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vendredi 29 décembre 2006

Il ne suffit pas d'avoir envie

Michèle Alliot-Marie devient de plus en plus pathétique. Sa candidature à la candidature pouvait avoir un sens il y a quelques semaines. Les socialistes, avec leur primaires et leurs débats internes ont pu exprimer leur diversité, mais aussi occuper l'espace médiatique. Ségolène Royal a été investie largement, mais avec une opposition suffisamment forte pour que l'on doive compter avec elle. Pendant ce temps là, à droite, c'est le monologue du candidat autocrate, seul en lice, que ce soit Bayrou à l'UDF ou Sarkozy à l'UMP. L'idée de bousculer un peu cela et de faire apparaitre un peu de diversité pouvait séduire.

On a vu ce que cela a donné, des débats ennuyeux, organisés en dernière minute et qui n'ont rien apporté sinon la preuve que MAM ne fait pas le poids. Aujourd'hui, elle prend acte du verrouillage de l'UMP et renonce à l'investiture. A partir de ce moment, sa candidature est mort-née, pour cause d'absence de financement et de logistique. Et pourtant, elle continue et affirme penser à une candidature hors parti. Il y a un moment où il faut arrêter, et même si elle en a très envie, elle n'est pas la seule. Je ne vois plus maintenant dans cette candidature que la volonté de nuire, de perturber la campagne et la communication de Nicolas Sarkozy.

Chiennes enragées

Via Embruns, un petit florilèges des obsessions des "chiennes de garde", association féministe bien connue. Leur dernière cible est maître Eolas qui serait un "horrible goujat machiste". Au deuxième degré, c'est absolument hilarant. Au premier degré, c'est affligeant et pitoyable.

Et pourtant, malgré ces positions excessives, elles ont régulièrement droit de cité dans les médias nationaux, où elles se complaisent dans la dénonciation bête et méchante, sans rien de constructif. Que de haine, que de frustrations ainsi criées à la face du monde. Que d'injures, de crachats et une telle obession du "machiste", présent partout, qu'il faut dénicher, même là où il n'est pas. Tout est vu par ce petit bout de la lorgnette, par ce prisme déformant, avec une réponse qui ne peut être que violente. Si certaines sont là pour exister médiatiquement, d'autres sont réellement enfermées dans une douleur et un mal être qu'elles sont incapables de surmonter.

Au délà des détresses psychologiques personnelles qui se révèlent ainsi, ce qui m'étonne est la place importante qui leur est donnée dans notre système médiatique. Les médias sont souvent d'excellents révélateurs de notre inconscient collectifs, par leur extrême sensibilité à détecter ce que le spectateur attend, et les doses qu'il est prêt à accepter. Une telle couverture de ces expressions violentes et extrémistes est révélateur d'un maiase général de notre société. Ces thèmes du genre, de la différencation des sexes, mais, aussi de l'égo, de la perception et de l'estime de soi sont au coeur de nos préoccupations. Depuis une quarantaine d'années des bouleversements considérables ont détruit nombre de repères, ont fait bouger les lignes. Et ce n'est pas fini !

Comment interpréter cela ? Je suis assez perplexe et je n'ai pas d'explications globales, ni sur le malaise, ni sur l'évolution des rapports hommes-femmes. On peut juste esquisser quelques pistes, car nous manquons assurément du recul nécessaire pour comprendre. La discussion est donc ouverte.

mercredi 27 décembre 2006

Les illusions d'un autre monde

Surfant de blog en blog, je suis surpris par la persistance du mythe du "monde nouveau", de "l'autre monde". On rêve, on se lance dans de grands projets, on "refait le monde". Pourquoi cette volonté de rupture à tout prix ? C'est un comportement bien français, où ce qui compte est la forme, pas tellement le fond. C'est vrai que nous sommes habitués aux révolutions, aux réformes dans le bruit et la fureur, qui pourtant font la part belle aux continuités. Mais cela, on ne veut pas le voir !

Les changements se font lentement, presque de manière imperceptible, par une série de glissements dont on prend conscience bien après, lorsque l'on fait le bilan et que l'on voit d'où on est parti et où on est arrivé. Les acteurs du changements sont souvent peu conscients de ce qu'ils font, par manque de recul, mais aussi par méconnaissance des mécanismes. Cette obsession de la rupture, de la nouveauté est un magnifique exemple des illusions d'optique qui faussent notre perception, et par là notre boussole.

Cette focalisation sur le changement spectaculaire dans un temps bref pèse sur notre vie politique, en donnant une prime aux partis "romantiques", et en particulier à l'extrême-gauche. Le réalisme n'est pas assez glamour, c'est pourtant là que tout se joue. La France serait impossible à réformer. C'est faux si on sait s'y prendre. Il faut que la réforme apparaisse comme technique, c'est à dire offrant peu de prise à la médiatisation, et s'inscrivant dans une continuité. Ne surtout pas la présenter comme une rupture, sinon tous vont se jeter dessus et la déchiqueter. Les opposants à la réforme proposée auront parfaitement compris, mais sans pouvoir mobiliser la population, condition sine qua non pour faire échouer un projet.

Gouverner la France implique d'avoir conscience de cette "passion française" et de savoir la manier, quitte à lancer des leurres pour occuper les langues et les esprits, pendant que tranquillement, dans l'arrière boutique (Bruxelles par exemple), on met en oeuvre discrètement les réformes de fond. Il faut aussi savoir chevaucher ce cheval fougueux qu'est le débat d'idée en France, car l'autorité politique s'acquiert non pas dans le travail de fond, mais dans la capacité à discourir sur la rupture, à se présenter comme son initiateur. C'est toute la différence entre François Mitterrand et Michel Rocard, entre Jacques Chirac et Raymond Barre. Dominique de Villepin l'a aussi appris à ses dépens, en croyant pouvoir rejouer Alexandre le grand domptant Bucéphale. Le CPE a été un de ses grands moments de la vie politique à la française, où beaucoup d'énergie est dépensée de part et d'autre pour du vent.

J'aimerais que notre culture politique évolue un peu, qu'elle se préoccupe davantage de la réalité et un peu moins des chimères. Certes, c'est moins exaltant, mais ce serait plus démocratique. Les citoyens auraient à trancher sur les véritables enjeux, pas sur des écrans de fumée qui permettent à certains de prendre entre eux des décisions parfois capitales pour l'avenir de tous.

mardi 26 décembre 2006

La collaboratrice d'Aimé

Un article du blog des auteurs de "députés sous influence" m'a fait bondir. On y retrouve exactement le dosage du cocktail distillé dans leur livre. Des informations factuellement exactes, mais montées de telle manière à insinuer, sans pour autant qu'on puisse les attaquer en diffamation.

L'article s'en prend à Aimé Kerguéris et à son assistante. Il se trouve que je connais assez bien les deux. Aimé Kerguéris est un député "de base", qui n'a jamais fait des étincelles dans l'hémicycle. Elu dans une circonscription "sure", il laboure (modérement) son terrain, cutive ses réseaux locaux et s'occupe à Paris d'agriculture et surtout de pêche maritime. Pas franchement le profil du député influent, même s'il est un peu connu dans les couloirs qu'il fréquente depuis 1978. Etant sur un siège confortable, il a noué une relation professionnelle de long terme avec son assistante, qui est avec lui depuis près de 20 ans. Jusque là, elle n'avait pas trop d'angoisses à l'approche des élections. Mais en 2002, son député lui annonce que c'est son dernier mandat et qu'en 2007, il va falloir songer à trouver un autre poste ou un autre député. La collaboratrice a préféré s'orienter vers un autre profil de poste. Pas évident de changer de député après 20 ans avec le même. Et pas sûr de retrouver les mêmes conditions salariales, la même ambiance de travail. Elle commence donc à rechercher et trouve un poste à temps partiel pour la SAUR. Elle s'occupe (avec d'autres) des relations institutionnelles de l'entreprise. C'est le type de poste qui attire beaucoup d'anciens assistants parlementaires et membres des cabinets. Elle n'attend pas 2007 et prend le poste immédiatement. Son député n'étant un bourreau de travail parlementaire, il accepte sans problème de ne plus l'avoir qu'à mi temps, les mardi et mercredi, quand il est présent à Paris. Voilà une assistante qui a pris les choses en mains et n'a pas attendu la fin de mandat de son parlementaire pour se demander ce qu'elle allait devenir.

Et pourtant, on vient leur chercher des poux dans la tête, à elle et à son député. Oui, la SAUR est une entreprise qui travaille beaucoup sur contrats publics. Il est normal qu'elle ait un pôle "relations institutionnelles" conséquent, pour ses relations clients, mais surtout pour le suivi de la législation et de la règlementation sur les questions d'eau, de contrats publics, de collectivités locales. Avoir quelqu'un dans les murs des assemblées parlementaires est chose précieuse pour avoir des renseignements qui ne circulent qu'en interne, pour contacter rapidement des parlementaires. Tous les groupes privés ou semi publics qui travaillent avec l'Etat et les collectivités locales font de même. Ce n'est pas pour autant que le député qui emploie à mi temps un "lobbyste" est forcement vendu à la firme. En cela, le dernier paragraphe du billet, "Petite précision: la SAUR est aussi la société d'eau avec lequel Aimé Kerguéris a signé, en tant qu'élu local, des gros contrats d'eau dans le Morbihan." est intellectuellement malhonnête, car il fait un lien, qui n'a pas lieu d'être, entre les activités professionnelles de l'assistante et le fait que l'élu a passé des marchés avec l'entreprise.

