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jeudi 30 novembre 2006

La parité progresse

Je viens de découvrir la composition de l'équipe de campagne de Ségolène Royal. J'y voit le nom de Safia Otokoré, conseillère régionale de Bourgogne et ancienne adjointe au maire d'Auxerre. C'est un signe indéniable que la parité progresse au sein du Parti socialiste.

En 2005, elle fut remerciée par le maire d'Auxerre, qui lui retira ses délégations et son titre d'adjointe, pour incompétence. Il reprochait à Madame Otokoré son absentéisme aux réunions, son caractère plus que difficile et son absence de travail. Licenciée pour insuffisance professionnelle. Quelques "chiennes de garde" parisiennes sont allés en excursion à Auxerre pour protester contre cette éviction, mais sans succès. Le maire d'Auxerre était en effet soutenu par son équipe, qui a approuvé l'éviction de Safia Otokoré. Cela ne l'empêche visiblement pas de continuer à être bien en cour rue de Solférino, au point d'être intégré dans le staff rapproché de la candidate présidentielle.

Françoise Giroud disait en 1974 que la parité sera effective le jour où on nommera des femmes incompétentes à des postes de responsabilité. Le Parti socialiste est sur le bon chemin...

La république des blogs IV

Nouvelle édition de la république des blogs. Toujours aussi agréable, car chaque édition a son lot de nouvelles têtes. Mention spéciale pour Hugues de Com'vat et pour François de Droit Administratif, deux communards que je n'avais pas encore rencontrés. Et comme à chaque fois, des surprises sur les personnes, pas forcement dans la vie réelle tels qu'on se les imaginent à partir de leurs blogs. La blogosphère est pleine de juristes "atypiques", aux cheveux longs, sympas et déconneurs... Rien à voir avec les éminents juristes, aux cheveux ras, sérieux et pontifiants qui sont, dans mon esprit, associés aux facultés de Droit.

A coté des nouveautés, il y a les retrouvailles avec les têtes connues. Petit à petit, les relations s'approfondissent, des projets, des collaborations s'esquissent (Jules, rappelles-toi que ce que tu m'as dit sur Lieu-commun 2.0, j'attend...). Il n'y a pas de secret, la rencontre physique, le face-à-face restent irremplaçables. Le blog s'est bien, mais la communication interpersonnelle est limitée. On ne lit plus et on ne commente plus de la même manière quand on connait l'auteur du blog. Cela peut faire un peu "monde clos". C'est un peu vrai, mais pas tant que cela, car celui qui n'est que commentateur, s'il est régulier et non trolleur, fait aussi partie de la communauté et peut se joindre aux discussions, qui finalement ne tournent pas tant que cela autour de nos blogs (un peu quand même). Le fait de bloguer est un point commun qui permet la rencontre avec des personnalités très différentes, que l'on aurait peut-être pas eu l'occasion de croiser. Il suffit de se lancer et d'aller vers les autres, sans attendre qu'on vienne vous prendre par la main.

Cet évènement s'enracine dans les médias. La preuve ce matin, au journal de TSF-jazz, qui est interrogé pour commenter la candidature de Sarkozy ? : "Versac, l'un des blogueurs les plus influents", interviewé lors de la République des blogs... Décidement, les médias ne changent pas, les clichés restent, mais ne boudont pas notre plaisir. Pour une fois que des citoyens "de base" sans mandats et sans représentativité se voient tendre le micro. C'est une occasion de faire entendre une parole indépendante, qui ne soit pas celle d'instances officielles et d'intérêts catégoriels. Des évènements tels que la République des blogs permet de donner une visibilité, une existence concrète à cette blogosphère, même si nous, les participants, avons surtout l'impression de participer à une soirée sympa entre potes. J'ai été frappé de la présence, à nouveau, de caméras et de journalistes, plus discrets que les autres fois, mais toujours là et filmant la salle, l'air de rien. Si l'évènement ne présentait pas d'intérêt, ils seraient repartis depuis longtemps.

mardi 28 novembre 2006

Embouteillages

Comme on pouvait le prévoir, la fin de législature est plus qu'encombrée. Les textes arrivent à une vitesse et on se croirait sur le périphérique à l'heure de pointe. Je rappelle les données du sujet : fin des travaux parlementaires le 22 février 2007, et tous les textes non définitivement adoptés à cette date tombent. Le but est de donc de tout voter.

Cela provoque des carambolages et des dégagements, car les débats peuvent durer plus que prévu. La conférence des présidents, qui fixe l'ordre du jour s'est réunie ce matin. Le résultat est stupéfiant. La discussion sur le projet de loi de prévention de la délinquance ayant traîné, il a fallu mettre une rallonge. Initialement, ils devaient se terminer mercredi soir et la deuxième lecture de la loi sur l'eau prenait la relève pour le jeudi et le vendredi. Entre le ministère de l'Intérieur et celui de l'écologie, il n'y a pas photo. C'est donc la loi sur l'eau (pourtant plus utile que celle sur la délinquance) qui a giclé. Elle a tout simplement disparu de l'ordre du jour car le projet suivant, la fameuse loi Chirac sur le dialogue social, est aussi considérée comme prioritaire. Pas question de la décaler. Cela s'appelle être pris en tenailles.

Cette loi sur le dialogue social, qui ne fait que deux articles, se met aussi à chevaucher les autres. On se retrouve avec un ordre du jour ubuesque, où le mercredi 6 décembre, on débat soit de la suite de "modernisation du dialogue social" soit du début de la loi de Finances rectificative. Cette dernière est trop importante pour être supprimée. Comme les autres, les débats risquent de durer car c'est la dernière et la plus discrète occasion de faire des cadeaux fiscaux aux amis. Il y avait prévu juste derrière une proposition de loi adoptée par le Sénat sur l'organisation de la Banque de France. Rien d'urgentissime, la tentation a du exister de la faire passer à la trappe, comme la loi sur l'eau. Mais cela aurait vexé le Sénat et le président de sa commission des finances, Jean Arthuis, qui porte le projet. Or, il ne faut jamais froisser les sénateurs, ils ne disent rien sur le moment, mais vous assassinent silencieusement ensuite. Vu l'encombrement du calendrier, si le Sénat "s'amuse" à traîner, c'est toute la machine législative (déjà en surchauffe) qui explose. On a donc mis cette discussion en "parralèle" avec celle de la loi de Finances rectificative. Bien malin qui pourra me donner le jour et l'heure où elle sera effectivement discutée. Et pour continuer dans la même veine, la réforme de la justice passe en "discussion générale groupée". C'est du trois en un. Il faut bien gagner du temps comme on peut ! Et c'est pas fini ! Le ministre de la Culture veut absolument passer un texte sur l'audiovisuel et le ministre des Solidarités un projet (très attendu et réellement utile) sur la réforme des tutelles et curatelles.

Résultat des courses, personne ne sait quel texte sera discuté tel jour, personne ne peut donc s'organiser et fixer dans un agenda de parlementaire (donc bien chargé) le moment où il doit être présent pour défendre ses amendements ou participer aux discussions générales. On commence à siéger tous les jours, y compris les lundis et vendredi. Vous allez voir qu'on va aussi finir par siéger le samedi. On aura alors deux pelés et trois tondus dans l'hémicycle, pour débattre de sujets pourtant majeurs comme la sécurité, la réforme de la justice, l'organisation du dialogue social.

On nage en plein délire, et après, on s'étonne que le travail législatif soit bâclé et de médiocre qualité juridique. Allez donc savoir pourquoi...

dimanche 26 novembre 2006

Les conférences de l'Etoile

Une fois n'est pas coutume, je vais faire un peu de publicité sur ce blog, pour les conférences organisées par Alain Houziaux, pasteur de la paroisse réformée de l'Etoile. Cette paroisse, avec celle de l'Oratoire du Louvre et du Foyer de l'Ame, est d'orientation (théologique) libérale. Les conférences de l'Etoile sont, à Paris, le lieu où s'élabore et se discute la pensée protestante libérale actuelle. C'est aussi un endroit où l'on peut assister à des conférences de haut niveau, tant sur le fond que sur la forme.

Pour les curieux, le jeudi 30 novembre, le lendemain de la République des blogs 4, une conférence intitulée "Qu'est-ce que le Protestantisme ?" Sujet un peu bateau, mais intervenants brillants, à savoir Alain Houziaux et Louis Pernot, les deux pasteurs de la paroisse. Ce sont des orateurs hors pair. On ne risque pas de dormir quand ils prêchent !

