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mercredi 31 janvier 2007

La réflexion en chambre, contre Jules

Jules de diner's room nous livre une très belle analyse juridique des propos de Nicolas Sarkozy sur le droit de grève et ses projets de réforme (que j'ai déjà évoqués). C'est beau, bien huilé, mais c'est de la réflexion en chambre, totalement déconnectée des réalités, comme malheureusement trop de juristes la pratiquent.

Sur le terrain, voilà comment cela se passe. Les grévistes exercent des pressions sur les salariés pour que tous fassent la grève. Celui qui refuse et qui prend le contre-pied du mouvement se fait traiter de "jaune" et autres gentils qualificatifs. Il se marque, pour le temps de la grève, mais aussi après. Il devient le vilain mouton noir. Pour un salarié lambda, une telle position peut être qualifiée de courageuse, mais aussi de stupide. Beaucoup le pensent et même s'ils ne sont pas d'accord avec le mouvement de grève, ils s'écrasent pour ne pas avoir d'ennuis. Et on peut les comprendre !

Dans cette situation, le beau raisonnement de mon ami Jules est "pur esprit", et les politiques sont là pour régler les situations concrètes, pas pour faire oeuvre de perfection intellectuelle. Sur ce sujet, Nicolas Sarkozy prend les choses comme elles sont et annonce les résultats qu'il entend obtenir. Il souhaite que les non grévistes ne soient pas obligés de "fermer leur gueule" et aient des moyens de donner leur avis. Il constate que les moyens juridiques actuels ne sont pas opérants, constat que je partage pleinement ! Il propose donc la mise en place d'outils nouveaux, que l'on peut espérer plus efficaces.

C'est à partir des réalités du terrain qu'il faut baser les propositions et les choix politiques. Et la situation du terrain n'entre pas forcement dans les cases prévues par les textes normatifs. C'est le drame des juristes que de parfois se focaliser sur la forme au détriment du fond.

dérapages sur la guillotine

Le débat, qui s'annonçait formel et ennuyeux, sur la constitutionnalisation de l'abolition de la peine de mort, a donné lieu à des prises de positions très "tranchées" de la part de certains députés de droite. La peine de mort a été abolie depuis 25 ans, pourtant, il en reste encore pour souhaiter son possible rétablissement.

Par deux amendements, plusieurs parlementaires ont tenté un combat d'arrière-garde pour empêcher la France d'abolir définitivement la peine de mort, en ratifiant des conventions internationales interdisant un retour en arrière unilatéral. 25 ans après, on en est presque à refaire le débat pour ou contre la peine de mort. Les échanges ont été vifs et un député, Jacques Myard, a provoqué un brouhaha en déclarant "si cela signifie que la peine de mort doive être abolie en tous temps, en tous lieux, en toutes circonstances, que messieurs les assassins commencent !" ou "En voulant ratifier absolument ces deux pactes, d’une certaine façon, vous condamnez Nuremberg". Voir qu'il existe encore un noyau de parlementaires UMP pour tenir cette position m'effraye. Myard n'est pas un modéré, cela, on le savait. Luca est un peu tête brulée, on le savait aussi. Mais sur un tel sujet, prendre des positions aussi vigoureuses alors que leurs amendements n'avaient absolument aucune chance d'être adoptés, c'est révélateur.

Bien qu'étant en profond désaccord avec leurs positions concernant la peine de mort, je dois reconnaitre que leur argumentation mérite qu'on s'y arrête sur deux points. Jacques Myard soulève la question des circonstances très exceptionnelles qu'ont été les horreurs de la seconde guerre mondiale. Nos sociétés doivent se garder la possibilité de réagir aux crimes exceptionnels, comme ceux qui ont été jugés à Nuremberg: "Ces épreuves terribles peuvent revenir, et nous le savons ; il sera alors légitime de juger et de condamner des assassins comme ils le furent à Nuremberg". Quand on légifère en période de paix durable, quand ceux qui décident n'ont pas connu ces moments difficiles, on peut parfois manquer de recul. Personnellement, je me pose la question : j'aurais été juré au procès de Nuremberg, qu'aurais-je décidé comme chatiment pour les concepteurs de la Shoah ? Jacques Myard appuye sa démonstration sur un autre argument autrement plus fort : "Vous ne pourrez jamais enfermer le peuple souverain dans des règles que vous voudriez irréversibles ; si les circonstances le commandent, il reprendra ce que vous voulez lui retirer". C'est vrai que nos décisions n'engagent les générations futures qu'autant qu'elles le veulent bien. Croire qu'on légifère pour l'éternité est une illusion. Cela n'empêche pas de voter des mesures que l'on estime justes, mais cela nous remet à notre juste place.

La peine de mort est une barbarie indigne de notre société et à aucun moment, il ne faut répondre à la violence par la violence. C'est un idéal pas toujours facile à atteindre, mais si on commence à faire des exceptions, s'en est fini du principe. Avant l'examen de ce texte, je le pensais inutile, voire nuisible (et encore une révision constitutionnelle !). Comme si on avait que cela à faire, commémorer les 25 ans de la peine de mort en rajoutant une couche sur un tel acquis historique. Finalement, il y a des choses que l'on pense acquises et qui ne le sont pas tant que cela.

Cela donne à méditer...

mardi 30 janvier 2007

Droit de grève et service public

Sarkozy propose une réforme du droit de grève dans les services publics, en instaurant un vote au bout de huit jours, pour décider ou non de la poursuite du mouvement.

Je le trouve bien timoré ! Un vote (à bulletins secrets) doit avoir lieu, c'est clair, mais pas au bout de huit jours ! Il doit avoir lieu avant le déclenchement, avec une grève qui serait illégale si elle n'obtient pas un nombre minimal de oui (pas nécessairement plus de 50%). Et cette règle ne devrait pas seulement concerner les administrations publiques mais l'ensemble du monde du travail.

Tout le monde y gagnerait : les usagers, qui en finiraient avec des grèves pour un oui ou pour un non (c'est l'usager des transports parisiens qui parle), les salariés qui ne seraient plus otages d'un mouvement auquel ils n'adhèrent pas et sur lequel ils n'ont aucune prise et enfin les syndicats eux-même. Le déclenchement d'une grève serait alors le signe d'un véritable mécontentement de la base et cette arme serait alors bien plus efficace.

Club d'animation

L'église anglicane veut redynamiser ses paroisses en utilisant du U2 dans les offices et en disposant les chaises et bancs de manière à pouvoir bouger, taper dans les mains et danser. On tombe là dans le ridicule le plus profond.

La célébration des offices religieux doit d'abord être un moment de spiritualité. Le fond doit primer absolument. Qu'ensuite, la forme puisse être festive, dansante, colorée, musicale, pourquoi pas, si c'est ainsi que le fond s'exprime. Les offices chez les charismatiques catholiques ou les protestants évangéliques sont très animés, très vivants, très musicaux. C'est pour eux un moyen privilégié d'exprimer leur foi, qui est d'abord émotionnelle et démonstrative. Mais croire que leurs temples sont pleins parce qu'il y a de la musique, des danses est une lourde erreur d'analyse. Si beaucoup sont séduits par cette forme de religiosité et d'expression de leur foi, c'est bien pour le fond qu'ils viennent et qu'ils reviennent. L'ambiance est sympa, mais c'est un plus, s'il n'y avait que cela, nombre de personnes ne viendraient qu'une fois ou deux et repartiraient.

L'église anglicane (et dans une moindre mesure l'église catholique) s'alarme de l'effondrement de la pratique religieuse. Leurs églises sont vides et ils ne savent plus quoi faire pour les remplir. Qu'ils s'inquiètent de cette désaffection est un bon signe, mais la réponse qu'ils tentent d'apporter est révélatrice de leur total décalage avec les attentes des fidèles et de leur incapacité à leur apporter ce qu'ils attendent. L'église anglicane me fait de plus en plus penser au PCF : un appareil, une hiérarchie et de moins en moins de militants, au point que la structure en est à se chercher une raison d'exister.

Plutôt que de mettre du U2, ils devraient plutôt s'interroger sur la motivation et la raison d'être de l'office dominical. Est-ce utile d'y venir, est-ce là le lieu essentiel où se vit l'expérience religieuse ? Si les fidèles ne viennent plus, c'est soit qu'ils n'ont plus la foi, soit qu'ils n'estiment plus nécessaire de venir aux célébrations dominicales. Ce n'est pas en transformant les églises en pistes de danse qu'on les fera revenir. Toutes les confessions n'ont pas ce problème de taux de fréquentation (même s'il baisse globalement), parce que certains proposent quelque chose qui fait se déplacer les gens. A chaque fois, la présence à un office "ordinaire" est un moment où on participe à la vie d'une communauté, d'un groupe auquel on se sent appartenir. Cela peut être une communauté de pensée (croyances communes), une communauté de recherche (de Dieu par exemple), une communauté protectrice où on puise de l'énergie, de la joie. Aujourd'hui, on ne vient plus aux offices par devoir, mais parce que l'on en a envie, parce que cela nous apporte quelque chose.

Que les anglicans lancent plutôt une vaste réflexion sur leur foi, sur ce qu'ils proposent comme réponse aux grandes questions humaines, pour savoir s'ils forment toujours une communauté vivante, qui donne envie d'y venir, qui a sa raison d'être parce que porteuse d'une offre spirituelle spécifique. Elle peut aussi s'interroger sur la place que prend le culte dominical dans la vie chrétienne. Chez les protestants réformés, la présence au culte n'est pas une obligation, on est chrétien dans les actes de vie courante, dans l'attitude que l'on a tous les jours, pas parce que l'on fait l'effort de se lever le dimanche matin. On relativise alors beaucoup les vides dans une assistance.

lundi 29 janvier 2007

Pauvres opposants

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, dispose des moyens de son ministère pour faire sa campagne, notamment un accès privilégié à l'information. Et vous croyez qu'il est le seul à en disposer, que la Gauche est en privée ?

Si la réponse est oui, c'est que vous êtes bien naïfs ! La Gauche a été au pouvoir 14 ans, son retour aux affaires est tout à fait possible (et dès 2007). Il existe au sein de l'appareil d'Etat et du ministère de l'Intérieur notamment, des réseaux de Gauche. Pour l'instant, ils sont un peu au placard, mais sont prêts à en ressortir si la Gauche l'emporte pour assumer les plus hautes fonctions. L'UNSA, syndicat de Gauche, est arrivée en tête chez les gardiens de la paix aux dernières élections professionnelles. Ségolène Royal dispose de soutiens qui lui font passer une partie des notes et informations produites au sein du ministère.

Croyez vous que Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur de 1997 à 2000 et son successeur Daniel Vaillant n'aient gardé aucun contact dans leur ancien ministère ? Croyez vous qu'ils ne soient pas capables d'avoir accès aux "sondages" et autres remontées d'opinions, voire aux fiches RG ? L'alternance en vigueur en France depuis 1981 a créé une situation où même dans l'opposition, on dispose un peu des moyens de l'Etat, car on a été aux affaires et on est susceptible d'y revenir, ce qui incite les hauts fonctionnaires à traiter avec prudence et circonspection les demandes qui émanent de politiques hauts placés.

Sarkozy ne serait plus ministre de l'Intérieur, croyez-vous qu'il se verraient d'un seul coup privé des moyens dont il dispose actuellement ? Sa démission servirait-elle à grand chose s'il est remplacé par Christian Estrosi, son actuel bras droit ?

Cette question du mélange des genres, que le PS essaye de faire monter en neige actuellement est plus complexe qu'il n'y paraît. Y a-t-il une solution satisfaisante ? Si vous en avez une, je suis preneur...

le vote des députés

Via FrédéricLN, je tombe sur une intéressante étude du vote des députés. A partir des votes exprimés lors de 43 scrutins publics, l'auteur de l'étude en tire des conclusions sur la proportion de députés "indépendants" et de "godillots". Je laisse le soin à chacun d'aller voir dans le moteur de l'étude pour comprendre comment elle est faite et je saute directement aux conclusions pour les soumettre à ma critique de praticien de cette noble maison.