Tout d'abord, Aimé Kerguéris n'a plus d'exécutif depuis 1995. Il est simplement vice-président du Conseil général du Morbihan. Et avant, il était maire de Plouhinec, grosse commune rurale. Ensuite, le Morbihan fait partie du "domaine réservé" de la SAUR. C'est de notoriété publique, et on peut le déplorer, que les grosses entreprises d'affermage de la distribution d'eau se sont partagées le territoire. Un élu du Morbihan n'a en fait pas trop le choix : c'est la SAUR. La relation entre Aimé Kerguéris et la SAUR est donc transparente et le fait que la collaboratrice du député travaille aussi pour la SAUR n'entraîne strictement aucun changement. Aimé Kerguéris n'était pas, et n'est pas devenu "l'homme de la SAUR", ni à l'Assemblée, ni dans le Morbihan.

C'est bien mal connaitre le fonctionnement intime de l'Assemblée nationale que de croire qu'il existe un "lien intime" entre les députés et leurs assistants. Oui, certains travaillent ensemble sur une longue durée, se connaissent, s'apprécient et l'assistant (e) fait quasiment partie de la famille. Mais dans la majorité des situations, le lien tient plus du mercenariat. Le turn-over est très important, car les alternances à répétition ne permettent pas toujours d'envisager une carrière longue. De plus, ce poste d'assistant est essentiellement une étape dans une carrière, de quelques mois ou de quelques années, pour se former, se faire un carnet d'adresses, financer ses études. C'est beaucoup de temps partiels, plus ou moins bien payés, avec des tâches plus ou moins gratifiantes. Il arrive assez souvent que les assistants soient à temps partagé entre plusieurs députés, ou complètent leur temps partiel par autre chose les lundis et vendredis, certains parlementaires exigeant que l'assistant soit à leur entière disposition les mardis et mercredis (ce qui empêche de travailler pour deux députés).

Beaucoup d'assistants vivent leur relation de travail avec leur parlementaire comme des "consultants", qui ont des tâches bien précises à accomplir, avec une obligation de loyauté qui consiste à ne pas faire de tort au parlementaire. Je connais des assistants de députés UMP qui sont UDF à titre personnel, sans que cela ne gêne en rien le député. Travailler pour un député ou pour une entreprise, c'est la même logique. L'assistant, titulaire d'une compétence pointue et rare, la met à disposition de clients contre rémunération. Et il ne faut pas se tromper, la relation hiérarchique est à sens unique. C'est celui qui paie qui commande. En aucun cas, l'assistant ne dicte au parlementaire ce qu'il doit faire. Dans ces conditions, je ne vois pas où est le mal dans la situation d'Aimé Kerguéris et de son assistante.

dimanche 24 décembre 2006

La fête du solstice

C'est la polémique de la fin de l'année, que l'on trouve chez Radical-chic, mais aussi dans mon Ouest France de province, sur les attaques contre Noël.

Noël le 25 décembre, ce n'est nulle part dans les écritures. Contrairement à Pâques et aux fêtes religieuses datée à partir de Pâques, rien ne nous dit que Jésus est né un 25 décembre. La chrétienté, dans sa grande OPA sur la spiritualité occidentale, a repris les dates des anciennes fêtes, comme elle a repris les lieux. Installer le pape à Rome, c'est récupérer l'aura de l'ancien empire romain. Combien de chapelles et d'églises sont bâties sur d'anciens temples païens ? Noël le 25 décembre, c'est l'histoire de la christianisation de l'ancienne fête du solstice d'hiver. Mieux réussie d'ailleurs que la récupération de la fête du solstice d'été, qui bien que placée sous le vocable de Saint Jean le Baptiste, a conservé beaucoup de rites paiens autour de la fertilité.

Aujourd'hui, ce n'est pas la fête du solstice qui est menacée, car elle reste un temps fort de notre calendrier, de notre rythme de vie. C'est son vernis chrétien qui craque, marquant clairement le recul de l'emprise religieuse sur la société. La roue tourne et comme le christianisme a supplanté les anciennes religions, il sera à son tour supplanté par autre chose.

vendredi 22 décembre 2006

Encore des relaxés

La Gauche aime beaucoup gloser sur les enquêtes judiciaires menées à propos de la ville de la Paris et de la Droite en général. La couverture dans la presse est impressionnante, que ce soit pour Jean Tiberi, mais aussi plus récemment pour la fameuse affaire des "faux électeurs du 3ème arrondissement". Ne parlons pas des délires autour de Jacques Chirac...

Résultat, Jean Tibéri n'a jamais été condamné, ni même amené dans un box. Il a toujours bénéficié d'un non-lieu. Sa femme, pourtant pas bien finaude, n'a pas été davantage inquiétée. Jacques Dominati vient lui d'être relaxé pour les "faux électeurs du 3ème arrondissement" ainsi que son fils Laurent. Le deuxième fils, Philippe, a pris six mois avec sursis mais sans inéligibilité. Autant on a couvert les audiences du procès (en chargeant à fond les accusés), autant la couverture du verdict a été discrète et nuancé. C'était déjà la même chose pour Tibéri, de pleines pages pour les descentes du juge Halpen (depuis engagé à gauche en politique) et un entrefilet ou presque pour le non lieu, et encore, en donnant la parole à ceux qui s'indignaient de cette "impunité". La vérité journalistique n'est pas forcement la vérité judiciaire, comme le dit Jules de Diner's room.

J'admets parfaitement que les élus de droite ne sont pas toujours blancs comme neige. Mais que ceux qui accusent et attaquent commencent par regarder ce qui se fait dans leur camp, où ce n'est pas triste non plus ! Roland Dumas, condamné en première instance pour corruption, puis relaxé en appel (mais avec un blâme pour sa "légèreté coupable"), il était jusqu'à plus ample information, membre du Parti Socialiste. Libération insiste lourdement sur le fait que la fraude existait dans le 3ème arrondissement de Paris (qui a pourtant basculé en 1995). Et alors, dans les banlieues communistes de région parisienne et d'ailleurs, il n'y a jamais eu de fraude ? Je signale que la dernière personne a avoir été incarcérée pour fraude électorale est le secrétaire général (communiste) de la ville d'Aubagne, en 1998 ! En 1983, Patrick Devedjian est devenu maire d'Antony suite à l'annulation pour fraude de l'élection municipale remportée par les communistes.

Les accusations de Montebourg et d'autres vis-à-vis de Jacques Chirac se termineront de la même manière, par un non-lieu. Les faits reprochés sont soit prescrits, soit insuffisants pour amener devant une juridiction pénale. Alors que ceux qui fantasment sur le statut pénal du chef de l'Etat se calment. La justice, pour les affaires politico-judiciaires, sait faire la part entre les vrais délits, et les attaques purement politiciennes, condamnant les premiers (Juppé, Emmanuelli) et relaxant les second (Tiberi, Dominati).

Marchands de clichés

Le point vient de nous sortir une couverture racoleuse à souhait, typique de ce que la Presse magazine nous produit régulièrement. Sur un grand portrait de François Ier, ce titre : "La Renaissance, quand la France s'éveillait". Au dessus, quelques mots clés : Chateaux de la Loire, Léonard de Vinci, Rabelais, Montaigne, Nostradamus. On est totalement dans le cliché et c'est intéressant, par ce biais, de lire l'imaginaire collectif des français sur un thème, et d'analyser les distorsions avec la vérité historique.

D'abord François Ier. Certes, c'est un souverain qui a beaucoup fait pour les arts, qui a bâti, protégé des artistes. C'est aussi un souverain qui a su très habilement faire sa propagande, en se présentant comme le souverain des arts, l'homme cultivé, au point d'effacer le reste du pays. Les chateaux de la Loire, à part Chambord en entier et quelques morceaux d'autres châteaux (Blois ou Fontainebleau par exemple), ne lui doivent rien. Chenonceaux, Azay le Rideau sont des constructions privées. Louis XII avait déjà bien entamé Blois. La Cour de France résidait souvent en Val de Loire depuis le règne de Louis XI. Les châteaux de la Loire ne sont pas arrivés, comme cela, par un coup de baguette magique du roi François Ier. Il en va de même pour tout le mouvement littéraire qu'il a accompagné, protégé, mais en rien initié. Dans les mêmes conditions de paix et de prospérité, un autre aurait fait aussi bien, voire mieux.

Deuxième cliché, la Renaissance est un moment de réveil, après un long sommeil. C'est tellement gros que les promoteurs de ce dossier ont été obligé de laisser une (petite) place à un grand médiéviste, Jacques Le Goff, qui explique que le véritable réveil, c'est le XIIe siècle. Ce que l'on appelle Renaissance ne serait jamais arrivé s'il n'y avait eu ce réveil, quatre siècles plus tôt. Plus globalement, c'est la légende noire du Moyen Age qui revient. Là encore, c'est un gros cliché de propagande, lancé pour créer un contraste et faire ressortir avec encore plus d'éclat le XVIe siècle. Pourtant, le Moyen Age est une période riche, culturellement et intellectuellement, mais tellement lointaine dans ses structures mentales que nous ne la comprenons plus, d'où ce rôle de repoussoir qui lui colle injustement à la peau.

Troisième cliché, qui fait toujours recette en France, c'est l'ode à "la France qui domine le Monde". Là encore, il faut tordre le coup au cliché. La première puissance mondiale, au XVIe siècle, c'est l'empire des Habsbourg, qui comprend l'Autriche, la Hongrie, une partie de l'Allemagne et surtout l'Espagne et ses colonies. Le grand souverain de la première moitié du siècle, ce n'est pas François Ier mais Charles Quint. Sur l'origine du mouvement culturel, désolé de décevoir nos chauvins, mais ce sont les italiens qui ont fait le boulot, nous nous sommes contentés de les copier et surtout de les piller. Derrière Marignan et Bayard, il y a les fourgons qui ramènent les oeuvres d'art et les artistes. Résumons : au XVIe siècle, la puissance politique est en Espagne, la puissance financière est en Allemagne et en Italie, la floraison artistique en Italie. Le génie de la France a été de récupérer, de mettre une couche de vernis et de s'attribuer la paternité de l'ensemble par un matraquage de communication.

