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lundi 30 octobre 2006

Le cirque des prix littéraires

Le "awards circus" de ce que l'on appelle pompeusement la littérature française va commencer. Des prix litéraires, il y a un paquet, des connus, d'autres moins. Surnagent quelques noms, comme Goncourt, Interallié, Fémina, Renaudot. Tous sont de la même eau, aussi frelatés les uns que les autres. Composés de jurys inamovibles, liés par toutes sortes d'intérêts passés, présents et futurs avec le (petit) monde de l'édition, ils sont absolument incapables de la moindre objectivité. Ils sont parfaitement intégrés dans le système médiatique et savent jouer de toutes les ficelles pour exister et jouer le rôle qui leur est demandé : faire vendre. Cette année, c'est le prix Fémina qui nous offre le pseudo-scandale de début de saison, par un règlement de comptes pitoyable, qui n'intéresse que le milieu concerné.

Depuis des décénnies, le système est dénoncé, mais bien peu ont le courage de le heurter de front, de refuser un prix comme l'a fait Julien Gracq en 1951, quand il refusa le Goncourt. L'ouvrage primé méritait pourtant amplement la récompense. Le Rivage des Syrtes est un roman magnifique, que je recommande à tous. C'est peut être le seul que j'ai relu (une dizaine d'années après la première lecture). L'année d'avant, le même Julien Gracq avait publié un petit opuscule, La littérature à l'estomac, qui fustigeait avec talent ce monde clos de l'édition parisienne, pour qui, déjà, le livre est un produit commercial, et où la promotion d'une oeuvre tient parfois plus du copinage et de vieilles haines que des qualités intrinsèques de l'oeuvre. Et comme tous les ans, des milliers de gogos vont se jeter sur des bouquins, sur la foi de la bande rouge placée en bas de la couverture. Comme si l'obtention d'un prix était gage de qualité littéraire !

Pourtant, ces prix et cette critique littéraire ont un rôle à jouer, celui de guider le lecteur, de l'orienter dans ses choix et ses lectures. Comme beaucoup, j'attend que cela soit fait en fonction des qualités intrinsèques de l'oeuvre, et uniquement cela, avec des comptes-rendus honnêtes. Quand j'ouvre un magazine littéraire ou un supplément livre d'un quotidien national, j'y trouve rarement mon bonheur, car je porte sur eux un regard suspicieux. Comment distinguer le commentaire sincère du renvoi d'ascenseur ? Les liaisons de ces revues avec le milieu littéraire sont incestueuses et consanguines. Je prend l'exemple de Philippe Sollers, qui selon certains est l'un des parrains de cette mafia. Il est à la fois auteur, éditeur et critique littéraire. Comment voulez-vous être crédible avec une telle déontologie, qui ferait rougir leurs confrères jounalistes politiques, pourtant eux-même pas toujours très clairs. Partout au même moment, on parle des mêmes ouvrages, comme s'il n'y avait que cela comme nouveauté.

Quelle solution alternative ? Les blogs pourraient remplir ce rôle de conseil sincère, d'explications et de critiques uniquement basées sur les qualités artistiques et littéraires des oeuvres récentes. Pour les plus anciennes, le recul et le temps opèrent une sélection impitoyable, le problème ne se pose pas. Je dois constater que cette blogosphère n'est pas aussi développée que je le souhaiterais, avec des blogs-phares (je pense à Assouline) qui sont écrits par des personnes liées au milieu éditorial, donc suspects. Pourquoi iraient-ils écrire différemment dans leurs blogs et dans leurs articles de presse écrite ? C'est un peu désespérant !

Disputatio

Je découvre qu'il n'y a pas que Koz et moi qui organisons des "disputatio" catholico-protestantes. Sur miettes de théo, blog du pasteur réformé d'Evreux et sur Totus tuus, blog d'un catholique militant (faisant passer Koz pour un quasi protestant), un échange polémique mais respectueux des personnes sur l'infaillibilité de l'église catholique, l'autorité de la Tradition.

Les arguments sont classiques, rien de bien nouveau. Alors que le catholicisme prône, en plus des écritures, l'autorité de la Tradition et du Magistère (la parole du pape et des conciles), les protestants ne reconnaissant que la Bible comme source d'autorité. Il existe bien entendu une "tradition" protestante, avec en premier lieu les réformateurs (Luther, Calvin...) et toute une suite de théologiens. Mais chaque protestant en fait ce qu'il en veut, adhère ou pas aux thèses soutenues par ces théologiens. Par exemple, la théorie de la prédestination, très présente chez Calvin, ne me "parle" absolument pas. Et ce n'est parce que je suis calviniste que je doit la soutenir, même si je n'y crois pas.

Les billets et les échanges sont longs et argumentés, citations à l'appui. Bien plus approfondi que ce j'ai pu faire. Ceux qui me connaissent savent vers quel bord je penche...

vendredi 27 octobre 2006

Présidentielles ou municipales ?

J'ai regardé d'un oeil une partie du dernier débat télévisé entre les candidats socialistes. J'ai retenu un propos de Ségolène Royal qui m'a frappé par sa justesse. Alors qu'on lui parle de carte scolaire, elle répond que c'est une mesure technique, qui relève du ministre de l'éducation nationale. Elle concourt pour le poste de président de la République, dont le rôle est de porter un projet global, des valeurs, et c'est sur cela que doit porter le débat.

Ce recadrage est le bienvenu, car il ne faut pas confondre les élections. Une présidentielle, ce n'est pas une municipale. Le président de la République est la clé de voûte de notre système institutionnel, mais il n'a pas une fonction directement opérationnelle. Il impulse, donne les directives générales, arbitre. C'est le gouvernement et le premier ministre qui gèrent, mettent en musique. Chacun son rôle, l'un est le capitaine, l'autre le chef mécanicien du paquebot. On ne demande les mêmes compétences pour ces deux postes, pourtant essentiels l'un ou l'autre. Ce qui m'importe de connaitre d'un président, c'est sa philosophie générale, sa manière d'être et de réagir, ses valeurs et ses priorités. Pendant un mandat qui dure quand même cinq ans, il peut se passer bien des choses, les circonstances changent et il faut s'y adapter. En fonction de l'état social du pays, de la croissance économique, de l'équilibre international, des choses sont possibles ou non. Des situations que l'on imaginait pas au moment du vote peuvent se présenter et il faut faire des choix. Ce que je veux d'un candidat, c'est qu'il me donne de quoi comprendre la logique des choix qu'il sera amené à faire, pas le détail technique de la mise en oeuvre.

Pour autant, le candidat ne doit pas se contenter de rester dans les limbes (ce que je reproche à Ségolène Royal). Des débats de société sont en cours, plus ou moins avancés. Des options sont déjà prises, les choix sont à peu près identifiés. Il faut alors trancher. C'est le cas de la question sur la mixité sociale et plus généralement le rôle intégrateur de l'école. J'ai été très irrité par les interventions des journalistes qui animaient ce débat, sans cesse à faire descendre les échanges au niveau d'une élection municipale. Je m'en fout des modalités techniques de la carte scolaire, ce qui compte, c'est de savoir si l'on veut ou pas la mixité sociale dans les écoles, le pourquoi d'une telle position, le shéma global qui sous-tend la position prise sur ce sujet. Personnellement, je m'interroge sur la nécessité sans cesse mise en avant de mixité sociale, surtout quand on tombe dans "la mixité sociale pour la mixité sociale". A quoi cela sert d'avoir cette mixité ? C'est cela que veut entendre de la part des candidats. Et si la réponse me donne satisfaction, j'accepterais plus facilement les contraintes et les désagréments type carte scolaire. Encore faut-il expliquer, car il me semble que les français comprennent de moins en moins les raisons, pourtant valables, qui imposent de maintenir une mixité sociale. Il votent alors avec leurs pieds, en fuyant, par des dérogations passe-droit, de fausses domiciliations ou l'inscription dans le privé. Il y a là un vrai problème, mais il est traité dans le débat médiatique de manière totalement idiote, par des pansements sur des jambes de bois. Ce n'est pas en supprimant ou en modifiant les modalités de la carte sociale que l'on va résoudre la question de fond.

Ce débat a illustré de manière éclatante cette incapacité des médias à élever les débats au niveau des enjeux, préférant le ramener au niveau des téléspectateurs. Cela s'appelle le nivellement par le bas. C'est de cela que crève notre démocratie.

jeudi 26 octobre 2006

L'art du cavalier budgétaire

Dans la procédure parlementaire, on parle de "cavalier" pour désigner un amendement qui ne rentre pas dans le domaine du projet de loi examiné. Le cavalier est dit budgétaire quand il tente d'introduire dans une loi de finances des dispositions autres que financières ou liées au contrôle parlementaire.