Une première critique sur le corpus de l'étude. L'auteur n'a pris en compte que les scrutins publics, c'est à dire le vote final et global sur chaque loi. C'est le seul matériau disponible pour une telle étude, on ne peut donc reprocher le choix. Il faut pourtant le tempérer, surtout quand il s'agit de juger du caractère "politique" des votes. Plus on approche de la fin de l'examen d'un texte, plus il est difficile de l'infléchir ou de le modifier. Le vote final est complètement politique, le contenu étant figé, c'est un "à prendre ou à laisser". Même s'ils ne sont pas forcement satisfaits du contenu, les députés de la majorité le votent. A l'inverse, l'opposition vote contre, même si le texte contient des avancées. Pour apprécier finement "l'indépendance de vote" d'un député, il faut suivre les débats, les amendements et souvent, on se rend compte que les groupes sont nettement moins monolithiques, que des courants parfois contradictoires les traversent. Des débats passionnés peuvent avoir lieu sur des mesures particulières, se cristalliser sur un amendement emblématique. Un vote a lieu, et la règle veut que les battus s'inclinent et acceptent le résultat du vote. Même s'ils n'ont pas eu gain de cause, il voteront le texte dans son intégralité. Ensuite, il y a les députés qui ont le courage ou une position inexpugnable qui leur permet de se singulariser et de voter contre leur camp. C'est plus facile d'être libre quand on est une vedette, ancien ministre voire ancien premier ministre, assis sur un siège en or (il y en a de Droite et de Gauche). C'est autre chose quand on est un député de base, sur une circonscription qui bascule à chaque vague, et que l'on a besoin de la bienveillance des ministres pour décrocher médailles et subventions pour ses électeurs.

Cela dit, les résultats de l'étude sont intéressants. La vérité est assez bien dite dans le pourcentage "d'indépendants" 2% au PS, 5% à l'UMP. Bien visé aussi dans les listes de députés "singuliers" car les noms qui ressortent (à Droite au moins) ne me surprennent pas. On y trouve Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignan, Lionnel Luca, Jacques Myard qui sont des fortes personnalités. Ils ont une réelle pensée politique, ils s'investissent et n'hésitent pas à voter selon leur conscience, même si cela peut leur attirer des ennuis. Même si on est en désaccord avec leur position, il faut leur tirer notre chapeau, car mis à part l'UDF (cas très singulier), c'est plutôt l'aspect godillot qui l'emporte, à Droite comme à Gauche. C'est typiquement l'Assemblée nationale française : quelques courageux, une poignée de têtes brulées et une armée de moutons.

Trop de députés n'assument pas vraiment leur rôle purement politique et ils sont très peu à avoir une vision "globale" cohérente. Ceux qui travaillent réellement (150 à 200 députés) sont trop souvent sectorisés, ne s'occupant que de leur niche de compétence, qu'ils se sont choisis ou que la configuration de leur terrain leur a imposé. Certes, il ne faut pas que tous les députés aient ce profil de "grands politiques généralistes", parce 577 ténors politiques, c'est le bazar assuré. En plus de "faire la loi", le Parlement a un rôle essentiel de représentation politique et devrait être un lieu de débats, où les grandes orientations sont discutées et que les conclusions aient une force qui oblige l'exécutif à en tenir compte. Actuellement, c'est le quasi-néant, mis à part quelques agréables surprises, sur les sujets de société (comme le débat sur les malades en fin de vie).

C'est un point que je surveillerai particulièrement pendant la campagne. J'attends les propositions des candidats "sérieux", c'est à dire à même de peser réellement sur les réformes à venir (Sarkozy, Royal, Bayrou éventuellement Voynet et Buffet) sur le rôle et les pouvoirs du Parlement. J'entends beaucoup de belles paroles, tout le monde veut renforcer ces pouvoirs, redonner une place aux députés, mais à chaque fois, l'organisation actuelle étant tellement confortable pour l'exécutif, rien ne se fait...

Le dur métier de journaliste

J'ai trouvé ce matin l'indignation d'un journaliste du Figaro, "obligé" par l'exécuteur des basses oeuvres de Sarkozy à être plus conciliant avec le candidat UMP. Cet éminent journaliste a une maitresse et s'il ne se montre pas gentil avec sarko, sa légitime épouse pourrait être informée de cette incartade. Je suis d'accord, cela s'appelle du chantage, mais ...

Quand on est journaliste, qu'on veut jouer les petits caïds à la dent dure et à la plume acide, on fait attention à ne pas offrir une telle prise au chantage. Certains journalistes ne semblent pas de rendre compte qu'ils participent au jeu politique, et qu'à ce titre, ils peuvent se voir appliquer la loi du milieu, qui ressemble beaucoup à celle de la jungle. Si ce journaliste du Figaro souhaite continuer à batifoler en toute quiétude, il demande sa mutation au service des sports ou dans un magazine de cuisine et décoration. Mais il ne reste pas au service politique.

vendredi 26 janvier 2007

Corsica indépendante

La Corse indépendante,"les français ne seraient pas contre". Cette boutade lancée par une candidate piégée par un imitateur permet d'aborder le débat sur la Corse, sujet épineux sur lequel beaucoup de ministres de l'Intérieur se sont cassés les dents.

Il y a encore quelques temps, mon premier reflexe aurait été d'approuver. J'en ai marre de ces indépendantistes au petit pied, qui posent des bombes, détruisent les villas, rackettent et assassinent. J'avoue ne pas pleurer et même penser "bien fait pour leur gueule" quand des terroristes sont tués par l'explosion prématurée de leur bombe. Finalement, s'il la veulent cette indépendance, qu'ils la prennent, ça nous reviendra moins cher, n'étant plus obligés de subventionner à fonds perdus des troupeaux de vaches fantômes et ces paquebots qui comptent plus de marins (corses) que de passagers à chaque traversée.

C'est la vision à l'emporte-pièce que l'on peut avoir en survolant ce que les médias nous donnent à voir de la Corse. Depuis quelques temps, ma pensée à beaucoup évolué sur ce sujet. L'information sur la Corse se concentre beaucoup sur l'activisme et le terrorisme, occultant qu'il y a beaucoup de corses (en Corse et ailleurs) que cela désole, qui aimeraient tellement que leur île change et cesse ainsi de leur faire honte, avec les élus clientélistes (l'ancien maire d'Ajaccio, Marc Marccangelli battait tous les records) et corrompus (Paul Natali, qui fut à la fois entrepreneur en bâtiment, Président du Conseil général et de la CCI a depuis été déchu de ses mandats suite à condamnation), les syndicalistes qui sous couvert de "corsitude" vendent la paix sociale en échange du monopole du recrutement et enfin des "nationalistes" qui sont plus brigands mafieux qu'authentiques politiques. Pourtant, une autre corse existe et voudrait émerger.

Les politiques qui dirigent l'Etat français, qu'ils soient de Droite comme de Gauche, ont largement échoué dans leur politique corse, Sarkozy comme les autres. Leur tort a été de vouloir s'appuyer sur les vieilles élites, celles qui tiennent les postes, qui sont visibles et qui cherchent avant tout à rester au pouvoir pour continuer à s'enrichir, gouvernant l'île selon les bons vieux principes claniques. Le gouvernement français n'ayant strictement rien à attendre d'eux, la meilleure politique est de faire émerger d'autres élites, avec une autre vision de la Corse, plus moderne, plus ouverte. En lançant quelques enquêtes fiscales, en épluchant les marchés publics, on devrait pouvoir alimenter largement les tribunaux et remettre devant le peuple un certain nombre de postes politiques.

Les corses ont montré plusieurs fois qu'ils pouvaient réagir, mais que l'évolution est bloquée par l'absence d'une élite de remplacement. La faire émerger et offrir enfin une véritable alternative aux électeurs corses serait le meilleur service à rendre à cette île qui mérite mieux que les stéréotypes trop complaisamment colportés sur elle.

Renseignements généraux

Nouvelle polémique, cette fois ci contre Sarkozy. Je me disais bien que la Gauche allait tenter d'allumer des contre-feux. Notre ministre de l'Intérieur est accusé d'avoir utilisé à des fins politiques le mythique service de police des "renseignements généraux".

J'ai eu l'occasion d'avoir des contacts (professionnels) avec des policiers de RG, en province. Ils m'expliquaient que l'essentiel de leur boulot est de tenir à jour la documentation, de faire des revues de presses, de classer et de trier les informations sur les organisations et les personnes que les services de l'Etat peuvent être amenés à croiser. L'exemple type de l'usage des fameuses "fiches" est de permettre à un ministre en visite sur le terrain de savoir, en un rapide coup d'oeil, qui sont les personnes qu'il va croiser dans la journée, quelles sont leurs positions, leurs appartenances. Cela lui permet de ne pas faire de gaffe (demander à un veuf comment va son épouse) et surtout de ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu'on lui raconte, histoire de ne pas être manipulé. Les renseignements généraux sont également chargés des enquêtes de "moralité" sur les personnes proposées pour la légion d'honneur ou l'ordre national du mérite. Cela consiste souvent à faire une photocopie de la fiche et de la joindre au dossier.

Sur le contenu des fiches, on fantasme beaucoup, alors qu'il n'y a bien souvent que des informations publiques (nom, date de naissance, situation familiale, parcours professionnel, responsabilité actuelle, éventuelles condamnations). Dans certains cas, on y ajoute des commentaires qui donnent quelques indications sur la manière de gérer, sur les circonstances d'une arrivée ou d'un départ de fonctions, bref, ce qui est utile à savoir pour jauger la personne. On est bien loin des fantasmes d'espionnage et de surveillance de la vie privée. Les policiers des RG ne sont pas des détectives privés qui passent leur temps à faire les poubelles devant chez vous pour connaitre la marque des céréales que vous prenez le matin. Les RG se sont concentrés depuis 10 ans sur les missions de surveillance des milieux potentiellement dangereux pour l'ordre public et la sécurité du pays. Cela les occupe suffisamment pour qu'ils aillent en plus tenir un fichier général de la population. Le simple citoyen n'a strictement rien à craindre, surtout s'il n'a rien à cacher...

Ce qui est arrivé pour le conseiller de Ségolène Royal, c'est que quelqu'un dans l'entourage de Sarkozy a du demander la communication de sa fiche RG, histoire de voir s'il n'y avait pas cadavres dans les placards. Tous l'ont fait quand ils étaient au pouvoir, et cela ne prête pas à conséquence, car les RG n'inventent rien, ils se contentent de dire ce qui existe, et sur cette fiche là, il y avait surtout des commentaires élogieux sur la compétence et le sérieux de ce conseiller. A chaque candidat de savoir bien s'entourer.

Cela pose la question de l'utilisation des moyens de l'Etat pour faire campagne. C'est un vrai sujet et effectivement beaucoup glosent sur la manière dont les actuels ministres, et surtout Nicolas Sarkozy, usent des moyens matériels liés à leurs fonctions (essentiellement pour les déplacements). A chaque déplacement, les ministres font plusieurs choses, mélangeant exercice de leur fonction ministérielle et militantisme politique. Ce n'est pas très sain, mais tous le font (Jospin a été premier ministre jusqu'au bout). Obliger un candidat à démissionner de ses fonctions ministérielles serait une solution, mais ne résoudrait pas grand chose. Sarkozy, cela fait deux ans qu'il est en campagne électorale...

jeudi 25 janvier 2007

Le prix de la baguette de pain

Une nouvelle "Ségo-bourde" circule sur internet, concernant son ignorance du nombre de sous-marins nucléaires français, ce matin sur RMC. Si bourde il y a, ce n'est pas vraiment dans l'ignorance de ce chiffre, mais dans la manière dont Ségolène Royal a réagi.

Une politique, même de haut niveau, n'est pas en mesure de connaitre tous les détails, et ce n'est pas son rôle. Interroger Ségolène Royal sur le nombre de sous-marins nucléaires français n'a pas plus de sens que la fameuse question posée à Giscard sur le prix de la baguette de pain. Lui chercher des poux dans la tête pour cela est idiot, et je pense qu'un autre candidat aurait pareillement séché sur cette question. Ce que j'attends d'un politique, c'est sa vision globale de la stratégie de défense, question sur laquelle Ségolène Royal a donné quelques pistes intéressantes (et critiquables) au cours de la même émission.

La bourde, si on peut parler de bourde, vient plutôt de la réaction de la candidate, qui semble avoir été déstabilisée par l'attaque. Elle a bafouillé, donné un chiffre au hasard, comme une élève qui ne connait pas une réponse lors d'un oral. C'est la pire des réactions à ce qui est visiblement un piège, le journaliste se montrant particulièrement agressif sur cette question. Elle aurait pu habilement rebondir sur l'inanité d'une telle question, répondre qu'on pourrait aussi lui demander le nombre de petites cuillères en argent qu'il y a dans son buffet. Un président donne les grandes orientations, et le fait de ne pas savoir le nombre de sous marins n'empêche pas d'avoir une vraie doctrine de défense, une idée de la manière dont la France doit assurer sa protection.