Une fois de plus, nos magazines "généralistes" se contentent de donner à leur lecteurs ce qu'ils ont envie de lire, ce qui conforte les clichés. Pour la découverte, l'inattendu, il faut aller voir ailleurs. C'est pourtant cela que j'attends.

jeudi 21 décembre 2006

De l'eau de boudin

Il n'y aura de "candidat unitaire de la gauche antilibérale" aux prochaines élections présidentielles. C'est officiel, même si on le savait déjà depuis bien longtemps, Arlette et Olivier ayantr décidé de partir seuls. Toute la manoeuvre consistait pour chaque partenaire à sortir de cette impasse en évitant d'assumer la responsabilité de l'échec, et si possible en faisant porter le chapeau à un autre.

Le prétexte officiel a donc été le maintien de la candidature de Marie-Georges Buffet, refusée par les "collectifs" antilibéraux. Une pantalonnade d'extrême-gauche de plus, qui aura permis à certains jeunes loups (ou louves) de gagner en notoriété (pour leur profit personnel). La meilleure à ce jeu a sans doute été clémentine Autain, qui passe du statut d'illustre inconnue à celui d'étoile montante de la gauche radicale. D'autres auront vu leur image écornée, comme José Bové, qui est désormais politiquement marqué. Oublié le syndicaliste issu de nulle part, vierge de toute appartenance et dénué d'ambitions personnelles.

Pour le reste, rien de nouveau sous le soleil. L'extrême-gauche est toujours aussi incapable de sortir des querelles microscopiques de courants, où les luttes internes sont d'autant plus sauvages que les conflits idéologiques recoupent souvent des conflits de personnes. Ce qui est le plus sidérant est que la rhétorique d'extrême-gauche n'arrête pas de mettre en avant les termes de "collectif", "collégial", "unitaire", alors que dans la pratique, ce ne sont que manoeuvres pour se placer, pour exercer le pouvoir (personnel bien sûr). Il faut reconnaitre une fois de plus la grande habileté tacticienne mis en oeuvre de part et d'autres. Tellement habile, tellement subtile qu'elle passe largement au dessus de la tête des bons citoyens français, qui ne comprennent qu'une chose : encore en train de se chamailler !

N'ayant aucun poste exécutif, aucune collectivité à gérer, l'extrême-gauche (et je mets les Verts dans le même sac) n'ont pas appris la culture de la responsabilité, le fait que la Politique, c'est aussi fait pour trancher et pour avancer. Depuis 30 ans, quel est le bilan concret de tous ces "collectifs", qui se voudraient tant unitaires. Rien ! Que d'énergie gaspillée, car se disputer autant, pour finalement, ne pas obtenir grand chose, vu qu'ils n'ont pas accès aux postes à responsabilités, les vraies, celles où on peut avoir une action concrète et directe sur la société. Je trouve cela très dommage, il y a tellement de choses à faire autrement plus utiles.

mercredi 20 décembre 2006

La complexité d'un homme

La commission d'enquête sur les sectes, qui agissait sous couvert des droits des enfants, a rendu son rapport. Je reviendrai une autre fois sur le fond, mais comme on pouvait s'y attendre, le rapport s'aligne sur les positions des associations anti-sectes. Pourtant des réserves se sont élevées au sein même de la commission. Je vous livre ici des extraits de ces réserves (page 197 du rapport), certes prudentes, qui vont dans le sens de ma pensée sur le sujet.

"Il faut toutefois émettre quelques réserves qui, je l'espère, permettront d'approfondir la réflexion, et notamment sur un problème de fond que j'avais déjà souligné lors de nos réunions : la secte n'est pas définie sur le plan juridique. Les mots ou expressions « sectes », « dérive sectaire », « fait sectaire », sont utilisés sans différentiation et recouvrent des situations et des personnes les plus diverses. Finalement, une confusion est entretenue"

"L'absence de définition conduit à la fois à une conception trop large qui embrasserait des mouvements religieux minoritaires dénués de la moindre nocivité et exclurait paradoxalement des dérives thérapeutiques qui se situent davantage dans le domaine des médecines alternatives."

"Les notions de « dérive sectaire » ou de « fait sectaire » sont très ambiguës. Que désignent donc ces termes ? Le rapport n'apporte pas d'éléments assez précis."

"Il s'agirait en fin de compte d'une atteinte à la neutralité de l'État face au fait religieux. De ce point de vue, la contradiction du rapport qui cite les mouvements à exigence morale forte et ceux à transgression, relèvent de l'ambiguïté et de la subjectivité."

"Les propositions en matière pénale, à l'exception de la proposition 34 du rapport, sont propices aux dérives. Le droit pénal est un droit d'application stricte. Les infractions doivent être définies sur le plan matériel et légal. On ne peut présupposer qu'une catégorie de citoyens soit présumée délinquante en raison de croyances individuelles."

Je remercie ce parlementaire d'avoir eu le courage d'aller contre les enragés de cette commission, et de prendre ainsi la défense de la liberté de conscience et de croyance. Je vous laisse découvrir de qui il s'agit.

mardi 19 décembre 2006

Un président qui nous ressemble

Dans le Monde d'aujourd'hui, Jules de Diner's room relève dans un sondage sur l'engagement politique des jeunes que 29% hésitéraient à élire un candidat juif, 30% seraient dérangés par l'homosexualité d'un candidat, 44% seraient gênés par un candidat issu de l'immigration et 51% refuseraient un président musulman. Jules y voit de l'homophobie, un souçon d'antisémitisme voire peut-être du racisme. Ces éléments sont sans doute présents dans l'esprit de certains sondés. Mais il n'y a pas que cela.

En France, le président a une place symbolique très forte. Il est le successeur direct du monarque d'Ancien Régime, avec un rôle quasi sacré de lien entre le peuple et l'au-delà. A ce titre, il doit symboliquement ressembler à la Nation, du moins à ce que les électeurs estiment être la Nation. Il y a un lien organique fort.

La France est une vieille terre chrétienne, on peut même dire catholique, peuplée d'hommes et de femmes de type caucasien, à la peau claire et la famille hétérosexuelle est la norme. Tout ce qui tend à s'éloigner de cet idéal-type engendre un rejet de la part de beaucoup de citoyens, même les jeunes, encore très marqués par cette image de la Nation française. Un petit écart peut être accepté, comme une origine étrangère mais proche (un hongrois), un léger métissage ou une petite déviance religieuse (un protestant par exemple). Tant que l'on reste dans le familier, le connu, tant que le candidat renvoie cette image de "normalité", cela passe. Ségolène Royal a parfaitement compris cela et colle prodigieusement à l'idéal-type. C'est toute sa force.

L'élection présidentielle, c'est d'abord une histoire d'identification par rapport à une représentation. Cela soulève à la fois la question du hiatus entre la représentation que se fait le citoyen et la réalité du pays, mais aussi celle de la distance entre l'image donnée par le candidat et sa réalité. Dire de ceux qui seraient gênés par un président homosexuel qu'ils sont homophobes, c'est peut-être aller trop loin. On peut formuler des attentes sur l'exercice de la fonction de président, et considérer que l'appartenance à certains groupes (dont l'électeur se fait une représentation) ne permet pas de remplir convenablement les fonctions symboliques de la place. On aurait aussi pu poser la question de savoir si un président célibataire serait acceptable. Pas de first lady, c'est un handicap pour les fonctions de représentation, et surtout, cela ne colle pas avec l'idéal-type. On aurait sans doute trouvé des jeunes pour répondre qu'effectivement, ils seraient un peu gênés par un candidat "single". De quoi auraient-ils été qualifiés : célibatérophobes ?

Cette étude est très révélatrice, mais comme pour tout sondage, il faut l'analyser avec une grande prudence et multiplier les angles de vue et de compréhension. Rien n'est jamais simple dans la communication, car on lit avec ses représentations personnelles (assumées ou pas), des messages envoyés par des personnes qui utilisent peut-être un autre code, basé sur une autre vision, d'autres représentations.

lundi 18 décembre 2006

la Cinquième république...des blogs

La cinquième édition de la république parisienne des blogs est enfin fixée. Oyez oyez bonne gens, c'est le 27 décembre, c'est-à-dire la semaine prochaine. Cela va arriver très vite.

La date peut paraître incongrue, entre noël et nouvel an, mais cela peut avoir son charme. Moins de monde (c'est pas sûr), moins de bousculades, moins de caméras (là encore, pas dit). De toute manière, le nombre de contacts intéressants et un peu prolongés que l'on peut avoir pendant une soirée étant limité, qu'il y ait 50 ou 150 personnes ne change pas grand chose, je ne pourrai pas discuter avec tout le monde. A la limite, ce serait presque plus intéressant, la date pouvant permettre à certains qui ne viennent jamais, faute de disponibilité, de se libérer. La moindre affluence offrira aussi l'occasion de rencontre avec des blogueurs autre que mon cercle habituel. C'est fou ce que les petites habitudes viennent vite...

Bref, une autre ambiance, une autre durée (pas à se lever le lendemain !), un public peut-être différent. Appétissant...

Sur un coup de dés

La prochaine élection présidentielle se jouera sur un coup de dés. Les deux favoris, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont dans un mouchoir et je ne vois pas maintenant ce qui permettrait à l'un ou l'autre de prendre une avance décisive et définitive sur son concurrent.

Mon sentiment est que cette présidentielle se décidera sur une gaffe, sur un faux pas. Déjà en 2002, c'est le moins mauvais qui l'a emporté, Jospin trébuchant en fait sur deux désastres de communication : "mon projet n'est pas socialiste" et "vieilli, usé, fatigué" alors que Chirac n'a commis aucune bourde, faisant preuve d'un très grand professionnalisme. En 2007, le phénomène sera encore amplifié par les moyens techniques. N'importe qui peut faire une vidéo acceptable avec un téléphone portable. La quasi intégralité des apparitions des candidats sera filmée (par des professionnels ou des amateurs) et les candidats ne devront avoir aucune faiblesse, aucun moment de relachement. La moindre gaffe se retrouvera dans l'heure sur internet, téléchargée et diffusée en masse. Ce sera là que se fera la petite différence qui décidera que l'un gagnera à 51% au deuxième tour.

