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samedi 30 septembre 2006

L'impasse de la décroissance

Le concept de décroissance est en vogue en Europe depuis au moins une trentaine d'années. Les décroissants ont une conscience aigüe des limites de notre monde et surtout du fait qu'elles risquent d'être bientôt atteintes. Les réserves de matières premières et d'énergie ne sont pas inépuisables et au train où va le monde, il risque de se prendre un mur dans pas longtemps, un sévère rappel à l'ordre de la part de la planète. La réflexion est engagée, notamment sur les blogs. Ce mouvement m'est sympathique car je partage leur inquiétude sur ce monde qui est devenu fou, comme un cheval emballé. Les signaux sont alarmants, car nous avons quand même réussi (ou presque) à détraquer le climat. Des conneries peut-être irrécupérables sont en train d'être commises.

Je partage également leur vision très critique de la consommation à outrance qui anime notre société. Encore plus, toujours plus vite, finalement pour quoi faire, dans quel but ? On ne le sait même plus ! Notre société tourne de plus en plus à vide et on se retrouve dans le "croître pour croître". Moi aussi je m'interroge, je cherche autre chose car l'homme ne vit pas simplement de croissance, pas plus que d'amour et d'eau fraîche. Ce que j'apprécie également dans ce mouvement est le choix de la modestie, et surtout de l'action concrète. Pas ou peu de postures médiatiques, de grandes idées généreuses mais vaines et vouées à rester théoriques, mais une somme d'attitudes concrètes, de petits gestes salutaires : se couper (autant que possible) du flux médiatique, refuser d'entrer dans le jeu de la consommation inutile, adapter son style de vie pour préserver les ressources sans pour autant vivre qualitativement moins bien.

Mais un élément me heurte, c'est ce choix de prendre la voie de dé-croître. Décroître, c'est décliner, c'est aller vers la mort. Je vois dans cette attitude un révélateur de la fatigue d'une partie de notre société occidentale. Nous sommes à un sommet, sans nous rendre compte que d'autres, à travers le monde, ne sont pas encore au stade de dégoût de la consommation à outrance, parce qu'ils n'ont pas commencé à consommer, tout simplement. Si nous devons être les seuls à décroître, pendant que les autres ne pensent qu'à avancer et à croître, nous allons rapidement nous retrouver, au mieux marginalisés, au pire submergés, comme l'empire romain le fut par les peuples barbares. Si nous voulons continer à exister, à peser sur les choix mondiaux pour qu'ils aillent dans le sens que nous pensons bons pour l'ensemble de l'humanité, il faut continuer à croître.

Pour autant, il ne faut pas forcement croître n'importe comment. Le but de ces mouvements devrait au contraire, être de prendre le contrôle de la croissance et de l'orienter. Il faut continuer à croître pour dégager des surplus et réaliser les investissements nécessaires pour continuer à croître suffisamment dans l'avenir. Une fois ce minimum assuré, le reste peut être soit mis au service de l'homme et de son épanouissement. On peut aussi choisir un mode de croissance moins productif, moins "rentable". Qu'importe la rentabilité, à partir du moment où le niveau d'investissements pour l'avenir est atteint ! Cela permettra de remplir pleinement les objectifs du "développement durable", théorie qui me plait, même si je suis agacé par toutes les tentatives de récupération et d'accaparement de cette notion par des groupes plus ou moins politisés.

La décroissance est sympathique, mais à terme, c'est une impasse mortelle, car elle nous prive du levier qui nous permet de continuer à exister. Entre la course folle et le suicide, je pense qu'il y a une troisième voie, du moins je l'espère.

vendredi 29 septembre 2006

Jésus lave plus blanc

Sous ce titre réjouissant, un petit opuscule de Bruno Ballardini où il relit l'histoire et le comportement de l'église catholique à la lumière et avec le vocabulaire du marketing. On s'aperçoit alors que nos communicants actuels n'ont rien inventé, pas plus dans les techniques de publicité (missions) que dans l'installation et l'aménagement d'un point de vente (église en langage religieux) ni même dans le "branding".