Mais non, rien de tout cela. C'est dommage, car parfois, il faut savoir dire "je ne sais pas" et expliquer que cette méconnaissance n'est pas dramatique. Elle en serait sortie grandie, plus humaine car ayant montré et assumé qu'elle n'est pas parfaite, qu'elle ne sait pas tout. Elle a juste révélé un manque flagrant de sens de la répartie.

mercredi 24 janvier 2007

Quand l'hôpital se fout de la Charité

Philippe Douste Blazy critique la "légèreté" de Ségolène Royal, qui ferait ainsi des dégâts sur la scène internationale. C'est pas lui déjà, qui avait parlé du rôle stabilisateur de l'Iran au Moyen Orient...

Paris blogue-t-il ?

Je suis allé hier soir pour la première fois à la réunion de blogueurs parisiens "Paris blogue-t-il". Pas franchement convaincu par la soirée, c'est le moins qu'on puisse dire. Très peu de têtes connues, une densité de "barons" assez importante. Je pensais venir à une rencontre de blogueurs, je suis tombé dans une soirée mondaine où on vient pour voir et être vu, parader. Pour la chaleur humaine et les vraies rencontres, il vaut mieux aller à Paris Carnet et à la République des blogs.

Toutefois, le déplacement n'aura pas été inutile, car avant la soirée, il y avait une rencontre avec Nicolas Hulot. Je suis arrivé en cours de débat, mais ce j'en ai vu m'a agréablement surpris. Les questions n'étaient pas mauvaises, et surtout, l'orateur était bon. Nicolas Hulot m'a fait une excellente impression. C'est un homme qui a des convictions, qui est sincère, mais aussi pragmatique. Son but est de faire avancer les idées auxquelles il croit, pas de faire carrière. Cela change des hommes politiques habituels. Certes, sur certains sujets, il n'est pas tellement au point et semble se faire encore quelques illusions sur les hommes politiques. S'il croit que les députés qui signeront son pacte écologique seront tous touchés par la grâce... Si la FNSEA arrive le lendemain leur faire signer un pacte agricole, ils utiliseront sans doute le même stylo et signeront allègrement.

Mais bon, cela m'a donné envie d'aller voir de plus près ce fameux pacte écologique, qui m'a finalement l'air d'être autre chose qu'un gadget médiatique de campagne présidentielle.

mardi 23 janvier 2007

Présentement

La souveraineté du Québec. Le mot a été laché par Ségolène Royal après une visite du leader du parti "indépendantiste" québécois. Improvisation malheureuse ou réelle position politique, chacun est libre d'interpréter les propos et seul l'avenir nous donnera la véritable réponse.

Partons du principe charitable et estimons qu'elle a réfléchi à ce qu'elle a dit, au poids des mots utilisés. Parler de la souveraineté du Québec n'est pas neutre. C'est une inflexion forte dans la politique étrangère française qui a toujours ménagé la chèvre et le chou, même s'il y a eu beaucoup de flou et de tiraillement sur ce point. On a commencé avec le général de Gaulle et son "vive le Québec libre". Chirac, de son coté, a largement brossé les indépendantistes du Québec dans le sens du poil. C'est vrai qu'il existe une véritable proximité entre la France et la partie francophone du Canada, pour des raisons historiques, mais aussi largement sentimentales. Les deux parties entretiennent volontiers ces liens et les exalter est toujours politiquement payant (au moins en France).

Nous sommes légitimes à donner notre avis, au regard des liens qui unissent la France et le Québec, en cela, la réplique du gouvernement anglophone est assez malvenue, bien que hautement prévisible, tellement le débat est politiquement sensible là-bas. Cela froisse forcement Ottawa, cela froisse forçement les Québécois hostiles à l'indépendance. Il faut accepter les conséquences de nos prises de positions, en se demandant peut-être avant si elles risquent de nous attirer plus d'ennemis que de soutiens. Sur l'affaire de la "souveraineté" du Québec, je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne opération. Que pèse aujourd'hui le parti indépendantiste, qu'est ce que peut nous rapporter un soutien aussi clair à leur cause, quelles contreparties ? La politique étrangère, ce n'est aligner les engagements généreux et gratuits en faveur de ce que nous pensons être des "bonnes causes". C'est intervenir à bon escient, sur une situation donnée, pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Ce que nous souhaitons, en France, c'est le maintien de la francophonie. Pour le reste, les points communs ne sont pas si forts entre français et québécois. Il ne faut pas se leurrer, les québécois sont des nords-américains qui parlent français et non pas des quasi-français vivant en Amérique du Nord. Notre sentimentalisme peut biaiser notre vision. Une fois l'objectif fixé, il faut examiner la situation objective : Est ce que l'indépendance du Québec est la meilleure solution pour y maintenir la francophonie ? Est ce que cet objectif d'indépendance ne créera pas des difficultés telles qu'elles représentent un coût disproportionné par rapport à l'objectif ? Je ne suis pas un grand spécialiste du Canada, mais il me semble que le soutien explicite à l'indépendance, dans la situation de 2007 (très différente de celle de 1967) soit le meilleur moyen de défendre ce qui nous importe, à nous français, à savoir le maintien de la francophonie et des aspects culturels qui s'y rattachent.

J'attends donc de la candidate socialiste qu'elle précise sa pensée sur ce sujet. Quels sont ses objectifs ? quelle est son analyse de la situation canadienne ? Au passage, il apparait intéressant que les autres candidats répondent également à ces questions. Voilà comment j'envisage une campagne électorale. Que des sujets soient abordés, c'est bien, encore faut-il que cela se fasse en profondeur et que tous les éléments soient maîtrisés par les candidats.

lundi 22 janvier 2007

SOS candidat

Deux moments de l'intervention de Ségolène Royal sur Canal plus, dimanche dernier.

Cela se passerait presque de commentaires tellement c'est énorme. Comment peut-on arriver sur un plateau de télévision, à une heure de grande écoute, avec une telle impréparation. Même les militants socialistes pleurent ! Il fallait réfléchir avant de voter pour la dame en blanc, maintenant c'est trop tard, c'est elle qui est volant. Au fait, elle vous avait dit qu'elle n'avait pas le permis ?

Un homme de Bien

L'abbé Pierre vient de mourir. C'est une personnalité exceptionnelle qui nous quitte. Les français ne s'y sont pas trompés et ont toujours plébiscité cet homme qui s'est dévoué coprs et âme pour la mission qu'il s'était assigné.

L'abbé Pierre a été et restera encore longtemps un symbole, celui du vrai engagement chrétien. C'est un religieux, un moine capucin, ordre mendiant et mystique. C'est un engagement premier, pris très jeune, qu'il n'a jamais renié, mais qu'il n'a jamais mis en avant non plus. L'abbé Pierre, avant d'être un religieux, était un homme, ordinaire, avec ses faiblesses qu'il a eut la force de reconnaitre et d'assumer, sans en faire étalage ni exploitation. C'est un homme qui a commis des erreurs, qui s'est trompé, qui l'a reconnu. Il y a toujours eu chez lui une primauté de ce qu'il faisait sur ce qu'il était.

Bien que médiatique, il a toujours su éviter les pièges du système car il y allait non pas par narcissisme, mais pour défendre des causes qu'il estimaient juste. Les médias existent, il faut les utiliser, avec pragmatisme. Comme pour toute chose, c'est la dose qui fait le poison, et l'abbé Pierre a toujours su se préserver en ne dépassant pas les doses prescrites. Un modèle pour nous tous, qui sommes trop souvent fascinés par les médias comme les papillons par la lueur de la lampe. On sait comment finissent les papillons qui s'en approchent de trop près...

C'est cette sincérité, cette vérité de l'homme que les français ont plébiscité. C'est rassurant de voir que l'engagement total, l'effacement de soi pour une cause recontre encore une forte adhésion. C'est un souffle qui peut porter tout ceux qui, sans visibilité médiatique, en silence, sans ostentation, accomplissent une oeuvre au service de leur prochain, dans le sens de ce que leur demande le Christ dans les évangiles. Souvent, ces hommes de bien, on les trouvent aux marges, voire en dehors des institutions religieuses. Cela devrait interpeller tous nos officiels de la religion, qui se prétendent détenteurs d'une vérité qu'ils ne mettent pas vraiment en oeuvre.

Si l'église catholique ne canonisera sans doute jamais l'abbé Pierre (trop libre par rapport à l'institution ecclésiastique), la population française l'a déjà fait et elle a eu raison. Elle aura discerné ce qui essentiel et ô combien difficile à mettre en oeuvre, le don total de soi. Qui serait capable aujourd'hui de suivre son exemple et son choix de vie et de s'y tenir pendant près de 75 ans ?

dimanche 21 janvier 2007

La confiance règne

Ségolène Royal a choisi d'installer son QG de campagne rue de Solférino, au siège du PS. Choix symbolique, choix tactique aussi, qui en dit long.

Elle s'installe et relooke complètement les locaux. C'est une véritable annexion, elle prend littéralement possession des lieux. Comment exprimer mieux une volonté de prise de contrôle sur l'appareil du parti, ou au moins une volonté de le neutraliser. Les équipes du PS qui ne seraient pas dans la mouvance n'ont tout simplement plus de lieux pour travailler, se réunir, comploter. Ils sont sous surveillance, relégués sous les combles.

Pour autant, ce n'est pas une fusion des équipes de Ségolène Royal avec celles du PS, puisqu'elle occupe également des locaux qui lui sont propres, à proximité immédiate de la rue de Solférino. C'est son repaire, son vrai quartier-général. Vu la taille des locaux (300 mètres carrés), on ne pourra y mettre que quelques personnes, les fidèles. On peut certain que c'est là et non pas rue de Solférino qu'auront lieu les réunions stratégiques, à l'abri des téléphones portables malencontreusement restés ouverts.

Cette accumulation de détails, qui s'ajoutent à la Montebourde, dévoilent une ambiance bien dégradée chez les socialistes. La confiance règne ! A chaque élection, c'est le camp le moins désuni qui l'emporte. Cette fois-ci, la Gauche est mal partie, avec un foisonnement de candidatures à l'extrême-gauche (en comptant Bové qui meurt d'envie d'y aller) et une entente pas très cordiale au sein du PS et une réticence certaine de son appareil vis-à-vis de la candidate investie. Certes, l'ambiance à Droite n'est pas mal non plus, avec Villepin et Chirac qui ne rêvent que de faire trébucher Sarkozy. C'est quand même moins le bazar (pour l'instant...). Attendons de voir la suite, mais on peut déjà dire que la campagne de Ségolène Royal est structurellement mal partie.

samedi 20 janvier 2007

Vous êtes toujours ensemble ?

Vous êtes toujours ensemble ? Cela risque d'être la prochaine question gênante à laquelle François Hollande et Ségolène Royal pourraient avoir à répondre. Bien que fiscalement ensemble (ils ont encore un enfant commun mineur), la rumeur se fait de plus en plus insistante : ils se seraient séparés. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'entendre cette information, par plusieurs canaux, Françoise Hidalgo, adjointe au maire de Paris étant citée comme nouvelle compagne de François Hollande. Maintenant, c'est la presse étrangère qui s'y met (trouvé chez Jules de What's next).

Certains objecteront qu'il s'agit de leur vie privée et que cela les regarde. Je suis d'accord pour un strict respect de la vie privée, à partir du moment où elle n'est pas utilisée dans le cadre de l'activité politique. Que les déboires conjugaux de Nicolas Sarkozy se retrouvent dans Paris Match ne me dérange pas, car il a largement instrumentalisé son couple. Ségolène Royal et François Hollande font de même, utilisant l'image du couple de politiques dans leur communication. Il est normal que la réalité de ce couple soit questionné.

La situation semble être assez complexe, car nos deux pacsés pourraient bien être ensemble pour certaines choses (gestion du patrimoine commun, éducation des enfants) et parfaitement séparés pour la vie affective et les ambitions politiques. En tout cas, la réalité ne colle sans doute pas à l'image qui est donnée et exploitée politiquement. Cela mérite quelques éclaircissements qu'il est légitime de demander à une candidate à la présidentielle.