En novembre et décembre, ils lancent un cycle de trois conférences sur la politique, d'où cet article sur mon blog. Le mercredi 29 novembre, "Le libéralisme peut-il s'autodétruire ?" avec Philippe Chalmin et Jacques Généreux. Comme cela risque de tourner à l'atermondialisme, c'est pas plus mal que ce soit le même soir que la République des blogs 4, je n'aurai pas trop de remords. Le 6 décembre, "Parler de race, est-ce raciste ?", avec Jacques Attali, Alain-Gérard Slama et Pierre-André Taguieff. Beau plateau, un peu trop "éditorialistes indéboulonables", mais la qualité devrait être là. Et le meilleur pour la fin, avec le mercredi 13 décembre "la gauche et la droite, où est la différence ?". Là encore, sujet assez convenu, mais quand c'est avec Alain Duhamel et surtout, avec Marcel Gauchet, je ne vais pas rater cela !

Toutes ces conférences ont lieu à 20 heures, au temple de l'Etoile, 54 avenue de la Grande armée, métro Argentine. Entrée libre et libre participation aux frais.

Pouvoir et contre-pouvoir

Les initiatives de Michèle Alliot-Marie ont été diversement commentées, certains approuvant ses ambitions présidentielles, d'autres criant à la division, prélude de la défaite. J'attend de voir la suite, car cette initiative peut être intéressante et bénéfique, y compris pour Nicolas Sarkozy.

Le très probable candidat de l'UMP a beaucoup de qualités (énergie, détermination, lucidité, capacité d'écoute) mais aussi des défauts, dont le principal est un certain autoritarisme, broyant impitoyablement ceux qui se dressent sur son chemin. Il faut le reconnaitre, Sarkozy inquiète, il fait peur, même à moi. Si voter pour lui, c'est lui donner les pleins pouvoirs, un chèque en blanc, on peut légitimement hésiter. Cette image d'un parti monolithique, machine de guerre au service d'un candidat ne date pas d'hier, avec le spectre de "l'Etat-UMP" comme il y avait hier "l'Etat-RPR". La Gauche, par son éclatement et ses courants, offre une autre image, plus rassurante. Si Ségolène Royal est élue, elle devra composer, négocier avec les autres tendances, même si elle semblerait plutôt apprécier l'exercice solitaire du pouvoir. Elle n'aura pas la marge de manoeuvre qu'aurait Nicolas Sarkozy, car à Droite, les courants sont moins marqués.

Le monolithisme a l'avantage de l'efficacité. On ne perd pas son temps en palabres, une décision prise est exécutée rapidement, une ligne politique n'est pas édulcorée par les compromis entre courants, au point de devenir de l'eau tiède. C'est la conception bonapartiste, d'un chef qui dirige et qui s'appuye essentiellement sur l'autorité que lui a donné le suffrage populaire. A l'inverse, une autre conception de l'exercice du pouvoir demande plus de concertation et de collégialité. On y perd parfois en efficacité quand le dirigeant suprême n'arrive pas à trancher, mais au moins, tout le monde sait qu'il pourra s'exprimer et qu'aucune décision "radicale" ne sera prise sans un large accord. Chacun se sent titulaire d'une sorte de droit de veto. C'est davantage la vision traditionnelle de l'UDF, qui revendique cette méthode sans toujours l'appliquer dans les faits (Bayrou tourne de plus en plus au gourou adepte de l'autoritarisme), et du Parti Socilaiste, qui lui la pratique sans trop le dire pour ne pas avoir une image "centriste" aux yeux de l'Extrême-Gauche.

La tentative de Michèle Alliot-Marie de fédérer un courant alternatif au sein de l'UMP m'apparait sous cet angle intéressant. D'autres sensibilités existent, sur lesquelles Nicolas Sarkozy à plus ou moins mis la main, sans les tenir complètement. Régulièrement, les anciens centristes comme Pierre Méhaignerie ruent dans les brancards, mais avec trop de discrétion. L'initative de constitution d'un pôle "gaulliste" indépendant, voire critique vis-àvis de Nicolas Sarkozy a pour originalité d'apporter une visibilité médiatique à l'existence de courants structurés à Droite, alors que ce sujet était tabou. Il existe des contrepouvoirs au sein de l'UMP et il osent se montrer en brisant l'image d'unité de facade jusque là si chère à la Droite. quelque part, cela me rassure de voir que la culture politique de la Droite française évolue (un peu) dans le sens de l'acceptation du pluralisme interne et donc vers une culture de la négociation et du compromis.

vendredi 24 novembre 2006

Le fond et la forme

Nicolas Sarkozy vient de prendre une belle claque. Lors des élections professionnelles dans la police, les syndicats qui lui sont favorables ont été battus, ou sont en nette perte de vitesse. Un signe du mécontentement de la police sur la manière dont est géré le ministère de l'Intérieur et donc un désaveu de son action.

Cela recoupe ce que je pensais, que je devinais sans avoir d'éléments aussi probants. On ne peut pas être à la fois ministre de l'Intérieur, Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, président de l'UMP et candidat en campagne présidentielle. C'est trop pour un même homme et à vouloir tout faire, on ne fait rien de bon. Il est des tâches qu'on ne peut pas survoler, effleurer. C'est le cas au Parlement, où Nicolas Sarkozy est présent pour les questions au gouvernement, mais délègue très souvent à Estrosi ou Hortefeux les autres débats. Il vient pour les discours, pour le début de la discussion générale et puis s'en va, laissant le travail technique de l'examen des amendements à ses ministres adjoints. S'il gère toutes ses fonctions comme cela, il y a un problème et les sanctions finissent par arriver.

Sa gestion du ministère de l'Intérieur est assez caractéristique. En 2002-2004, il a fait le boulot qu'on attendait de lui, à savoir impulser, rendre leur motivation aux policiers et aux gendarmes, passablement abattus par le manque de soutien des socialistes, qui ont toujours eu un fond idéologique hostile aux forces de l'ordre et un certain "angélisme" sur les questions de sécurité. Aujourd'hui, ce n'est plus la même chose, les policiers ont eu des résultats spectaculaires, tant dans les statistiques qu'effectivement sur le terrain. Sarkozy aurait presque trop bien réussi, laissant finalement à ses successeurs peu de marge de progression. Le piège, subtil, a été de le remettre à ce ministère. Il se sent alors obligé de faire aussi bien que lors de son premier passage, d'où cette pression aux résultats et ces effets de manche médiatiques. A défaut de connaître à nouveau une progression qui était réellement exceptionnelle, on cherche à faire croire au bon peuple que le "miracle Sarkozy" se renouvelle et que tout ce qu'il touche se transforme en or.

L'heure des choix arrive, et ce résultat des élections professionnelles dans la Police est un signe très négatif pour ceux qui cherchent surtout à déterminer la capacité d'homme d'Etat des candidats à la présidentielle. Je ne veux surtout pas élire un candidat qui aura présenté une réussite en carton-pâte, un feu de paille médiatique. Heureusement pour Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal est très très loin derrière dans ce domaine. Cela ne me console pas pour autant, car j'ai d'autres ambitions pour la France que de placer à sa tête le moins mauvais des candidats. On a déjà eu cela en 1995 avec Chirac et les résultats que l'on sait.

mercredi 22 novembre 2006

Pas de couilles...

La fronde de la majorité plurielle du Conseil régional de Languedoc Roussillon n'aura duré que quelques heures. Après avoir "courageusement" démissionné de sa vice-présidence pour affirmer sa désapprobation des propos de Georges Frêche sur l'équipe de France, Jean-Claude Gayssot est revenu sur sa décision et a réintégré le rang. Au passage, le groupe communiste s'est glorifié d'avoir obtenu une délégation supplémentaire, celle...des droits de l'homme.

C'est vraiment se foutre de la gueule du monde, cette pantalonnade. Si un élu désapprouve les dérapages verbaux de son président de Région, il n'attend pas la troisième occasion pour manifester son mécontentement. Il le fait tout de suite, et surtout, il ne revient pas en arrière. Finalement, ce n'était qu'une mini-révolte, pour davantage de pouvoir, davantage de places et de prébendes. Le duc de Septimanie a généreusement octroyé un hochet supplémentaire et bébé Gayssot a bien voulu réintégrer son parc. Pitoyable !