Cette année, le règlement de l'Assemblée nationale a été toiletté, avec des délais de dépôt des amendements et des règles d'irrecevabilité plus strictes. Cela a quelque peu dérangé, car les députés avaient leurs petites habitudes et considéraient comme normal ce qui n'était qu'une tolérance, comme par exemple faire défendre ses amendements par un autre député (parce qu'on ne pouvait pas être dans l'hémicycle au moment de la discussion), rectifier les amendements au point de le réécrire complètement, voire les déposer hors délais. Désormais, la date butoir est de rigueur et seuls les députés signataires d'un amendement peuvent le défendre en séance. Les règles d'irrecevabilité ont été appliquées avec sévérité pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale, avec plus de 150 amendements déclarés irrecevables car "cavaliers". Cela a provoqué plusieurs incidents vifs et un début de bronca chez les députés, y compris au sein de l'UMP.

Que les boulons soient un peu serrés, cela ne fera pas de mal. L'examen des textes de loi et des amendements se fait trop souvent dans l'urgence et la pagaille. Après, on s'étonne que la loi soit mal écrite, mais il faut voir les conditions dans lesquelles les amendements étaient parfois rédigés. Qu'il y ait une date et une heure limite permet de commencer la discussion sans voir arriver des amendements suprise. En cela, la rigueur dont a fait preuve le président de la commission des finances, Pierre Méhaignerie, est louable. Elle serait encore plus crédible s'il s'abstenait lui-même de déposer et de faire voter des amendements manifestement cavaliers, comme celui qui a été déposé dans l'urgence pour combler la brèche ouverte par l'annulation du décret sur le temps de travail dans l'hôtellerie et la restauration.

La République des blogs III

Troisième édition de la république des blogs, qui trouve enfin son équilibre. Moins de caméras, moins de peoples, moins de curieux. Nous étions entre nous. Cela m'a permis de faire des rencontres intéressantes, de discuter, d'échanger autrement que par billets et commentaires interposés.

J'ai enfin repéré qui est FrédéricLN, dont le visage ne m'était pas inconnu, ainsi que Palpatine, que j'avais déjà croisé de loin, du temps où je fréquentais Paris-carnet. J'ai eu le grand plaisir de deviser avec deux lieux-communards que je ne connaissait pas, Pikipoki et Damien de Largo Désolato. Bien entendu, les piliers lieux-communards (et assimilés) étaient présents (Eolas, Versac, Koz, Jules de Diner's room, Frédéric Rolin, Adam Kesher, Guillermo de Radical-chic, Verel). J'ai aussi croisé Laurent Gloaguen, d'Embruns, que je lis régulièrement.

Une nouvelle fois, une réussite. La vitesse de croisière semble enfin trouvée. A la prochaine session !

mardi 24 octobre 2006

les "Machins" administratifs

L'organisation de la sphère administrative française est très particulière. Des organismes remplissent des fonctions déterminées, pour lesquels ils ont été créés. La logique de base voudrait que l'on en reste là. Mais ce serait trop simple. Bien souvent, ces organes administratifs, à coté de leurs fonctions officielles, en remplissent d'autres. Parfois, ces fonctions annexes sont plus importantes que les principales. On multiplie les organismes pour brouiller les pistes, avec une foule d'instances consultatives et de coordination, au point que plus personne ne sait où une décision a pu être prise. Elle existe, elle produit des effets, mais impossible de dire qui en est l'auteur. Ces dérives peuvent amener à une confusion telle que, sauf pour les initiés, personne ne sait qui fait réellement quoi. Depuis l'effondrement de l'Union Soviétique, c'est le Vatican qui détient la palme dans ce domaine de l'opacité administrative.

La France connait aussi, dans une moindre mesure, ce type de fonctionnement, avec ce que j'appelle les "machins administratifs". On ne sait pas trop à quoi ils servent, même leur statut juridique est incertain. Ils fleurissent sous la terminologie de "haut conseil", "comité", "observatoire" où est souvent accolé le mot "consultatif". Depuis 2002, ils connaissent un essor fabuleux, on n'arrête pas de s'en créer, Le dernier en date est le conseil de l'immobilier de l'Etat, créé le 18 octobre dernier. Il est chargé de formuler régulièrement au ministre chargé du domaine des recommandations et des préconisations opérationnelles pour améliorer la gestion du patrimoine immobilier de l'Etat. Il suit et évalue pour le compte du ministre chargé du domaine l'avancement de la démarche de modernisation et l'évolution du parc immobilier de l'Etat. Personne n'est en mesure de donner leur nombre exact, car il s'en créé régulièrement, on change les dénominations comme le commissariat général au plan, devenu le centre d'analyse stratégique. D'autres meurent, de suppression ou d'inanition. Formellement, ils existent toujours, mais ne sont plus réunis. La liste qui se rapproche le plus de la réalité s'intitule "Liste des commissions et instances consultatives ou délibératives placées directement auprès du premier ministre ou des ministres". C'est ce que l'on appelle en jargon du Parlement un "jaune budgétaire", car il est obligatoirement déposé au moment de la discussion du budget pour l'information des parlementaires. Il fait 75 pages !!

Le premier réflexe, lorsque l'on a ce document dans les mains, c'est de rire. Quelques exemples ubuesques : le "Comité national de suivi et d'évaluation du dispositif de formation des personnes responsables des travaux de brûlage dirigé et d'incinération", créé par arrêté du 15 mars 2004, il comprend 9 membres et s'est réuni une fois en 2004 et une autre fois en 2005. Dans un autre registre, tout aussi comique (au deuxième degré), le "comité d'orientation stratégique de la modernisation". Institué auprès du ministre de la Culture par arrêté du 27 février 2003, il comprend 14 membres qui se sont réunis deux fois en 2003, puis se sont évanouis dans la nature. Pour finir, le très magnifique "Observatoire des pratiques pédagogiques en entreprenariat", auprès du ministre de l'Education nationale. Les mauvaises langues se demanderont ce qu'il peut bien observer au sein de l'Education nationale...

Passé le fou rire initial, on se pose quand même des questions, notamment sur le coût de ces machins administratifs. C'est bien joli de créer des "comités théodule" en rafale, mais derrière, il faut assurer des secrétariats, des frais de fonctionnement. Les membres qui se réunissent sont rarement des bénévoles, et s'ils ne touchent pas d'indemnités, pendant qu'ils sont dans ces réunions, ils ne sont pas ailleurs à travailler. La réunionite est le cancer de l'administration française, et ces comités en série n'arrangent vraiment pas les choses. Il y a là un gisement d'économies potentielles assez fabuleux, mais aussi un effort dans la lisibilité et la traçabilité de la décision publique. Et dire que le gouvernement Raffarin, qui a tant parlé de modernisation de l'Etat, n'a fait qu'en créer à tour de bras. En France, quand il y a un problème, on fait une loi et on crée un comité consultatif sur la question.

La troisième étape du questionnement est d'essayer, de bonne foi, de trouver des justifications à ce système touffu et assez illisible. J'y vois quand même quelques avantages. Ces comités permettent un brassage, ce sont des lieux de rencontres (non pas amoureuses, quoique parfois...) entre hauts fonctionnaires, personnalités de la société civile, syndicalistes. Finalement, il n'existe pas tant que cela de lieux de dialogue et d'échange, qui sont pourtant essentiels pour que les idées circulent, que les projets se forment, que les responsables échangent. Nous sommes là dans les profondeurs de l'action administrative qui, comme la recherche fondamentale, ne produit pas de résultats directement exploitables, mais prépare les innovations de demain. Le coté foisonnant peut être aussi vu comme une souplesse, un comité apparaissant nécessaire à un moment, moins plus tard. Un comité en sommeil ne coûte pas grand chose, ce qui limite la critique du coût financier. L'autre grand rôle est celui de la coordination administrative. L'organisation de l'Etat en France est centrée sur le ministère. C'est la cellule de base et le lieu de décision. Le gouvernement français n'est pas un organe unitaire, mais une confédération, avec des ministères qui se disputent, se tirent dans les pattes. La coordination, qui répond au doux nom d'interministériel est un processus très lourd et compliqué, qui en plus marche mal. Le premier ministre tranche, mais ne peut pas passer tout son temps à cela, c'est usant. Il faut donc multiplier les occasions de discussions entre ministères, et les comités consultatifs sont une occasion de le faire hors "période de conflit" où deux ministères sont en rivalité sur un dossier. Il faut donc bien y regarder avant de jeter le bébé avec l'eau du bain.