Qui fera 51% et qui fera 49% ? Je suis bien incapable de le dire maintenant, les deux candidats principaux ayant chacun leurs faiblesses. Sarkozy est capable de péter les plombs, de lâcher une petite phrase assassine, de déraper, car il ne résiste pas toujours bien à la très forte pression. Il suffit d'une réplique du tac au tac, sans réfléchir. Ségolène Royal m'apparaît plus maitresse d'elle-même, mais sa faille est dans la maitrise des éléments techniques d'un dossier. Tant que l'on reste dans les propos généraux, elle nous sort du "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", mais dès que l'on entre dans les détails, elle peut faire des erreurs. Sa réponse sur le nucléaire iranien, lors des débats d'investiture, a failli tourner à la catastrophe et elle a réussi un magnifique rattrapage de liane quand à la question de savoir si elle parlait du nucléaire civil ou militaire, elle a répondu "les deux". Mais il y aura d'autres questions où elle risque d'étaler son ignorance ou son absence de maîtrise des dossiers, au point d'apparaitre incompétente. Il suffit d'une fois (dans les deux cas) pour briser une image. Et comme cette élection se joue principalement sur l'image...

samedi 16 décembre 2006

L'e-petition

Netpolitique a publié il y a quelques temps déjà un article sur l'e-petition mise en place auprès du Parlement écossais. Je suis très réservé sur cette procédure, et en général sur ce qui relève de la démocratie directe. Le droit de pétition n'est pas tellement dans la culture politique française. Cela implique des groupes qui se fédèrent autour de sujets précis, de manière plus ou moins durable, et en dehors des instances politiques habituelles. Depuis la Révolution et le refus du système des corps intermédiaires (ce que je déplore), on bloque et rend suspectes les initiatives collectives, surtout quand elles sont hors des structures officielles. Nous n'avons plus les outils ni les schémas de pensée pour de telles pratiques politiques collectives en France et il faudrait un long apprentissage avant que l'e-petition telle qu'elle peut exister en Ecosse soit utilisée à bon escient par les citoyens et acceptée par les politiques.

Je vois donc mal aujourd'hui la transposition en France du système écossais, pourtant intéressant, de forum internet. Il faudrait pour cela que le Parlement français ait quelques pouvoirs et en particulier la maitrise de son ordre du jour. La démarche a été déjà été timidement initiée au Sénat, et par quelques députés comme Pierre-André Périssol sur les questions d'éducation. Ils ont ouvert des "blogs" ou des "forums" où ils sollicitent les avis, les commentaires. Malheureusement, il n'en est pas sorti grand chose de concret, car cela reste une intiative à sens unique et ponctuelle, qui n'a pas grand chose de "participatif" car le poids de ce que peuvent dire ou proposer les participants du forum est négligeable.

Un autre problème est celui de la culture de la pétition chez les français. On pétitionne pour gueuler, pour dénoncer, très rarement pour proposer. L'e-pétition ne doit pas consister à spammer les parlementaires avec des mails identiques, qui ne proposent rien, mais agitent la menace du bulletin de vote vis-à-vis du parlementaire si rien ne bouge sur le sujet qui intéresse le pétitionnaire. Cela donne des réponses types creuses qui ne donnent satisfaction à personne. J'ai peur que lancer le mouvement en France en utilisant le terme de pétition ne mène directement dans cette impasse.

Ce système peut avoir son utilité lorsque le lien entre les parlementaires et le territoire est assez limité. C'est le cas dès qu'il y a élection à la proportionnelle, avec interdiction du cumul des mandats. Rien n'oblige le parlementaire à être sur le terrain, puisque sa réélection n'en dépend pas. Ce n'est pas le cas en France, et les parlementaires qui labourent leur circonscription (la quasi totalité) ne passent pas à coté des problèmes de leurs électeurs et savent les faire remonter. C'est après, dans le traitement des remontées que les problèmes se posent parfois. Le rôle d'alerte de l'e-pétition ne me semble pas utile dans le cas français.

Enfin, j'ai quelques craintes sur la compatibilité d'une telle démarche avec la conception que je me fait de la démocratie représentative. Le débat législatif, c'est dans l'hémicyle qu'il se fait, pas sur un forum internet. Un tel système, quand il permet d'instaurer un lien entre des citoyens et un de leur représentants peut être un outil formidable et utile au bon fonctionnement de notre démocratie. Mais si cet instrument est un lien direct entre les citoyens et l'institution elle-même, le risque est de faire doublon (et donc concurrence) avec les élus.

vendredi 15 décembre 2006

Le dernier rempart

J'attendais avec gourmandise la décision du Conseil Constitutionnel concernant le Projet de loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2007. Je n'ai pas été déçu : 18 articles déclarés inconstitutionnels et donc censurés. Le plus beau carton depuis bien longtemps. Il est vrai que le gouvernement avait fait très fort dans la torsion des procédures et des artifices du règlement des assemblées.

C'est le gouvernement qui prend la première claque, avec ses petits amendements au Sénat. Les lois de finances ne passent qu'une seule fois devant chaque assemblée, avant de finir en commission mixte paritaire (7 députés et 7 sénateurs) qui boucle le texte. Le débat qui suit en séance publique n'est qu'une ratification des décisions de CMP. La règle de priorité de l'Assemblée nationale sur les lois de finances, à l'article 39 de la Constitution, s'interprétait jusqu'à maintenant comme l'obligation de commencer les discussions devant l'Assemblée nationale. Il faut rajouter à cela que le gouvernement doit présenter à l'Assemblée nationale l'ensemble des mesures qu'il compte prendre, et pas en garder un peu en réserve, ce qu'il a fait cette année. En effet, plusieurs dispositions importantes ont été déposées par voie d'amendement gouvernemental, lors du passage au Sénat, sans qu'elles aient été examinées par les députés. Elles ont été adoptées par le Sénat, puis validées en CMP sans que les députés puissent en débattre. Quand une assemblée n'est pas docile, on va voir l'autre et en échange de sa "compréhension", on lui lache quelques compensations sur un autre sujet. Les sénateurs sont très forts à ce jeu de marchand de tapis. Cette technique est désormais plus difficile à mettre en oeuvre. On ne peut plus squeezer les députés et c'est une bonne chose pour la démocratie.

Ensuite, c'est au tour du Sénat de se prendre une taloche. L'article 40 de la Constitution interdit les amendements parlementaires qui auraient pour but, soit d'augmenter une dépense publique, soit de baisser une recette. Un petit adoucissement permet de proposer quand même des amendements de diminution de recette, à condition que la baisse proposée soit compensée par l'augmentation d'une autre recette (c'est le gage). Mais l'adoucissement ne concerne pas les amendements qui augmentent les dépenses publiques. Ceux là sont rigoureusement irrecevables. L'Assemblée nationale veille là dessus de manière assez stricte. Au Sénat, c'est plus "cool". Et bien les choses vont changer, parce le Sénat va devoir s'y mettre. Je cite la décision : "si la question de la recevabilité financière des amendements d'origine parlementaire doit avoir été soulevée devant la première chambre qui en a été saisie pour que le Conseil constitutionnel puisse en examiner la conformité à l'article 40, cette condition est subordonnée, pour chaque assemblée, à la mise en oeuvre d'un contrôle de recevabilité effectif et systématique au moment du dépôt de tels amendements ; qu'une telle procédure n'a pas encore été instaurée au Sénat". Pas de litote, pas de périphrase gentille, la vérité franche et sèche.

Par contre, par souci de ne pas charger une barque déjà bien lourde, le Conseil Constitutionnel a validé l'article 15, qui traite des 35 heures dans la restauration, alors qu'à mon sens, cette disposition n'avait pas franchement sa place dans une loi de financement de la Sécurité Sociale. Le Conseil considère que cette décision ayant des conséquences sur les cotisations sociales, elle a donc sa place dans le PLFSS. Soit, mais dans ce cas, on ouvre un boulevard à ce que l'on peut mettre dans un PLFSS...

Cette décision est une étape de plus dans la protection des pouvoirs du Parlement face à l'exécutif. Le Conseil Constitutionnel est vraiment le dernier contre-pouvoir de notre cinquième république et Pierre Mazeaud, s'il a été un bon gaulliste discipliné lorsqu'il était parlementaire, c'est bien rattrapé comme président du Conseil Constitutionnel.

La dernière histoire belge ?

Le canular télévisé qui a fait croire aux téléspectateurs belge que leur pays éclatait n'en finit pas de faire des vagues. Dans un vrai-faux reportage en direct, les présentateurs habituels de la télévision publique ont fait croire à l'éclatement de la Belgique, la Flandre ayant proclamé unilatéralement son indépendance.

C'est avant tout un coup politique, avant les législatives de 2007, destiné à foutre la frousse aux Wallons, qui ont vraiment tout à perdre à cette éclatement. Plusieurs conséquences électorales peuvent en découler. On peut assister à un "vote utile" des wallons vers les partis qui apparaitront les plus capables d'empêcher cette partition. Cela peut aussi les amener dans le sens inverse, à lacher beaucoup de lest, dans l'espoir d'amadouer les flamands et de les dissuader de proclamer leur indépendance. On comprend donc la réaction très vive des politiques, notamment fédéraux, devant ce qui apparait comme une manipulation, une opération "barbouzarde" (avec l'omission, très significative, de toute mention, au début, du caractère factice de cette émission). Les journalistes qui se sont impliqués dans cette opération ont pris des risques, en se rendant complices de cette déstabilisation. Ils ne sont pas dans leur rôle et méritent d'être sanctionnés, pour avoir mis à mal la crédibilité de leur chaîne de télévision (et accessoirement la leur) et surtout pour s'être immiscés dans un débat politique majeur et hyper-sensible.

