'organiser pour défendre de manière concertée leurs intérêts matériels et moraux. Vu ce qu'ils ont vécu, on comprend qu'ils puissent parfois se sentir menacés et aient besoin de se défendre. C'est d'ailleurs ce lobby qui est monté au créneau, avec le CRIF (Conseil représentatif des Institutions Juives de France). Ils ont aussi fait sortir Lanzmann, un réalisateur et le communiqué de presse est bien alimenté sur la "montée de l'antisémitisme". Les attachés de presse ont bien fait leur travail. Maintenant, est-ce un crime que se dire poursuivi par la vindicte d'un groupe particulier ?

Le quatrième point, la question de l'antisémitisme, est la plus délicate. Lors de l'attentat de la rue Copernic, Raymond Barre a eu une phrase malheureuse, très malheureuse, sur les "français innocents" qui avaient été tués. Cela voulait dire que les juifs qui étaient dans la synagogue étaient des coupables, et que leur assassinat est moindre grave parce que c'étaient eux qui étaient visés. Là, c'est une grosse bourde qui aurait justifié des excuses. Maintenant, c'était il y a 27 ans. Une telle maladresse, isolée (quelqu'un aurait-il d'autres propos du même acabit de la part de Raymond Barre par la suite) qui ne fait pas forcement de Raymond Barre un antisémite forcené.

On est là typiquement devant un cas de polémique politique, où des opinions divergentes sont en présence, sur des sujets sensibles. Qu'il y ait débat et échanges de propos vifs, c'est logique et normal. Mais que l'une des parties en présence, plutôt que de répondre sur le fond, cherche à disqualifier l'adversaire en lui collant l'étiquette infâmante d'antisémite, c'est inacceptable. C'est malheureusement trop courant, et c'est la démocratie qui en souffre.

mardi 6 mars 2007

la pantalonade du parrainage

Le feuilleton de la recherche des 500 signatures tourne franchement au ridicule, avec l'affaire Nicolas Miguet. Cet individu louche (interdit de gestion de société) aux forts relents poujadistes est en garde à vue pour détournement de parrainages. Il a monté une véritable escroquerie pour obtenir les précieuses signatures, expédiant des faux formulaires aux maires qui ont cru de bonne foi qu'il s'agissait des papiers officiels. Après les jérémiades de Le Pen, ses disputes avec De Villiers, accusé de lui voler ses parrains, les galères des candidats d'extrême-gauche, ce dernier épisode grand-guignolesque creuse un peu plus la tombe de ce système de sélection des candidats à la présidentielle.

Il apparait nécessaire de maintenir une barrière aux candidatures fantaisistes à la présidentielle, histoire de ne pas asphyxier le système. Par contre, le filtre ne doit pas empêcher les candidatures de personnalités ayant un réel impact et représentant un courant significatif. Une élection avec un illustre inconnu mais sans Jean-Marie Le Pen serait une grave anomalie. Le parrainage par les élus, dans sa forme actuelle, a clairement montré ses limites, au point que de moins en moins souhaitent donner leur signature. Une réforme s'impose.

Plutôt qu'un critère unique, il serait bon de combiner plusieurs éléments pour dispenser les partis ayant une réelle représentativité de courir après les parrainages. On pourrait considérer que toutes les signatures d'élus ne se valent pas. Etre soutenu par un parlementaire, européen ou national, cela pèse plus qu'un soutien de conseiller général ou régional, et encore plus qu'un maire rural d'une commune de 150 habitants. Pourquoi ne pas accorder des coefficients aux différents mandats, pour prendre en compte ces différences. Le Front National, les villéristes, les Verts, les trotkistes, qui ont des parlementaires nationaux ou européens, des conseillers généraux et régionaux devraient pouvoir être quasiment qualifiés d'office avec ces quelques "élus poids lourds". A coté de ce parrainage par les élus, on pourrait admettre un parrainage "citoyen", le candidat devant recueillir un nombre assez élevé de signatures de citoyens (avec copie de la carte d'électeur et publication intégrale des noms). On en finirait aussi avec cette hypocrisie qui consiste à dire que "parrainage ne vaut pas soutien". Dans l'esprit du citoyen ordinaire, c'est incompéhensible. Parrainer deviendrait un acte pleinement politique, et ceux qui donneront leur signature le feront en pleine connaissance de cause, sans ambiguité possible.