Ce sujet est plus complexe qu'il n'y parait, car il est lié au mode de fonctionnement global d'un pays. En France, l'administration est très étendue, avec des compétences larges. Tout passe par l'Etat. Qu'il consulte beaucoup est quelque part rassurant. Quand on prend toutes les voies d'échange et de dialogue, on s'aperçoit que l'administration française écoute beaucoup, mais pas n'importe quand et n'importe comment. L'administration française aime contrôler le processus et les organismes de consultation. Elle aime aussi le faire à son rythme, selon son calendrier. Quelque soit sa forme et ses modalités, un dialogue social existe en France, et passe par ce biais étrange et peu connu. Ce n'est sans doute pas parfait, mais finalement, ce système présente quelques avantages, pas assez souvent mis en lumière, les observateurs s'arrêtant à la deuxième étape du raisonnement.

Faudrait peut-être en parler ?

La troisième édition de la République des blogs a lieu demain soir. J'ai l'impression que cette rencontre est tellement entrée dans les habitudes que l'on ne prend plus trop la peine de l'annoncer. Moi-même, je suis dans ce cas. Lancé dans le boulot (et il y en a en ce moment), le temps file à une vitesse ahurissante. La précédente édition me parait encore très proche, au point que je me retrouve surpris que la suivante soit déjà demain soir.

Je viendrai une fois de plus avec plaisir, pour rencontrer ceux que je n'ai pas pu voir aux précédentes éditions, et pour présenter hommages, respects et pintes de bière à mes très honorables apporteurs de trafic confrères de Lieu-commun, qui ont eu l'extrême bonté de m'intégrer depuis le debut du mois.

A demain donc

lundi 23 octobre 2006

Pour la démocratie représentative

La France est une démocratie représentative. Le mandat impétatif est prohibé et les représentants ne doivent pas de comptes aux électeurs, qui sont libres, en retour, de ne pas les réélire. Ce choix est très ancien, mais périodiquement, les débats resurgissent pour en questionner le bien-fondé et la mise en oeuvre. En 2006, c'est Ségolène Royal qui s'est lancée dans le bain, avec les différentes déclinaisons du concept de "démocratie participative". Régulièrement, elle nous donne des aperçus, plus ou moins construits et précis, de la manière dont elle entend la mettre en oeuvre.

Le premier morceau un peu consistant vient d'être lancé avec l'idée de faire passer les élus devant un jury populaire de citoyens tirés au sort. Je rappelle que cette procédure du jury populaire tiré au sort n'est utilisé en france que dans un cas : le jury de cours d'assises. Je ne sais pas si Madame Royal se rend bien compte de l'impact psychologique d'un tel parallèle. S'agit-il de faire passer les élus du peuple devant un tribunal ? Comme si l'anti-parlementarisme avait besoin qu'on lui tende de telles perches !!!

Sur la mise en place pratique, c'est le flou total. Tous les élus devront-ils passer à la casserole ou seulement certains ? Qui sera désigné pour être contrôlé, et selon quelles modalités ? Quelles sanctions éventuelles ? Selon quels critères ? Si des citoyens tirés au sort peuvent se sentir concernés par une affaire pénale, certains n'en ont strictement rien à faire de l'action de tel ou tel élu. Auront-ils la compétence nécessaire pour se faire une "intime conviction" sur des sujets parfois horriblement techniques ? Aucune réponse, alors qu'il en faudrait rapidement. Sur cette affaire là, Ségolène Royal en a dit trop ou pas assez. Il faut d'urgence, si elle est une candidate responsable, qu'elle désamorce les fantasmes qu'elle peut déclencher sur ses intentions et sur la mise en oeuvre de cette idée à forte teneur en démagogie et en opportunisme. La thématique du contrôle des représentants par leurs mandataires est légitime et mérite d'être mieux traitée.

Des instruments existent pourtant, comme les chambres régionales des comptes et la Cour des Comptes. L'idée de leur adjoindre un "jury populaire", qui puisse se prononcer sur les rapports, est à creuser. Cela offrirait aux magistrats un regard décalé, un éclairage sur des préoccupations qu'ils n'ont pas toujours car ce sont des êtres humains, faillibles comme les autres, qui habitent rarement les quartiers pourris et que la perspective du chômage et de la précarité ne hantent pas. Sans aller jusque là, promouvoir une meilleure appropriation par les citoyens des rapports sur la gestion des collectivités locales et de l'Etat est une bonne chose, du moins en ce qui concerne le contrôle "d'opportunité". Cela permettrait de donner une vraie légitimité à des remarques sanglantes (et parfaitement justifiées) que les magistrats meurent d'envie de faire, mais sans toujours oser franchir le pas.

C'est cela qui me désole chez les candidats à la présidentielle, cette capacité à bâcler et à gâcher les débats par des propositions avant tout destinées à frapper les imaginations, à choquer. C'est un travers bien français que de vouloir faire la Révolution sur tous les sujets, méprisant la politique des petits pas. Il faut du spectaculaire, des cris, du sang et de la fureur. Notre histoire politique depuis 200 ans n'est faite que de ça. Il serait peut-être temps de changer et de devenir adultes.

vendredi 20 octobre 2006

Le retour du purin d'ortie

Début septembre, la blogosphère s'est prise d'agitation pour la défense du purin d'ortie. Cette affaire a été déclenchée par une inspection administrative dans l'Ain, chez un paysagiste-élagueur, par ailleurs adepte des méthodes naturelles de traitement. Un lien a été fait avec une mesure votée dans la loi d'orientation agricole, qui interdit toute publicité pour les produits phytopharmaceutiques qui n'ont pas d'autorisation de mise sur le marché.

Une campagne de mails en direction des autorités politiques a été lancée, avec un certain succès, les médias nationaux ayant relayé l'information. Les premiers éléments de réponse un peu consistants en provenance de l'administration commencent à arriver, notamment des lettres de Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture.

Il affirme explicitement que le fait de donner des recettes comme celle du purin d'ortie n'est en rien interdit. Je cite "Les préparations effectuées par un particulier pour une utilisation personnelle, telle que le purin d'ortie, ne rentrent donc pas dans le cadre d'une mise sur le marché. En conséquence, la promotion auprès des particuliers de procédés naturels ou le fait de donner la recette de telles préparations ne sont pas interdites. Les produits naturels traditionnels, élaborés à la ferme ou au jardin, peuvent donc continuer à l'être sans obligation d'autorisation préalable."

Par contre, la commercialisation et la distribution, même à titre gratuit, de ces produits reste interdite, ce qui est normal. Il existe une obligation pour un fournisseur de garantir que ses produits sont sans danger pour l'utilisateur et pour l'environnement. C'est d'ailleurs pour cela qu'est faite l'autorisation de mise sur le marché. Le ministre rappelle au passage que "naturel" ne veut pas dire sans danger et que le ciguë et la belladone sont aussi des produits naturels.

Il apporte une précision sur le contrôle administratif qui a été à l'origine de l'affaire, ce qui est l'occasion d'enfoncer le clou sur la nécessité de recouper et de vérifier les sources. Je cite à nouveau "S'agissant de l'inspection chez un paysagiste élagueur dans le département de l'Ain, cette procédure rentre dans le cadre des missions habituelles menées par les services régionaux de la protection des végétaux et des directions régionales de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. L'inspection visait à déterminer la nature exacte des activités de l'entrepreneur. Elle n'est donc nullement la conséquence des dispositions de la LOA.". On n'est jamais trop prudent et il faut avoir la position de toutes les parties avant de se lancer dans une croisade.

Les choses sont maintenant assez claires et la réponse du ministre aux questions écrites des parlementaires, dont nous avons maintenant la teneur, permettront d'avoir une position officielle opposable à l'administration. Cela méritait-il tout le foin et l'éruption d'indignation que l'on a vu sur certains blogs ?

jeudi 19 octobre 2006

C'était sa dernière motion...

Hier soir, petite séquence parlementaire entre émotion et gentilles piques politiciennes. Lors de la reprise de la séance, à 21 heures 30, Augustin Bonrepaux défend la motion de renvoi en commission. Ces motions, traditionnellement rejetées, sont devenues des suppléments de temps de parole pour l'opposition. Leur discussion est donc sans enjeux, ce qui permet de faire passer des messages et de dialoguer presque amicalement.