Et pourtant, il y a des choses à dire sur les pratiques de Georges Frêche, qui se comporte en grand féodal, avec pour devise ni Dieu ni Maitre. Il ne respecte rien, aucune autre autorité que la sienne ne doit avoir droit de cité. Il traite ses collaborateurs et ses colistiers comme des valets de ferme, avec le langage d'un charretier. Il impose ses vues (pas toutes dénuées d'intérêt) sans aucune concertation, joue le bras-de-fer permanent avec l'Etat. Préfet de l'Hérault, c'est un sacerdoce et le poste doit être encore moins demandé que la Corse. Ne parlons même pas de ses opposants politiques, qui se voient purement et simplement supprimer les subventions régionales, qui ne récompensent que ceux qui mangent dans la main de Georges Frêche.

La vraie raison de cette bronca de Jean-Claude Gayssot, soutenu par les verts, elle est là, sur le sujet de la gouvernance. Ils en ont marre de Frêche, et ils ont raison ! Alors pourquoi prendre un prétexte et ne pas assumer pleinement leurs désaccords ? Leur piteuse débandade tue toute possibilité de rébellion ultérieure. Frêche a gagné symboliquement et politiquement, et va tranquillement continuer son règne sur le Languedoc-Roussillon, qui pourrait durer encore longtemps vu qu'il trouve encore des électeurs pour l'élire. Drôle de région.

mardi 21 novembre 2006

Concomitance

En cette fin d'après-midi, les alentours immédiats de l'Assemblée nationale grouillent de policiers. Des motards, des cars de police, des CRS au bout des rues. Inhabituel comme déploiement, on ne cela voit que cela dans les grosses manifestations. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy présente devant les députés son projet de loi de prévention de la délinquance.

Si l'on s'en tient aux apparences, la raison de la présence policière est toute trouvée. Sarko fait son show et l'accompagne d'un déploiement de police. A chaque fois qu'il sort, c'est l'escorte obligatoire. On pourrait trouver plein de choses à dire, surtout quand on le déteste. Pourtant il n'en est rien.

Au même moment, Jean-Louis Debré recevait le paisible et inoffensif roi du Cambodge, Norodom Sihamoni, à l'hôtel de Lassay. Prévue de longue date, cette visite officielle s'est déroulée en même temps que le discours de Nicolas Sarkozy. L'ensemble du déploiement policier ne concernait que le roi du Cambodge, qui en tant que chef d'Etat (même s'il n'a aucun pouvoir réel) bénéficie des plaisirs du protocole et des fastes de la République.

Moi aussi, je me suis laissé prendre au piège, et ait relié instinctivement la présence policière à celle de Nicolas Sarkozy. C'est une leçon amusante. Il ne faut jamais juger hâtivement sur des apparences, sans avoir tous les éléments...

lundi 20 novembre 2006

Internet et Politique

Je suis allé faire un tour (trop) rapide ce matin au colloque sur Internet et Politique, organisé par Christine Boutin et animé par Versac. Comme il s'est résigné à ne pas être le premier à bloguer sur le sujet, je n'ai aucun scrupule à lui griller la priorité dans le compte rendu.

Je tiens d'abord à saluer la démarche et la qualité des échanges. Ce colloque a été l'occasion d'échange de haut niveau, à froid, sur un sujet majeur. Les remous de la DADVSI sont maintenant loin, les esprits se sont calmés et on peut discuter sans passions, dans l'écoute et l'échange. Sur ce plan, Christine Boutin mène un travail exemplaire. Elle est techniquement larguée (comme 95% des parlementaires sur ce sujet), mais elle sent que ce sujet est majeur et veut l'approfondir, en faisant venir des spécialistes, qui puissent expliciter les enjeux et amorcer un dialogue où elle (et tout ceux qui ne maîtrisent pas techniquement le sujet) puissent comprendre. Elle s'implique sur le long terme et pas seulement à l'occasion des débats sur un projet de loi médiatisé, pour être citée dans les médias. C'est cela le travail de fond et tous les parlementaires devraient prendre exemple !

Sur les réflexions et échanges, je laisse à ceux qui ont assisté à l'ensemble du colloque de faire une synthèse. J'ai entendu ça et là quelques choses qui ont fait progresser ma réflexion sur blogs et politique. J'ai le sentiment que les blogs ouvrent une nouvelle voie dans la relation entre l'homme (ou la femme) politique et les citoyens, pas encore compris et mis en oeuvre par l'actuelle classe politique, et qu'ils ne comprendont sans doute jamais pour avoir été trop imprégné par les anciens paradigmes. Le blog, c'est d'abord une personnalité et je citais Maître Eolas en exemple aux collaborateurs de Christine Boutin. Voilà un blog où l'auteur développe un propos riche, argumenté, documenté. Il est certes partial, engagé, on peut ne pas être (légitimement) d'accord avec lui, mais ses articles ne laissent pas indifférents car ils sont l'expression d'une personnalité, d'un citoyen. J'aimerais qu'un politique de haut niveau ait le même engagement personnel dans ce qu'il écrit et dans la relation avec ses lecteurs. Seul Alain Juppé, dans son exil canadien, a un peu approché cela, pour retomber bien vite dans le lot commun une fois revenu dans le jeu politique français. L'autre blog phare (de droite, mais désolé, je ne fréquente pas tellement les blogs de politiques de gauche), celui d'Alain Lambert, malgré la réelle implication de son auteur officiel, reste encore trop dans le domaine du site de communication institutionnelle. Les politiques vivent le blog comme une vitrine de leur action classique, mais ils ne se livrent pas, ne s'exposent pas et restent de ce fait, assez marginaux dans la blogosphère.

Je me prend un peu à rêver, d'une nouvelle classe politique, dont certains membres auraient été blogueurs avant de s'engager en politique, et qui auraient intégré cet esprit du blog. Leur conception de la politique et du pouvoir en serait changée. Aujourd'hui, les politiques sont encore sur un paradigme d'autorité descendante, où l'accès à la parole autorisée (les médias de masse) limite et fonde le droit à participer à la vie politique. Pour exister politiquement, il faut d'abord exister médiatiquement, avec toutes les compromissions que cela engendre. Le caractère "à sens unique" de l'actuel système médiatique renforce cet aspect oligarchique du pouvoir. Les blogs et plus généralement l'internet bouleversent cette organisation en créant une possibilité de lien direct et interactif entre le citoyen et l'élu, qui se superpose au lien que peut créer le média classique. Mis à part quelques changements de format technique, cette nouvelle manière de faire de la politique est à portée de main. Cela changerait la figure de la Représentation et la manière d'assumer un mandat politique.

vendredi 17 novembre 2006

Noir, c'est noir...

Georges Frêche, le bucheron du PS a encore frappé, provoquant un concert de vertueuse indignation. Pourquoi ? voici les propos portant sur l'équipe de France de football : "Dans cette équipe, il y a neuf blacks sur onze. La normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais, là, s'il y en a autant, c'est parce que les blancs sont nuls. J'ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine."

Avec son style et son phrasé habituels, c'est-à-dire à la tronçonneuse, Georges Frêche pose une question pourtant intéressante (ce qui n'est pas toujours le cas). Le dogme veut que la diversité de la population française doivent se refléter partout. Prenons l'exemple de la blogosphère présente à la "République des blogs" (petite promo en passant), elle est très masculine et blanche. Pas du tout le reflet de la population. Certains se sentent interpellés, alors quà mon sens, il n'y a pas lieu. La blogosphère est ouverte à ceux qui s'y mettent et aucune restriction n'est posée à l'entrée du lieu de la séance. Sur bien d'autres sujets, comme la présence à la télévision, il faudrait, aux dires de certains, davantage de "minorités visibles" pour que les écrans soient un peu plus le reflet de la diversité et que l'on colle un peu plus à la composition réelle de la population française.

Très bien, mais pourquoi ce raisonnement ne s'appliquerait pas aussi à l'équipe de France de football ?

jeudi 16 novembre 2006

Ecouter Dieudonné

On a beaucoup glosé sur la visite de Dieudonné à la fête du Front National, où il rencontré (brièvement) Jean-Marie Le Pen. Les échos, médiatiques ou bloguesques sont en général négatifs. Comme d'habitude, quand il s'agit du Front National. Ce parti a tellement été diabolisé, l'extrême gauche a tellement bien su établir un cordon sanitaire que plus personne n'écoute. On se contente de rejeter par une sorte de réflexe pavlovien. C'est attristant !