Je connais assez mal le milieu politique belge, mais ce que j'en ai entendu fait assez froid dans le dos. Entre combines, petits services entre amis, coups tordus et assassinats, cela ressemble à un marigot particulièrement malsain. Si en plus la télévision s'y met, j'ai peur que le peu de confiance que les belges accordent à leurs institutions ne s'effondre. Finalement, Johnny n'a pas de regrets à avoir pour sa nationalité belge, la Suisse, c'est quand même plus tranquille !

jeudi 14 décembre 2006

La diversité culturelle, c'est pour les autres

La France a inauguré dernièrement le musée des arts premiers, avec force gesticulation médiatique autour du respect des minorités. En 2005, toujours à l'initiative de Jacques Chirac, la France est à la pointe pour la négociation et la signature de la "convention sur la protection et la diversité des expressions culturelles". Tout cela est bel et bon, mais essentiellement destinée à la communication, à la bonne image de la France. On cherche à développer la diversité chez les autres, mais on se garde bien de le faire chez nous.

Hier soir, lors du débat constitutionnel sur la Nouvelle Calédonie, un amendement a été déposé par le député breton Marc Le Fur, pour la promotion des langues régionales. L'article 2 de la Constitution dit que "le français est la langue de la République". Cette formulation bloque les initatives qui pourraient être prises en faveur de l'enseignement, de la diffusion et de l'utilisation des langues régionales. Et surtout, cette disposition est l'une des raisons de l'opposition du Conseil Constitutionnel à la ratification par la France, de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Ce député propose donc (pour la troisième fois) de rajouter après "le français est la langue de la République" les mots suivants "dans le respect des langues régionales qui forment notre patrimoine".

Il n'y a dans cette formule rien de révolutionnaire et on ne dynamite pas la Nation française. De toute manière, les langues régionales existent (même si certaines comme le breton sont mal en point) et sont utilisées. Autant les reconnaitre, ce serait à l'honneur de la République. Et bien non, nos élites parisiennes en sont restés à la conception "3ème république" des langues régionales, qui sont une menace pour la République, des ferments de séparatisme (et on rajoute aujourd'hui de communautarisme). Il ne faut surtout pas les reconnaitre, et ne pas ratifier la charte européenne, tout cela au nom de l'unicité de la Nation française. Là, plus question de promotion de la diversité culturelle...

Le ministre commence par une belle phrase, pour dire que bien entendu, c'est une noble cause, et blablabla, mais que malheureusement, ce n'est pas possible. Quel dommage !! Et viennent alors une série d'arguments faciles et fallacieux, surtout dans la bouche d'un ministre. La formulation proposée ne serait pas "normative" et ne viserait "quà formuler un voeu". Et la déclaration des droits de l'homme de 1789, intégrée dans le bloc de constitutionnalité, elle formule quoi sinon des mesures dépourvues de finalités normatives ? Cet argument est encore plus comique quand on lit les projets de loi déposés par le gouvernement, qui grouillent littéralement d'articles déclaratifs, sans portée normative, au point que le Conseil Constitionnel a été obligé de lancer un rappel à l'ordre sur ce sujet.

Il poursuit en énonçant des contre-vérités sur la charte européenne des langues régionales. Ce document comporte effectivement des dispositions qui permettent d'introduire dans la vie publique l'usage des langues régionales et minoritaires. Les jacobins français se servent de cet épouvantail pour faire croire que la ratification par la France entrainerait l'obligation de traduire tous les documents administratifs dans les langues régionales. Cet argument est une manipulation grossière, car cette charte est à ratification variable, et un gouvernement peut décider de ne retenir que certains points. La France a donc parfaitement la possibilité de ne pas reprendre les éléments qui porteraient atteinte à ce qu'elle estime être le coeur de son identité, à savoir le monopole du français dans tous les actes de la vie publique. Avant le veto de Jacques Chirac en 1999, la France avait déjà retenu 39 engagements et pouvait ainsi ratifier cette convention internationale sans remettre en cause la place du français comme seule langue officielle.

Enfin, le ministre termine par un très comique "ce n'est pas le moment de l'examiner". Parce le projet de révision qui fige le corps électoral en nouvelle-Calédonie était opportun ? C'était le bon moment, à quelques mois des élections, de proposer un texte aussi controversé et discutable ? Quand le gouvernement n'a pas envie, ce n'est jamais le moment !

Ce débat s'est terminé par un scrutin public, avec un rejet par 57 contre (dont 50 UMP) et 44 pour. Ce débat est donc loin d'être anecdotique, car malgré les ordres et la surveillance du caporal-chef Accoyer, 28 députés UMP ont voté pour. On a vu à cette occasion le meilleur, des députés qui défendent avec conviction une position minoritaire, et le pire, la discipline bête et méchante qui transforme les parlementaires en soutiens fidèles des volontés du gouvernement et le Parlement en chambre d'enregistrement.

mercredi 13 décembre 2006

Le purin d'ortie III

Comme prévu, les députés se sont saisis de la question du purin d'ortie lors des débats relatifs à la loi sur l'eau. C'était tard dans la soirée, le mardi 12 décembre vers 22 heures 30. Les discussions ont eu lieu sur l'article 18 bis et ont été assez consensuels, avec l'intervention d'Yves Cochet député vert, de Jean Gaubert député PS (le Monsieur Agriculture du groupe socialiste) et Antoine Herth, le rapporteur UMP de la Loi d'Orientation agricole (celle par où le feu est arrivé).

Ce fut un débat équilibré et contrairement aux envolées unilatérales des blogueurs, tous les aspects de la question ont été examinées. Les produits naturels ne doivent pas être laissés sans surveillance au prétexte fallacieux qu'ils sont "traditionnels" ou "ancestraux". On fabrique depuis longtemps de très bons poisons à partir de produits naturels. Ensuite, toute cession de produits, à titre gratuit ou onéreux nécessite une autorisation de mise sur le marché, c'est une sécurité pour le consommateur qui ne saurait être écartée pour le confort du "petit producteur artisanal". Un projet européen étant en cours d'élaboration pour la création d'autorisations simplifées, il suffit de le laisser suivre son cours pour qu'une solution satisfaisante pour tous soit mise en place. Pour autant, les services administratifs qui ont procédé à la visite de contrôle chez le producteur de l'Ain ont été clairement désavoué. Ils ont mieux à faire que d'aller "s'en prendre à un producteur qui fabrique du purin d'ortie dans le fond d'une lessiveuse". Ce débat a au moins permis de bien signifier à l'administration que ses excès de zèle ne sont pas du goût des députés. Ils devraient donc se calmer et laisser les producteurs de purins d'ortie tranquilles. Il a aussi montré que le purin d'ortie n'a jamais été la cible d'une quelconque attaque de législateur. Si certains en restent persuadés après l'explication de texte, ce serait un peu désespérant.

Au final, les députés ont adopté un amendement d'André Flajolet, le 216 rectifié. La formulation en est claire, les préparations "naturelles peu préocccupantes" ne sont pas concernées par les dispositions critiquées de la Loi d'Orientation Agricole (le fameux article L.253-1 du code rural). Un décret viendra fixer la liste des préparations et produits concernés. La balle est maintenant dans le camp des producteurs, qui peuvent envoyer les candidatures de leurs produits pour cette liste, avec le book et les certifications techniques au ministère de l'Agriculture.

mardi 12 décembre 2006

Face à la violence en politique

On a beaucoup glosé sur Georges Frêche et ses propos déplacés. C'est un exemple parfait de la violence en politique. Face à ce type d'individus, que faire ?

L'émission arrêt sur image a abordé cette question le 10 décembre. La thématique générale est "comment gérer Georges Frêche". La question se pose pour les journalistes, mais aussi pour les politiques locaux, que ce soit les "amis" ou les opposants de Georges Frêche. Un incident relaté dans cette émission est particulièrement révélateur.

Il y a quelques semaines, Georges Frêche est à l'inauguration d'un lycée à Lodève dans l'Hérault. Au cours de la cérémonie, il empêche physiquement le député maire de prendre la parole. L'incident est en ligne sur le blog des jeunes UMP de l'Hérault. Georges Frêche se comporte comme un potentat local, qui donne la parole à qui il veut, comme il l'entend, donnant des ordres à tous, y compris au maire de la ville où se déroule l'évènement. Que doit faire ce maire, car on voit bien dans le film que Frêche s'interpose physiquement, et que la comparaison des masses corporelles est plutôt en sa faveur. Ce député maire UMP choisit alors de ne rien dire et de quitter les lieux.

Certains prendront cette attitude pour de la lâcheté. Ce maire avait trois choix : Prendre d'assaut le micro, au risque du pugilat, reprendre sa place et s'écraser, ou partir. Il a choisi cette dernière solution, qui dans ce cas de figure était celle de la sagesse. il refuse de s'abaisser en allant sur le terrain de Georges Frêche, celui de l'invective et de la violence physique, pour autant, il ne se soumet pas. Je crois que la meilleure attitude face à aux intimidations n'est pas de répliquer mais d'ignorer superbement, car face à des brutes comme Georges Frêche, on a rarement le dernier mot si on choisi le choc frontal.

lundi 11 décembre 2006

La mort d'un dictateur

Augusto Pinochet est mort. C'est l'occasion, une dernière fois, de l'accabler et de regretter qu'il soit mort sans être passé devant les tribunaux. Pendant ce temps, à la Havane, un autre dictateur agonise, mais lui sera pleuré et célébré à sa mort. Il est vrai que Pinochet était bien à droite et pro USA alors que Fidel Castro est une icone gauchiste, et un leader anti-USA. Pourtant, en nombre de morts, de disparus et d'exilés, les deux se valent. Les deux ont massacré leurs opposants, du moins ceux qui n'ont pas pu s'enfuir et méritent donc amplement le titre de dictateur. Passé un certain chiffre, on ne compte plus.