Dans sa réponse à Augustin Bonrepaux, Jean-François Copé a choisi un biais original, qui permet de répondre a coté de la plaque, celui de l'hommage de départ en retraite. En effet, Augustin Bonrepaux, qui ne se représente pas en 2007, défendait là sa dernière motion de procédure dans une discussion de loi de finances initiale. C'est donc son dernier budget, après 25 ans sur les bancs de l'Assemblée nationale. Ancien président de la commission des Finances, c'est l'un des "piliers" budgétaires du groupe socialiste. Jean-François Copé commence, le sourire aux lèvres, par se demander si, en guise de cadeau de départ en retraite, il ne pourrait pas laisser l'Assemblée adopter la motion proposée par Augustin Bonrepaux. Sourires sur les bancs, car il se reprend bien vite pour lancer quelques attaques (bien inoffensives) sur la gestion socialiste entre 1997 et 2002. Le président de la commission des Finances, Pierre Méhaignerie, le taquine gentillement "Par amitié pour Augustin Bonrepaux, je voudrais, pour tenter d’instiller le doute dans son esprit, lui faire cadeau de ce petit livre rouge d’Yves Fréville (un rapport budgétaire du Sénat, à couverture rouge à liseré blanc), dont nul ne conteste la rigueur intellectuelle". A la suite, ce sont tous les orateurs qui y vont de leur couplet, hommage appuyé ou limite oraison funèbre, comme Charles de Courson, l'orateur UDF: "Nous regretterons en effet M. Bonrepaux, qui est une des figures de notre Assemblée…". Même là, le ton reste bon enfant et sympathique.

Ce soir là, peu de députés étaient présents, mais il y avait tous les spécialistes budgétaires et financiers. Ils se connaissent depuis des années, se succèdent aux postes de président de la commission des Finances et de rapporteur général du budget. Au delà des clivages politiques, on sent le respect mutuel qui existe, malgré les débats parfois rugueux dans les arguments. Il est vrai que ces spécialistes sont des "pointures" dans le domaine particulièrement complexe de la fiscalité et du budget. Travaillant sur ce thème depuis parfois 20 ans, ils ont une compétence et une mémoire qui rendent les débats parfois difficiles à suivre, mais qui peuvent rassurer. Ce ne sont pas des guignols ni des excités qui sont aux commandes.

L'ambiance était loin des pitreries des mardis et mercredis après-midi. Les débats ont été approfondis et pointus, sur les questions de fiscalité locale, de LOLF et de budget de l'Etat. Les interventions sont construites, avec du fond, tant pour la majorité que pour l'opposition. Les échanges peuvent être courtois ou vifs, avec des petites piques politiques ou personnelles. Les intervenants se font parfois "vanner" (et il y a des spécialistes) mais le ton reste toujours respectueux des personnes et des opinions. Cette séance est parfaitement représentative de ce qu'est la délibération parlementaire en temps ordinaire et devrait servir de référence pour juger le travail des parlementaires, plus que le cirque télévisuel qui n'apporte pas grand chose.

mardi 17 octobre 2006

L'envahissement publicitaire

La publicité est envahissante, au propre comme au figuré. Elle est déjà présente sur les blogs, comme celui de Loïc Le Meur, qui ressemble de plus en plus à un magazine de conso pour urbains friqués. Pointblog vient de franchir un nouveau pas en installant carrement la pub sur le fil RSS, en intercalant au milieu des billets des messages "publirédactionnels" (Loïc Le Meur s'y est mis aussi). Un nouveau palier est franchi, car là, on tombe dans le spam. Les commentateurs de l'article le soulignent d'ailleurs fortement. .

l'Equipe de Pointblog est libre de faire ce qu'elle veut sur son blog, y compris tout caviarder avec de la publicité. Mais je suis libre, moi aussi, de ne plus y aller. C'est ce que je risque de faire, car ce geste est révélateur d'un changement dans l'esprit de pointblog, qui passe du statut de blog à celui de média ordinaire. Ce qui fait la spécificité, et selon moi, la crédibilité des blogs, c'est leur indépendance. A partir du moment où il y a des recettes à trouver, pour couvrir des charges, des salaires, des frais divers, on entre dans une logique, qui insidieusement, par petites touches, vous amène aux compromissions que l'on reproche tant aux médias. On hésite à aborder un sujet qui pourrait fâcher quelqu'un dont on peut avoir besoin. On poste des billets sur des thèmes "à audience", on cherche le scoop qui fera d'un article un nid à liens, pour faire monter son profil technorati.

Celui qui est allé le plus loin, je l'ai dit plus haut, c'est Loïc Le Meur, qui fait des billets pour renvoyer l'ascenseur (merci à untel de m'avoir cité) et hop, on crée un lien, on envoie de l'audience et on a produit un billet. Le contenu est nul, n'apporte strictement rien au lecteur, mais ça, on s'en fout. De temps à autre, on lance un petit scandale en attaquant un confrère, ce qui suscite une polémique. Là aussi, on dope la fréquentation, avec des commentaires à n'en plus finir. Dans les billets, on cite à tour de bras les marques commerciales et les produits, en faisant les liens. Au final, quand on retire du blog de Loïc Le Meur ces trois types de billets (remerciements, polémiques, publicité commerciale), il ne reste pas grand chose.

C'est cette dérive que je souhaite combattre, en maintenant une éthique de réelle indépendance de ton. Le pastiche du site de Loïc Le Meur est très drôle et cruel car tellement juste dans son ton et son contenu. C'est une réaction salutaire. Le blog doit rester un espace privé, où chacun s'exprime librement, sans enjeux ni contraintes. A partir du moment où il devient une vitrine, un moyen de subsistance pour celui qui le tient, la qualité s'en ressent et c'est toute la blogosphère qui peut s'en trouver décrédibilisée.

jeudi 12 octobre 2006

Réponse aux libertariens

Mon billet sur l'association "contribuables associés" a connu un succès inattendu auprès d'un courant d'idée jusqu'ici absents sur ce blog, les "libertaires". Depuis ce matin, ils se succèdent sur les commentaires du billet, faisant dériver au passage le débat. Cette critique de l'association "contribuables associés" porte essentiellement sur leurs méthodes et très peu, hormis quelques phrases laconiques, sur le substrat théorique sur lequel est bâti leur argumentation. Les réponses du courant "alternative-libérale" ont évité ce débat des méthodes pour prendre la défense vigoureuse de l'association et des théories néo-libérales qu'ils estimaient attaquées.

Le débat ainsi amené sur les fondements théoriques est intéressant, et je préfère le reprendre ici plutôt que de continuer les commentaires à l'inifini, pour exposer un peu en détail mes positions, non pas sur les théories économiques de l'impôt et de la redistribution (je suis une nullité en théorie économique) mais sur les théories politiques sous-jacentes à ces positions libertariennes. Les commentaires de Hunden, sous le billet "contribuables associés" sont construits et révélateurs d'une pensée structurée. Ils me serviront donc de point d'appui pour l'expression de mes critiques et désaccords, mais aussi de mes propositions.

Ces positions poussent à leur paroxysme les positions libérales sur l'équilibre au sein de la société entre l'individuel et le collectif. L'individu est tout, le collectif n'est rien, ou presque. Je caricature un peu, mais c'est pour bien faire comprendre que le curseur est mis très loin du coté de l'individualisme, alors que plus on va vers la gauche, plus le curseur se déplace vers le collectif comme lieu de décision et d'arbitrage. D'où ces commentaires qui parlent de "vol" et de spoliation en parlant de l'impôt, et qui surtout disqualifient complètement le régime démocratique actuel comme lieu légitime de décision. Seul l'individu peut décider de ce qui le concerne et donc, toute autorité qui s'exerce sur lui est dictatoriale. En découle un refus plus ou moins virulent des autorités politiques. Un régime représentatif trahit forcément ses mandants ! (J'espère avoir retranscrit assez fidèlement la base idéologique. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez y apporter des remarques et compléments, dans le respect des règles de courtoisie et de débat serein.)

Bien qu'accordant une valeur à l'individu, je ne peux pas me reconnaitre dans ce refus du collectif. Le mouvement issu de la philosophie des Lumières a profondément mis en avant l'individu comme centre et pivot. Je m'inscrit dans ce mouvement (je suis un homme de mon temps), et je suis très imprégné de cette primauté donnée à l'individu. Je me considère comme une individualité distincte avant de me considérer comme partie d'un ensemble plus vaste. J'entends peser sur les décisions qui me concernent, si possible en les prenant moi même. La différence avec les libertariens n'est pas tellement sur le fond, mais plutôt sur l'intensité et l'ampleur.