La Sauce DADVSI

Pour ceux qui ont aimé la DADVSI, voici maintenant la sauce qui va accompagner le plat : la circulaire du garde des sceaux aux parquets sur l'application qu'il convient de donner aux dispositions pénales de la DADVSI. Je laisse aux éminents juristes de la blogosphère le plaisir d'analyser et de commenter.

La dernière charge

Via Cacambo, le dernier acte de Pierre Mazeaud comme président du Conseil Constitutionnel. Jusqu'au bout, il aura traqué les cavaliers législatifs, ces dispositions qui sont adoptées dans un texte où elles n'ont strictement rien à faire. J'espère que le nouveau président du Conseil Constitionnel suivra la même voie de protection du Parlement. Grand connaisseur des acrobaties avec le règlement de l'Assemblée nationale, il saura détecter (j'en suis sûr) et sanctionner (je l'espère) celles de ses successeurs.

Je partage l'agacement de Cacambo sur le caractère inachevé de ce contrôle de constitutionnalité. Il souligne à juste titre, que les saisines devaient être publiques dès le départ. Cette maudite habitude du secret administratif. Surtout, que le citoyen ne soit pas informé, il pourrait donner son avis, et le pire, se rendre compte des petits arrangements entre amis. Je déplore aussi l'absence de saisine automatique des lois, où au moins la possibilité pour d'autres que les politiques de faire vérifier la conformité de la loi par rapport aux traités et à la Constitution. Voilà une véritable réforme institutionnelle, en apparence anodine, mais qui bouleverserait la manière de faire la loi. Que tous les stades d'élaboration soient publics, y compris les avis du Conseil d'Etat et éventuellement les avis divergents des membres du Conseil Constitutionnel (à l'image de ce qui se pratique aux USA).

Guettés par la sclérose

La tendance de tous les systèmes est d'assurer leur stabilité, de verrouiller l'accès au pouvoir pour le réserver à une élite restreinte, dont l'accès est contrôlé par la caste en place.

Thierry Crouzet vient de se prendre cette réalité en pleine figure. Oui, nos hommes politiques, ceux qui sont aux manettes dans les partis dits "de gouvernement" cherchent par tous les moyens à verrouiller le système, à en réserver l'accès aux seuls partis politiques déjà installés. Les discussions autour du système des parrainages, dont le but est d'exclure les candidatures "fantaisistes" en sont une illustration. Les grands partis, ceux qui ont les parrains, donnent les instructions pour accepter untel, refuser tel autre, selon des critères de pure convenance, de pure tactique. Il y a 37 000 parrains potentiels, mais on a fait en sorte d'en paralyser l'essentiel, pour restreindre l'accès à la candidature présidentielle.

Le même système a été mis en place à l'occasion des lois sur le financement des partis politiques. Sous couvert de moralisation des sources de financement, on a tout simplement empêché tout candidat non soutenu par un parti important de faire une vraie campagne, avec une chance de l'emporter. En effet, une campagne présidentielle, c'est entre 12 et 18 millions d'euros, avec comme seules sources de financement les dons des particuliers (plafonnés), l'apport personnel du candidat et l'aide financière d'un parti politique. A moins d'être millionnaire, pour avoir une chance d'être élu, il faut être investi par un parti, ou au moins, comme Nicolas Sarkozy, bénéficier de son "soutien financier". La dissidence, c'est terminé, les candidatures sauvages d'hommes politiques de poids sont tuées dans l'oeuf. En échange de l'abandon du financement par les entreprises, les partis sont désormais subventionnés par l'Etat, donc le contribuable, sur la base des voix obtenues au premier tour des législatives. Il faut donc une structure capable de présenter un maximum de candidats sérieux (à même de recueillir plus d'un pour cent). Là encore, qui peut le faire à part les grands partis déjà installés. Comme le diraient nos amis économistes, le ticket d'entrée sur le marché politique est élevé, ce qui rend quasiment impossible l'arrivée de nouveaux entrants. Cette dérive est malsaine pour notre démocratie, car comme le remarque Thierry Crouzet, les grands médias sont complices. Cette glaciation de la vie politique les arrangent bien. On tourne sans cesse sur des têtes connues, dont on a les portables, qui "passent bien" à la radio et à la télévision, assurant ainsi de bonnes émissions et de bonnes audiences.