La souffrance n'autorise pas tout

La shoah a été un crime abominable et il en faut en garder la mémoire, pour les victimes, mais aussi pour que jamais un tel crime ne puisse se reproduire. Pour autant, faut-il imposer et afficher cette mémoire partout et en faire un pivot dans la construction de notre identité nationale ?

Je suis plus que réservé sur la décision de Jacques Chirac de faire entrer les "justes" au Panthéon. Le Panthéon, c'est un haut lieu de la mémoire de la Nation et de la Patrie. C'est là que sont honorés les héros de la communauté nationale française. La Shoah, c'est la douleur et la mémoire d'une communauté particulière, mais pas forcement de la Nation française dans son entier. La faire entrer au Panthéon, c'est lui donner un statut "national" qui, à mon avis, ne lui revient pas. A ce train là, toutes les communautés vont demander une plaque au Panthéon.

C'est le point d'orgue d'une politique visant à sanctuariser à et imposer à tous cette mémoire. On a commencé par interdire de la contester, sous peine de sanctions pénales. Sont venues ensuite les rappels, les commémorations hautement médiatiques. J'ai toujours été gêné de ces plaques systématiquement apposées devant les écoles parisiennes, rappelant la déportation des enfants juifs. Que l'on préserve leur souvenir, oui, mais l'apposition d'une plaque sur un lieu ne devrait être réservé qu'aux évènements spécifiquement marquants et singuliers au lieu. Une plaque sur la maison d'Izieu d'où sont partis les enfants juifs déportés, oui, cela a un sens, qu'il ne faut pas banaliser en mettant des plaques partout.

On peut, sans nier sa réalité, affirmer qu'une souffrance ne donne pas tous les droits, notamment pas celui d'imposer plus que nécessaire sa mémoire particulière aux autres.

vendredi 19 janvier 2007

Vers un régime présidentiel ?

A la suite de mes collègues économistes de Lieu-Commun, je me penche sur le discours de Sarkozy lors de son sacre, le 14 janvier dernier. C'est l'aspect "institutions" qui fera l'objet de mon exégèse (cela s'appelle la division du travail). Même si on trouve peu de propositions précises dans ce qui est d'abord un discours de politique générale, il y a quand un peu de matière.

On sent dans le discours de Sarkozy une tentation d'aller vers un régime présidentiel : "un Président qui s’explique devant le Parlement. C’est un Président qui gouverne. C'est un président qui assume. On n'élit pas un arbitre mais un leader". En cela, il s'éloigne un peu de la pensée gaullienne, où le président est d'abord un arbitre et quelqu'un qui fixe les grandes orientations. C'est l'esprit de la présidence de Chirac, surtout lors de son deuxième mandat.

L'idée de faire bouger un peu les choses n'est pas mauvaise, car l'articulation président-premier ministre est assez insatisfaisante. Notre consitution prévoit que c'est seulement le premier ministre qui est responsable politiquement devant le Parlement. S'il doit assumer seul les conséquences politiques, il faut qu'il ait l'entière maîtrise des décisions, ce qui n'est pas le cas en France (hors périodes de cohabitation). Le premier ministre ne fait que mettre en musique les décisions prises ailleurs, par un président qui peut ainsi décider sans jamais pouvoir être mis en cause politiquement. C'est ce hiatus qui est pointé par Nicolas Sarkozy quand il parle d'un président qui décide (ce qui est déjà le cas) mais qui également assume (ce qui devrait être le cas). Cette position, pour logique et saine qu'elle soit, pose quand même la grande question de la nature du régime : présidentiel ou parlementaire ?

Cela amène à repenser la notion de responsabilité politique. Formellement, il n'y a pas de mécanismes de censure faciles à mettre en oeuvre dans la constitution des USA, et pourtant, le président doit assumer la responsabilité politique de son action. Mais au lieu de la voir engagée dans un débat parlementaire, c'est devant le peuple que cela se joue, lors des très réguliers scrutins nationaux. Le test politique, il est tous les deux ans, lors des élections présidentielles, mais également aux mid-terms. Finalement, un mécanisme de responsabilité politique de type parlementaire n'est pas une nécessité, à condition que l'on mette en place les mécanismes d'une responsabilité politique démocratique. Reste à savoir ce que proposerait ceux qui souhaitent un passage au régime présidentiel.

Ce débat est dans l'air depuis quelques années en France, avec des intiatives telles que la 6ème république. Il n'est pourtant que parcellaire, car posé en termes trop abrupts et trop larges. Pendant ce temps, la présidentialisation avance à petites touches, avec d'abord le quiquennat, puis dernièrement la réforme pas si anodine du statut pénal du chef de l'Etat (voir les excellents billets de Paxatagore). On se retrouve ainsi avec un mandat raccourci pour le président, qui est aligné sur celui des députés, avec immédiatement concommitance des dates d'élection. On se retrouve aussi avec une procédure proche de l'impeachment américain. Il ne reste plus grand chose à faire sinon supprimer le droit de dissolution du président et la possibilité pour l'Assemblée nationale de renverser le gouvernement (ou les rendre difficiles à mettre en oeuvre et de ce fait très exceptionnels). On se retrouvera ainsi sans trop s'en être rendu compte dans un régime présidentiel.

C'est un changement majeur, pas seulement dans les textes, mais aussi dans l'esprit et dans la manière de faire de la politique. Cela implique d'avoir un Parlement fort, des députés réellement indépendant du pouvoir exécutif. J'ai peur que dans notre système où le poids des partis politiques est important, où des habitudes (pas forcement bonnes) ont façonné les comportements et les réflexes politiques, cela n'amène qu'à davantage de subordination du Parlement, qui n'aurait même plus l'arme (très théorique il est vrai) de la censure. Le Congrès américain est fort car le système de partis américain est très souple et très ouvert. Notre classe politique saura-t-elle, voudra-t-elle s'adapter pour faire fonctionner au mieux de telles institutions ? Peut-être que oui, il ne faut pas non plus être trop pessimiste sur notre capacité de réforme.

Ce n'est que le début de la campagne et il reste du temps pour que Nicolas Sarkozy précise sa pensée. Je souhaite qu'un véritable débat s'engage sur ce sujet d'une éventuelle présidentialisation du régime, car dans cinq ans, il sera peut-être trop tard, le pas pouvant aisément être franchi.

jeudi 18 janvier 2007

Pas si basse campagne

Dans l'affaire de l'ISF de François Hollande et Ségolène Royal, la ligne de défense du PS est de botter en touche en dénonçant une campagne de "racaille" et des attaques personnelles et viles. Mieux vaudrait pour certains se concentrer uniquement sur les idées et les programmes.

Déjà, il faudrait que le programme de Ségolène Royal soit sorti et publié. Il semble que c'est prévu, mais pour début mars, pas pour tout de suite en tout cas. En attendant, dormez bonnes gens et laissez vous séduire par le frais minois de la dame en blanc. Et surtout, ne posez pas de questions qui peuvent fâcher ou mettre en lumières d'éventuelles zones d'ombre.

Mais une campagne, c'est aussi cela, une mise à nu des candidats, une exploration systématique de leur passé, de ce qu'ils ont pu dire, faire, ne pas dire ou ne pas faire alors qu'il aurait peut-être fallu faire quelque chose. Et en France, personne n'ira fouiller les aspects de la vie privée, comme chercher à savoir si François Hollande et Ségolène Royal sont toujours bien ensemble et forment un couple toujours uni. Ce n'est pas le cas dans les pays anglo-saxons. Pour l'instant, à part l'affaire Clearstream, aucune attaque basée sur un pur mensonge n'a été lançée. Rien donc n'excède le niveau de polémique acceptable en période électorale.

Un candidat en campagne doit s'attendre à être secoué, à ce que l'on cherche à savoir ce qu'il a dans les tripes. Ce qui est intéressant dans cette polémique sur l'ISF du couple, ce n'est plus maintenant le fond, mais la manière dont la candidate et son entourage réagissent à une polémique qui les dérangent, qui met en lumière un aspect qu'ils auraient aimé laisser dans l'ombre. Comme à chaque fois, c'est un mix entre reconnaitre des faits et s'expliquer, et botter en touche en disqualifiant la question pour ne pas y répondre. Je me répète, mais ce qui m'intéresse, c'est ce que dit le candidat quand il est bousculé, déstabilisé. Quelle est sa capacité à gérer une crise, à communiquer en situation délicate, à se sortir d'un faux pas (nul n'est à l'abri d'une bourde).

On peut dire d'une campagne qu'elle a été bonne ou mauvaise une fois qu'elle est terminée. Une bonne campagne est celle où les électeurs ont pu jauger les capacités personnelles du candidat, ont été loyalement informés sur ce qu'il pense, ce qu'il est, de ce qu'il va faire. Quand un élu surprend, c'est que la campagne n'a pas été bonne et n'a pas donné cette information qui permet le vote éclairé. Pour la présidentielle française de 2007, attendons la fin du mois de mai pour tirer un bilan. Nous n'en sommes encore qu'au début et il reste du temps pour les échanges sur les idées et les convictions.

Quand est-on riche ?

L'affaire de l'ISF du couple Royal-Hollande soulève plein de questions de fond, quand on accepte de s'y pencher. L'une d'entre elle est : payer l'ISF signifie-t-il que l'on est riche ?

L'ISF est au départ un impôt idéologique, créé par la Gauche en 1981 sous l'appellation d'impôt sur les grandes fortunes. L'idée est clairement de "faire cracher les 200 familles". La droite le supprime en 1986, la Gauche le rétablit en 1988, mais avec une nuance, cet impôt étant désormais dit de "solidarité". Ce n'est plus un prélèvement confiscatoire, mais une contribution des plus riches à la solidarité nationale. Cela explique que la Droite n'ait pas osé y toucher en 1993. On ne peut pas être contre la solidarité. Pour autant, ce n'est pas l'envie qui a manqué et depuis, la Droite tourne autour du pot en cherchant, à défaut de le supprimer, de le vider de sa substance à coup de plafonnements, de dégrèvements et de boucliers. La Gauche, qui tient à défendre l'ISF a choisi une stratégie très efficace à court terme. Elle agite systématiquement le spectre du "cadeau fait aux riches et aux possédants" et à chaque fois, la Droite recule.

Cette stratégie est perverse, car elle conduit en premier lieu à remettre une couche d'idéologie sur cet impôt et a créé dans l'esprit des gens "soumis à l'ISF = riche". Elle aussi complètement figé toute adaptation, tout ajustement et c'est là le vrai problème. Le seuil de l'ISF n'a pas été relevé, alors que les prix de l'immobilier ont flambé depuis cinq ans. Il suffit aujourd'hui d'un appartement de plus de 80 mètres carrés, bien situé à Paris et d'une résidence secondaire (que l'on peut avoir hérité) dans un endroit pas trop pourri pour se retrouver assujetti à l'ISF. Combien de familles ont été ainsi bien surprises, au moment d'une évaluation de biens (succession, donation...) de recevoir un rappel d'ISF sur plusieurs années, parce que la maison de la grand-mère, ou l'appartement qu'ils ont acheté une bouchée de pain il y a 25 ans avaient pris de la valeur.

C'est typiquement le cas de François Hollande et de Ségolène Royal. Par leur travail, leurs indemnités d'élus, un peu d'aide des parents Hollande, ils ont pu se constituer un petit patrimoine immobilier, acquis à une période où les prix n'étaient pas aussi déments qu'aujourd'hui. Ils sont à l'aise, ont quelques réserves, mais de là à dire qu'ils sont riches au sens de millionnaires... Et pourtant, ils sont à l'ISF et ça, en communication politique, ça tue ! Le bon peuple, qui suit d'assez loin la campagne, qui capte deux mots par-ci par là n'aura retenu qu'une chose : ils payent l'ISF, donc ils sont riches. Le piège dans lequel la Droite et l'extrême-Gauche se sont amusés à pousser Ségolène Royal est celui-là : lui faire dire qu'elle paye de l'ISF, le reste coulant de source, une bonne partie de la Gauche ayant imprudemment dévalorisé le mot "riche" en lui donnant une connotation de "profiteur" , de "privilégié" et pire, de défenseur de l'ultralibéralisme ! Certains diront basse polémique, peut-être, mais pas seulement, car la Gauche de gouvernement est ainsi mise devant ses contradictions sur la question de l'ISF et c'est une bonne chose !

mercredi 17 janvier 2007

Don't feed the troll

Ségolène Royal s'insurge contre les méthodes de "racailles" et l'acharnement autour de son patrimoine (qui l'a amenée à payer de l'ISF). Elle aurait même porté plainte contre Jacques Godfrain, député UMP, qui aurait repris les informations circulant sur Internet à ce sujet lors d'une réunion publique.