Cette réaction face à la disparition de Pinochet est le résultat de notre vision très particulière d'européens bien tranquilles, qui regardont le monde avec les lunettes de notre bonne conscience. Je ne suis pas certain que les chiliens et les cubains aient tout à fait la même réaction que nous, ni la même lecture de leur histoire.

En 1970, Salvador Allende est élu président avec seulement un tiers de voix. Il se lance pourtant dans une politique radicale, qui plonge le pays dans le chaos. Il heurte de plein fouet les intérêts économiques et politiques des USA et s'expose ainsi à des manoeuvres de déstabilisation, mais il devait bien savoir que les USA ne le laisseraient pas tranquille. Rapidement, c'est le bordel le plus complet, avec des grèves (notamment celle des camioneurs) et une situation économique dramatique. Une partie de la population et de la classe politique qui ont pu le soutenir au début ne le suivent plus dans sa dérive marxiste. Le coup d'état militaire devient inévitable. C'est Pinochet qui s'en charge, mais cela aurait très bien pu être un autre. Le résultat aurait été le même. De cette "geste marxiste" est restée, aux yeux de certains, l'image pieuse du président Allende, martyr de la cause, tombé au champ d'honneur face aux forces capitalistes (on dirait ultra libérales aujourd'hui). On a même les détails symboliques, comme le suicide avec le fusil mitrailleur offert par Fidel Castro. A ce "gentil", il faut donc opposer un "monstre" pour que le ressort dramatique soit bien monté. Pinochet s'avère parfait dans ce rôle de l'affreux.

La suite du coup d'état est malheureusement tristement classique, les militaires sud-américains étant particulièrement féroces et sanguinaires (et pas seulement les chiliens). Pinochet a largement couvert et impulsé, endossant sur sa personne, par ses rodomontades, l'essentiel de la responsabilité politique et médiatique. Il n'est pourtant que la partie visible de l'iceberg et plus qu'un homme, c'est un groupe qui devait passer devant les tribunaux. Et certains ont été condamnés, on ne le dit pas assez : le général Contreras, chef de la police secrète purge actuellement une peine de 12 ans de prison.

Cette "impunité" de Pinochet, c'est d'abord le fruit d'un accord politique entre chiliens. Il faut noter le fait qu'Augusto Pinochet a quitté le pouvoir sans y être véritablement contraint. Il avait les moyens de se maintenir autoritairement au pouvoir s'il l'avait vraiment voulu. Il a pourtant organisé un plébiscite et s'est incliné devant le choix des chiliens. Il est parti, mais a demandé en échange son immunité. Pour un rétablissement d'une vraie démocratie, ce n'est pas cher payé ! Et les deux parties ont respecté les accords. Pinochet est mort dans son lit, sans être véritablement inquiété. Depuis 1990, Le Chili est une véritable démocratie, qui s'est offert le luxe d'élire deux présidents de Gauche, Ricardo Lagos et ensuite Michèle Bachelet, sans que l'armée ne bronche.

Certes, cet accord peut laisser un goût amer, car des victimes qui méritent réparation de ce qu'elles ont subi ne l'auront pas, du moins pas complètement. La Politique, c'est faire des choix et souvent, c'est entre deux maux, choisir le moindre. Les chiliens ont choisi, en fonction de leur histoire, de leur vécu, de leurs attentes de passer cet accord. Je ne me vois pas le droit, moi qui ne suis pas concerné directement par ce qui s'est passé au Chili dans ces années noires, de m'immiscer dans ce qui est avant tout une affaire intérieure chilienne.

dimanche 10 décembre 2006

Pour un plat de lentilles

Jean-Pierre Chevènement vient de retirer sa candidature aux élections présidentielles et appelle à voter en faveur de Ségolène Royal. Il suit de peu le PRG qui renonce à présenter Christiane Taubira et Christine Boutin, qui s'est finalement ralliée à Nicolas Sarkozy après avoir fait planer l'ombre de sa candidature. A chaque fois, le syndrome du 21 avril a servi pour justifier ce qui est du calcul d'arrière-boutique électorale. En effet, le retrait de la candidature s'est fait à chaque fois contre la promesse de quelques circonscriptions gagnables. On imagine que celle de Belfort sera en haut de la liste des cadeaux du PS. Ne pouvant pas espérer devenir président de la République, autant espérer redevenir député, car en 2002, le bon score présidentiel de Jean-Pierre Chevènement lui avait coûté son siège au Palais-Bourbon.

Au moins ont-ils conclu l'accord rapidement, sans jouer les coquettes. Jean-Pierre Chevènement avait d'ailleurs clairement annoncé, lors du lancement de sa candidature, qu'il était ouvert au dialogue et aux alliances. On ne peut pas trop lui jeter la pierre, contrairement à d'autres "petits candidats", qui n'arrêtent pas d'annoncer qu'ils iront jusqu'au bout. Plus ils le disent, plus cela sonne faux, un peu comme des appels du pied, avec à la clé un "accord pour les législatives".

Ce qui me gêne, c'est que les programmes et les sensibilités politiques que représentent ces candidats sont vite larguées pour quelques places au soleil. Jean-Pierre Chevènement et Christine Boutin sont pourtant porteurs d'une sensiblité politique intéressante et spécifique. J'ai bien peur que les gros candidats ne fassent pas de grandes concessions sur ce plan, ce qui affadira la campagne. C'est très dommage car l'élection présidentielle est LE moment du débat d'idées, avec des personnalités qui s'affrontent et débatent. Pour certains partis, ce n'est pas la victoire qui compte, mais l'occasion de promouvoir des idées et le seul moyen d'exister médiatiquement est d'avoir un candidat à la présidentielle. Toute la logique du système de la Cinquième République est centrée autour de ce scrutin. Renoncer à cette candidature, c'est retirer toute logique autre que la quête de prébendes et de sinécures à l'existence de ces petits partis politiques. Verra-t-on renaitre l'UDSR de François Mitterrand ? Ce serait un mauvais coup pour le fonctionnement de notre démocratie.

vendredi 8 décembre 2006

Peut-on critiquer le Téléthon ?

Le Téléthon semblait entré dans les moeurs, grand rendez-vous médiatique au service d'une bonne cause. Il semblait sanctifié, à l'abri des attaques tant la lutte contre les maladies génétiques ne saurait être critiquée. L'église catholique a osé remettre en cause ce consensualisme et se retrouve attaqué pour déviance hérétique. Et une fois de plus, Libération a été pitoyable. Il est vraiment temps qu'ils mettent la clé sous la porte tant les partis pris et les outrances ont prévalu dans le traitement de cette affaire.

L'église catholique a émis des réserves sur certains programmes de recherche financés par l'argent du Téléthon. Les catholiques rejettent comme contraire à leur éthique tout ce qui touche à la recherche sur les cellules souches et sur les embryons. Ils considèrent que la vie est sacrée et ne doit être ravalée au rang de "matériaux", même pour soigner et faire progresser la recherche. Je ne partage pas cette vision, mais je la comprend. Elle n'est en rien inadmissible et injurieuse pour les autres croyances ni contraire aux valeurs de notre société. Il est donc logique que les évêques informent leurs ouailles que les dons qu'ils peuvent faire en faveur du Téléthon risquent de servir à financer des programmes de recherches qui explorent des voies réprouvées. Ensuite, à chacun de prendre ses responsabilités. Cet avertissement a été formulé avec tous les réserves et toute la prudence nécessaire, ce n'est en rien un appel au boycott du Téléthon. Une solution de "dons fléchés" peut très bien être trouvée, le Téléthon finançant beaucoup de recherches "catholico-compatibles".

C'est alors que les anticléricaux ont choisi de lacher les chiens. Il suffit de lire l'éditorial du Libé de ce jour, pour avoir une idée générale de leurs positions. Globalement, l'église catholique se voit refuser tout droit à exprimer une position éthique et à appeler ses fidèles à mettre leur comportement en conformité avec leurs opinions. Mais quand une association appelle à un boycott d'entreprise qui exploiterait des enfants en Asie du Sud-Est, ou qui vend des armes aux dictateurs africain, là c'est beau, c'est éthique, c'est même normal ! Il y a véritablement deux poids deux mesures. L'un des arguments développé dans cet éditorial m'a particulièrement choqué : "Le religieux a le droit de s'en mêler mais le temporel tranche : les parlementaires ont voté la loi de bioéthique d'août 2004 ... Que des évêques y reviennent ... relève du coup de force antilaïc". Que je sache, personne ne remet en cause le droit des chercheurs à pratiquer la recherche sur les cellules souches. Personne ne demande l'arrêt des financements publics à cette recherche. Le Parlement tranche juridiquement, mais pas moralement et il existe des choses qui sont légales (comme la prostitution), mais pas forcement morales. Le Parlement ne légifère pas sur les consciences et c'est bien heureux, surtout quand on voit comment est faite la loi. Il s'agit ici de dons privés, et chacun est libre de donner à qui il veut, pour les buts qu'il souhaite soutenir. Je ne vois pas en quoi la position prise par l'église catholique peut être qualifiée d'atteinte à la laïcité.

Le Téléthon est certes une action méritoire, la lutte contre les maladies génétiques est utile et doit être encouragée. Mais ce n'est pas le seule "bonne cause" qui existe, loin de là. Cet incident a aussi été le révélateur du statut de quasi sainteté médiatique de certains évènements comme le Téléthon ou de certaines personnes (je pense à Zidane). C'est une bonne action, c'est médiatique, cela suscite des mobilisations, il est donc interdit de critiquer, d'émettre des réserves. Et bien non ! Même si le Téléthon est une action hautement respectable, on doit pouvoir la questionner, tant sur la manière de récolter les fonds (en particulier sur l'émotionnel) que leur destination.

jeudi 7 décembre 2006

Vanneste l'anti génocidaire

Une petite perle trouvée dans la masse des propositions de loi sans intérêt déposées par les députés. Christian Vanneste vient en effet de proposer de reconnaitre le génocide ukrainien de 1932-1933.

