La campagne présidentielle s'anime enfin. N'ayant pas le privilège, comme certains pontifes de la blogosphère, d'être invité aux points presse de l'UMP, je suis obligé de me rabbatre sur un "petit" candidat. Ce matin, Jean-Pierre Chevènement faisait la présentation officielle de son programme, au théâtre Déjazet, boulevard du Temple.
Pendant une heure, j'ai eu droit à un one-man-show. Jean-Pierre Chevènement était seul sur scène, sans pupitre, sans notes, avec derrière lui une statue de la République (la réplique de celle de la place de la République) et un drapeau français. J'ai pensé à Jean Amadou, que j'ai été voir récemment aux "deux ânes", avec un même décor (une scène de théâtre), même position physique (statique sur scène), une même manière d'enchaîner les sujets. Alors que je pensais m'ennuyer, finalement, je n'ai pas vu le temps passer, ce qui est un bon point. Mais Jean Amadou, c'est quand même plus drôle
Sur le fond, je n'ai pas été surpris, Chevènement n'a pas changé. On est toujours sur la thématique de la République, de la Laïcité, de la place (forte) de l'Etat. Alors que Sarkozy tente de capter l'héritage gaulliste, Chevènement va encore plus loin en se donnant une filiation avec la Résistance, par le biais de son président de comité de soutien, ancien secrétaire général du Conseil National de la Résistance. Il fallait se dépêcher et pour ceux qui veulent faire encore mieux, je signale qu'il ne reste plus que quatre "poilus", dont le plus jeune est âgé de 107 ans. Comme pour tous les candidats, cette présentation a mêlé les intuitions fortes et les mesures démagogiques. Dans les intuitions, Jean-Pierre Chevènement a compris que l'essentiel se déroule à Bruxelles. C'est le premier point qu'il a abordé et celui qu'il a le plus développé. Bien que solidement ancré sur le non au référundum, il prend en compte cet élément majeur trop souvent occulté dans le débat politique français. Il reste aussi sur ses positions très républicaines de fierté nationale (j'en aurais presque applaudi) et de jacobinisme (là je suis moins d'accord) avec son credo de la République Une et Indivisble. Il a aussi fait preuve d'une grande honnêteté intellectuelle en reconnaissant dans détour que la gauche avait une responsabilité collective dans la montée et l'enracinement du Front National, et que le combat contre l'extrême droite passe par le débat et pas par les "hou Le Pen" qui font plaisir aux militants mais ne changent rien à la situation, bien au contraire.
A coté de ces fulgurences, un beau lot d'âneries et de fausses bonnes idées. Il propose que la France puisse, après consultation du peuple par référundum, suspendre l'application en France de certaines clauses des traités européens. J'attends la réaction du juristes... Même moi, qui fait preuve d'une certaine souplesse avec le droit, j'ai du mal tellement c'est gros ! Il préconise aussi une politique de grands travaux au niveau européen, avec un financement par l'emprunt. Une bonne relance keynésienne, ce serait sympa. Encore faudrait-il que les autres suivent. Visiblement, il a intégré que l'Europe, c'est là que ça se décide, mais il lui reste le deuxième chapitre à lire, comment ça se décide. Après un petit lapsus où parle du Reichstag au lieu du Bundestag, il enchaîne sur la politique étrangère européenne, qui devrait faire de l'UE un vecteur de paix et de dialogue entre les civilisations. C'est beau l'angélisme. L'Europe assure la paix pendant que les USA foutent le feu et se remplissent les poches. Belle division internationale du travail. Sur l'école, il est comme les autres, il propose des mesures bidons qui sont autant d'emplâtres sur des jambes de bois. L'idée de Chevènement, pour lutter contre le faible niveau de certains élèves arrivant au collège est de réaliser un grand test à l'entrée en sixième pour détecter ceux qui maîtrisent mal la lecture et l'écriture, et leur donner des modules de rattrapage. Sauf que, le test national à l'entrée en sixième, il existe déjà depuis des années, et que des retards dans les fondamentaux, cela ne se rattrape pas comme cela. C'est triste de rester à un tel niveau de banalité sur un sujet pourtant aussi important.
Une proposition de politique intérieure m'a semblé intéressante, mais pendant cinq secondes seulement. En cas de dissolution de l'Assemblée nationale, ce n'est pas seulement les députés qui retournent devant les électeurs, mais le président aussi. Comme cela, il réfléchira à deux fois avant de dissoudre. Cela pose quelques questions. Techniquement, quelle élection en premier (on ne va quand même pas tout faire le même jour, ce serait ingérable) et politiquement, cela revient à supprimer de facto le droit de dissolution, et donc le caractère parlementaire du régime, qui n'en serait pas pour autant complètement présidentiel. Pourtant, la piste n'est pas mauvaise, car il faut régler le cas de figure de 1997, où un président qui dissout est désavoué. La logique gaulliste, celle que Chirac a tant revendiqué, aurait voulu qu'il démissionne. Il ne l'a pas fait et c'est bien dommage. La bonne idée serait de créer un mécanisme où un président qui dissout peut se voir démissionné d'office par l'Assemblée nationale qui sort des urnes.
Comme tout bon spectacle, Jean-Pierre Chevènement garde quelques billes pour la fin. Il oublie son dernier chantier (obligé d'aller chercher ses fiches). Pourtant, la Santé, c'est important aussi, surtout quand on est président du conseil d'administration de l'hôpital de Belfort-Montbéliard. Au cours du générique de fin, après avoir cité son directeur de campagne, son mandataire financier, ses vieux amis, la date du prochain spectacle, il arrive à ses webmasters. Il donne l'adresse de son site sans se tromper et indique qu'il y a même un blog. On sent qu'il ne risque pas de s'en approcher à moins de plusieurs mètres, comme une poule qui trouve un couteau, tant le ton paraissait convaincu (eh oui, je m'y met aussi). Au moins, on sait que ce n'est pas lui qui répondra aux commentaires !