La semaine prochaine, l'Assemblée nationale va avoir à examiner un nouveau texte destiné à "promouvoir l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives". Encore une loi sur la parité, et qui passe en plus en urgence, pour forcer l'accès des éxécutifs des régions et des communes, derniers bastions masculins.

Sur le principe de la parité en politique, je ne vois aucune difficulté. La femme est l'égale de l'homme, c'est la suite logique de la philosophie des Lumières qui met l'individu au centre de tout. Cette évolution a mis du temps à aboutir puisque ce n'est qu'à partir des années 1960 que la femme sort de son statut d'éternelle mineure. Qu'à la suite de ce mouvement, une place égale à l'homme lui soit faite en politique, c'est parfaitement logique et cohérent. Ce qui me dérange, ce n'est pas tant le but que la méthode.

Depuis une dizaine d'années, le choix a été fait du passage en force, par la loi, qui impose autoritairement la présence d'un nombre égal d'hommes et de femmes dans les instances politiques. Une série de lois a mis en musique cette décision, dont celle qui sera votée ce mois ci est le dernier avatar. Ce choix d'imposer autoritairement la parité est pourtant contestable et n'a, à mon sens, pas fait l'objet d'un véritable débat politique. Pouvait-on arriver à atteindre le but par d'autres biais ? La stratégie du passage par la loi a-t-il donné de bons résultats ? Voilà deux questions tabous, toute personnalité politique s'aventurant sur ce terrain se faisant sauvagement agresser et traité comme un horrible macho, hostile à la présence des femmes en politique.

Recourir à la loi, c'est reconnaitre que les autres méthodes n'ont pas réussi. Ecnore eut-il fallu mettre en oeuvre ces techniques avant de tirer le constat d'échec. Mes souvenirs sont assez lointains, mais il ne me semble pas que l'on ait tenté beaucoup de choses pour favoriser l'engagement des femmes en politique. Ces lois sur la parité ont surgi dans le débat politique, poussées par quelques femmes politiques, dont Yvette Roudy et Roselyne Bachelot, à l'issue d'un barnum médiatique de quelques mois. Elles ne sont en rien l'aboutissement d'un long processus de réflexion et de débats, mais plutôt d'un assaut à la hussarde, en profitant d'un gouvernement socialiste friand de ces textes "sociétaux" où on prétend faire évoluer les mentalités par décret.

Force est de constater l'échec de la démarche. Certes, les lois ont été efficaces pour les scrutins de liste. De toute manière, il ne pouvait pas en être autrement puisqu'une liste ne respectant pas la règle de la parité n'était tout simplement pas recevable. Par contre, dès que l'obligation pouvait être tournée, c'est le bide intégral. Le simple exemple des législatives est éloquent. Les partis politiques préfèrent encore payer ! Ne parlons pas des présidences de régions, avec une seule femme présidente, Ségolène Royal en Poitou-Charentes, pour une vingtaine de régions socialistes (au fait, qui a fait voter la parité ?). Faire aujourd'hui voter une nouvelle loi pour encore renforcer le champ de la parité ne résoudra rien à l'échec profond de méthode employée. Il y aura toujours des secteurs (je pense au monde de l'entreprise), mais aussi des postes politiques par essence unipersonnels où la loi autoritaire sera inefficace, à moins d'instaurer une dictature. Que l'un des arguments de la candidate socialiste à la présidentielle soit "parce que je suis une femme" est dramatique. Avec une politique de la parité réussie, un tel argument ne serait venu à l'esprit de personne ou presque.

La question fondamentale, celle que l'on a pas voulu se poser reste pourtant centrale. Qu'est ce qui dans notre société, dans notre organisation, dans nos mentalités bloque l'accès des responsabilités politiques, mais aussi économiques aux femmes ? Et une fois que ces blocages sont identifiés, souhaite-t-on s'y attaquer. Cette question est peut-être provocatrice, mais elle doit être posée. Nombre de réformes officiellement annoncées échouent, par un sabotage de ceux là-même qui sont censés les avoir décidées, parce que consciemment ou pas, ils ne voulaient pas de ces changements. J'ai d'ailleurs un peu peur que le choix de la méthode autoritaire tient de ce refus d'aller chercher les vraies causes. En amenant ou en laissant aller sur une fausse piste, on donne l'impression d'avoir fait bouger les choses, sans avoir touché à l'essentiel.

De fil en aiguille, cette question de la parité en politique amène au patriarcat et à sa remise en cause. Nous entrons alors dans des questions hautement sensibles de fondements anthropologiques et le débat peut mener très loin. Cela fait peur, il faudra bien pourtant un jour que ce débat ait lieu, sinon, nous serons sans cesse à poser des emplâtres sur des jambes de bois, en nous demandant pourquoi cela ne guérit pas. Pour autant, il faut mener ce débat de manière responsable, en prenant le temps qu'il faut pour le préparer. Rien ne serait pire qu'un échec, créateur de fractures et de guerres entre deux clans, à l'exemple de ce qu'on déclenché les mouvements ultra-féministes aux USA. C'est là que l'on a besoin d'un personnel politique de haute qualité, pour préparer et amener le débat, l'animer et en tirer des projets de réforme qui aient l'aval (ou au moins la non opposition) d'une majorité. Cela reste largement à faire. Belle question à poser à nos candidats à la présidentielle !