dérapages sur la guillotine
Par Samuel, mercredi 31 janvier 2007 à :: Parlement :: #276 :: rss
Le débat, qui s'annonçait formel et ennuyeux, sur la constitutionnalisation de l'abolition de la peine de mort, a donné lieu à des prises de positions très "tranchées" de la part de certains députés de droite. La peine de mort a été abolie depuis 25 ans, pourtant, il en reste encore pour souhaiter son possible rétablissement.
Par deux amendements, plusieurs parlementaires ont tenté un combat d'arrière-garde pour empêcher la France d'abolir définitivement la peine de mort, en ratifiant des conventions internationales interdisant un retour en arrière unilatéral. 25 ans après, on en est presque à refaire le débat pour ou contre la peine de mort. Les échanges ont été vifs et un député, Jacques Myard, a provoqué un brouhaha en déclarant "si cela signifie que la peine de mort doive être abolie en tous temps, en tous lieux, en toutes circonstances, que messieurs les assassins commencent !" ou "En voulant ratifier absolument ces deux pactes, d’une certaine façon, vous condamnez Nuremberg". Voir qu'il existe encore un noyau de parlementaires UMP pour tenir cette position m'effraye. Myard n'est pas un modéré, cela, on le savait. Luca est un peu tête brulée, on le savait aussi. Mais sur un tel sujet, prendre des positions aussi vigoureuses alors que leurs amendements n'avaient absolument aucune chance d'être adoptés, c'est révélateur.
Bien qu'étant en profond désaccord avec leurs positions concernant la peine de mort, je dois reconnaitre que leur argumentation mérite qu'on s'y arrête sur deux points. Jacques Myard soulève la question des circonstances très exceptionnelles qu'ont été les horreurs de la seconde guerre mondiale. Nos sociétés doivent se garder la possibilité de réagir aux crimes exceptionnels, comme ceux qui ont été jugés à Nuremberg: "Ces épreuves terribles peuvent revenir, et nous le savons ; il sera alors légitime de juger et de condamner des assassins comme ils le furent à Nuremberg". Quand on légifère en période de paix durable, quand ceux qui décident n'ont pas connu ces moments difficiles, on peut parfois manquer de recul. Personnellement, je me pose la question : j'aurais été juré au procès de Nuremberg, qu'aurais-je décidé comme chatiment pour les concepteurs de la Shoah ? Jacques Myard appuye sa démonstration sur un autre argument autrement plus fort : "Vous ne pourrez jamais enfermer le peuple souverain dans des règles que vous voudriez irréversibles ; si les circonstances le commandent, il reprendra ce que vous voulez lui retirer". C'est vrai que nos décisions n'engagent les générations futures qu'autant qu'elles le veulent bien. Croire qu'on légifère pour l'éternité est une illusion. Cela n'empêche pas de voter des mesures que l'on estime justes, mais cela nous remet à notre juste place.
La peine de mort est une barbarie indigne de notre société et à aucun moment, il ne faut répondre à la violence par la violence. C'est un idéal pas toujours facile à atteindre, mais si on commence à faire des exceptions, s'en est fini du principe. Avant l'examen de ce texte, je le pensais inutile, voire nuisible (et encore une révision constitutionnelle !). Comme si on avait que cela à faire, commémorer les 25 ans de la peine de mort en rajoutant une couche sur un tel acquis historique. Finalement, il y a des choses que l'on pense acquises et qui ne le sont pas tant que cela.
Cela donne à méditer...
Commentaires
1. Le mercredi 31 janvier 2007 à , par DavidLeMarrec
2. Le mercredi 31 janvier 2007 à , par Liberal
3. Le mercredi 31 janvier 2007 à , par Eolas
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6. Le jeudi 1 février 2007 à , par pas perdus
7. Le vendredi 2 février 2007 à , par tardif
8. Le vendredi 2 février 2007 à , par Harry
9. Le mardi 13 février 2007 à , par Just
10. Le samedi 24 février 2007 à , par Runstrad
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