J'ai beau être libéral, pour autant, je n'oublie pas que l'homme est un animal social, qu'il ne se réalise pleinement qu'en communauté. Depuis l'aube de l'humanité, l'homme à besoin du regard de l'autre pour exister, pour prendre conscience de son individualité. La vie en communauté est donc inévitable et à partir de ce moment là, il faut l'organiser. Notre société est sortie depuis longtemps du néolithique et a acquis une complexité toujours plus grande, qui est le corrolaire d'un très haut niveau de développement. Pour l'atteindre, il est nécessaire de développer des services collectifs, pour que la communauté prenne en charge ce que l'individu seul ne peut pas assumer, que ce soit par exemple la recherche ou la production de biens complexes. La communauté peut aussi décider qu'il est nécessaire à sa cohésion d'atténuer les écarts de richesse en procédant à des redistributions. Elle a aussi pour rôle de gérer l'imaginaire collectif, l'immatériel, ce qui soude la communauté, que ce soit les croyances, les mythes, les projets d'avenir. Quelques soient les époques et les lieux, ces mécanismes ont été plus ou moins massivement mis en oeuvre, mais partout, dans toute société humaine, on les retrouvent.

A partir de là, les options extrêmes des "ultra-libéraux" et des libertariens ne m'apparaissent pas tenables. Ils peuvent se permettre ce genre de positions parce que justement, ils sont nés dans une société qui n'applique pas leurs théories et ne suit pas leurs preceptes.

Le Prix Nobel, bonne conscience de l'Occident ?

Le calendrier connait parfois des hasards et des téléscopages assez fabuleux. Ce matin, l'Assemblée nationale française vient d'adopter la proposition de loi socialiste (mais largement votée par des UMP) qui pénalise la négation du génocide arménien. Dans le même temps, le prix nobel de littérature est attribué à l'écrivain turc Orhan Pamuk, qui a connu dernièrement des ennuis judiciaires dans son pays pour avoir évoqué les massacres de kurdes et d'arméniens par les turcs.

Le message envoyé par le comité Nobel est clair. Le prix de Littérature, sans négliger les mérites littéraires de Pamuk, est éminement politique. Après les poursuites judiciaires du gouvernement turc contre Pamuk, comment ne pas y voir un désaveu cinglant de la part d'un "temple de la pensée occidentale" qu'est le comité nobel. Quelque part, ce geste peut avoir du bon. La question du génocide arménien (et au delà les autres massacres et répressions de minorités) ne peut plus être éludée en Turquie. La stratégie de la chape de plomb et de silence ne peut plus tenir. C'est une bonne chose pour que s'amorce dans ce pays une prise de conscience et un travail de mémoire de la part du peuple turc sur ce sujet. Pamuk peut être l'un des moteurs de ce débat et le distinguer permet d'encourager une initiative interne.

Mais je m'interroge sur le revers possible de la médaille de ce prix nobel. Comme la loi française qui vient d'être votée par l'Assemblée nationale, ce prix nobel est un message des occidentaux qui peut être perçu comme une injonction et une réprimande. Et cela ne fait jamais plaisir de se faire réprimander. En nobélisant Pamuk, on lui accorde un surcroît d'autorité morale, mais on le marque aussi davantage comme "pro-occidental", ce qu'il est déjà. Originaire d'une famille aisée d'Istanbul, il a séjourné plusieurs années en occident. En cela, il n'est représentatif que d'une minorité en turquie. Rien à voir avec les paysans anatoliens, qui forment la majorité de la population, et qui sont quasi-imperméable à la culture de l'Occident. Est-ce lui rendre service et aider la cause qu'il défend de lui décerner ce prix nobel ? Je suis très partagé.

Je répète une nouvelle fois que cette question du génocide arménien est plus vaste que ce que les médias occidentaux en donnent à voir. C'est toute la problématique de l'estime de soi des turcs, de leur rapport à une grandeur passée et déchue qui est posé. C'est une fois que les turcs auront réglé, seuls et entre eux, cette blessure dans sa globalité qu'un travail de repentance et de réconciliation pourra aboutir. Intervenir en donneurs de leçons, alors que nous sommes extérieurs à ce conflit, peut se réveler catastrophique. C'est malheureusement ce que fait trop souvent l'Occident, plus soucieux de sa bonne conscience que les répercutions concrètes de ses postures morales.

mercredi 11 octobre 2006

Et si Claude Allègre avait raison ?

Une mini tempête a agité les milieux scientifiques après les propos de l'ancien ministre Claude Allègre, par ailleurs scientifique de haut niveau. Avec la subtitlité qui lui est coutumière, il a jeté un énorme pavé dans la mare des climatologues en déclarant que tout compte fait, le réchauffement climatique, ce n'est pas si dramatique et que les causes en sont d'ailleurs mal identifiées. Le fameux effet de serre ne serait pas tant que cela en cause et au final, Allègre affirme qu'on ne sait pas grand chose.

Je ne me prononcerai pas sur la controverse scientifique, je ne suis absolument pas compétent. Par contre, je suis satisfait qu'un scientifique ayant un accès à un média de grande diffusion puisse apporter un éclairage critique et poser des questions qui fâchent. Trop souvent, les journalistes tendent les micros aux membres de la communauté scientifique qui sont considérés comme "légitimes" sur un sujet. Ce sont en général les tenants de la ligne officielle, celle qui est adoptée par la majorité des chercheurs et ceux qui font autorité. Les voix dissidentes n'ont jamais accès aux médias. Merci donc à Claude Allègre de nous avoir rappellé que la science, c'est avant tout des questions, des controverses et finalement, pas beaucoup de réponses sûres et certaines, tout l'inverse de l'image que les médias cherchent à faire passer sur la science. Les scientifiques ne proposent jamais que des hypothèses, validées ou pas par des expériences et des observations. En fonction de la manière d'aborder une question (le paradigme), les modèles et les explications proposées ne seront pas les mêmes. Un changement de paradigme amène parfois des sauts qualitatifs énormes, comme le passage d'une terre plate autour de laquelle tourne le soleil à une terre ronde qui tourne autour du soleil.

Le climat connait des changements, se réchauffe, c'est une certitude. Une grosse machinerie médiatique (aidée par un ancien vice-président US) se met en place pour accuser principalement l'effet de serre et prédire une catastrophe apocalyptique. Ont-ils raison ou tort ? La question se pose et toutes les pistes sont à explorer !

mardi 10 octobre 2006

Les contribuables associés

Cette association de contribuables est bien connue au Parlement, pour son activisme "rentre-dedans" (avis aux lecteurs de gauche, retenez votre souffle avant d'aller visiter le site). C'est un magnifique exemplaire de ce qui se fait de mieux en poujadisme. Le langage est un peu plus chatié, mais le fond est bien là. Leur programme : supprimer les impôts et à défaut de pouvoir y arriver, les réduire au maximum. Chez eux, la dépense publique est présumée gaspillage jusqu'à preuve de son utilité.

Tous les mois, l'association menée par Benoîte Taffin, ancien maire du 2ème arrondissement de Paris, sort un journal, au nom sans équivoque "le cri du contribuable" (sous entendu le cri de douleur et d'indignation). On peut y lire quelques exemples de leur action et ce mois ci, est paru le "palmarès" des députés. Un classement de plus, et réalisé sans nuance, à la manière d'une charge de cavalerie lourde. Cet argus, qui classe les députés comme des véhicules d'occasion, repose sur deux piliers : la signature de propositions de loi soutenues par les contribuables associés et la présence aux "rendez-vous parlementaires" organisés par cette association au sein même des locaux de l'Assemblée nationale. Chaque cosignature et chaque présence valent un point, ce qui donne une note sur dix. Les propositions de loi retenues ne sont pas piquées des vers. Les plus représentatives de l'esprit des contribuables associés sont celle de Léonce Deprez, qui vise ni plus ni moins, à abolir le statut de la fonction publique, celle de Michel Hunault qui entend imposer un retour à l'équilibre budgétaire, celle de Daniel Poulou, dont seul l'énoncé suffit pour comprendre "créer une exonération spécifique en matière de droit de succession et de donation pour la transmission de la résidence principale acquise par le travail". Tous les mots clés sont là !!