La pauvre petite dame ! Elle semble découvrir qu'une campagne présidentielle, c'est la jungle, et qu'en se présentant, elle descendait dans une arène où tous les coups sont permis. On peut déplorer (à juste titre) que la campagne présidentielle soit faite aussi de coups bas, mais quand on est candidate à ce niveau, on ne peut pas prétendre ignorer les règles du jeu et venir pleurer quand on prend un (petit) coup. Dans ce cas là, on serre les dents, et surtout, on embraye sur autre chose. Porter plainte, c'est reconnaitre que l'on est touché et accessoirement, alimenter le troll, exactement ce que cherche l'UMP en ce moment. La Droite à tout intérêt à ce que l'attention des médias reste braquée sur ce sujet, où la candidate socialiste a plus à perdre qu'à gagner. Pendant que Ségolène s'empêtre et perd son temps à répondre, elle n'est pas en train d'attaquer Sarkozy ou de présenter son programme.

On est maintenant pleinement entré dans la campagne présidentielle. Ce que l'on a connu les mois derniers, ce n'est rien à coté de ce qui commence. On va enfin s'amuser un peu...

mardi 16 janvier 2007

La fonction d'élu

Je lis souvent dans les divers textes et propositions de réformes de la vie politique que les politiques doivent abandonner toute autre activité pour se consacrer exclusivement à leur mandat. Derrière cette affirmation, se profile une erreur d'analyse sur ce que doit être la fonction d'un élu. Je reprends et approfondit une réflexion déjà entamée, qui évolue et se construit progressivement.

Etre un élu, c'est une responsabilité, pas un travail où il faut fournir un certain nombre d'heures. L'élu est là pour décider, pour trancher et en assumer la responsabilité. Bien entendu, cela demande d'y passer un peu de temps, pour s'informer, réfléchir, se former. Tout cela ne se quantifie que difficilement, et le fait d'exercer une autre activité peut se révéler très profitable à l'élu, qui peut ainsi "garder les peids sur terre". C'est terriblement facile pour un parlementaire de s'enfermer dans la bulle parisienne, où on est pris en charge, entouré, mais aussi largement coupé des réalités.

Etre un élu, c'est aussi prendre part aux délibérations, ce qui est autre chose que prendre part aux votes. Dans notre système, plus on approche de la fin de l'examen d'un texte, plus il est difficile de le faire bouger. Le vote proprement dit est souvent formel et politique. Même si le parlementaire n'est pas totalement en accord avec tout ce que contient le texte, il vote quand même pour s'il est proposé par le gouvernement qu'il soutient et inversement. C'est bien en amont, lorsque l'on est au stade de l'avant projet, lors des discussions en commissions que le député peut intervenir, quand les arbitrages ne sont pas encore rendus, quand le choix du groupe majoritaire est encore indécis. Cela, les citoyens ne le voient pas, parce que cela se passe souvent à huis clos, dans des réunions qui n'ont rien de secret, mais que la presse ne suit pas. Elle commence d'ailleurs à s'intéresser à un texte de loi quand il est formalisé, quand les choix sont quasiment arrêtés, c'est à dire trop tard. De ce fait, le citoyen est mal ou pas du tout informé de ce qui s'est passé en amont et se concentre sur des actes quantifiables, visibles, mais finalement secondaires et formels.

Accord d'entraide judiciaire entre la France et la Chine

Lors des échanges et commentaires sur la visite de Ségolène Royal en Chine, certains avaient évoqué la négociation d'un traité "d'extradition" entre la France et la Chine. C'est vrai qu'après les déclarations malheureuses de Ségolène Royal sur la rapidité de la justice chinoise, certains ont fait le parallèle avec l'action du gouvernement dont fait partie Nicolas Sarkozy. La remarque était justifiée et méritait qu'on s'y arrête.

Ce "traité d'extradition" vient d'arriver, pour ratification sur le bureau de l'Assemblée nationale, après être déjà passé par le Sénat. Une fois de plus, les journalistes ont fait dans la facilité, car le terme "extradition" est impropre pour qualifier ce traité: "Le présent Accord n'est pas applicable à l'exécution des décisions d'arrestation et des condamnations". Le champ de la coopération porte davantage sur l'aide à l'instruction (informations sur les individus, localisation, notification d'actes, perquisitions, auditions de témoins). Des restrictions sont prévues si la demande porte sur des infractions politiques ou militaires, sur des éléments "incompatibles avec les principes fondamentaux de sa législation" (avec ça, on fait ce qu'on veut) et si cela ne suffit pas, la France peut refuser l'entraide "Si elle a de fortes raisons de croire que la demande d'entraide aura pour effet de porter préjudice à une personne du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité ou de ses opinions politiques".

Ce traité est une bonne chose, car il nous est très utile pour lutter contre la criminalité organisée et l'évasion fiscale. Les chinois de France, pour discrets et travailleurs qu'ils sont, n'en abritent pas moins des criminels, qui pratiquent l'esclavage, les trafics en tous genres, les crimes de sang. Pouvoir les poursuivre y compris en Chine est une nécessité pour les juges d'instruction. C'est certainement la France qui a le plus besoin de cet accord, passé sans aucune compromission sur nos principes. Le voyage de Pascal Clément en Chine, bien que nettement moins médiatisé, aura été plus utile que celui de Ségolène Royal.

lundi 15 janvier 2007

L'art d'occuper l'espace

Une campagne présidentielle, c'est une course d'obstacles dans laquelle il importe avant tout de ne pas trébucher. Le mois de janvier est particulièrement difficile car l'échéance est encore loin. Il faut commencer à lancer ses troupes, mais ne pas trop donner son programme, sinon après, le candidat n'a plus rien à dire. En se livrant trop tôt, il s'expose aussi aux attaques, laissant à ses adversaires le temps de décortiquer son programme et d'en faire ressortir toutes les inepties.

Dans le même temps, les médias harcèlent les principaux candidats, les suivent, les filment, réclament du grain à moudre. Il faut donc occuper l'espace médiatique, être visible, sans trop en dire et sans faire de bourdes. C'est un peu la quadrature du cercle. Ceux qui ont des fonctions officielles (ministre de l'intérieur par exemple) peuvent occuper l'espace offert par les médias et nourrir les journalistes de leur action réelle ou supposée. C'est plus difficile pour ceux qui n'ont pas grand chose d'autre que leur statut de candidat. C'est le cas de Ségolène qui s'emploie à apparaitre sur des opérations sans importance comme sa présence sur Second Life, ou par voyages à l'étranger où elle doit se contenter de faire du tourisme. Ne voulant pas livrer trop de contenu, elle parle pour ne rien dire et comme la machine médiatique n'aime pas tourner à vide, elle se jette voracement sur des bourdes qui ressortent d'autant mieux qu'elles sont entourées de vide.

Dur, dur d'être candidate.

Les lois de parité en politique

La semaine prochaine, l'Assemblée nationale va avoir à examiner un nouveau texte destiné à "promouvoir l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives". Encore une loi sur la parité, et qui passe en plus en urgence, pour forcer l'accès des éxécutifs des régions et des communes, derniers bastions masculins.

Sur le principe de la parité en politique, je ne vois aucune difficulté. La femme est l'égale de l'homme, c'est la suite logique de la philosophie des Lumières qui met l'individu au centre de tout. Cette évolution a mis du temps à aboutir puisque ce n'est qu'à partir des années 1960 que la femme sort de son statut d'éternelle mineure. Qu'à la suite de ce mouvement, une place égale à l'homme lui soit faite en politique, c'est parfaitement logique et cohérent. Ce qui me dérange, ce n'est pas tant le but que la méthode.

Depuis une dizaine d'années, le choix a été fait du passage en force, par la loi, qui impose autoritairement la présence d'un nombre égal d'hommes et de femmes dans les instances politiques. Une série de lois a mis en musique cette décision, dont celle qui sera votée ce mois ci est le dernier avatar. Ce choix d'imposer autoritairement la parité est pourtant contestable et n'a, à mon sens, pas fait l'objet d'un véritable débat politique. Pouvait-on arriver à atteindre le but par d'autres biais ? La stratégie du passage par la loi a-t-il donné de bons résultats ? Voilà deux questions tabous, toute personnalité politique s'aventurant sur ce terrain se faisant sauvagement agresser et traité comme un horrible macho, hostile à la présence des femmes en politique.

Recourir à la loi, c'est reconnaitre que les autres méthodes n'ont pas réussi. Ecnore eut-il fallu mettre en oeuvre ces techniques avant de tirer le constat d'échec. Mes souvenirs sont assez lointains, mais il ne me semble pas que l'on ait tenté beaucoup de choses pour favoriser l'engagement des femmes en politique. Ces lois sur la parité ont surgi dans le débat politique, poussées par quelques femmes politiques, dont Yvette Roudy et Roselyne Bachelot, à l'issue d'un barnum médiatique de quelques mois. Elles ne sont en rien l'aboutissement d'un long processus de réflexion et de débats, mais plutôt d'un assaut à la hussarde, en profitant d'un gouvernement socialiste friand de ces textes "sociétaux" où on prétend faire évoluer les mentalités par décret.

Force est de constater l'échec de la démarche. Certes, les lois ont été efficaces pour les scrutins de liste. De toute manière, il ne pouvait pas en être autrement puisqu'une liste ne respectant pas la règle de la parité n'était tout simplement pas recevable. Par contre, dès que l'obligation pouvait être tournée, c'est le bide intégral. Le simple exemple des législatives est éloquent. Les partis politiques préfèrent encore payer ! Ne parlons pas des présidences de régions, avec une seule femme présidente, Ségolène Royal en Poitou-Charentes, pour une vingtaine de régions socialistes (au fait, qui a fait voter la parité ?). Faire aujourd'hui voter une nouvelle loi pour encore renforcer le champ de la parité ne résoudra rien à l'échec profond de méthode employée. Il y aura toujours des secteurs (je pense au monde de l'entreprise), mais aussi des postes politiques par essence unipersonnels où la loi autoritaire sera inefficace, à moins d'instaurer une dictature. Que l'un des arguments de la candidate socialiste à la présidentielle soit "parce que je suis une femme" est dramatique. Avec une politique de la parité réussie, un tel argument ne serait venu à l'esprit de personne ou presque.

La question fondamentale, celle que l'on a pas voulu se poser reste pourtant centrale. Qu'est ce qui dans notre société, dans notre organisation, dans nos mentalités bloque l'accès des responsabilités politiques, mais aussi économiques aux femmes ? Et une fois que ces blocages sont identifiés, souhaite-t-on s'y attaquer. Cette question est peut-être provocatrice, mais elle doit être posée. Nombre de réformes officiellement annoncées échouent, par un sabotage de ceux là-même qui sont censés les avoir décidées, parce que consciemment ou pas, ils ne voulaient pas de ces changements. J'ai d'ailleurs un peu peur que le choix de la méthode autoritaire tient de ce refus d'aller chercher les vraies causes. En amenant ou en laissant aller sur une fausse piste, on donne l'impression d'avoir fait bouger les choses, sans avoir touché à l'essentiel.

De fil en aiguille, cette question de la parité en politique amène au patriarcat et à sa remise en cause. Nous entrons alors dans des questions hautement sensibles de fondements anthropologiques et le débat peut mener très loin. Cela fait peur, il faudra bien pourtant un jour que ce débat ait lieu, sinon, nous serons sans cesse à poser des emplâtres sur des jambes de bois, en nous demandant pourquoi cela ne guérit pas. Pour autant, il faut mener ce débat de manière responsable, en prenant le temps qu'il faut pour le préparer. Rien ne serait pire qu'un échec, créateur de fractures et de guerres entre deux clans, à l'exemple de ce qu'on déclenché les mouvements ultra-féministes aux USA. C'est là que l'on a besoin d'un personnel politique de haute qualité, pour préparer et amener le débat, l'animer et en tirer des projets de réforme qui aient l'aval (ou au moins la non opposition) d'une majorité. Cela reste largement à faire. Belle question à poser à nos candidats à la présidentielle !

dimanche 14 janvier 2007

La Gauche revancharde

François Hollande m'a particulièrement affligé lors de sa récente déclaration sur l'annulation des baisses d'impôts. Il se lance dans une voie de division, stigmatisant les "riches" qu'il n'aime pas, et annonçant le retour au pouvoir d'un groupe qui ferait "recracher" des privilèges qui auraient été induement obtenus.