J'ai donc voulu savoir ce que dit réellement Dieudonné, et pas seulement les résumés médiatiques et les commentaires divers et variés. J'ai trouvé une interview où il s'explique. Ce que j'y ai lu ne m'a pas paru scandaleux ou sulfureux, bien au contraire. Dieudonné se conduit comme nous devrions tous le faire, en écoutant réellement ce qui est dit, directement à la source et sans intermédiaire. C'est une démarche à laquelle je souscris pleinement. Il se fait ensuite son opinion, approuvant ou désapprouvant les positions. Dieudonné a ainsi apprécié les propos de Jean-Marie Le Pen sur la nation dans son discours de Valmy. Par contre, il ne partage pas sa vision sur la question des races. Pour autant, il est prêt à en discuter.

Il est ainsi dans une position de dialogue, pas de compromission. On peut discuter, rencontrer des gens sans pour autant adhérer à leurs idées. C'est là le tour de force de la Gauche bien-pensante (genre MRAP et SOS Racisme), que de faire croire que l'idélogie du Front National est contagieuse par contact physique. Il suffirait de serrer la main de Jean-Marie Le Pen pour devenir un dangereux suppôt de Satan, "raciste antisémite et xénophobe". A partir de là, tout dialogue avec le "pestiféré" est interdit. Comme Dieudonné a déjà été signalé comme pestiféré par les médias, il ne risque plus rien. Il le dit lui-même, il a été "l'axe du mal à lui tout seul pendant plusieurs mois", il ne peut guère être davantage diabolisé ! Mais combien d'autres n'osent pas, de peur de se trouver eux aussi cloués au pilori médiatique ?

A partir du moment où le Front National est considéré comme un parti légal, apte à présenter des candidats aux élections, et de plus recueillant un nombre non négligeable de suffrages, je ne vois pas en quoi il ne faudrait pas échanger et discuter avec ses leaders. Je suis ouvert au dialogue, notamment sur ce blog et je ne censure jamais l'expression d'opinions (à partir du moment où on respecte les personnes et opinions des autres). Ce n'est pas pour autant que je suis en accord avec tous les commentaires. Le refus du dialogue et de l'écoute sincère de l'autre sont des attitudes anti-démocratiques qu'il faut dénoncer. Malheureusement, la chape de plomb médiatique est telle que la censure, la déformation et les amalgames l'emporteront encore longtemps sur l'échange et le dialogue. Espérons que les blogs arriveront à relever davantage le niveau.

mercredi 15 novembre 2006

la fin des énarques politiques ?

Le Figaro relaie une proposition de l'UMP qui demanderait aux élus fonctionnaires de démissionner de la fonction publique s'ils sont élus à un mandat politique. Je ne peux qu'applaudir à cette mesure, qui apparait anodine, mais qui risque de bouleverser la composition de la classe politique française.

Un fonctionnaire élu à un mandat national devra rapidement quitter son statut de fonctionnaire, alors qu'un délai plus large (un mandat) pourra être laissé à celui qui s'investit à un niveau plus modeste. Cette idée de "choix gradué" me parait intelligente, pour ne pas décourager les fonctionnaires qui souhaitent s'investir au niveau purement local. Il y a une marge entre un mandat de conseiller municipal, même dans une ville d'une certaine importance et un poste de député ou de président de conseil général. Je serais même partisan de limiter cette obligation de choix aux seuls mandats nationaux et aux grands exécutifs locaux. Il vaut mieux une réforme limitée mais faisable à une révolution radicale, mais destinée à rester dans les cartons.

Nous en aurons enfin fini avec ces énarques politiques, qui se lancent dans une carrière administrative avec la volonté d'en sortir le plus rapidement possible pour se lancer dans ce qui est leur véritable but, la politique. On arrivera aussi par ce biais à rééquilibrer la composition du parlement, avec un peu moins de fonctionnaires et un peu plus de salariés du privé. Je ne me fais pas de souci sur le vivier de candidats, il y en aura toujours sufissament. Les britanniques, qui pratiquent déjà cette interdiction ne semblent pas s'en porter mal.

J'espère que cette mesure ne restera pas un effet d'annonce de pré-campagne. J'attends aussi des précisions sur le champ d'application et sur les modalités techniques. Obligation légale ou simple recommandation ? Mon expérience dans ce domaine des promesses électorales étant malheureusement assez douloureuse, j'attendrai la mise en place effective de la mesure pour sortir le champagne du frigo.

mardi 14 novembre 2006

Le milliard des intégristes

Le pape s'apprêterait à libéraliser la messe en latin, suscitant des remous au sein de l'église catholique. Derrière cette question en apparence mineure, c'est en fait une lutte d'influence qui bat son plein entre progressistes, tenant du concile Vatican II, et intégristes, qui n'ont jamais accepté les évolutions lancées par ce concile.

Benoit XVI ne fait pas mystère d'un attachement sentimental à la messe en Latin et à certaines idées professées par les milieux conservateurs (dont les intégristes sont l'aile extrême). Son attitude actuelle de rapprochement avec les intégristes, et notamment les plus durs, n'est donc en rien surprenante. Ramener des "fidèles schismatiques" au sein de l'église a toujours été un but pour les conservateurs, qui ne concoivent l'unité des chrétiens qu'au sein de l'église catholique. D'où cette obsession des lefévristes pour la réintégration et la levée des sanctions. C'est leur choix, d'autres "schismatiques" vivent très bien leur exclusion...

S'ils espèrent ainsi reprendre le contrôle, ou au moins exercer une influence sur la doctrine et la pratique de l'église catholique, ils se trompent lourdement. Ils me font penser à ces émigrés, qui ont quitté la France en 1789 et qui reviennent en 1815, bien décidés à restaurer la situation politique antérieure, à effacer tout ce qui a été fait pendant leur absence. Comme eux, certains intégristes n'ont "rien compris ni rien appris". Comme eux, ils vont obtenir au début quelques satisfactions, surtout symboliques. Ils vont parfois retrouver des postes en vue, toucher des "compensations" comme le fameux milliard des émigrés, accordé par Charles X en 1825, pour indemniser les anciens propriétaires de biens vendus sous la Révolution. Les catholiques intégristes seront finalement marginalisés, comme le furent les partisans de la "petite église", version religieuse du refus de la Révolution et du Concordat de 1801.

En religion comme pour tout, il faut vivre avec son temps.

lundi 13 novembre 2006

One man show au Déjazet

La campagne présidentielle s'anime enfin. N'ayant pas le privilège, comme certains pontifes de la blogosphère, d'être invité aux points presse de l'UMP, je suis obligé de me rabbatre sur un "petit" candidat. Ce matin, Jean-Pierre Chevènement faisait la présentation officielle de son programme, au théâtre Déjazet, boulevard du Temple.

Pendant une heure, j'ai eu droit à un one-man-show. Jean-Pierre Chevènement était seul sur scène, sans pupitre, sans notes, avec derrière lui une statue de la République (la réplique de celle de la place de la République) et un drapeau français. J'ai pensé à Jean Amadou, que j'ai été voir récemment aux "deux ânes", avec un même décor (une scène de théâtre), même position physique (statique sur scène), une même manière d'enchaîner les sujets. Alors que je pensais m'ennuyer, finalement, je n'ai pas vu le temps passer, ce qui est un bon point. Mais Jean Amadou, c'est quand même plus drôle

Sur le fond, je n'ai pas été surpris, Chevènement n'a pas changé. On est toujours sur la thématique de la République, de la Laïcité, de la place (forte) de l'Etat. Alors que Sarkozy tente de capter l'héritage gaulliste, Chevènement va encore plus loin en se donnant une filiation avec la Résistance, par le biais de son président de comité de soutien, ancien secrétaire général du Conseil National de la Résistance. Il fallait se dépêcher et pour ceux qui veulent faire encore mieux, je signale qu'il ne reste plus que quatre "poilus", dont le plus jeune est âgé de 107 ans. Comme pour tous les candidats, cette présentation a mêlé les intuitions fortes et les mesures démagogiques. Dans les intuitions, Jean-Pierre Chevènement a compris que l'essentiel se déroule à Bruxelles. C'est le premier point qu'il a abordé et celui qu'il a le plus développé. Bien que solidement ancré sur le non au référundum, il prend en compte cet élément majeur trop souvent occulté dans le débat politique français. Il reste aussi sur ses positions très républicaines de fierté nationale (j'en aurais presque applaudi) et de jacobinisme (là je suis moins d'accord) avec son credo de la République Une et Indivisble. Il a aussi fait preuve d'une grande honnêteté intellectuelle en reconnaissant dans détour que la gauche avait une responsabilité collective dans la montée et l'enracinement du Front National, et que le combat contre l'extrême droite passe par le débat et pas par les "hou Le Pen" qui font plaisir aux militants mais ne changent rien à la situation, bien au contraire.