Le ton est donné, et les contacts avec les députés sont de la même finesse. Le chantage à l'électeur est permanent, ils ne connaissent d'ailleurs que cela : "sachez que vos électeurs seront informés de vos positions". Les députés de gauche s'en foutent, mais à droite, c'est gênant de se retrouver pointé du doigt. Ils font quelques efforts, de plus ou moins bonne grâce, cosignent une ou deux propositions de lois, se font représenter aux "rendez-vous parlementaires" (ce qui ne rapporte qu'un demi point alors que la présence du député vaut un point). Régulièrement, les contribuables associés ont recours à la très désagréable technique de la carte type. Chaque adhérent est prié d'envoyer la carte du moment à son député, histoire de montrer ce que pèse l'association. Sur le fond, le message est simpliste, le but étant l'intimidation. Ce sont en général les mêmes adhérents d'une fois sur l'autre, ce qui relativise beaucoup leur influence réelle. Mais cela irrite beaucoup de députés, qui n'apprécient d'être ainsi pris à partie.

Cet extrémisme et cette virulence desservent terriblement la cause défendue par cette association. La déclaration des droits de l'homme de 1789, dans son article 14, dispose que les citoyens ont un droit de contrôle sur l'argent public. Malheureusement, ce devoir citoyen est trop souvent abandonné à des excités comme l'association "contribuables associés", au risque de faire fuir ceux qui pourraient exercer cette mission avec mesure et honnêteté intellectuelle.

lundi 9 octobre 2006

Le génocide arménien

La question du génocide arménien, de sa reconnaissance et de la pénalisation de son négationnisme revient au programme de l'Assemblée nationale, le jeudi 12 octobre. La matinée risque d'être très agitée, une autre proposition de loi, sur le régime de chômage des intermittents du spectacle, étant aussi à l'ordre du jour.

J'ai eu l'occasion d'exprimer mon opposition à toute intervention du législateur dans des champs qui relèvent de l'histoire et de la mémoire. Cela ne donne jamais rien de bon. Il sans doute assez exact de qualifier de "génocide" ce qui s'est passé en 1915 dans l'empire ottoman. Les faits historiques sont maintenant bien établis et tous les "critères" sont à peu près présents. Les ottomans se sont rendus coupables de crimes abominables que les turcs d'aujourd'hui peinent à le reconnaitre. Et ce n'est pas en agissant comme le font une partie des politiques français que l'on va améliorer la situation, bien au contraire.

Le peuple turc et ses dirigeants sont dans une situation de déni, comme une personne peut refuser de voir et de reconnaitre sa culpabilité. C'est souvent un processus complexe et délicat qui permet à cette personne de sortir de cette situation et d'assumer ses actes et surtout leurs conséquences. Mettre la pression et faire le forçing sont des méthodes qu'il faut absolument éviter, car elles produisent un effet contraire. La personne se braque, se fige dans sa posture et n'en sort plus, car ce serait perdre la face. Pour le peuple turc, c'est la même chose. Il est peut-être temps de se diriger vers une réconciliation. Les turcs d'aujourd'hui ne sont pas coupables des crimes de leurs parents. L'attitude intelligente serait, pour les arméniens, de tendre la main dans un geste de réconciliation, à l'image de ce qui a pu être fait entre la France et l'Allemagne après la seconde guerre mondiale.

C'est pourtant le contraire que les arméniens de la diaspora française font, en exerçant une intense activité de lobbying auprès du parlement pour qu'il reconnaisse officiellement le génocide (c'est déjà fait) et qu'il pénalise la négation de ce génocide arménien. Les députés français n'ont pourtant rien à dire sur ce génocide où, à aucun moment, ni la France ni des français ne sont retrouvés impliqués. Cela me fait penser à cette loi belge, aujourd'hui heureusement abolie, dite "de compétence générale", qui autorise les juges belges à poursuivre, partout dans le monde, tous les crimes contre l'humanité, même s'ils ont été commis à l'étranger, par des étrangers, sur des étrangers. Arrêtons donc de nous mêler des querelles des autres, car de toute manière, nous n'irons jamais assez loin pour satisfaire complètement les arméniens, tout en nous aliénant les turcs.

Avant de crier haro sur le baudet, écoutons peut-être les turcs et cherchons à comprendre pourquoi ils se crispent tant sur ce sujet. Je ne suis pas un spécialiste et je n'esquisserai ici que des pistes de réflexion. Je constate que les turcs ont, encore aujourd'hui, un grave problème avec leurs minorités, qu'elles soient kurdes ou chrétiennes-orthodoxes. Il semble que la conception de la nation turque soit née dans le traumatisme de la longue décadence de l'empire ottoman, dans ce sentiment d'humiliation que les turcs ont vécu d'avoir été pendant des décennies "l'homme malade de l'Europe", celui qu'on exploite, qu'on dépèce, un peu comme la Chine à la même époque. Un sentiment xénophobe a pu naitre et éclater pendant ce conflit terrible qu'a été la guerre 14-18, qui s'est terminée pour les turcs par un humiliation de plus, la plus terrible, avec le traité de Sèvres. Certes, Ataturk a en partie rendu sa fierté et son honneur à la nation turque, par ses victoires contre les grecs, mais imparfaitement. Toute la politique des différents gouvernements turcs a été de lutter contre cette chute, en se crispant sur tous les sujets qui pourraient laisser craindre une nouvelle amputation de leur territoire. La question de Chypre, mais aussi lla querelle du Sandjak d'Alexandrette sont révélatrices de cette extraordinaire susceptibilité des turcs, qui ont été un grand peuple conquérant, et qui en gardent le souvenir et la nostalgie.

Plutôt que de remettre du sel sur les plaies, que pouvons nous faire pour aider les turcs et les arméniens à sortir de ce face-à-face stérile ? Il faut prendre garde de ne pas froisser la Turquie dans sa fierté et dans son sentiment d'être une grande nation. Je ne suis pas sûr que nous agissions très intelligemment avec notre valse hésitation sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Je ne suis pas certain non plus que nous soyons prêt à nous engager dans la voie qui consisterait à accorder à la Turquie un rang et des égards à la hauteur de ce qu'elle estime devoir lui revenir. C'est pourtant le chemin de la décrispation et de l'acceptation du passé, seule solution pour que les turcs acceptent de faire leur part du chemin vers la réconciliation.

l'art de la gesticulation

La dernière baudruche politico-médiatique concerne la candidature de Michèle Alliot-Marie à l'élection présidentielle. Tout le week-end, les journaux n'ont bruissé que de cela. Même Koz s'y est mis, après plusieurs autres articles sur le sujet.

Cette pseudo-candidature n'a strictement aucune chance d'aller à son terme, si tant est qu'elle soit officiellement lancée. Le système de financement des partis politiques et des campagnes électorales a parfaitement verrouillé l'élection présidentielle. Les dons des personnes morales, hormis les partis politiques, sont strictement interdits. Les seuls sources pour financer une campagne sont les apports personnels des candidats, les dons des particuliers (plafonnés à 4600 euros par personne) et les apports des partis politiques. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2002, les recettes des gros candidats ont tourné entre 12 et 18 millions d'euros. Comment faire sans le soutien financier d'un parti politique ? Si vous avez la solution, proposez-là à Michèle Alliot-Marie...

Ce qui motive les membres du clan Chirac, c'est de montrer à Nicolas Sarkozy qu'ils existent encore et qu'ils ont une capacité de nuisance. Ils ont perdu le contrôle de l'UMP, entièrement dans la main de Nicolas Sarkozy. Je ne vois pas comment un ou une autre pourrait être investi et surtout financièrement soutenu par l'UMP. Leur seule solution pour exister, voire pour survivre au delà de 2007 est de montrer les muscles, de gonfler les biscotos. Il faut montrer que l'on doit encore compter avec eux. Leur soutien, bien entendu, ne sera pas gratuit. Il va falloir offrir des postes, des prébendes et laisser le vieux chef couler une retraite paisible. On peut compter sur Jacques Chirac pour préserver les intérêts matériels de ses fidèles. C'est l'une des rares choses qu'il ait accompli avec constance et efficacité tout au long de sa carrière politique.