Il faut pourtant réagir, non pas en faisant la révolution, en cassant tout. Cela n'a aucun sens si c'est pour reproduire le même système, avec d'autres à la place. La solution, est d'installer (ou de faire revivre) des contre-pouvoirs, pour que la situation politique conserve toujours une certaine instabilité, que le jeu soit sans cesse rebattu. Le scrutin majoritaire est pour cela une bonne chose, et l'instauration de la proportionnelle achèverait la glaciation. Un élu bien installé dans les circuits parisiens pourrait toujours se maintenir, en se positionnant assez haut sur une liste. Il ne court aucun risque alors que le passage périodique devant les électeurs permet d'éliminer du jeu des individus (certains le méritaient, d'autres pas forcement). Il oblige aussi les hommes politiques à se remettre en cause, car ils savent que leur position peut s'effondrer du jour au lendemain. Le nombre de places étant fixe, pour qu'il y ait des entrants, il faut que d'autres soient sortants (volontairement ou non).

L'urgente réforme est de laisser le jeu électoral le plus ouvert possible, que l'électeur puisse avoir un large choix et que son vote ait un vrai poids, qu'il ne soit pas le choix entre bonnet blanc et blanc bonnet ou une simple ratification de décisions prises ailleurs. En cela, le résultat du référundum de 2005 a été un grand moment de démocratie.

lundi 5 mars 2007

Chez MSN

Pendant une semaine, j'officie sur le blog de la présidentielle de MSN.

En cas d'urgence

Je ne relaie jamais les chaines de mails auxquelles on me propose de participer. Soit ce sont des hoax, soit ce sont des "initiatives militantes" qui servent plus à donner bonne conscience qu'à obtenir un résultat concret. Pour une fois, je fais exception à la règle, car je trouve l'idée (à laquelle je n'avais pas pensé) très utile et à diffuser.

''Les ambulanciers ont remarqué que très souvent lors d'accidents de la route, les blessés ont un téléphone portable sur eux. Toutefois, lors des interventions, on ne sait jamais qui contacter dans ces listes interminables de contacts. Les ambulanciers ont donc lancé l'idée que chacun d'entre nous rentre dans son répertoire, la personne à contacter en cas d'urgence sous le même pseudonyme. Le pseudonyme international connu est « ICE » (= In Case of Emergency). C'est sous ce nom qu'il faut entrer le numéro de la personne à contacter, utilisable par les ambulanciers, la police, les pompiers ou les premiers secours. Lorsque plusieurs personnes doivent être contactées on peut utiliser ICE1, ICE2, ICE3, etc. Facile à faire, ne coûte rien et peut apporter beaucoup. Si vous croyez en l'utilité de cette convention, faites passer le message afin que cela rentre dans les moeurs.''

dimanche 4 mars 2007

Un beau gâchis

Philippe Auberger, député de l'Yonne, vient de démissionner de son mandat le 1er mars. Il a en effet été nommé le 22 février membre du Conseil de la politique monétaire de la Banque de France par Jean-Louis Debré. Les conneries, cela aura été jusqu'au bout, jusqu'à la dernière goutte !

C'est une bien triste fin de carrière pour Philippe Auberger, qui méritait mieux comme baton de maréchal. Enarque, polytechnicien, inspecteur des finances, c'est l'une des "belles têtes" comme sait en produire nos grandes écoles. Député de l'Yonne depuis 1986, c'est l'un des "financiers" de l'Assemblée nationale. Entre 1993 et 1997, il est rapporteur général du budget, fonction stratégique. Depuis 2002, il présidait le conseil de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations. Si ces deux fonctions sont peu connues et n'offrent pas une exceptionnelle tribune médiatique, elles ne sont pas confiées à n'importe qui. Et en plus, c'est une personnalité aimable et attentive aux autres, pas le genre à se la jouer et à mépriser les autres.

Philippe Auberger était un possible ministre du Budget, en tout cas l'un des piliers des discussions budgétaires à l'Assemblée. Le voir partir, en catimini, pour une fonction totalement inutile, c'est un peu triste. Certes, il a 66 ans, un âge où on peut envisager de partir en retraite, mais pas encore si vieux et dépassé qu'on ne puisse plus rien apporter à la collectivité. Voilà comment on gâche des compétences. J'espère que ce passage dans cet organisme inutile sera bref, et qu'il pourra se voir confier d'autres missions, plus en relation avec son niveau de compétence et son expérience.

samedi 3 mars 2007

Omnipotentes régions

Nouvelle initiative dangereuse des présidents de conseils régionaux français, vouloir entrer dans le capital d'EADS, comme le font les lander allemand. Est-ce la jalousie qui a poussé à une prise de position aussi grotesque ? La situation d'un lander allemand est loin d'être la même que celle d'une région française.