A coté de ces fulgurences, un beau lot d'âneries et de fausses bonnes idées. Il propose que la France puisse, après consultation du peuple par référundum, suspendre l'application en France de certaines clauses des traités européens. J'attends la réaction du juristes... Même moi, qui fait preuve d'une certaine souplesse avec le droit, j'ai du mal tellement c'est gros ! Il préconise aussi une politique de grands travaux au niveau européen, avec un financement par l'emprunt. Une bonne relance keynésienne, ce serait sympa. Encore faudrait-il que les autres suivent. Visiblement, il a intégré que l'Europe, c'est là que ça se décide, mais il lui reste le deuxième chapitre à lire, comment ça se décide. Après un petit lapsus où parle du Reichstag au lieu du Bundestag, il enchaîne sur la politique étrangère européenne, qui devrait faire de l'UE un vecteur de paix et de dialogue entre les civilisations. C'est beau l'angélisme. L'Europe assure la paix pendant que les USA foutent le feu et se remplissent les poches. Belle division internationale du travail. Sur l'école, il est comme les autres, il propose des mesures bidons qui sont autant d'emplâtres sur des jambes de bois. L'idée de Chevènement, pour lutter contre le faible niveau de certains élèves arrivant au collège est de réaliser un grand test à l'entrée en sixième pour détecter ceux qui maîtrisent mal la lecture et l'écriture, et leur donner des modules de rattrapage. Sauf que, le test national à l'entrée en sixième, il existe déjà depuis des années, et que des retards dans les fondamentaux, cela ne se rattrape pas comme cela. C'est triste de rester à un tel niveau de banalité sur un sujet pourtant aussi important.

Une proposition de politique intérieure m'a semblé intéressante, mais pendant cinq secondes seulement. En cas de dissolution de l'Assemblée nationale, ce n'est pas seulement les députés qui retournent devant les électeurs, mais le président aussi. Comme cela, il réfléchira à deux fois avant de dissoudre. Cela pose quelques questions. Techniquement, quelle élection en premier (on ne va quand même pas tout faire le même jour, ce serait ingérable) et politiquement, cela revient à supprimer de facto le droit de dissolution, et donc le caractère parlementaire du régime, qui n'en serait pas pour autant complètement présidentiel. Pourtant, la piste n'est pas mauvaise, car il faut régler le cas de figure de 1997, où un président qui dissout est désavoué. La logique gaulliste, celle que Chirac a tant revendiqué, aurait voulu qu'il démissionne. Il ne l'a pas fait et c'est bien dommage. La bonne idée serait de créer un mécanisme où un président qui dissout peut se voir démissionné d'office par l'Assemblée nationale qui sort des urnes.

Comme tout bon spectacle, Jean-Pierre Chevènement garde quelques billes pour la fin. Il oublie son dernier chantier (obligé d'aller chercher ses fiches). Pourtant, la Santé, c'est important aussi, surtout quand on est président du conseil d'administration de l'hôpital de Belfort-Montbéliard. Au cours du générique de fin, après avoir cité son directeur de campagne, son mandataire financier, ses vieux amis, la date du prochain spectacle, il arrive à ses webmasters. Il donne l'adresse de son site sans se tromper et indique qu'il y a même un blog. On sent qu'il ne risque pas de s'en approcher à moins de plusieurs mètres, comme une poule qui trouve un couteau, tant le ton paraissait convaincu (eh oui, je m'y met aussi). Au moins, on sait que ce n'est pas lui qui répondra aux commentaires !

samedi 11 novembre 2006

Etre enseignant

Une fois de plus, Ségolène Royal a maladroitement posé le débat sur un thème majeur, celui de l'école, au risque de le faire déraper et finalement de passer à coté des choses essentielles. Les propos qu'elle tient sur l'éducation, même s'ils datent de janvier, même si l'opération sent le coup fourré de fin de campagne, ne sont pas digne du niveau qu'elle prétend occuper. Une fois de plus, elle balance sans accompagnement des idées qui dérangent. Une fois de plus, elle en dit trop ou pas assez.

Ses propos révèlent une méconnaissance du métier d'enseignant. Aujourd'hui, ce métier est de plus en plus difficile. On attend beaucoup de l'école, et donc des enseignants. La charge de travail est plus importante que semble le croire Ségolène Royal. Il y a bien entendu les heures de cours devant les élèves, 15 heures pour un agrégé, 18 heures pour un certifié. Qu'elle sache qu'une heure de cours, c'est du non-stop, le professeur n'a pas une minute de repos et ne peut pas se permettre un relâchement. Il doit "tenir" sa classe sur le plan de la discipline, assurer le cours en veillant à ce que tous les élèves suivent, comprennent. Je vous garantit, pour l'avoir personnellement testé qu'une heure de cours en sixième, c'est éreintant. Les petites têtes blondes, s'ils sont adorables, sont aussi turbulents et ont encore du mal à fixer leur attention de manière durable. En cinquième et quatrième, ils sont souvent dans la crise d'adolescence. Même en lycée, ce n'est pas toujours évident. Une heure de cours, ce n'est pas la même chose qu'une heure dans un bureau, où on peut prendre un café, travailler à son rythme, passer des appels perso.

A ces heures, il faut ajouter les préparations, qui prennent du temps quand on est consciencieux. Par derrière, il y a la correction des copies. A cela, on demande de plus en plus aux enseignants un suivi des élèves (rencontre avec les parents, réunions de conseils de classe), une concertation et un travail en équipe et un engagement dans la vie de l'établissement. Il n'est pas rare de voir les enseignants assurer la surveillance entre midi et deux heures. Enfin, pèse une charge de "formation continue", de mise à jour de leurs connaissances. Certains sont rapides, d'autres ont besoin de plus de temps pour préparer, pour se former. Un autre désagrément, très fort, c'est que sorti du bahut, l'enseignant n'en a pas forcement fini avec le boulot. Il continue à penser à ses cours, à ses préparations. Il est parfois difficile de couper, comme on peut le faire dans beaucoup de métiers. Le tout sous une pression de plus en plus forte des parents, qui se comportent trop souvent en consommateurs et n'ont plus aucune considération pour les enseignants. A l'extrême, si leur gosse se plante, c'est la faute du professeur !

Il y a pourtant de véritables débats sur l'éducation qui mériteraient d'être posés dans le cadre d'une campagne présidentielle. Qu'attend-on en priorité de l'école, qu'elle éduque ou qu'elle instruise. Doit-on privilégier la transmission de connaissances ou l'aspect éducation (respect des règles, formation à réfléchir...) ? C'est un vrai débat qui transparait dans l'action de Gilles de Robien sur l'apprentissage de la méthode de lecture. En refusant la méthode globale, il pose le principe que l'école est là pour apprendre à lire et écrire, c'est à dire transmettre des connaissances. Il faut donc le faire de manière efficace et simple, sans se prendre la tête avec des méthodes, qui certes permettaient aux enfants de lire et d'écrire, mais qui prennent des biais compliqués et laissent un certain nombre d'enfants au bord de la route. C'est plutôt sur ce type de questionnement, qui intéresse tout le monde (enfants, parents, professeurs) que j'aimerais entendre les candidats à la présidentielle.

vendredi 10 novembre 2006

captation d'héritage

La dernière trouvaille de Nicolas Sarkozy est de se prétendre héritier politique du général de Gaulle. Il ose tout, alors pourquoi pas cela, surtout que le sujet était d'actualité, en ce 9 novembre, date anniversaire de la mort du général de Gaulle.

Se réclamer du général de Gaulle n'apparaît pourtant pas très utile aujourd'hui. De nombreux électeurs sont nés après 1970, les souvenirs de ceux qui ont connu cette grande époque s'estompent. Pour autant, il reste un petit reliquat de l'héritage et Michèle Alliot-Marie tente de l'exploiter politiquement à son profit. Elle réutilise les logos, les mots-clés, bref tout l'enrobage en espérant que les vieux nostalgiques, les vieux militants RPR et le dernier carré des barons suivront. Cette sortie de Nicolas Sarkozy est à voir comme une petite chiquenaude à destination du clan Chirac, une réponse du berger à la bergère après le lancement d'une hypothétique candidature présidentielle de MAM. Les procès entre héritiers sont ceux qui durent le plus !