Il est assez comique de voir Christian Vanneste, l'auteur du sous amendement sur le "rôle positif" de la colonisation, qui a eu tant de démêlés avec la police de la pensée, se lancer dans la course à la reconnaissance génocidaire. Il faut tout de même reconnaitre et saluer son courage politique. L'homme est caractériel, psychologiquement pas très stable, mais il n'a pas peur d'aller au contact et à l'affrontement. J'attends avec curiosité et délectation de savoir s'il y aura des cosignataires. Le courage d'assumer ouvertement des convictions, surtout lorsqu'elles sont politiquement incorrectes, n'est pas ce qui caractérise le plus nos parlementaires.

Personnellement, j'approuve cette initiative (qui n'aboutira jamais) car elle pousse la logique des lois mémorielles jusqu'à l'absurde. Après tout, si on reconnait le génocide arménien, pourquoi pas les autres ?

Rénover le dialogue social

Le gouvernement vient de présenter un projet de loi intitulé "modernisation du dialogue social". La portée de ce texte, de deux articles seulement est limitée et certains se sont même interrogés sur sa constitutionnalité. Ce n'est pas ce texte en lui-même qui mérite de l'intérêt, mais le fait qu'il ouvre une série. C'est le galop d'essai pré électoral, qui risque d'en amener d'autres si Nicolas Sarkozy est élu président.

Le dialogue social, en France, est arrivé très bas. Dans bien des négocations, les "partenaires sociaux" font semblant de discuter en attendant que le gouvernement prenne les décrets qui règleront les questions en discussion. Parfois, comme pour les 35 heures, le gouvernement n'attend pas la fin des échanges pour annoncer sa décision. Nos syndicats de salariés sont minables, avec seulement 8% de la population active syndiquée (80% au Danemark), et dont les gros bataillons sont dans la fonction publique. Leur fonctionnement est d'une opacité totale puisqu'ils n'ont pas l'obligation de publier leurs comptes (ce qu'ils se gardent bien de faire). N'allez pas me dire qu'ils ne vivent que des cotisations de leurs adhérents ! On devine, derrière le voile, des pratiques douteuses, dignes de la classe politique des années 80, avec des mises à dispositions de personnel (des emplois fictifs), des "subventions" qui tiennent davantage du racket que de l'aide librement consentie. On a pu en voir un petit bout avec le Comité central d'action sociale d'EDF, fief de la CGT.

Pour remettre en selle le dialogue social en France, il faut commencer par s'attaquer à la glaciation du paysage syndical français. Depuis les années 60, seules cinq centrales sont reconnues "représentatives" (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC), avec les énormes avantages que cela confère. Les subventions publiques sont abondantes, un accord signé par une seule centrale "représentative" est valable, même s'il s'agit de la CFTC, un groupuscule qui fait des scores microscopiques. Dans le même temps, on refuse ce statut à des organisations présentes partout, qui font des scores non négligeables aux élections (Sud, l'UNSA...). Quelques règles simples devraient être adoptées comme l'accord du statut d'organisation "représentative" en fonction des résultats aux élections et la règle de l'accord majoritaire, qui veut qu'un accord, pour être valable, doit être signé par des syndicats représentant plus de 50% des voix aux élections professionnelles dans la branche concernée.

Le deuxième chantier est de responsabiliser les syndicats. Les lois et décrets peuvent prévoir des dispositions planchers, des garanties, un cadre, mais uniquement en cas d'accord. Si les négociations échouent, rien ne se met en place. Cela obligerait les syndicats de salariés, et notamment la CGT, reine du refus systématique, à prendre les choses en mains sous peine de priver les salariés qu'ils prétendent défendre des avantages auxquels ils auraient droit. Aujourd'hui, c'est tellement confortable de faire de l'obstruction systématique, du refus politique, puisqu'en cas d'échec des négociations, c'est l'accord de base qui s'applique. Ce que les syndicats peuvent obtenir lors des négociations avec le patronat, ce sont des petits plus par rapport à un minimum fixé par l'Etat. Les négociations qui sont importantes sont celles avec les pouvoirs publics et là, la CGT ne boycotte plus, elle négocie dur, mais discrètement voire secrètement pour que le minimum légal soit au niveau de ce qu'elle demande. Après, elle peut faire de la politique en prenant devant les salariés des postures démagogiques et en refusant tout "compromis". Actuellement, seule la CFDT joue ce jeu du "syndicalisme responsable" et c'est pour cela qu'une grande partie de leurs "collègues syndiqués" la détestent tant, Chérèque casse leur boutique !

Dernier chantier, s'il reste encore de l'énergie, donner une vraie place au dialogue social. Tous les instruments, toutes les instances existent, mais ce n'est pas là que se situe le pouvoir. Connaissez-vous le Conseil Economique et Social ? Officiellement, c'est un organe consultatif, qui rend des rapports (parfois très intéressants et novateurs), qui regroupe des syndicalistes (représentants des salariés et des employeurs), des représentants du monde coopératif, associatif et des "personnalités qualifiées". La Constitution de 1958 donne à ce Conseil Economique et Social les moyens juridiques de peser dans le débat public, de faire entendre la voix de la "société civile". Il n'en est malheureusement rien, à cause de la faiblesse politique de ses membres. Rapidement, le CES est devenu un vaste fromage, où sont nommés les amis politiques, les permanents de syndicats ou de grosses associations. Pour certains c'est une récompense, leur bâton de maréchal, pour d'autres une étape dans une carrière, qui permet d'aller régulièrement à Paris, de rencontrer du monde et pour d'autres enfin une voie de garage honorable après une disgrâce ou une défaite électorale. Il arrive que certains membres s'investissent dans leur mission, et certains rapports sont remarquables. Malheureusement, beaucoup (surtout chez les personnalités qualifiées) sont là pour toucher la paie à la fin du mois. Cet exemple du CES est typique du sort réservé à ce qui pourraient être des contre-pouvoirs et qui ne sont que des cimetières d'éléphants.

Depuis quelques années, les politiques sont conscients que le système ne va pas pouvoir continuer longtemps comme cela. Les syndicats écartés de la représentativité poussent fortement, la CFDT va de l'avant sur une voie nouvelle qui oblige les autres à bouger. Les français se sont largement détachés des syndicats, qui perdent de plus en plus leur rôle d'encadrement de la contestation sociale. Et c'est là le risque majeur pour les politiques. La contestation sociale existera toujours et il vaut mieux qu'elle s'exprime au sein d'instances connues, dirigées par des personnes capables et responsables que de manière désorganisée et exposée à toutes les manipulations (notamment celle de l'Extrême-Gauche). Nous sommes donc à la veille d'un grand chantier.

mercredi 6 décembre 2006

Discussions inutiles

Les travées étaient bien vides pour la discussion du projet de loi de prévention de la délinquance. C'est d'ailleurs cet aspect des débats qui a le plus retenu l'attention du journaliste du Monde.

C'est vrai que les députés ne se sont bousculés pour venir, et ils avaient de bonnes raisons. Pour eux, la campagne électorale a commencé et c'est sur le terrain qu'il faut être, à la rencontre des électeurs. Plus on avance, plus il devient difficile de les faire venir à Paris. Alors pensez donc, des discussions qui se poursuivent jusqu'au vendredi après midi, ils n'en sont pas friands. Ensuite, ce texte est assez largement inutile. Les députés socialistes se sont amusés à plusieurs reprises en pointant des dispositions du nouveau texte qui réforment d'autres dispositions contenues dans les lois précédentes, avant même que ces dernières aient été mises en application. C'est l'illustration parfaite de cette manie française de légiférer à tout va. L'arsenal juridique est largement suffisant, ce qu'il faut, c'est l'appliquer et y mettre les moyens humains et matériels. Avec ce texte de prévention de la délinquance, on a perdu une semaine et demie de travail parlementaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de faire son show et de prouver que c'est lui le patron, qu'il est encore capable d'imposer ses textes en priorité, malgré un agenda parlementaire totalement bouché.

De toute manière, ce texte n'aura qu'assez peu de conséquences, car je doute que les décrets d'application soient publiés avant la présidentielle, s'ils le sont un jour. Cela aura permis aux spécialistes de la question de débattre entre eux, ce qui est déjà bien. C'est d'ailleurs dans ces débats que l'on peut sentir la sensibilité de chaque camp, bien plus que les discours des candidats à la présidentielle.

Ce projet de loi va maintenant passer en deuxième lecture au Sénat, mais que le journaliste du Monde se rassure, il n'y aura aucune mauvaise surprise, aucun cavalier. Depuis peu, les amendements additionnels et autres cavaliers législatifs (mesures sans rapport avec l'objet du texte) ne sont plus recevables en deuxième lecture. Seuls sont discutés les articles qui n'ont pas été votés dans les mêmes termes par les deux assemblées. Cela devrait susciter encore moins d'intérêt que la première lecture, surtout si Nicolas Sarkozy n'est plus ministre de l'Intérieur à ce moment là, ce qui est fort probable.

lundi 4 décembre 2006

La France et le Moyen-Orient

Ségolène Royal est allé se promener au Moyen-Orient. Avant elle, un autre candidat socialiste, Lionel Jospin, avait aussi voulu se donner une stature internationale en allant faire une conférence là-bas. Le résultat est à chaque fois pitoyable, car la Gauche a une vision très idéologique de la situation du Moyen-Orient, mais aussi de ce que doit être une politique étrangère.