L'Allemagne est un Etat fédéral, où les lander ont beaucoup de pouvoirs, une véritable autonomie fiscale et donc les moyens politiques et financiers de leurs ambitions. A coté, les conseils régionaux français sont des collectivités locales aux compétences limitées et aux moyens financiers encore plus chiches. Alors que les présidents de région passent leur temps à pleurer après les transferts de charges, et le fait que l'Etat ne compense pas assez les dégrèvements, ils trouvent les moyens financiers de se lancer dans une opération qui n'a qu'un rapport extrêmement lointain avec leurs compétences. Que ces huit là ne la ramènent pas sur les questions financières, s'ils sont capables de trouver de l'argent pour acheter des actions EADS, ils sauront en trouver pour autre chose !

C'est là un nouveau pas dans une dérive de la décentralisation, fortement accentuée depuis 2004, où les exécutifs régionaux se prennent ouvertement pour des grands barons et n'hésitent pas à braver ouvertement et frontalement le pouvoir d'Etat. Il serait temps de les ramener à leur place. La France est encore une république unitaire, et je trouve très étrange que le ministre de l'Intérieur (qui a la charge des collectivités locales) ne soit pas plus strict. Les préfets ont le pouvoir de bloquer les délibérations des collectivités locales qui leurs semblent illégales. L'Etat doit se faire respecter et si une réforme doit avoir lieu, il faut la mener sereinement, pas à la hussarde et par la politique du fait accompli. Je suis également surpris du silence des "républicains" comme Jean-Pierre Chevènement, pourtant chantre de la République Une et Indivisible. Où sont tous les jacobins qui refusent de donner un statut aux langues régionales. L'unité de la République n'est-elle pas plus menacée par les initiatives des présidents de régions ?

Je ne suis pas certain que ces présidents de régions socialistes se rendent compte qu'ils ont ouvert la boite de Pandore. C'est amusant, quand on tient quasiment toutes les régions, de jouer cet échelon contre l'Etat central. Les choses peuvent changer et si la Gauche revient aux manettes de l'Etat, est-ce que la présidente de la République Ségolène Royal aura les mêmes attitudes que la présidente du conseil régional Poitou-Charentes Ségolène Royal. Que dira-t-elle a un président de conseil régional de Droite qui annoncera qu'il refuse d'appliquer une mesure qu'elle a décidée ?

L'avenir de l'agriculture

Aujourd'hui, c'est l'ouverture du Salon de l'Agriculture. Le dernier de Jacques Chirac, dont le départ est pleuré par la FNSEA. C'est certain, un ami comme celui-là, aussi dévoué à leurs intérêts, aussi constant dans la défense du monde agricole, ils ne sont pas prêts d'en trouver un autre. Pourtant, la vie continue et l'avenir de l'agriculture française n'est pas très rose.

Le salon de l'agriculture est le seul point de rencontre entre le monde agricole et les urbains que nous sommes majoritairement. Il se résume malheureusement à une série de clichés (le cul des vaches, la dégustation de produits régionaux). On y amène les enfants comme on va au zoo, pour voir les animaux et les paysans. Ce n'est pas pour autant que l'on ressort mieux informé de la réalité du monde agricole. C'est le grand drame de ce secteur que de ne pas savoir vaincre les clichés et montrer ce qu'il est réellement.