Pourtant, qu'est ce que ce placement politique a pu rapporter ! Quelques années après le décès du général de Gaulle, son aura est récupérée par un jeune ambitieux du nom de Jacques Chirac, au départ plus pompidolien que vrai gaulliste. Par opportunisme, il se drape dans un concept magnifique dont l'invention a été un coup de génie, le Gaullisme. S'il y a bien une qualité qu'avait le général de Gaulle, c'est le pragmatisme : En politique, il y a d'abord les circonstances. De Gaulle a mené la politique qu'il a estimé adaptée aux circonstances et aux évènements de son époque, sans aucun souci de se conformer à une doctrine.

Mettre en place une doctrine sous son nom, il fallait le faire. Et cela a marché pendant une vingtaine d'années, comme un pavillon couvrant des marchandises de provenance très diverses, permettant à Jacques Chirac toutes les volte-face idéologiques. Des moyens importants sont mis en oeuvre pour que l'héritage continue à être coté et pour entretenir le mythe. On commémorait à tour de bras et on mettait à l'ouvrage quelques mémorialistes. Alain Peyrefitte en est le plus connu, Malraux, bien plus talentueux, étant décédé trop tôt pour tenir ce rôle qui semblait taillé sur mesure. Même si 30 ans après, les dividendes tendaient à baisser, se réclamer du Gaullisme était encore le cache-misère idéologique, la dernière ressource avant d'avouer le vide doctrinal qui frappait la droite française des années 90. Cela permettait de se rattacher à quelques vagues concepts (la Participation) ou à des postures (pro arabe, anti américain). Il faut reconnaitre que le travail a été bien fait pour que 36 ans après, le cadavre bouge encore, alors que chacun sait que le gaullisme, le vrai, ne pouvait pas survivre à de Gaulle.

Je me prend à rêver un instant que le général de Gaulle revienne et jette un coup d'oeil sur la vie politique française, et en particulier sur ceux qui se prétendent ses héritiers. Cela ne serait pas triste et qu'est ce que cela aurait de la gueule. Autre chose que nos petits débats étriqués de pré-campagne, leur démagogie à gros grain et leurs collections de petites phrases assassines !

jeudi 9 novembre 2006

Sectes et Libertés

Une commission d'enquête sur les sectes s'est mise en place à l'Assemblée nationale le 28 juin dernier. Une de plus ! Les sectes ne sont pourtant pas un péril national imminent. C'est là un bien curieux tropisme, une lubie du Parlement français, avec derrière quelques députés qui tiennent ce sujet et ne lachent pas, comme un pittbull qui a planté les crocs dans sa victime. Parmi eux, on retrouve des noms tels que celui d'Alain Gest, déjà rapporteur d'une telle commission en 1996, où Jean-Pierre Brard, autre grand pourfendeur de sectes.

Ce sujet suscite des réactions vives, notamment de Jean-Arnold de Clermont. Dans un entretien paru dans Le Monde, il s'étonne de l'acharnement de certains et des risques de troubles causés par cette ènième commission d'enquête. Pour lui, elle est inutile et même contre-productive. Et surtout, elle vise la mouvance des protestants évangéliques, auprès desquels la Fédération Protestante de France mène depuis quelques années une "opération séduction" pour les intégrer à leur fédération. Le prochain président (sauf coup de théatre) sera d'ailleurs issu de la mouvance évangélique (mais très modérée). Le président de Clermont est dans son rôle de représentant du "lobby protestant" qui défend une partie de ses ouailles, justifiant par là même l'utilité d'une instance représentative ayant pignon sur rue et une certaine visibilité médiatique. Pour autant, sa démarche ne saurait se réduire à cela. Elle intègre aussi, et je dirais même prioritairement, une défense de la liberté de conscience et de culte, principe inscrit au coeur de notre constitution.

Sur le fond, je suis assez mal à l'aise avec cette question des sectes, et avec les positions qui motivent ces commissions parlementaires. Ils mettent en cause, insinuent mais n'osent pas attaquer frontalement, comme ils l'avaient fait en 1996 en publiant une liste noire. Cette fois ci, l'intitulé de la mission porte sur la protection des mineurs et de leur santé mentale. C'est plus subtil, mais c'est toujours la même logique, celle des associations de lutte contre les sectes, qui est à l'oeuvre. Pour eux, la secte est un groupement religieux qui isole les membres qui y entrent de leur entourage, les ruinent et finalement les brisent. Il faut donc lutter contre ses mouvements, et sortir les membres qui sont forcement "aliénés" et sous l'influence "néfaste" d'un gourou.

Bien entendu, il existe des groupements religieux dangereux, tels que la secte des davidiens de Waco ou celle du temple solaire, qui se terminent dans des bains de sang. D'autres sont plus pittoresques (mais pas forcement sans danger) tels que le Mandrom de feu Gilbert Bourdin ou les raéliens. Mais à coté de ces quelques cas finalement assez marginaux (bien qu'ultra-médiatisés), les autres mouvements tels que les Témoins de Jéhovah, cible récurrente des associations anti-sectes, ne sont pas à classer dans les sectes. Ce sont des mouvements religieux, qui peuvent susciter des réactions de rejet, par l'image très rigides et parfois peu compatibles avec nos normes d'occidentaux issus des Lumières qu'ils donnent. Je pense à la lecture très littérale de la Bible faite par les témoins de Jéhovah et certaines mouvances protestantes (pentecotistes et évangéliques). Il en découle parfois des pratiques qui nous heurtent, comme par exemple le refus de la transfusion sanguine.

A partir du moment où nous postulons comme base de notre société la primauté de l'individu et de ses choix, il faut accepter que certains fassent des choix très différents des notres. Une personne malade peut très bien décider de se laisser mourir, de refuser des traitements. Cela me rappelle le (beau) film "le temps qui reste" où Melvil Poupaud interprête le rôle d'un jeune homme, atteint d'un cancer généralisé, qui refuse la chimio et les traitements, qui selon lui le feraient souffrir sans pour autant le guérir. Quitte à mourir, autant vivre pleinement les derniers mois qui lui restent, autrement que sur un lit d'hôpital. Ce choix, exprimé ainsi, est compris et accepté. En serait-il de même si ce jeune malade avait justifié son refus de traitement pour des raisons religieuses ? Rien n'est moins sûr. Si certaines personnes refusent, en pleine connaissance de cause, les transfusions sanguines, pourquoi irais-je m'opposer à leur volonté.

Nous sommes dans une société qui se veut laîque et respectueuse de la liberté des cultes. Je ne vois pas en vertu de quoi les pouvoirs publics et le Parlement se mêlent ainsi de ce qui est une affaire privée. Chacun est libre, à condition de ne pas violer les lois, d'adopter les croyances et le mode de vie qu'il entend mener. Chacun est libre de choisir de rompre avec sa famille biologique pour entrer dans une autre "famille", dans laquelle il se sent mieux (avec la liberté de repartir s'il ne s'y plait plus). Si un groupe religieux commet des actes délictueux ou criminels, il est normal de sévir, mais je ne vois pas pourquoi certains, en l'absence de toute poursuite judiciaire, seraient ainsi pointés du doigt.

mercredi 8 novembre 2006

Aux pétitionnaires électroniques

Depuis quelques semaines, c'est la nouvelle mode, le cyber-activisme. On inonde les parlementaires de mails-type, de préférence en même temps pour faire un effet de masse. Cela semble amuser, c'est plus facile et moins couteux que les cartes types expédiées par la poste. C'est moins efficace aussi, car c'est rarement le député qui relève ses mails. Les collaborateurs ouvrent un petit fichier, collectionnement les adresses mail, et quand la réponse-type arrive (en général produite par le groupe à l'Assemblée) ils l'expédient aux pétitionnaires. Ce n'est même pas sûr que le député ait été au courant des mails. Si le sujet est précis, réellement intéressant et qu'une action du député est possible, vous aurez peut-être une chance que votre mail pèse un peu. Par contre, quand c'est sur un thème général, ou qui n'intéresse pas spécialement le député (Dans la Creuse ou le Gers, on s'en fout un peu de la loi littoral) n'attendez pas autre chose que la réponse-type, ce qui est déjà bien. Les députés recoivent tellement de spams et de courriers postaux sans intérêt que le "tri vertical" est une obligation, sous peine d'être submergé.