Il faut donc faire monter les enchères et pour cela, rien de mieux qu'une bonne séance de gesticulation médiatique. Ce qui est vraiment triste, c'est que les journalistes politiques se prêtent au jeu et donnent à fond dans le panneau. Ce n'est pas encore aujourd'hui qu'ils vont remonter dans mon estime.

vendredi 6 octobre 2006

Sur l'idée de Dieu

Je n'aborde pas beaucoup les questions spirituelles dans mes billets, hormis pour jouter avec Koz. Pourtant, deux billets récents, celui de Kryzstoff, l'athée et celui de Koz le catholique sur leur conception de Dieu et leurs doutes sur le sujet ouvrent des perspectives intéressantes et une possibilité de confrontation apaisée de points de vue. J'apporte ici la position d'un protestant réformé libéral qui n'engage strictement que moi.

La question est posée initialement par Kryzstoff, qui s'interroge sur l'existence de Dieu et sur la réalité qu'il faut donner à cette "entité". Il part du concept de Dieu pour essayer de comprendre d'où il vient. Ma démarche est inverse, je part de la société, de l'humanité. L'homme est un animal, au départ, mais encore aujourd'hui. Nous sommes guidés par des instincts, par des hormones qui nous dictent une partie de notre conduite. Mais nous sommes aussi plus que des animaux, car au dessus du cortex animal, nous avons un deuxième cerveau, qui fait de nous des êtres doués de parole et de raison. Nous sommes capables de communiquer autrement que pour transmettre des informations brutes. Notre capacité à l'introspection, à la réflexion sur soi nous met à part, pour notre bonheur et notre malheur.

L'homme est un être fini (qui n'est pas infini) qui a une conscience aigüe de lui-même, et que hante effectivement la perspective de la mort. Kryzstoff et Koz soulignent bien ce point central. Dotés d'une capacité de raisonner, d'appréhender notre environnement autrement que de manière purement utilitariste, nous avons développé tout un univers mental de représentations, de grilles de lectures du monde. C'est cela, la culture, que nous transmettons, pour laquelle nous faisons la guerre avec ceux qui ont d'autres représentations du monde. Quand on atteint de tels sommets, on se sent maître du monde et le hiatus entre ce sentiment de puissance et sa propre finitude est difficilement supportable. Nous sommes centrés sur nous-même, c'est humain, et la perspective de devoir disparaître un jour nous est difficilement supportable, surtout psychiquement (quand on fait un rêve au cours duquel nous sommes tués, le réveil est quasi automatique).

La religion, c'est un peu la recherche de la solution à ce hiatus. Dès le départ, l'humanité est partie sur une piste : il existe des forces invisibles qui nous dépassent. Les formes varient, passant de l'animisme aux polythéismes puis finalement aux monothéismes. Les analyses de Marcel Gauchet sur le sujet sont remarquables (Le désenchantement du Monde). Mais toutes ont ce point commun d'admettre l'existence de "quelque chose". Dans cette vision, l'entité appelée "Dieu" est toute puissante et tient notre destin entre ses mains. L'essentiel des rites à longtemps consisté à s'attirer la bienveillance de ce Dieu et à éviter sa colère (ça ne marche pas toujours). En tout état de cause, les motivations et les ressorts de l'action de Dieu nous sont inaccessibles et incompréhensibles, à moins qu'Il veuille bien nous donner des indications. C'est la position, très ancienne en fait, qu'a transmise au christianisme Augustin d'Hippone.

Aujourd'hui, la religion a subi d'importante mutations. Elle a perdu son rôle essentiel d'unfication d'une communauté autour d'une foi commune. Chacun est désormais libre d'adhérer ou non, sans que la communauté ne se disloque. D'autres ciments ont été trouvés, ce qui ne rend pas la religion obsolète pour autant, car les bonnes vieilles questions se posent toujours. Le vieux hiatus n'est en rien résolu, il serait même exarcerbé par le développement des sciences et des techniques, qui rend l'homme encore plus puissant, sans lui donner l'immortalité et le contrôle absolu sur le monde.

Avoir la foi, c'est croire que quelque chose existe, hors de notre portée, hors de notre contrôle. Quelque chose sur lequel nous avons beaucoup glosé mais sur qui nous ne savons, finalement pas grand-chose (barbu ou pas ?). Cette croyance est sans preuves, car bien peu peuvent prétendre avoir rencontré Dieu. Jésus est l'un d'entre (c'est d'ailleurs la base du christianisme) et il a été porteur de sa parole. Mais une fois de plus, rien n'oblige à y croire. Pour certaines confessions chrétiennes, d'autres contacts avec le divin ont pu avoir lieu. Pour les protestants, Jésus est une fenêtre de contact avec Dieu qui s'est refermée après lui et ne s'est plus rouverte. Tout ce que nous savons de lui est passé par Jésus. Dieu continue-t-il d'être présent à nos cotés ? Certains le croyent, Dieu serait à coté d'eux en permanence et interviendrait toutes les 30 secondes pour les guider ou leur éviter les obstacles. D'autres, comme moi, pensent que Dieu est absent de ce monde, qu'il nous délivre des messages et des recommandations, de loin en loin, mais qu'entre-temps, il nous laissent libres, de croire ou pas, de suivre ou non ses recommandations.

Dans notre monde, en l'absence de certitude et de preuve pour ou contre, avoir la foi est une attitude tout aussi raisonnable et sensée que ne croire en rien. Nous sommes dans un domaine de la représentation mentale, de ce qui fait nous des humains et les règles de la Raison ne s'y appliquent pas, car la Raison, celle des rationnalistes, ce n'est finalement qu'une représentation mentale, une parmi les autres, pas plus ni moins légitime que la croyance en l'existence de Dieu. Alors, pourquoi pas la Foi ?

jeudi 5 octobre 2006

Immaturité politique ?

Le poids de l'extrême-gauche dans le paysage politique français m'a toujours sidéré. Ces groupuscules, dont l'idéologie de base est héritée tout droit du 19ème siècle, passent leur temps à se chamailler et scissionner au point que personne ne s'y retrouve plus. Leur programme politique est totalement irréalisable et souvent, ils restent dans l'incantation. Les mesures concrètes sont rarement détaillées, mais cela n'est guère nécessaire puisque leur but n'est pas d'arriver au pouvoir, du moins pas par les urnes.

Et pourtant, ils bénéficient d'une aura et d'une image incroyablement positive, notamment dans les médias qui les font passer pour des modèles. Etre ou avoir été gauchiste, trotskiste, maoïste semble être une obligation, en tout cas, c'est toujours présenté comme valorisant. Je n'arrive pas à comprendre que l'on puisse encore accorder du crédit intellectuel à des individus qui se sont ainsi égarés. Et pourtant, ce sont eux qui occupent les postes importants dans l'université, la presse, l'audiovisuel. En politique, les partis de gauche en sont remplis de ces ex-trotskistes plus ou moins repentis. Bien entendu, les partis qui se réclament de cette mouvance font des scores aux élections et arrivent même à présenter plusieurs candidats à chaque présidentielles, ce qui montre que le terreau électoral est suffisamment riche.

J'essaye de comprendre ce qui est une singularité en Europe de l'Ouest, et pour moi une énigme. Est-ce une faiblesse de la culture politique des français ? Quelle culture de la responsabilité et de la démocratie cela révèle-t-il ? La démocratie, c'est le pouvoir du peuple, qui s'exerce par le suffrage, pour désigner des représentants chargés de gérer les destinées de la collectivités. Quand 15 à 25 % des voix se portent sur des candidats absolument pas en capacité de gérer le pays, et qui crient bien fort, au contraire, leur volonté de "tout casser", on se demande si les français sont politiquement matures.

Car finalement, la question est là, dans la capacité ou l'incapacité des électeurs à faire vivre la démocratie et à s'en approprier les rouages. Il semble que depuis l'Ancien régime, la France se complet dans un système ou une élite fermée (hier les nobles, aujourd'hui les hauts fonctionnaires) dirige le pays, sans trop demander son avis au peuple, sauf à ratifier en bloc les décisions prises (mais de loin en loin). De l'autre coté, le peuple semble lui aussi se plaire dans cette enfance prolongée, où il peut faire des caprices et jouir d'un confort douillet (sécurité sociale, pas de conflit militaire, culture et sous culture assurés...) sans avoir à affronter les responsabilités, qui imposent de trancher. De temps en temps, quand les "adultes" sont un peu trop sévères, on en change, mais on garde le même schéma. Ce n'est pas pour rien que la république française est très monarchique dans son fonctionnement, avec ce besoin du "père" rôle si bien joué par le général de Gaulle, et dans un autre registre, par François Mitterrand.