Faire de la politique, ce n'est pas pointer du doigt certains membres de la communauté nationale, les désigner comme des cibles, des ennemis. Faire de la politique, c'est au contraire s'arranger pour souder la communauté, pour gérer le plus habilement possible les conflits, pour prévenir les crises ou en atténuer les effets. François Hollande joue avec le feu, dans des déclarations qui font plaisir aux militants, aux radicaux de l'extrême-Gauche qui ne rèvent que de révolution et d'affrontement.

Une autre logique sous jacente dans ces propos est celle de la "politique pour transformer la société", pour la rendre conforme à un modèle idéologique préétabli. Encore une vieille lune bien française, d'autant plus forte que l'on va vers les extrêmes du champ politique. C'est une conception que je ne partage pas ! La politique est la gestion de la Res Publica, des questions qui ne peuvent se régler que collectivement. Le pouvoir politique doit en premier lieu assurer la paix civile pour que chacun puisse vivre selon le mode de vie qui lui plait (sous réserve de ne pas gêner les autres). C'est un rôle de régulation, pas de force motrice.

Heureusement, il semble que Ségolène Royal ne soit pas tout à fait sur la même longueur d'onde. Sans désavouer formellement celui qui est le premier secrétaire du parti (et accessoirement le père de ses enfants), elle se démarque de cette logique d'affrontement et de revanche. L'expérience de 1981 a montré que cette attitude est contreproductive. On se retrouve avec des adversaires déterminés à se défendre becs et ongles, que l'on a braqué par des paroles malheureuses. Une fois élu, on se révèle bien incapable de mettre en pratique le quart des menaces que l'on a proféré (l'Etat de droit, cela existe) et on a perdu la bienveillance voire la coopération d'acteurs économiques importantes, bien plus utiles pour mettre en oeuvre des réformes que les utopistes bavards qui ont pris du plaisir aux menaces et aux invectives de la campagne.

vendredi 12 janvier 2007

Textes sacrés

J'ai lu dernièrement deux ouvrages sur les textes sacrés des chrétiens. Le premier, "la Bible dévoilée" est écrit par deux archéologues qui révolutionnent complètement notre approche de l'Ancien Testament. Pour résumer, La Bible telle que la connaissent les juifs et les chrétiens a été compilée et mise par écrit au VIIe siècle avant JC, juste avant la chute de Juda face aux envahisseurs égyptiens puis assyriens. Les textes de l'Ancien Testament sont des mythes (au sens religieux) réécrits pour les besoins de la cause à un moment X. Par la suite, d'autres textes se sont rajoutés au canon biblique, notamment ceux de l'exil et des périodes qui ont suivi.

Le deuxième ouvrage s'intitule "Jésus après Jésus" et porte sur l'écriture des Evangiles et du Nouveau Testament. Il montre que Jésus n'a rien écrit directement, qu'il était juif, se pensait juif et n'aurait jamais imaginé fonder une nouvelle religion. Ceux qui ont créé le christianisme, ce sont d'autres qui sont venus après, dont le premier fut Paul de Tarse. Ce sont eux qui ont écrit les Evangiles et les différentes Epitres. Chaque église, chaque lignée théologique a écrit ses propres ouvrages, en positif, mais aussi en réaction aux écrits des autres groupes qui se réclamaient aussi du Christ.

Ces deux livres ont en commun d'être bien écrits, passionnants et très sérieusement documentés. Ils sont dans une même optique de lecture "non croyante" des textes sacrés, démarche pas si fréquente à ce très haut niveau intellectuel. A chaque fois, ils nous montrent que nos "livres sacrés" sont en fait la cristallisation de croyances, de combats, de polémiques à un moment donné, dans un lieu donné. En tant que tels, ils sont datés et il ne faut surtout pas les prendre au pied de la lettre.

Cela ne les empêchent pas d'être des supports d'une croyance, car nos livres sacrés s'inscrivent dans une tradition très ancienne, qui remonte au coeur de l'humanité, avant même les temps historiques. Elle dépasse largement les livres et aucun ne peut prétendre la contenir en entier, car elle faite de convergences, mais aussi de tensions et de contradictions. Pourtant, ils nous parlent parce que les attentes profondes de l'homme n'ont pas changé fondamentalement. Ses questionnements sur la mort, l'existence d'un au-delà qui ne nous serait pas accessible, les raisons de notre existence sont toujours autant d'actualité. Loin de nous offrir un monolithe qu'il faut prendre en bloc, cette tradition a donné naissance à des rameaux qui ont évolué avec le temps, qui continuent d'évoluer pour suivre l'homme dans son cheminement. Certaines branches ont prospéré, d'autres sont mortes, parfois pour renaitre quelques siècles plus tard. Les influences sont multiples et c'est ce qui fait la richesse de cette voie qui a structuré en profondeur l'Occident dans ses manières de voir et de penser le monde.

Merci aux auteurs de ces deux sommes, références qui devraient être dans toutes les biliothèques, celles des croyants, mais aussi celles des non-croyants.

jeudi 11 janvier 2007

Une bourde ça va...

...trois bourdes bonjour les dégâts. Après le temps de travail des enseignants, les jurys citoyens, les maladresses au Moyen-Orient, voilà que Ségolène Royal récidive avec son commentaire sur la justice chinoise, plus rapide qu'en France. Cela devient tellement pathétique que l'on relève désormais les gaffes, sans avoir besoin d'en rajouter, le texte brut suffit.

Autant les premières fois, on pouvait penser que Ségolène Royal ne voulait pas trop en dire, de peur de griller de bonnes cartes alors qu'elle n'en était qu'au stade de la candidature à la candidature socialiste. Elle pouvait aussi dire qu'elle souhaitait lancer un débat, sans avoir de solution toute faite, pour justement être disponible aux avis. On pouvait croire qu'il s'agissait d'une nouvelle manière de communiquer, que la candidate prenait certes des risques en heurtant de front, mais que c'était calculé.

Plus ça va, plus je me demande (sans polémique partisane) si elle maîtrise tant que cela sa communication. Certes, elle est entourée de conseillers pointus, de spins doctors, qui assurent le stratégique, la communication institutionnelle, les communiqués de presse. Mais ils ne maîtrisent pas la candidate, qui "dérape" trop régulièrement et à chaque fois dans un contexte où elle n'a pas ses notes toutes prêtes, quand elle est en situation, dans le feu d'un débat, quand elle répond à des questions non préparées. Bien sûr, à chaque fois, ce sont des bourdes que ses amis s'efforcent de rattraper, parfois avec talent, parfois de manière pathétique comme Jack Lang sur la "bravitude". Cela peut arriver une fois de prendre des raccourcis de la pensée, et d'être mal compris. Mais là, cela commence à faire beaucoup !

C'est encore trop tôt pour porter un jugement définitif, mais les signes sont inquiétants. Cela donne à penser que Ségolène Royal n'est tout simplement pas à la hauteur de la tâche. Chef de l'Etat implique de savoir trancher seul et vite, de réagir au quart de tour, de savoir rebondir lors d'une conférence internationale, ou même lors d'une discussion impromptue. La valeur réelle d'une personne se juge quand elle est seule face à l'adversaire, quand elle n'a que ses propres ressources. Il y a des fonctions où il ne suffit pas d'être gentil, proche des gens. Tout le monde n'a pas les capacités pour être président de la République, sinon, pourquoi ne pas tirer au sort le prochain président ? Une campagne est faite justement pour révéler, mettre à nu la vraie personnalité, l'endurance, la capacité. Et il reste encore 100 jours à tenir.

A titre de pur amusement, je serais curieux de voir ce que donnerait Ségolène Royal comme candidate à Koh Lanta.

mercredi 10 janvier 2007

De la Chambre à la Cour

Le 2 janvier dernier, Jean De Gaulle, député du 12e arrondissement de Paris a présenté sa démission. deux mois auparavant, un autre député, René André avait lui aussi démissionné. Les deux sont partis pour les mêmes raisons, libérer une bonne circonscription pour un ministre, et au même endroit, à la Cour des Comptes.

Cela peut faire sourire de voir que la Cour des Comptes est devenu le nouveau lieu de recasage à la mode, et que dans les équivalences de change, une bonne circonscription de droite se vend contre un poste de conseiller-maître à la Cour des Comptes. Avant, c'était le Sénat qui servait de maison de retraite.

René André, qui était avocat, a été nommé en service extraordinaire, c'est à dire pour cinq ans seulement. Il est vrai qu'à 65 ans, il était difficile de le nommer pour le radier des cadres quelques semaines plus tard. Par contre, Jean De Gaulle n'a que 53 ans, et comme son cursus politique est terminé, il a encore quelques années à faire avant la retraite. Mais il a quelques atouts puisqu'avant d'être député, il était expert-comptable. Il a donc un profil intéressant et ne risque pas de déparer dans un organisme qu'il intègre comme membre titulaire, puisqu'il est nommé conseiller-maître en service ordinaire.

Passé ces considérations humoristiques, ce n'est pas si mal d'envoyer quelques anciens parlementaires à la Cour des Comptes. Il n'en faut pas trop, et surtout, il est bon que ce ne soit pas pour un simple passage entre deux fonctions politiques, une salle d'attente en quelque sorte. Leur nomination ne se justifie que s'ils s'investissent dans leurs nouvelles fonctions. Leur expérience purement "politique" et leur vécu d'élus nationaux peuvent apporter un plus aux contrôles et aux travaux de la Cour. Il me semble que les deux nominations, bien que faites sur une logique politique, se justifient pleinement et vont dans l'intérêt de l'institution qui les accueille.

Les 12 travaux d'Hercule

Le programme de travail de l'Assemblée nationale jusqu'au jeudi 25 janvier vient de sortir. Il ne reste plus ensuite que quatre semaines de travail avant de plier bagage, pour ne peut-être pas revenir. Quand je fait la liste de ce qui reste à traiter en quatre semaines, je ne vois vraiment pas comment les députés (et leurs assistants) vont y arriver.

Il reste encore à examiner en première lecture:

- Le projet de loi sur le droit opposable au logement

- Le projet de loi sur les droits des consommateurs (qui contient la fameuse "class action")

- Le projet de loi sur la télévision numérique (déjà examiné en première lecture au Sénat)

En deuxième lecture (normalement, ça va plus vite):

- La Prévention de la Délinquance

- La Fonction Publique Territoriale

- Le Dialogue social

- La Protection de l'Enfance

- Les Tutelles et la protection des majeurs (urgence déclarée)

- Les réformes de la Justice (Outreau)

A rajouter, une foule de petits textes, plus techniques, plus courts, avec plus ou moins d'enjeux. Ils ne prennent pas beaucoup de temps, mais avec cinq ou six, vous y passez une matinée. Quand un texte est voté par l'Assemblée et le Sénat, il y a encore un dernier débat, qui est assez formel, pour valider le travail de la commission mixte paritaire. La dernière semaine va être conscrée quasi exclusivement à ces débats (et une semaine de moins pour le boulot effectif).

Tous les textes dont l'examen n'est pas terminé et qui ne sont pas bouclés pour le 22 février au soir deviennent caducs avec la fin de la législature. On se retrouve donc devant une alternative : on sacrifie des textes (oui, mais lesquels ?) ou on bâcle (peut-on faire pire que ce qui se fait déjà ?). Rajoutez que les députés ont fait très clairement comprendre à Dominique de Villepin, hier, qu'ils en ont plus que marre du rythme de travail de dingue qui leur est imposé, et qu'ils menacent presque de faire la grève du travail législatif. La menace est très crédible, car depuis fin novembre, l'hémicycle est très clairsemé.