Quelques conseils : Mettez votre adresse postale !!! Un nom sur un mail, cela ne dira strictement rien à votre député. Il faut qu'il puisse identifier que vous êtes l'un de ses électeurs. Sinon, c'est la poubelle directement. Donc, pas la peine d'envoyer à tous les députés un même mail. N'abusez pas du procédé. Les ordinateurs des permanences parlementaires de députés sont pleins de fichiers (la plupart non déclarés à la CNIL) où sont recensés les électeurs ayant eu un contact avec la permanence. Les acharnés de la lettre-type sont vite repérés et perdent toute crédibilité (c'est le cas des contribuables associés). Quand vous voulez faire réellement avancer un dossier, pas de mystère, il faut rencontrer votre député. Tous font des permanences où ils reçoivent leurs électeurs. Plus la demande est personnalisée, plus la réponse du député le sera. A lettre-type, réponse-type !

Une campagne, c'est utile

Avant chaque échéance électorale, on nous dit que c'est plié, que les jeux sont faits et qu'à la limite, on peut se passer de la campagne et du scrutin. Et régulièrement, on a de grosses surprises, car finalement, une campagne électorale, ça sert à quelque chose. La primaire au sein du Parti socialiste aura encore confirmé cette réalité.

Il y a quelques mois, Ségolène Royal était investie, surtout par les sondages et le microcosme journalistique. Les deux autres candidats n'avaient plus qu'à se résigner et à se ranger gentillement sous la bannière triomphante de la candidate des médias. Et puis commença la campagne interne, où les candidats se retrouvent seuls devant leur pupitre et leurs électeurs. Plus d'habillage, plus d'enrobages et de complaisances. C'est l'heure de vérité sur la capacité réelle de la personne, sur le fond et sur la forme. Plus de médias pour s'interposer et faire écran, mais un contact direct avec ceux qui vont choisir et peuvent ainsi se faire une opinion par eux-mêmes.

Après les trois débats, on comprend les craintes et les réticences de Ségolène Royal face à cet exercice. Si aucun KO n'a été enregistré, elle est nettement perdante aux points, sur le fond comme sur la forme. Avant cette campagne, on la trouvait parfois un peu faiblarde, avec des propositions floues, peu concrètes. On pouvait se dire qu'elle ne donnait pas tout et gardait quelques réserves pour la suite. En fait non, elle était déjà au maximum et lorsqu'il a fallu passer à la vitesse supérieure, elle a été incapable de changer de braquet. Si, comme on peut le penser, elle a préparé les débats avec des conseillers en communication et des fiches techniques, le résultat est assez pitoyable. C'est là que l'on s'aperçoit que Strauss-Kahn et Fabius, quelques soient leurs idées, ont davantage de carrure politique. Des signes auraient pourtant du nous alerter. Bien que Ségolène Royal ait été plusieurs fois ministre, elle n'a jamais fait des étincelles ni occupé de poste véritablement significatif (Environnement, Enseignement scolaire, Famille). Elle a même été médiatiquement et politiquement inexistante quand elle était ministre déléguée à l'Enseignement scolaire entre 1997 et 2000 (il est vrai qu'exister à coté de Claude Allègre, ce n'est pas évident). A coté, le CV des deux autres concurrents est autrement plus fourni : ancien premier ministre, ancien ministre des Finances, ancien président de l'Assemblée nationale pour Fabius, ancien ministre de l'Industrie et ancien ministre des Finances pour Strauss-Kahn. Ils ont occupé des postes qu'on ne confie pas au premier venu, qui nécessitent un poids et une envergure politique. Si Jack Lang avait maintenu sa candidature, Ségolène se serait trouvée un peu moins seule...

On avait déjà assisté à un même scénario en 1995, avec un Balladur investi par les médias parisiens, surfant sur les sondages, qui s'est finalement écroulé pendant la campagne. En l'absence de sondages fiables portant sur les militants, on en est réduit aux conjectures, mais on peut penser que les chances de Ségolène Royal se sont évaporées. Un peu trop "short" pour la fonction.

mardi 7 novembre 2006

Et encore un classement inepte

Il y a des marronniers qui fleurissent seulement tous les cinq ans. Après l'Express, c'est au tour du mensuel "Réponse à Tout" de publier un classement des parlementaires. Celui ci est particulièrement dramatique, même si les intentions de départ n'étaient pas mauvaises. Ce mensuel souhaite mettre en lumière que l'arbre du député qui roupille dans l'hémicycle cache la forêt des députés qui bossent. Il finit par donner des primes à l'activisme médiatique au détriment du vrai travail de fond.

Pour "Réponse à Tout", il suffit d'additionner les chiffres fournis par l'Assemblée (nombre de questions, de rapports, de cosignatures de propositions de loi et d'interventions en hémicycle). J'ai déjà eu l'occasion récemment de pointer l'idiotie d'un tel classement. Ces chiffres ne révèlent rien, la preuve, le premier au classement de "Réponse à Tout" est Francis Falala, qui y arrive par un stakanovisme forcené sur les questions écrites. A coté, par contre, c'est le néant : aucun rapport, une seule intervention en hémicycle. Il a davantage sa place dans le classement des lanternes rouges.

Le nombre de cosignatures ne veut pas dire grand chose non plus, puisqu'il s'agit de propositions de loi, destinées à finir à la poubelle à 98%. Ce n'est qu'une pétition de principe et cosigner n'engage à rien. Certains font attention à ne pas signer n'importe quoi, d'autres le font à la chaîne. Jacques Remiller qui signe 496 propositions de loi, Thierry Mariani 412, c'est du n'importe quoi ! Ce n'est pas cela qui fait avancer le travail législatif, bien au contraire. C'est du bruit, de la mousse qui prend beaucoup d'espace sans la moindre densité. Je ne voudrais vexer personne, mais certaines propositions sont d'une démagogie sans nom, empiètent sur le domaine règlementaire et consomment inutilement beaucoup de papier. Un parlementaire et ses collaborateurs ont mieux à faire.

Nous avons là une nouvelle preuve de "paresse journalistique". On se contente de récupérer les chiffres sur le site de l'Assemblée nationale, sans les questionner, sans recul et on mitonne un classement qui est vendu, malgré les quelques réserves dans le texte d'accompagnement, comme révélateur de la réalité. Un bon titre qui claque "Les donneurs de leçons de l'Assemblée", des intitulés de tableaux (top 20 et "lanternes rouges") et le tour est joué. Le contrôle du travail des députés est légitime, mais doit être fait avec sérieux. On en est loin !

Rions avec nos amis belges

Bruxelles se met au vélo qu'y disent ...

lundi 6 novembre 2006

Saddam pendu ?

Saddam Hussein vient d'être condamné à mort par un tribunal américain irakien. Cette sentence n'est pas vraiment une surprise, je ne voyais pas d'autre issue à ce que j'ai du mal à qualifier de procès équitable.

Que Saddam Hussein soit un tyran sanguinaire, cela ne fait aucun doute, mais pas de besoin de cette mascarade judiciaire pour le découvrir. Cela fait des années qu'on le sait. Se pose alors la question, pourquoi avoir tant attendu pour le traduire en justice et s'apercevoir, à cette occasion, que c'était un monstre ? De même, quel étrange tribunal, soi-disant irakien, mais entouré de "conseillers" américains. Nous sommes là en plein dans un procès type "nuremberg" où les vainqueurs jugent ou font juger les vaincus. Dans de tels dossiers, nous ne sommes plus dans le droit, mais dans la politique. Alors, de grâce, assumons le caractère politique des décisions et ne couvrons pas le tout du manteau du droit et de la justice. Saddam Hussein est condamné pour des faits précis, quelques massacres de kurdes, pris parmi les nombreuses atrocités de son régime. La logique juridique voudrait qu'on le juge aussi sur tous les méfaits, tous les massacres, parce que les kurdes n'ont pas été les seuls à subir son joug. Dans ce cas là, on en a pour des années.