J'aimerais que la France change un peu, passe à l'âge adulte. Les pays nordiques y sont déjà, avec des résultats fabuleux. Ils consacrent davantage d'énergie et de temps à élaborer des stratégies réalistes, à mener des dialogues constructifs entre patronat et syndicats, dans une culture du dialogue social qui n'est pas celle du conflit et de la révolution. Certains bavent d'admiration devant les modèles scandinaves, sans comprendre qu'ils sont à des années lumières de notre culture politique et que c'est là que réside le secret de leur réussite.

mercredi 4 octobre 2006

Retour de flammes pour Sarkozy

La séance de questions d'hier au gouvernement fut particulièrement animée. C'est normal, c'est la rentrée et le principe même de cette séance veut que ce soit "la fosse aux lions". C'est là que se révèlent les personnalités, notamment pour les ministres. Nicolas Sarkozy a une fois de plus été le clou du spectacle.

En effet, il ne manque pas d'aplomb ni d'humour, ce qui donne à ses réponses un intérêt particulier. Hier, en réponse à une question d'un député socialiste UMP sur l'évacuation du squat de Cachan, il a lancé cette tirade : "J’ai fait évacuer le squat de Cachan parce qu’il y avait une décision de justice et que ne pas exécuter une décision de justice, c’est ne pas respecter l’indépendance de la justice, ce que je ne puis accepter…"

Il faut oser, ce qui prouve une réelle maitrise, du moins en surface. Il arrive à jouer sur ses précédentes déclarations sur les juges, enfonçant le clou, avec une auto-dérision (il avait le sourire aux lèvres) mais aussi un culot dont bien peu de personnalités politiques sont capables. Mais à jouer avec le feu, on peut parfois se brûler, et on a vu hier (du moins pour ceux qui savent observer) les limites de Nicolas Sarkozy. Sa réponse, polémique à souhait, met en cause le député-maire de Cachan, le socialiste Jean-Yves Le Bouillonnec, accusé d'avoir voulu faire un "coup politique" en accueillant les expulsés dans un gymnase de sa ville.

La réaction socialiste est immédiate et Jean-Yves Le Bouillonnec demande la parole pour un "fait personnel". Cette procédure permet à un parlementaire qui s'estime mis injustement et personnellement en cause de répondre. Jean-Louis Debré refuse et ne fait qu'appliquer le règlement (sinon, vu les polémiques lors des questions au gouvernement, on ne s'en sortirait pas). Mais ce n'est que partie remise. Après une question d'un député UMP, Jean-Yves Le Bouillonnec prend la parole, le député socialiste qui devait poser une question ayant renoncé à son temps de parole pour le laisser à Jean-Yves Le Bouillonnec.

C'est donc un député-maire vibrant d'indignation qui prend le micro, pour défendre son action, avec il faut le reconnaitre, une réelle sincérité. On sent l'homme blessé par une attaque qu'il estime profondément injuste. Dans ces moments là, les jeux de rôles cessent. Ils cessent pour le maire de Cachan, mais aussi pour le ministre de l'Intérieur. Sarkozy choisit de répondre frontalement en prenant le contre-pied : "j’affirme que vos déclarations sont entièrement fausses". Il reprend le contenu de son propos lors de la précédente question, en le martelant. Inutile de dire que l'ambiance est électrique et fortement chargée en émotion.

Ce sont deux hommes qui s'affrontent et dans ce combat, Nicolas Sarkozy à quelque part perdu symboliquement. Alors qu'il est censé répondre à un député en particulier et donc s'adresser à lui, Nicolas Sarkozy n'a pas regardé dans la direction de Jean-Yves Le Bouillonnec pendant tout le temps de sa réponse. Il a fui le regard de son adversaire, signe d'un malaise qui contrastait singulièrement avec l'aisance de sa première réponse, où il se trouvait dans un schéma d'affrontement "politique" sans implications émotionnelles. Quand on joue avec le feu, il faut se garder des retours de flammes.

lundi 2 octobre 2006

Des députés indépendants

La promo s'amplifie autour de la sortie du livre "des députés sous influences", dont je ne manquerai pas de faire un compte rendu quand je l'aurai lu. Après l'Express, c'est "20 minutes" qui s'y met. Je ne peux pas, d'ores et déjà, m'empêcher de réagir au contenu lapidaire cet article qui fait de cette promotion la couverture principale de son édition du 2 octobre. Ce que je peux dire ici ne concerne donc que le contenu de l'article, et ce que l'on percevoir du contenu du livre à travers cet article.

La philosophie générale sous-tendue est quand même celle du "tous pourris", les députés se faisant "acheter" par des lobbies (ouh le vilain gros mot) et les intérêts "privés". En gros, ils sacrifieraient l'intérêt public aux intérêts privés. Avec des phrases comme "pour qui roule votre député ?", on laisse entendre que certains ne seraient que des putes, qui vendraient leur vote au plus offrant. On flatte ici le vieux fond anti-parlementaire, mine inépuisable pour les partis des extrêmes.

Pour appuyer ces propos, on nous présente quelques faits, qui seraient des "preuves" au soutien de l'insinuation principale. Certains lobbies disposeraient de "badges d'accès". Oui, et pourquoi pas. L'Assemblée nationale, ce n'est pas le coffre à lingots de la Banque de France ! C'est un lieu public dont l'accès est règlementé pour des raisons de sécurité, mais c'est tout. De la même manière, toutes les informations qui circulent à l'Assemblée nationale sont publiques. Il n'y a pas un quelconque secret défense. En même temps, tout n'est pas en ligne sur le site internet de l'Assemblée et le travail de "veille" qui peut être demandé à des assistants, c'est de repérer quand un texte va être mis en discussion, qui a déposé des amendements, quel député va être actif (histoire d'aller le rencontrer). Rien de confidentiel donc, mais simplement des informations qu'il est plus facile d'obtenir pour quelqu'un qui est "de la maison". Sur l'existence de groupes d'études et de "colloques sponsorisés", faudrait-il que les députés s'excusent d'avoir des contacts avec les professionnels d'un secteur ? Faut-il se nettoyer soigneusement après tout contact, même furtif, avec un représentant d'un lobby ?

Les lobbies sont présents à l'Assemblée nationale, et il y ont leur place !!! Le parlementaire qui doit se prononcer sur un texte, quand il veut bien faire son travail, commence par écouter des spécialistes du sujet, mais aussi les professionnels concernés, qui viennent exposer ce qu'ils attendent, ce dont ils ont besoin, ce qui va les gêner. Comment peut-on imaginer voter un texte agricole sans écouter la FNSEA, la Confédération paysanne, les chambres d'agriculture... Les écouter, cela ne veut pas dire les suivre et leur obéir aveuglément !! Les députés plus spécialement chargés d'un projet de loi (les rapporteurs et les spécialistes) savent faire la part des choses entre les demandes légitimes et celles qui sont abusives.

Cette représentation révèle une conception très "absolutiste" du pouvoir. Finalement, l'univers mental des français est encore très marqué par la monarchie absolue, avec un roi qui décide seul et un peuple qui s'incline et applique sans la moindre discussion l'ordre qui tombe du ciel. Nous sommes dans une démocratie REPRESENTATIVE, les députés ne sont pas des oints du seigneur à qui la vérité serait seule révélée et que le contact avec des éléments extérieurs pervertiraient. Au contraire, la démocratie implique le dialogue et la négociation. Pour discuter, il faut des partenaires et les lobbies en sont un.

Les députés sont le reflet et l'écho de notre société et avant de jeter la pierre sur les députés, que chacun s'interroge sur ses propres comportements, ses propres adhésions. Etre membre d'une association de "défense de quelque chose", c'est adhérer à un lobby, dont le but est de peser sur les décisions des pouvoirs publics. Qui n'a jamais écrit à son député pour lui faire part de son opposition ou de son adhésion à un texte (sur la loi DADVSI par exemple) ? Rien que ce geste, et vous êtes devenus soutien d'un lobby, en apportant votre contribution à la pression qui s'exerce sur les députés pour pencher dans un sens ou un autre. Quand viendra le moment des élections, combien détermineront leur choix en fonction de l'attitude et des votes des candidats sur tel ou tel sujet bien précis. Les lobbies ne pèsent auprès des députés que parce que derrière, il y a des voix à gagner ou à perdre aux prochaines élections.

Tout ce débat autour des influences qui s'exercent sur les députés n'est en fait qu'un écran de fumée. Le vrai pouvoir, il n'est pas à l'Assemblée nationale, mais dans les ministères. Le vrai sujet, c'est le pouvoir et l'influence des lobbies auprès des administrations centrales, des ministres et du chef de l'Etat, car c'est là que se prennent les décisions.