Je n'aimerais pas être à la place du ministre chargé des relations avec le Parlement.

mardi 9 janvier 2007

Siège éjectable

Monseigneur Wielgus n'aura fait qu'un très bref passage à l'archevêché de Varsovie. Il a été poussé à la démission par la révélation de contacts anciens avec la police politique du régime communiste, dont il était un informateur. Un de plus, victime d'un passé mal purgé. La situation de cet évêque est pourtant plus complexe. D'abord, je partage pleinement l'analyse de Krysztoff sur le maniement remarquable de l'ambiguité par l'église catholique, qui s'arrange pour avoir des oeufs dans tous les paniers. Monseigneur Wielgus était simplement dans le mauvais panier. Ensuite, il y avait la situation de l'époque. Plutôt que de condamner sommairement, je préfère comprendre.

Avant 1989, l'église catholique était le principal foyer d'opposition au régime. Comment s'imaginer qu'elle ne soit pas sous une étroite surveillance. D'ailleurs, quels faits précis sont reprochés à l'archevêque ? D'avoir informé, il est loin d'être le seul ! Quelles informations a-t-il transmises ? Quelles ont été les conséquences directes de ce qu'il a pu donner ? C'est facile, 17 ans après, de juger. Il faudrait se remettre dans le contexte de l'époque, avec la pression qui s'exerçait. Le régime communiste polonais était dur, Jaruselski n'avait rien d'un tendre, ses sbires encore moins. Alors, donner quelques informations que l'on pouvait juger anodines, pour avoir la paix, pour que sa famille ne soit pas tracassée, pour préserver d'autres membres du clergé moins solides, éventuellement par ordre des supérieurs qui pouvaient ainsi "contrôler" des fuites qu'ils savaient ne pas pouvoir empêcher, et quoi d'autre encore. Le pardon, l'oubli et la réconciliation ne semblent pas être à l'ordre en Pologne.

Cela ressemble bel et bien à une opération barbouzarde, une magnifique déstabilisation d'un clan par ses adversaires. Certains au sein de l'église polonaise ne souhaitaient pas la promotion de ce candidat. Ils l'ont donc flingué avec ce qu'ils avaient en magasin, un missile imparable en Pologne : "collaborateur de l'ancien régime". Que cette information sorte juste au moment de sa nomination comme archevêque et primat de Pologne n'est pas le fruit du hasard mais de la manipulation. Monseigneur Wielgus était déjà évêque depuis 1999, sans que personne ne trouve à y redire et surtout n'aille exhumer son passé. D'ailleurs, qui a réellement examiné le dossier, qui a vérifier que les charges lancées correspondent à une réalité ? Il est parfois arrivé que des accusations soient lançées sans fondements, mais atteignent leur cible, contrainte à la démission.

Ce n'est pas la première fois en Pologne, ou dans d'autres pays de l'anciennne Europe de l'Est que des personnalités en vue tombent suite à la "révélation" de leur passé. Plus ce passé s'éloigne, plus ces "révélations" tendent à devenir des armes dans les règlements de compte politique, un moyen bien commode de disqualifier ses adversaires. Une arme d'autant plus efficace qu'elle permet à une jeune génération, peu compromise car trop jeune au moment de la chute du Mur, de faire place nette. Un bon moyen de faire décramponner les baby-boomers !

lundi 8 janvier 2007

A la Jack Lang

Georges Sarre, 71 ans, ancien ministre, vient d'annoncer lors de ses voeux qu'il serait candidat aux législatives de 2007 dans la Creuse, et qu'il se représente à son poste de maire du XIe arrondissement de Paris en 2008.

De qui se moque-t-il ?

Réponse a : des électeurs de la deuxième circonscription de la Creuse

Réponse b : des électeurs du XIe arrondissement de Paris

Réponse c : des deux à la fois

Tribulations chinoises

Après le Proche-Orient, Ségolène Royal est allée faire un tour en Chine. Elle continue son opération "crédibilité internationale", comme si un séjour de quelques jours en Chine allait faire d'elle une spécialiste des relations internationales. Comme les autres, elle y va surtout pour revenir avec sa photo en compagnie des dirigeants du pays, comme Sarkozy est allé le faire aux USA. Sur ce point, les voyages internationaux sont risqués, car mieux vaut ne pas y aller si l'on n'est pas certain d'avoir un président, un premier ministre ou une personnalité médiatiquement connue en France à mettre sur la photo. En cela, Ségolène Royal s'est un peu plantée, elle n'aura droit qu'à un vice-ministre comme guide touristique, et une rencontre au sommet avec un vice-président. C'est un peu maigre, pour l'image médiatique, mais aussi pour les contacts personnels à haut niveau, dont on sait qu'ils sont capitaux lors des grandes négociations.

Sur le fond, sa visite commençait bien. Elle allait en Chine pour parler commerce, mondialisation, environnement. Ce sont effectivement des points très importants, la Chine étant un acteur majeur de la redistribution des cartes économiques. Par sa boulimie de matières premières, sa soif de capitaux, son respect très aléatoire de l'environnement, la Chine est devenue un véritable problème sur lequel on ne peut pas faire l'impasse. La visite de Ségolène Royal, sur ces bases, a un sens. Malheureusement, en France, la Chine c'est d'abord le Tibet et les droits de l'homme alors que ce sont des enjeux secondaires sur le plan géopolitique, pour les grands équilibres économiques. Ce qui devait arriver arriva, il s'en trouva un pour jouer le rôle du censeur et reprocher à Ségolène Royal de ne pas assez s'occuper des dissidents. Et ce fut Bayrou qui lança la charge. Encore un qui se révèle incapable de décoller et d'aller à contre-courant de la pensée unique à la française. C'est le drame de notre pays, de sans cesse tout ramener à la politique intérieure, à nos démons nationaux, aux sujets qui nous touchent parce qu'une bonne propagande est orchestrée.

Quelle attitude de Ségolène Royal sur les émissions de gaz à effet de serre et autres pollutions des chinois ? Quelle position sur l'agressivité commerciale et les déséquilibres causés par la trop forte croissance chinoise ? Quelle position stratégique de la France en mer de Chine ? Les questions ont été vaguement évoquées avant le départ, mais quid des réponses. Ce que les médias retiennent et diffusent de cette visite, c'est la "bravitude" sur la muraille de Chine et l'éternel couplet sur les droits de l'homme et le Tibet. Pour un tel résultat, pas de besoin d'aller en Chine, il suffisait d'un communiqué de presse.

dimanche 7 janvier 2007

Une question de sous-développement ?

Une discussion avec une amie camerounaise m'a fait appréhender la question de l'Afrique et du sous-développement sous un autre angle. Vu d'Europe, la quasi-totalité de l'Afrique connait un grave retard de développement. Les africains ne le vivent pas comme cela, et ne se considèrent pas comme sous-développés. Ils ont leur civilisation, leur culture et sont souvent très heureux. D'ailleurs, ce qui frappe les visiteurs européens, c'est la joie et la vitalité de ces populations, surtout quand on quitte les grandes villes pour aller dans les villages. Mon interlocutrice, qui vit depuis quelques années en France me dit n'avoir aucun problème à revenir vivre dans son village au Cameroun, sans eau courante. C'est une autre vie, mais tout aussi heureuse et satisfaisante pour elle.

Le sous-développement, il est dans le regard des occidentaux, qui considèrent que leur mode de vie est la référence, et qui le martèlent par tous les canaux possibles. Les ONG et autres porteurs "d'aide humanitaire" font bien rire certains, en Afrique. Ils auraient envie de leur dire qu'ils sont bien gentils, mais qu'on ne leur a rien demandé, et que la moindre des choses avant de s'ingérer dans la vie d'autres populations est de leur demander leur avis, chose que les occidentaux font rarement, tellement ils sont convaincus de la suprématie de leur modèle.

Finalement, le malheur des africains (surtout les jeunes) vient de ce qu'on leur expose sans cesse le modèle occidental, qu'on leur fait envie à leur matraquer ce qui se passe ailleurs, en le faisant miroiter sous son meilleur aspect. Le pilonnage médiatique finit toujours par rentrer dans les esprits. Et on s'étonne benoitement, en Occident, que les jeunes africains souhaitent venir en masse dans ce pays de cocagne, en s'interrogeant sur les moyens d'empêcher cette migration massive. On ne fait pourtant que récolter ce que l'on a semé...

vendredi 5 janvier 2007

Un commerçant écolo est d'abord un commerçant

Une association "écolo" vient d'être condamnée pour commercialisation de semences non autorisées. Certains feront très vite un rapprochement avec l'affaire du purin d'ortie et vont sans doute sortir l'attirail habituel du martyr. Je prends donc les devants.

Cette association nommée Kokopelli est spécialisée dans la sauvegarde des variétés rares et anciennes de fruits et légumes. Cette activité est parfaitement louable et doit être encouragée. Même si l'impact sur la préservation de la biodiversité de la planète est assez minime, ce serait dommage de se priver de variétés de légumes que l'on pourrait conserver en faisant un petit effort. En complément de cette mission de sauvegarde (et sans doute pour la financer), l'association commercialise les graines. Elle est connue et référencée auprès de nombreux clients, elle édite des catalogues, bref fait du commerce sur une niche de marché viable. Elle est donc soumise aux règles applicables aux commerçants, que ce soit le droit fiscal, le droit rural ainsi que le droit de la consommation.

C'est à ce dernier titre qu'elle a reçu la visite de la repression des fraudes dans son magasin d'Alès, en 2004 (avant les discussions sur la LOA). Ce qui est reproché à cette association est de ne pas respecter les règles de commercialisation de certains produits au catalogue. Il faut d'abord faire passer des tests et homologuer les produits, pour que l'on sache exactement ce qu'il y a derrière un nom et que l'on puisse ensuite vérifier que tout le monde vend bien la même chose sous une même dénomination. C'est une règle protectrice pour le consommateur, qu'il ne faudrait pas supprimer.

Cette association se livre régulièrement à des actes de commerce (donc statut juridique de commerçant), exerce cette activité sur un marché ouvert à la concurrence, il est absolument normal qu'elle soit sur le même pied que les autres. Sur cette affaire, les formalités demandées coûtent 1500 euros par espèce. Même si cela peut aller vite quand on a plusieurs dizaines de types de semences à homologuer, cela reste des petites sommes. Que le président dise "ne pas avoir les moyens" est franchement ridicule et fleure bon l'amateurisme ou alors, c'est de la mauvaise foi. Il n'a qu'à lancer une souscription auprès de ses clients et des milieux écologistes, en appuyant sur la mission de préservation des espèces et il aura l'argent sans trop forcer. Il peut aussi vendre un peu plus cher, le prix n'étant sans doute pas le critère premier de ses clients.

Mais voilà, certains militants n'arrivent pas comprendre qu'aucune "mission" n'exempte de l'application de la loi. Ils sont persuadés que leur action est non seulement désintéressée (à but non lucratif), mais aussi utile à la société et profondément juste. Les règles du commerce, c'est pour ceux qui font du profit, pour leur compte personnel, pour s'enrichir. Eux ne sont pas de cette espèce. D'où leur surprise, leur incompréhension et parfois leur colère quand ils se voient condamnés. Il faut pourtant comprendre que la loi est neutre et ne se base que sur les comportements objectifs, quelques soient les intentions (louables ou mercantiles). C'est là une application du "principe de laïcité", qui pourrait ainsi s'énoncer "Bercy ne reconnait et ne subventionne aucune cause". Sinon, comment distinguer les "bonnes causes" qui seraient au-dessus du droit des autres ?

jeudi 4 janvier 2007

Pas si dramatique

L'idée, un moment lancée, puis un peu assoupie de la nomination de Jean-Louis Debré comme président du Conseil constitutionnel reprend du poil de la bête. Certains craignent le pire, surtout l'actuel président, Pierre Mazeaud.

Attention, la nomination n'est pas encore faite, même si Chirac en est tout à fait capable. C'est un homme de clan qui a montré que la fidélité compte plus à ses yeux que la compétence. Les postes de l'Etat sont autant de fiefs accordés en reconnaissance des services rendus. Le bon caporal Debré ayant vaillamment servi, son avenir étant obturé par la place de leader de Nicolas Sarkozy à droite (en cas de victoire comme de défaite), il faut lui trouver un point de chute inexpugnable. En même temps, Jacques Chirac est totalement imprévisible. Attendons donc de voir.

Certes, le président joue un rôle important au sein du conseil constitutionnel, mais ils sont quand même neuf (plus un vieil académicien). Les décisions se prennent à la majorité et les membres du conseil constitutionnel ont toujours montré de l'indépendance. Les pouvoirs propres du président sont donc limités et s'il n'a pas l'estime de son conseil, il ne fera pas grand chose. Au mieux un autre membre prend un ascendant moral et pilote intellectuellement le conseil, laissant la parade médiatique au président en titre. Au pire, on entre dans une période plus ou moins longue d'immobilisme, où le conseil se contente de l'existant et n'innove plus.