Mais voilà, le système occidental de pensée n'admet plus ce "Vae Victis" qui a pourtant régi toutes les guerres depuis la nuit des temps. Pour autant, il ne va jusqu'au bout de sa logique, qui consiste à combattre les tyrans dès que l'on a connaissance d'atrocités. C'est ce malaise, cette position inconfortable qui génère la création de tribunaux pénaux internationaux, que je qualifie d'OVNI juridiques. Comme la realpolitik dicte encore largement les choix en matière de politique étrangère, on crée ces institutions, que l'on couvre d'un manteau juridique, pour tenter de rattraper, d'effacer un peu les compromissions et les lâchetés. Mais pendant qu'on y est, pourquoi Saddam Hussein et pas d'autres ? Des tyrans sanguinaires, il y en a eu, les preuves on les a. Voyez comment on fait traîner le cas Pinochet, en espérant qu'il meure pour clore le dossier. Son voisin paraguayen, le général Stroessner, aussi coupable est mort récemment dans son lit à 93 ans, sans avoir été inquiété.

Que Saddam Hussein mérite la corde (ou le peloton d'exécution) oui, cent fois oui. Mais que les USA et derrière eux l'Occident aient la décence d'assumer pleinement cet acte. Cela évitera de galvauder les notions de Droit et de Justice.

vendredi 3 novembre 2006

Tous pistés

Un article du Monde sur la surveillance dont sont l'objet les britanniques fait froid dans le dos. Tous les moyens techniques existent pour nous suivre dans nos déplacements, ficher nos habitudes de consommation. Big brother n'est absolument plus un cauchemar pour un avenir lointain, mais une potentialité actuelle.

C'est un débat essentiel sur les libertés publiques qui doit s'engager, et j'invite les candidats à la présidentielle à en débattre, plutôt que de s'écharper sur des querelles idéologiques et stériles. Jusqu'où la surveillance est-elle légitime ? Quel droit pour les citoyens de se prémunir contre la surveillance dont ils font l'objet ? Inutile de se lancer dans un débat sur les technologies, elles existent et à partir du moment où une chose est techniquement possible, elle se fera, de manière plus ou moins cachée et discrète. Interdire ne sert à rien. Ces techniques nous font peur, mais ce ne sont que des instruments, qui font ce qu'on leur demande, sans intelligence ni intuitivité. L'ordinateur est un magnifique exemple. Demandez lui quelque chose en oubliant un point ou un espace dans la requête. Le danger vient de ceux qui les utilisent et en exploitent les résultats. C'est sur ce point que doivent porter les interdictions et restrictions.

Le débat doit porter sur la limite que l'on fixe entre une surveillance légitime, qu'il serait répréhensible de déjouer, et celle qui serait illégitime, et où tous les moyens sont permis pour brouiller les pistes et tromper les machines. Se pose quand même derrière la question des techniques légitimes, étant entendu que les techniques "non falsifiabes" comme les caméras de surveillance, doivent être réservées à la surveillance légitime (ce qui impliquerait le droit de détruire le matériel manifestement illicite). A partir du moment où ces limites sont fixées, et j'ai le droit de m'amuser à déjouer la surveillance dont je fais l'objet, je ne sentirai pas sur moi l'ombre d'Orwell.

Je suis libre de payer tous mes achats en liquide, de ne voyager dans le métro qu'avec des tickets (et pas avec un pass navigo), de donner de fausses identités ou de fausses adresses mail, de refuser les cartes de fidélité dans les grandes surfaces (ou d'utiliser celle d'un autre pour fausser les statistiques). Je doit aussi être libre de me procurer des appareils électroniques qui neutralisent les puces espionnes, dans les limites, forcement restreintes au strict minimum, imposées par les besoins de la sécurité et de l'ordre public.

Il existe en France une loi qui va dans ce sens, et qu'il faut à tout prix préserver, quitte à l'améliorer et à l'adapter aux évolutions technologiques. Il s'agit de la loi Informatique et Libertés de 1978. Elle pose comme principe ce refus du fichage et de la surveillance. Les dérogations doivent être rares et dûement justifiées. Au même titre que la loi de 1884 sur la liberté de presse, celle de 1901 sur le droit d'association, de 1905 sur la laïcité, c'est un texte fondateur de nos libertés publiques.

jeudi 2 novembre 2006

Chatouiller l'égo du blogueur

Quelle influence pour les blogs, en général, mais aussi en particulier ? C'est là une source inépuisable de billets et de commentaires, parfois nombrilistes, parfois d'excellente tenue comme celui d'Adam Kesher.

La notion même d'influence est pernicieuse, car elle pose le débat de manière à titiller l'égo du blogueur, dont le rêve, assumé ou non, est d'être écouté, suivi, admiré, bref influent. Le problème, c'est que tous les blogueurs ne peuvent pas être influents, sinon, personne ne l'est plus. On retrouve dans cette présentation biaisée la phrase qui est à la source de bien des messages publicitaires : "venez tous faire partie de cette élite restreinte". Des classements sortent régulièrement, que l'on regarde tous, avec les mille et une astuces pour "faire grimper son ranking technorati". Beaucoup de choses ont été dites sur le caractère réducteur et peu pertinent des indicateurs retenus. L'influence, c'est sans doute être lu, c'est davantage être retenu, et le qualitatif, comme le souligne Adam Kesher, cela ne se mesure pas aussi facilement, et certainement par le biais de statistiques de visites et de liens.

Il faut reposer le débat en d'autres termes, sous peine de voir naître une dérive, qui amènerait une "course à l'influence", chacun bidouillant pour avoir le plus de liens, de visites, les meilleurs classements, au risque de sacrifier la qualité. Un blog qui n'est pas dans le haut du classement peut être "influent" s'il apporte quelque chose en plus, des informations pointues, une bonne connaissance d'un milieu, une analyse décalée par rapport à ce que l'on trouve ailleurs. C'est l'originalité qui fait l'influence et c'est elle que l'on tue en premier quand on cherche à faire de l'audience à tout prix.

La grande leçon, c'est de savoir rester modeste et ne pas prendre la grosse tête. On peut être original, "influent" de temps à autre, sur des sujets bien précis, en fonction de la rencontre entre ce que l'on offre et les attentes des lecteurs. C'est souvent imprévisible, combien de blogueurs sont surpris de l'audience exceptionnelle d'un billet qu'ils pensaient anodin, en tout cas pas leur meilleur. Le blog, quoi qu'on en dise, reste un média de niche et n'atteindra jamais l'aura et l'influence de la radio, de la télévision ou de la presse écrite. Un blog, c'est d'abord une personnalité identifiée et connue. Un individu seul n'est pas en mesure de tout savoir sur tous les sujets, d'être brillant et percutant tous les jours. Acceptons donc notre humanité, notre faiblesse et ne courrons pas après des chimères.

mercredi 1 novembre 2006

Quand on cherche, on trouve ...

Une équipe de France 2 s'est fait agresser à Clichy sous bois. A force de chercher les émeutiers, ils ont fini par les trouver et ont ainsi pu profiter, en première ligne, des joies de la banlieue telle qu'ils s'acharnent à la décrire. Cela les aidera peut être à comprendre ce que vivent les gens qui y résident et qui ne se contentent pas d'y venir, en journée, pour les anniversaires d'évènements qu'il faudrait, au contraire de ce qu'ils font, éviter de relancer.

Je sais, c'est pas sympa pour le caméraman blessé, mais ce n'est qu'un juste retour des choses pour les médias. Les émeutes de l'an dernier ont été une bénédiction pour les JT en mal d'images spectaculaires. La tentation est grande de vouloir en remettre une couche, histoire de refaire de l'audience et de procurer des frissons sans risques aux bons français moyens, planqués derrière leurs téléviseurs dans leur petite ville tranquille de province. Depuis quelques semaines, les grands médias s'acharnent à jouer avec le feu, en braquant leurs projecteurs sur "les banlieues", stigmatisant une fois de plus des lieux et leurs habitants, qui auraient surtout besoin qu'on leur foute la paix. A force d'en parler, cela finira bien par arriver. Les caméras sont là, tout juste si on ne donne pas l'essence et les cocktails molotov, avec quelques conseils de mise en scène. Une fois qu'on a un début de résultat, un bus qui flambe par exemple, on tourne en boucle sur les images, sur la pauvre victime, sur la légitime indignation face à cet acte. Et on appelle cela faire de l'information. Pitoyable et minable !!

Dans cette affaire, les médias, et en premier lieu les télévisions ont été des pousse-au-crime. Contrairement à ce qu'affirme Etienne Leenhardt, cette équipe ne faisait pas son "travail d'information". Quelle actualité justifiait la présence d'une équipe de six personnes, avec caméra ? On est dans le voyeurisme et le sentationnalisme. Au moins, l'équipe de journalistes de France 2 aura quelque chose à dire sur le "vécu quotidien" des habitants des banlieues en période d'émeutes. Espérons que cela les calmera !