Aujourd'hui, l'agriculteur n'est plus le paysan d'il y a 50 ans. C'est un chef d'entreprise, qui doit réaliser des investissements, remplir une foule de papiers, pour tenter de tirer un revenu de son activité. Il a fait des études (on ne s'installe pas agriculteur en dessous de bac+2), il aspire à une vie normale, avec des loisirs, une sécurité et une visibilité dans son travail. Le français moyen ne se rend absolument pas compte des contraintes qui pèsent sur les agriculteurs et notamment les éleveurs. Les investissements de départ peuvent être lourds, car le prix des terres est assez élevé, surtout dans les zones d'élevage. Il doit aussi investir considérablement, dans les bâtiments qui doivent être aux normes sanitaires et environnementales, dans l'alimentation des animaux. Les revenus qu'ils peuvent tirer de leur activité sont aléatoires, les prix agricoles étant cycliques. Régulièrement, des crises apparaissent, avec une chute des cours qui peuvent plonger en dessous du coût de revient. Comment fait-on dans ces cas-là pour rembourser les emprunts (le crédit agricole n'est pas une fondation philantropique) et faire vivre sa famille ? Une année peut être bonne sans qu'on ait l'assurance que la suivante le sera, entre les cours qui peuvent baisser, une maladie, un parasite ou simplement une sécheresse qui font chuter les rendements. Les agriculteurs sont des gens qui sont bien au delà des 35 heures. Quand on a des vaches à traire, c'est deux fois par jour, dimanche compris. Pour prendre des vacances, il faut payer un remplaçant. Et quand au bout du compte, on s'en tire avec un peu plus du SMIC, il faut vraiment aimer son métier pour continuer.

Cela, un certain nombre ne l'entendent pas, et surtout, ne veulent pas l'entendre. Aux premiers rangs de la mauvaise foi, on trouve des soi-disant écologistes plus ou moins politisés, dont les pires sont ceux qui se présentent comme agriculteurs, comme Joseph Bové. Ils sont suivis dans leur action par nombre d'urbains pour qui la campagne et le monde rural sont avant tout un espace de loisir et de détente. Ils veulent absolument tout sanctuariser, supprimer tout ce qui, pour eux, représente une nuisance. Surtout pas de bruits, pas d'odeurs, pas d'activités "choquantes" pour leur petite sensibilité (la chasse) pas de bâtiments autres que "les fermes typiques". C'est le hameau de la reine Marie-Antoinette, mais sur l'ensemble du territoire. Suivant cette logique, c'est aux "autochtones", aux ruraux de s'adapter et de s'aligner. Et on s'étonne après de l'accueil que réservent les chasseurs à Bougrain-Dubourg ou à d'autres "urbains" qui viennent leur dire comment ils doivent vivre et ce qu'ils ont le droit de faire. Les plus radicaux des urbains sont sur une logique simpliste : "l'agriculture provoque des nuisances, supprimons l'agriculture".

Lacher notre agriculture, ce serait une grave erreur. Nous en avons besoin pour plusieurs raisons. Le premier enjeu est stratégique. Il faut absolument conserver une auto-suffisance alimentaire, ne pas dépendre des autres pour notre nourriture. Le "food power" est une arme redoutable, et les américains l'ont bien compris. Ils n'ont absolument aucun état d'âme à subventionner leurs agriculteurs. La disparition des famines, récente, ne doit pas nous faire croire que nous aurons toujours tous suffisamment à manger. Si on saborde notre agriculture, on risque de se trouver bien dépourvu lorsque la bise sera venue.

L'activité agricole assure une présence humaine sur l'ensemble du territoire, avec des activités économiques qui permettent de faire vivre ces populations. La désertification est un véritable problème dans certaines régions, n'allons pas l'étendre ailleurs et l'accentuer là où il existe. Les agriculteurs assurent l'entretien du paysage, et cela, les urbains l'apprécient. Ils demandent des haies, des talus, pour des raisons écologiques, mais surtout parce que cela fait joli et permet d'avoir des sentiers de randonnée. Mais qui assure leur entretien, pas les parisiens qui ne viennent que le week-end et qui seraient bien incapable de conduire un tracteur. Ils ont déjà assez de mal à tondre et entretenir les quelques centaines de mètres carrés de pelouse et le pré derrière la maison (et ça, c'est du vécu, je peux en parler !). Si les terrains ne sont pas cultivés, ils retournent en friche rapidement. Voulons-nous des campagnes envahies de ronces, des forêts aux sous-bois impénétrables ? Dans ce cas, il faut des professionnels qui assurent cet entretien, et ce n'est pas gratuit. Aujourd'hui, ce sont les agriculteurs qui assurent cette tâche, et on les paye pour cela.