Enfin, peut-être que Jean-Louis Debré va se "révéler" sous un autre jour. On pouvait avoir des craintes avec la nomination de Pierre Mazeaud, vieux grognard gaulliste. Il a fait preuve d'une indépendance et d'une autorité qui ont fait honneur à sa fonction. Qu'en sera-t-il de son successeur ? Il faut éviter de juger un homme sur l'image médiatique qui lui a été collée, même si elle a un fond de vérité. Jean-Louis Debré est présenté quasiment comme un imbécile, lourd et paranoïaque. Ce n'est pas facile de naitre dans une famille où il y a autant de talents (le grand-père Robert Debré grand professeur de médecine, le père Michel Debré, premier ministre, l'oncle Olivier Debré, l'un des grands artiste du vitrail contemporain). Cela peut donner des ailes comme écraser. Jean-Louis Debré est sans doute dans le deuxième catégorie, alors que son frère Bernard a lui sans conteste été porté l'appartenance à une telle lignée. On ne devient quand même pas ministre et président de l'Assemblée nationale par hasard. Il faut un minimum d'habileté et de talent, le nom ne suffit pas. On peut déjà dresser un bilan de la présence de Jean-Louis Debré à l'hôtel de Lassay, qui n'est pas mauvais, loin de là. Il a su présider avec fermeté, s'imposant comme le patron. Il a su veiller au respect des droits de l'opposition mais aussi à la bienséance, comme récemment avec l'augmentation que s'étaient votés les sénateurs. Enfin, il est d'une honnêteté irréprochable, ce qui n'était pas le cas de Roland Dumas, pourtant nommé président du Conseil constitutionnel sans que personne ne proteste. En partant, il ne laisse pas une maison en ruine ni une institution décrédibilisée.

Rendez-vous donc en février.

Paris Carnet 42ème

Hier soir, visite à Paris Carnet, après une autre soirée galette des rois. Y a pas photo, Paris-Carnet, c'était quand même mieux. Cela faisait très longtemps que je n'y était pas allé, et je ne connaissait pas le O'Cantina, lieu fort commode, aux pintes de bière abordables. Pourquoi est-ce aussi paumé au fin fond du XIIe arrondissement ?

La soirée fut très riche en rencontres, le public étant assez différent de celui de la République des Blogs. Il y a bien quelques passerelles, comme Dirtydenys, qui m'a indiqué les pseudos et dressé quelques portraits. J'ai retrouvé aussi Versac et Maître Eolas ainsi que Palpatine. Pour le reste, que des inconnus, soit des blogs que je ne connais pas, soit des blogs que je lis sans mettre de visage ou véritablement connaitre les auteurs (Veuve Tarquine, Fred de Mai, XIII).

Les discussions se sont poursuivies tard, très tard... J'ai eu l'occasion de jouer mon rôle favori, celui de l'avocat du diable. J'ai quand même réussi à prendre la défense du bilan de Chirac, à minimiser la catastrophe que serait la nomination de Debré comme président du conseil constitutionnel et à dire du bien de Christian Vanneste devant plusieurs représentants de la "pédéblogosphère" pas franchement convaincus. Je serais catholique, je serais un fervent dévot de Sainte Rita, patronne des causes désespérées. Mais je ne suis qu'un hérétique.

mercredi 3 janvier 2007

Député, un job à plein temps ?

L'institut Montaigne vient de sortir un petit dépliant pas inintéressant sur le rôle des députés et surtout les moyens de leur donner plus de poids. Ils partent sur une optique qui me plaît, celle des petites réformes, en apparence techniques, mais peuvent avoir de grands effets. Je partage leur position sur l'inutilité des mécanos institutionnels type "VIè République". Certes notre démocratie tousse un peu, mais pas besoin d'une chimio...

Ils prennent comme présupposé que le métier de parlementaire doit être un temps plein, et que la source de la faiblesse du pouvoir des députés vient du fait qu'aujourd'hui, parlementaire, c'est un job à mi-temps. Ils proposent alors toute une série de mesures simples visant à forcer les parlementaires à l'assiduité. Ils sont à mon avis sur une fausse piste. Je ne pense pas qu'il soit bon que le job de député, dans son rôle de législateur, soit nécessairement un temps plein.

Que l'on exige d'un élu "exécutif" (maire d'une grande ville, président de conseil général ou régional) qu'il se consacre pleinement à sa tâche, c'est normal, la charge de travail est importante et beaucoup de choses dépendent des impulsions données en haut lieu. Par contre, cela viendrait-il à l'idée de demander à un simple conseiller municipal d'une grande ville de se consacrer à temps plein à son mandat. Bien sûr que non. Alors pourquoi le demander à un parlementaire, qui est lui aussi simple membre d'une assemblée délibérative. Son rôle est de participer à une délibération, mais si on met plusieurs personnes autour d'une table, c'est justement pour avoir des avis divers et variés, de gens qui ne vivent pas de la même manière, ni au même endroit. Ce qu'on leur demande, c'est d'être des relais entre une population donnée et l'organe dirigeant.

Les députés doivent donc être présents sur le terrain, au contact de la population, pour savoir ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui est attendu ou rejeté. Un député qui passe son temps à Paris, dans l'hémicycle ou en commission ne fait pas son boulot. Ce travail de préparation technique est utile, il est important que les députés s'y consacrent un peu, mais cela, d'autres peuvent le faire. Chacun son boulot et les députés ont un job spécifique que personne ne fera à leur place. Je ne vois pas en quoi l'exercice d'un petit exécutif local (maire d'une commune rurale, président d'un syndicat intercommunal) ou un simple mandat de conseiller général ou régional (sans participation à l'exécutif) serait nuisible à l'exercice du mandat de parlementaire. Au contraire, cela oblige à se pencher sur des sujets parfois terre-à-terre. Là où le cumul est gênant, c'est quand le parlementaire détient aussi un éxécutif local. Il y a forcement un mandat qui est subordonné à l'autre et plus ou moins sacrifié.

Une trop grande assiduité aurait aussi des inconvénients, surtout lors des discussions d'amendements. 200 députés dans l'hémicycle, c'est le boxon, on ne s'entend plus parler, ça va, ça vient. Vraiment pas propice au travail délibératif. D'ailleurs, à quoi cela sert à un député d'être présent sur des sujets où il ne connait rien, où il n'a rien à apporter. Le format actuel des discussions législatives n'est pas foncièrement mauvais, il suffit juste de quelques ajustements : que le gouvernement ne puisse pas chambouler à sa guise l'ordre de discussion des articles et les jours de débats, que les rapports et le texte des amendements soient disponibles suffisamment en avance (deux jours avant, c'est ridicule), et surtout, que les parlementaires puissent prendre le temps qu'ils estiment nécessaire pour des échanges constructifs. On ne délibère pas au pas de charge. Enfin, donner aux députés les moyens humains et matériels suffisants pour que celui qui a envie de travailler puisse le faire.

La véritable cause de la faiblesse du parlementaire, c'est le déséquilibre des pouvoirs, organisé par la Constitution. Si cela en valait la peine, vous auriez beaucoup plus de parlementaires à s'investir dans le travail législatif et dans les activités de contrôle. Mais quand seuls les amendements acceptés par le gouvernement ont une chance de passer, quand les rapports parlementaires tombent immédiatement aux oubliettes, que voulez vous ! tout le monde n'est pas Don Quichotte et on se lasse vite d'attaquer les moulins à vent.

mardi 2 janvier 2007

Un lobby des consommateurs

L'association de consommateurs UFC-Que-Choisir fait régulièrement parler d'elle. Pour faire pression sur les acteurs institutionnels en vue de promouvoir la "class action", ils ont lancé un grand mouvement auprès de leur adhérents pour qu'ils déposent chacun une plainte individuelle pour le préjudice subi du fait des ententes des opérateurs de téléphonie mobile. Ils ont ainsi collecté plus de 12 000 dossiers individuels et sont allés déposer la palette au tribunal de Grande Instance (comme s'il ne débordait pas déjà) Tribunal de Commerce . Au passage, le président de l'association, Alain Bazot, se livre à une petite mise en scène pour que le message passe bien dans les médias.

Cet évènement est emblématique, et Dirtydenis ne s'y est pas trompé. Depuis quelques années, UFC-Que-Choisir est en train de changer d'échelle. D'une simple association "anti-arnaque", elle est en passe de devenir un véritable lobby des consommateurs. Cette évolution est inscrite depuis le départ dans les "gènes" de ce type d'association, mais c'est la culture politique des français qui en empêchait le développement et la pleine maturité. Aujourd'hui encore, les nombreuses réticences (dont celles de Dirtydenys) illustrent bien cet esprit français, hostile aux acteurs politiques qui ne sont pas dans le jeu électoral. En quoi UFC-Que-Choisir devrait-elle se limiter aux tests comparatifs aux actions en justice pour publicité mensongère ? L'intérêt des consommateurs est bien plus vaste et permet de s'intéresser aux "class actions", destinées à permettre une meilleure indemnisation des consommateurs victimes de fraudes à grande échelle, mais aussi des questions liées à l'eau à sa distribution et surtout à sa qualité sanitaire ou aux tarifs des banques.

Dans cette mutation, UFC-Que-Choisir est l'une des premières associations "franco-française" à entrer dans une logique d'ONG politique, modèle très développé dans les pays anglo-saxons et connu chez nous par les filiales de leurs grandes ONG (Greenpeace, WWF...). Les promoteurs français de cette évolution ont encore beaucoup de chemin à faire, sur le plan intellectuel, pour asseoir la légitimité de leur action, mais aussi sur le plan matériel. De telles ambitions nécessitent des moyens importants. Quand on voit les sommes que les grandes entreprises consacrent au lobbying, on mesure l'ampleur des efforts que devra consentir cette association pour se hisser au même niveau. Car ils ne sont malheureusement pas encore au niveau, se limitant trop souvent à l'aspect communication et coup médiatique, sur des opérations ponctuelles, faute de moyens pour creuser le fond (notamment juridique) et intervenir sur tous les sujets qui le mériteraient. Ne nous y trompons pas, l'objectif ultime d'UFC-Que-Choisir est de devenir un véritable groupe de pression, au service des consommateurs, qui puisse tenir en respect les autres lobbys, ceux de l'industrie et du commerce, qui puisse aussi peser sur les choix politiques. A mesure que la notoriété médiatique attirera les adhérents et les donateurs, leur action se fera plus ample, plus profonde et pourra ainsi répondre pleinement aux attentes et aux espoirs suscités.

C'est là une nouvelle voie pour les citoyens, une nouvelle manière de faire de la politique. Cette forme d'engagement est, à mon sens, bien plus utile et gratifiante que l'adhésion à un parti politique.

lundi 1 janvier 2007

La fête obligatoire

Ce nouvel an, je l'ai passé en tête à tête, avec ma douce et tendre, à la maison. Pas de grosse fiesta, pas de repas pantragruelique (déjà donné à Noël chez mes parents). Et finalement, c'était très bien.

Il a fallu qu'à minuit, une bande de braillards s'avisent de hurler longuement dans la rue, en faisant exploser des pétards. Qu'ils souhaitent faire la fête, je le conçois, mais qu'ils la fassent chez eux. Le passage de la nouvelle année, c'est juste un changement de calendrier. "Nothing changes on new years day". Pourtant, pèse sur nous une obligation de faire la fête ce soir là, de se gaver, de consommer à outrance et de payer la peau des fesses parce que tout est pris et hors de prix. Combien, ce soir, auront fait la fiesta sans nécessairement avoir le coeur à la fête, parce qu'ils sont fatigués, qu'ils ont des soucis, des préoccupations ou je ne sais quoi d'autre. Certains ont même l'ennui au coeur !

La vraie fête ne se programme pas à date fixe. On la fait quand on en a envie, quand on a l'esprit à cela, et c'est encore mieux quand c'est imprévu, improvisé. Ce soir, on n'avaient pas envie, alors on s'est contenté d'une bonne pintade au four et de délicieux fromages avant de prendre un bouquin, de lire, ou de surfer. Et de se coucher une fois le tumulte apaisé en se souhaitant bonne année.