Rappelez vous, dans les années 60, la Gauche et l'Extrême Gauche n'en avaient que pour Israël, érigé au rang de modèle. Il est vrai que les travaillistes étaient au pouvoir et vivaient sur un programme politique datant des années 20 qui faisait la part belle au socialisme utopique. L'emblème de cette ligne est le Kibboutz, alternative "socialiste" à l'entreprise et au modèle capitaliste. Depuis, les israéliens sont revenus sur terre et ont tourné le dos à ce modèle. Quelque part, nos bons gauchistes français leur en veulent de cet abandon. Ils se sont alors massivement reporté sur la cause palestinienne, devenue politiquement plus correcte. Sur le Liban, ce sont à peu près les mêmes réflexes qui prévalent, avec en plus un attachement sentimental (forte communauté libanaise en France, francophonie...).

A chaque fois, les positions politiques concernant le Proche Orient ne sont pas prises en fonction de la réalité du terrain, mais selon les idéologies et les schémas que nos intellectuels plaquent sur cette réalité. A qui s'adresse ce que Ségolène Royal a pu dire au Liban, aux libanais ou aux électeurs français ? A mon avis, elle parlait aux seconds, et très logiquement, elle leur a dit ce qu'ils voulaient entendre. Que cela soit totalement à coté de la réalité de terrain, ce n'est finalement pas important.

Le Proche-Orient est un région très complexe, qui obéit à des logiques différentes des notres. Que ce soit à Droite ou à Gauche, nous instrumentalisons trop souvent les drames de cette région par une lecture idéologique, binaire et manichéenne où nous nous posons en donneurs de leçons. Et après, on s'étonne du recul de notre influence...

De la discrimination positive

Nicolas Sarkozy a fait de la "discrimination positive" une mesure emblématique de son programme. Par ce terme, il entend permettre que l'on passe outre au respect de l'égalité formelle (la même chose pour tous) en vue de favoriser l'égalité réelle (donner plus à ceux qui ont moins pour que tous soient égaux sur la ligne de départ).

Cette vision est à mon sens conforme aux principes républicains. La stricte égalité formelle est réductrice et ne permet pas de répondre à cet impératif de réduction des inégalités, gage de cohésion de la communauté nationale. L'exemple le plus marqué est celui de l'école, où chaque enfant vient avec son bagage culturel, le soutien (ou pas) de ses parents. Même si la ration donnée à chaque enfant est strictement la même (égalité formelle), certains en profiteront davantage, car munis des outils pour comprendre, stimulés par des parents conscients de l'importance de l'éducation. Au final, tout le monde est d'accord sur le constat que l'école dite "républicaine" accentue les inégalités.

Accepter de voir que les inégalités existent et que l'égalité formelle n'est qu'un leurre demande du courage politique. C'est tellement plus confortable pour les élus d'être à la tête d'un distributeur automatique, qui donne la même chose à tout le monde. Certains estiment ainsi avoir rempli leur devoir, comme au temps de l'Union soviétique, où il suffisait de produire la quantité demandée par le Plan, sans se soucier de la qualité des produits. Qu'ils ne soient pas conformes aux attentes des consommateurs, c'était le cadet des soucis. Et bien aujourd'hui, en France, sur cette question de l'égalité, les réflexes sont malheureusement les mêmes. C'est une rupture bien réelle que de prendre la situation telle qu'elle est et non telle que l'on voudrait qu'elle soit.

Le chantier ouvert par Nicolas Sarkozy pose des problèmes, car il a ouvert la boite de Pandore. A partir du moment où on a donné la possibilité de donner plus à ceux qui ont moins, il faut définir la liste de "ceux qui ont moins" et fixer aussi ce que l'on peut donner en plus. Sur quels critères se baser ? Jusqu'où aller ? Le débat est donc loin d'être clos ! le fait de vivre dans une banlieue difficile dans le 93 ouvre indéniablement droit à une aide supplémentaire. Mais habiter dans le "rural profond", au fin fond du trou du cul de la France, cela crée aussi des handicaps. On peut entrer à Science-po par les conventions ZEP, mais à quand les conventions "Lozère" ou "plateau des mille vaches" ? Un immense travail attend les politiques, sachant que le résultat, même excellent, ne sera pas parfait. Les inégalités sociales existeront toujours et l'action publique ne pourra qu'en gommer une partie. Chantier casse-gueule donc, où vont resurgir toutes les revendications catégorielles, et derrière les jalousies. Pourquoi tel groupe aurait plus que nous ? La course à la victimisation risque d'être relancée. Aux politiques de se montrer forts et fermes, pour ne pas ouvrir en grand les vannes, au risque de faire exploser l'égalité républicaine. Savoir dire non est une qualité plutôt rare chez les politiques.

J'attend de la suite de cette campagne électorale davantage de précisions sur les mécanismes et les bénéficiaires de cette discrimination positive à la française. Bien que relativement d'accord sur le principe, je reste attentif aux modalités, certains remèdes pouvant être pire que le mal.

samedi 2 décembre 2006

La démocratie des corps intermédiaires

La "démocratie participative" est une thématique chère à Ségolène Royal et je sens que l'on va encore y avoir droit pour un certain temps. Elle part du constat d'un manque de contrôle des politiques et d'un manque de participation des citoyens, c'est-à-dire des non élus. Elle apporte un début de réponse en se situant dans une problématique très française, celle où le citoyen est seul face à l'Etat.

Elle fait donc l'impasse sur toute une tradition, il est vrai très anglo-saxonne, qui met l'accent sur le rôle politique des corps intermédiaires. En France, nous ne les aimons pas, ces corps intermédiaires, alors que jusqu'en 1789, ils étaient les piliers du système. Par volonté de réaction, les révolutionnaires ont fait table rase et ont concentré toute la légitimité politique aux deux pôles du système, l'appareil d'Etat et le citoyen. Tout le reste est discrédité. Il n'y a qu'à voir l'usage du mot Lobby, forcément connoté négativement, alors qu'il ne l'est pas dans les pays de tradition politique anglo-saxonne. On tolère toutefois l'existence de certains corps intermédiaires, tels que les syndicats, mais en les maintenant en état de faiblesse, d'abord par une tutelle des partis politiques auxquels ils ont longtemps été subordonnés, puis en les enserrant dans un carcan réglementaire qui aboutit à la déresponsabilité. Même les quelques missions qu'on leur reconnaît officiellement sont finalement assumée par l'Etat. Qu'est-ce que le dialogue social, sinon un simulacre de dialogue en attendant que l'Etat tranche ? De même, nos "associations", qu'elles soient de consommateurs, professionnelles n'ont pas l'impact que peuvent avoir leurs homologues américaines dans le débat public.

Pourtant, ces corps intermédiaires sont bien utiles sur plusieurs plans. Ils assurent du "lien social", proposent de multiples activités (je pense à l'association des retraités américains). Ils jouent aussi un grand rôle dans l'expression politique des citoyens, qui peuvent avoir des idées, des envies, mais pas forcément le temps ou les moyens intellectuels de les formuler. Ils peuvent ainsi participer aux débats "par procuration", soutenant des groupes officiellement reconnus qui portent les idées et les positions politiques qu'ils partagent. En France, rien de tout cela, et finalement, ce sont toujours les mêmes qui participent, et tant que l'on restera sur ce refus des corps intermédiaires, on restera sur ce vivier composé de ceux que la politique intéresse et qui ont reçu les outils pour comprendre, pour formaliser leurs idées et pour s'exprimer en public. Les autres, souvent les plus modestes, ne peuvent que se taire, puisque personne ne parle pour eux.

J'ai bien peur que la fameuse démocratie participative de Ségolène Royal ne soit finalement qu'un gadget politique. J'ai peur que ce soit une mauvaise réponse à une vraie demande, qui ne manquera pas, une fois de plus, d'être déçue, creusant encore un peu plus encore le fossé entre le peuple et ses élites.

vendredi 1 décembre 2006

Ne pas se tromper de laïcité

La laïcité est un concept important, fondateur dans notre république. Cette importance en fait l'objet de convoitise, certains essayant d'imposer une définition de ce mot et du concept qu'il recouvre, pour mieux faire valoir leurs opinions et points de vue.

A l'origine, la laïcité, c'est la neutralité de l'espace public. Aucune opinion, aucun courant de pensée ne doit prendre le contrôle de cet espace public et en fixer les règles. Tout doit pouvoir être dit, tous les débats sont autorisés et personne ne doit pouvoir interdire une prise de parole publique. Au XIXe siècle, le risque venait de l'église catholique, qui n'avait pas encore renoncé à son ancien monopole sur l'espace public, pourtant juridiquement mis à bas par la Révolution française. Les combats du tournant du siècle qui ont abouti à la loi de 1905 étaient justifiés par la nécessité de préserver la neutralité de cet espace public.

Aujourd'hui, les choses ont changé et globalement, mis à part quelques retardataires marginaux, l'église catholique s'est fait une raison, a remisé au placard ses prétentions et ne représente plus une menace pour la neutralité de l'espace public. Il faut donc évoluer et ne plus associer les mots laïcité et religion. Sur ce point, nombre de dispositions de la loi de 1905 sont obsolètes, notamment celles qui ont pour but de contenir les religions et de rendre quasi-illégitime leur participation aux débats publics. La défense archarnée par certains d'un statu-quo sur cette loi tient, à mon sens, du fétichisme.

Pour autant, la Laîcité reste un principe primordial d'organisation de notre démocratie, et il faut continuer à la préserver. Simplement, au lieu de rester figés à observer les ennemis d'hier devenus bien inoffensifs, il faudrait peut-être plus porter notre regard vers ceux qui tentent aujourd'hui, d'organiser et d'orienter le débat public en fonction de leurs croyances et de leurs opinions. Evitons d'avoir, comme en 1940, une guerre de retard.