La Politique agricole commune, c'est quoi sinon assurer, selon des modalités horriblement compliquées, un complément de revenu aux agriculteurs pour qu'ils gardent la tête hors de l'eau et continuent leur activité. Il est de plus en plus question de "nationaliser" la PAC, c'est à dire de la faire passer du budget européen vers les budgets des Etats. C'est un cran de solidarité de moins, qui entrainera une hausse du prix à payer pour la France. La facture sera assez lourde comme cela, pas la peine de la rallonger en limitant les possibilités (déjà maigres) des agriculteurs de gagner de l'argent par leur travail. Je prend un exemple, celui des OGM. Pour des raisons purement idéologiques, certains écologistes ont diabolisé les OGM, en bloc, avec un discours irrationnel qui ferait rire s'il était utilisé sur un autre sujet. Ils sèment la terreur dans les campagnes par des opérations de saccages médiatisés. Dans le même temps, ils diabolisent l'usage des pesticides et des produits phytosanitaires (point sur lequel ils n'ont pas forcement tort). Au milieu de tout cela, que fait l'agriculteur ? Il veut assurer ses rendements, car c'est la clé de son revenu. Pour protéger ses cultures, soit il utilise les pesticides, soit il sème des variétés dans lesquelles on a intégré des moyens de lutte naturels contre les maladies et les parasites. C'est l'exemple du maïs BT, variété transgénique qui résiste à des parasites particulièrement destructeurs. Au nom d'une peur irrationnelle de citadin, on refuse, en bloc et sans examen sérieux, de s'engager dans une voie pourtant porteuse de solutions avantageuses pour l'agriculteur et l'environnement. On peut très bien décider que la solution est l'interdiction des pesticides et des OGM. Dans ce cas, il faudra indemniser l'agriculteur, donc payer. Qui supportera la charge : le consommateur par une hausse du prix ? Plus vraisemblablement le contribuable ! Ca, les écologistes se gardent bien de le dire.

Il faut enfin arrêter les fantasmes sur la "pollution" agricole. Bien sûr qu'elle existe, mais elle est moindre aujourd'hui qu'il y a 20 ans du fait des gros efforts du monde agricole, et les premières victimes sont les ruraux eux-mêmes, ceux qui vivent à l'année sur ces territoires. Si on veut vraiment savoir ce qu'est la pollution à grande échelle, il faut aller dans les villes, bien plus polluées que la campagne et plus polluantes que les activités agricoles. Poser cette question obligerait les citadins à examiner leur pratiques et à prendre leurs responsabilités en changeant leur mode de vie. C'est tellement plus facile de faire porter la responsabilité sur les autres.

vendredi 2 mars 2007

L'apport de la blogosphère politique

La blogosphère politique, c’est encore une promesse, un vaste potentiel, mais le fruit est encore loin d’être mûr. On le voit dans cette campagne, la place et l’apport de la blogosphère politique est très faible, voire inexistant hormis quelques coups ponctuels. La visibilité médiatique tient de l’effet de mode.

L’outil est encore en gestation, la masse critique de blogs de qualité et de lecteurs-commentateurs de bon niveau n’est pas encore atteinte. Et surtout, la mise en réseau, talon d’Achille de cet outil, est très nettement insuffisante. Un blog, c’est une personne, ou un petit groupe, forcement des amateurs pour qui c’est un loisir. Le blog tel qu’il est vécu et pratiqué nécessite une totale liberté, que l’on ne peut plus avoir à partir du moment où le blog devient l’outil de travail. Cela explique aussi le caractère parfois inégal de la production (aucun individu ne peut être génial tous les jours) et du rythme de la production. Rester sur une logique individuelle de blogs isolés est une impasse.

La blogosphère politique pourra produire et donc compter quand elle aura acquis la maturité et que l’instrument sera mis au service de groupes cohérents, qui font autre chose que bloguer pour bloguer. La conversation, le café du commerce, c’est agréable, délassant, on peut se défouler, mais cela ne mène pas bien loin. Ce qu’il faut, c’est qu’émergent des groupes identifiés, reconnus, avec un minimum d’organisation et de coordination. Autour de blogs-pivots, des vaisseaux amiraux à forte notoriété, se mettent en place des flotilles, qui soient de véritables producteurs de fond (par les articles mais aussi par les échanges), que les blogs centralisateurs vont relayer.

Actuellement, dans la blogosphère politique que je connais, je vois deux initiatives qui vont dans ce sens, assez différentes et encore en maturation, le réseau freemen et Lieu-commun. Les deux sont une marque en passe d’être bien connue et identifiée, référencée et visible. Les deux ont également une cohérence. Elle est idéologique pour les freemen, sur la question du réchauffement climatique et de ses conséquences, alors que Lieu-Commun (dont je suis membre) ressemble davantage à un « club anglais » de blogueurs aux sensibilités politiques différentes, mais animés d’un même esprit d’écoute et d’exigence intellectuelle. Leur ambition est de produire du fond, de proposer un contenu construit, réfléchi, chacun selon sa méthode. Pour l’instant, la production est encore aléatoire et inégale, mais c’est un début et cette blogosphère fonctionne sur une autre temporalité que celle de l’actualité et de la campagne. Des actions sont déjà menées par les freemen, de manière fractionnée, sur une logique de projets sur lesquels se regroupent ceux qui le veulent. Pour Lieu-Commun, le passage à la vitesse supérieure, de l'agrégateur au blog collectif n'a été possible qu'à la suite de longs et fréquents contacts entre les membres, qui ont appris à se connaitre et à se respecter.

C’est vers ce modèle que la blogosphère politique doit tendre si elle veut peser tout en conservant son esprit actuel, qui fait tout son charme et sa spécificité, à savoir une production d’amateurs éclairés, qui n’ont rien à prouver, qui échangent pour le plaisir de la réflexion, de l’échange, sans autre enjeu.

Pas un chat

L'élection du nouveau président de l'Assemblée nationale aura lieu le 7 mars. La suspension des travaux est suspendue pour permettre d'élire un président qui n'aura rien à présider et personne à nommer, Jean-Louis Debré s'en est occupé avant de partir, parfois de manière surprenante.

Deux candidats sont en piste pour l'UMP. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, qui entend bien se retrouver ainsi en position de président sortant, lorsqu'il s'agira d'élire le président de la nouvelle Assemblée nationale qui sortira des urnes en juin prochain (sous réserve qu'elle soit de Droite). Face à lui, Yves Bur, premier vice-président, qui offre une alternative crédible, qui pour autant ne sera pas forcement candidat à la poursuite de son mandat en juin prochain. Cela permet à ceux qui lorgnent le poste de rester en retrait sans être obligés de sortir du bois dès maintenant (on susurre le nom de Pierre Méhaignerie comme intéressé par la présidence en juin prochain).

La seule utilité d'élire un président en titre, et non de laisser le premier vice-président assurer l'intérim est le risque (bien faible) de dissolution ou de recours à l'article 16, ces deux cas de figure nécessitant la consultation des présidents de l'Assemblée nationale ou du Sénat. On peut aussi envisager le cas du décès (ou la démission) du président de la République et le décès du président du Sénat. Dans cette configuration, le président de l'Assemblée nationale assurerait l'intérim à l'Elysée. Je ne prendrais pas les paris sur la réalisation de ces éventualités.

Pour le reste, l'enjeu est à peu près nul et nombre de députés ne devraient même pas faire le déplacement, à commencer par l'opposition. Beaucoup de députés sont en effet sur leur terrain, avec un agenda local bien chargé. Les faire revenir à Paris pour arbitrer une querelle de grands fauves autour d'un perchoir, cela ne les intéressent pas plus que cela. Une chose pourrait sauver cette élection de la pantalonnade, c'est le salon de l'agriculture, qui se déroule en même temps à Paris, et qui peut rendre le déplacement à Paris "rentable" pour un parlementaire.

jeudi 1 mars 2007

Engagez-vous, rengagez-vous...

En France, ceux qui se prétendent des "intellectuels" estiment avoir le devoir de "s'engager". Après divers squatters des médias qui écrivent des livres (parfois intéressants), c'est une brochette de 150 "intellectuels" qui appellent à voter Ségolène Royal. Comme si leur choix de vote nous intéressait...

Nos pauvres "cerveaux", qui se croient détenteurs du monopole de l'intelligence, me font pitié. A quoi cela va servir de s'afficher ainsi, de prendre la pose et la posture. Quel apport pour la campagne de Ségolène Royal ? Rien, ou si peu ! Quelle dramatisation "avant qu'il ne soit trop tard" ! Comme si la Patrie était en danger, que la France était au bord du Gouffre et que seule, Ségolène Royal soit en mesure de sauver le pays. A crier trop souvent au loup, plus personne n'écoutera ces pseudo-intellectuels lorsque le danger sera réel.

Par contre, quelle utilité pour eux, pour leur place et leur positionnement dans le microcosme universito-médiatico-germanopratin. Que des intellectuels s'engagent courageusement pour défendre des causes qui en valent la peine, oui, mille fois oui. Mais, en général, quand il y a des risques, des coups à prendre, chacun reste chez soi. Combien des 150 auraient co-signé le "J'accuse" d'Emile Zola, qui lui a valu sur le coup une condamnation et un exil en Angleterre ? C'est sur des sujets comme celui-là que l'engagement des intellectuels a un sens, quand il faut se battre contre l'opinion dominante, les institutions. Notre microcosme français vit sur ce mythe, se croyant descendant de Voltaire défendant la famille Calas, de Zola défendant Dreyfus, et nous lancent des appels solennels toutes les semaines. Ceux qui "s'engagent" aujourd'hui ne sont que des moutons de Panurge, qui bêlent avec le troupeau, préférant comme Jean Daniel (beau spécimen de l'espèce) se planter avec le gourou à la mode, plutôt que de défendre la vérité et avoir raison avec le paria. Par contre, on les retrouve dans les lynchages, dans les médias, à donner leur avis sur tout et n'importe quoi, de préférence par des positions tranchées, sur des biais tronqués. Ils surfent sur le sujet à la mode, n'hésitant pas à fleurter avec le scandale pour faire parler d'eux et vendre leur dernier opus (surtout cela d'ailleurs).

Dans cette liste, beaucoup d'illustres inconnus, et de personnes pour qui le qualificatif "d'intellectuel" est à la limite de l'usurpation. J'ai beaucoup de respect pour les comédiens, les producteurs et leur métier, mais de là à les qualifier d'intellectuels, il y a un pas que je ne franchirai pas. Par contre, on ne retrouve pas dans cette liste de grands noms, ceux de nos vrais intellectuels, ceux qui font réellement avancer les débats en les éclairant et qui travaillent au lieu de passer leur temps sur les plateaux de télévision ou dans les news magazines. Les Marcel Gauchet, Bruno Latour, René Girard (bien qu'un peu vieux maintenant), ceux-là travaillent à leur oeuvre, produisent, analysent. On ne les entend pas donner leur avis à tort et à travers. Mais quand ils s'expriment, on les écoutent. Marcel Gauchet est à mon sens l'un des plus grands intellectuels de sa génération, par la profondeur de sa pensée, mais aussi par son action citoyenne et sa revue "le Débat".

Le vrai débat, celui qui peut faire bouger les lignes, ce n'est pas en période de campagne qu'il peut avoir lieu. Il faut le mener en amont, par un travail de réflexion, d'échanges, sur un temps long, sans la pression d'une échéance. Il faut ensuite le vendre aux politiques pendant que leur opinion sur un sujet n'est pas encore faite. C'est long, collectif, exactement ce que les médias détestent, eux qui veulent de l'immédiateté et des héros qui sauvent à eux seuls l'humanité. Le miroir aux alouettes du système médiatique a encore de beaux jours devant lui, quand on voit le nombre de personnes qui s'alignent sur ses standards et vont à la soupe.

Ritorno da Roma

La vie reprend sur ce blog après quelques jours de vacances à Rome. La ville est superbe, pleine de richesses architecturales. C'est aussi le centre mondial du catholicisme, avec des églises, souvent magnifiques, à tous les coins de rue.

Je confirme que les détecteurs d'hérétiques, s'ils existent, ne fonctionnent pas, puisqu'ils m'ont laissé entrer place Saint-Pierre. Passé les contrôles de sécurité, je me suis trouvé embarqué dans un groupe, que j'ai suivi, pensant qu'il se dirigeait vers la basilique. Je me suis retrouvé dans la crypte, là où sont les tombeaux des papes. A un endroit, un attroupement bloque un peu le passage. Une bonne vingtaine de personnes, essentiellement des femmes, parfois jeunes, sont agenouillées. Certaines ont les larmes aux yeux. C'est la tombe de Jean-Paul II, une dalle de marbre toute simple, dans une grande niche fermée par un gros cordon de velours rouge. Je m'engage dans le petit passage laissé à la circulation quand l'homme qui est devant moi s'agenouille tout d'un coup. A peine à genoux, il se glisse sous le cordon et essaye de toucher la tombe. Il est rattrapé illico presto par les gardes, qui le tirent par les jambes. Il se relève alors et continue son chemin, comme si de rien n'était. La scène a duré à peine 30 secondes, sans un mot.

Je suis resté sidéré. C'est dans ces moments là que je comprend pleinement pourquoi je ne peux pas être catholique. Soli deo gloriam