Paul de Tarse a été un génie pour créer la marque, avec un produit, un détachant à péchés, inventé et testé avec succès par un certain Jésus. Se développe alors une multinationale, aujourd'hui encore très puissante, avec son PDG (le pape) ses conseils d'administration (les conclaves et synodes) et ses assemblées générales (conciles). Le réseau de distribution est fabuleux, avec une forte densité de points de vente et une foule de produits dérivés, adaptés à chaque segment du marché, y compris les niches les plus étroites. Régulièrement, de grandes opérations d'animation commerciale sont lancées, itinérantes (JMJ) ou au siège de la firme, avec tous les 25 ans une opération "portes ouvertes" (jubilé). Rien de mieux s'est fait dans les OPA depuis la captation de l'héritage du vieil empire romain, qui a permis de récupérer la marque "Rome", leader dans le symbole de pouvoir, et de liquider la filiale se situant sur le même marché (le paganisme). Eliminer ainsi la conccurence, combien de PDG en rêvent !

Inutile de dire que je me suis bien marré à cette lecture. En bon parpaillot qui se respecte, j'avais acheté ce livre pour lire un bon pamphlet qui charge allègrement les travers de l'église catholique. Je n'ai pas été déçu, certains passages étant désopilants. Reprenant des extraits du missel romain sur la lithurgie et l'aménagement des églises, il suffit parfois de changer quelques mots pour se croire dans un manuel pour directeurs de supermarchés. Le passage sur les "produits dérivés" vaut également son pesant de cierges. Je ne détaille pas plus, il ne faut pas trop déflorer ce qui fait l'un des charmes de ce livre (je te le prêterai si tu veux, Koz).

Sous cette pochade apparaissent des choses plus sérieuses. L'auteur y esquisse une intéressante réflexion sur l'Ecriture, qui enferme le message et la Parole, qui le libère. Les comparaisons marketing sont parfois tellement justes qu'on est obligé de réfléchir sur les pratiques autour de la foi et du message chrétien. Est-ce un "produit" comme un autre ? Toutes les techniques sont-elles légitimes pour le diffuser ? Féroce sans être méchant et inutilement agressif, l'auteur oblige subtilement chacun de nous à voir une réalité que l'on connait sous un angle inhabituel et dérangeant. C'est là l'autre charme que j'ai trouvé à "Jésus lave plus blanc".

La Laïcité en profondeur

Je ne peux que recommander l'excellent billet de Sébastien Fath, jeune chercheur CNRS spécialisé en sociologie des religions, sur l'éventuelle réforme de la loi de 1905. Analysant le rapport Machelon, commandé par Nicolas Sarkozy, il en reprend les grandes lignes en y apportant sa vision de fin connaisseur des questions religieuses. Il traite véritablement le dossier au fond, sans aucune préoccupation politicienne pro ou anti-Sarkozy.

Cela ne l'empêche pas d'être critique, notamment sur la proposition du rapport d'autoriser le financement des constructions de lieux de culte par les municipalités. Sa position est longuement argumentée et ses contre-propositions sont franches et politiquement explosives. Il préconise que ce soient les associations cultuelles (donc les paroissiens) qui paient tout, y compris l'entretien et les grosses réparations (en bénéficiant des aides habituelles en cas de classement comme monument historique). Etant des privés ayant la disposition exclusive du bâtiment, il est normal qu'ils en assument les charges. Et s'ils ne peuvent pas entretenir, qu'ils vendent !

Une chose est certaine, il va falloir se pencher sur ce dossier de la loi de 1905 et de l'égalité des cultes. Actuellement, si la République ne reconnait aucun culte, elle en salarie (en Alsace Moselle) et en subventionne (partout en France). Soit on subventionne tout le monde au niveau de ce que touchent les religions présentes avant 1905 (et c'est la ruine des finances locales) soit on revient à l'esprit de la loi et on ne subventionne personne, mettant tout le monde au même niveau. Cette position est assez radicale, mais parfaitement cohérente. Pourquoi l'église catholique se verrait refaire les toitures d'églises dont elle n'a plus l'usage qu'une fois par mois, pour une poignée de fidèles, alors que l'on refuse de construire des mosquées, laissant les musulmans pratiquer leur culte dans la rue ou dans des caves ?

Le paysage religieux de la France a bien changé depuis 1905. Adapter la loi est donc une nécessité et si ce chantier ne semble pas susciter l'engouement des médias, c'est peut-être aussi bien. Cela permettra de débattre dans une certaine sérénité, ce qui ne sera pas de trop vu les enjeux financiers et symboliques.

jeudi 28 septembre 2006

Dominique, François et les autres

Hier soir, deuxième édition de la "république des Blogs". Beaucoup de monde, surtout au début. Il faudra penser trouver un autre lieu si le succès d'affluence se confirme. Cet évènement, qui n'en est qu'à sa deuxième édition devient polymorphe. Comme pour les poupées russes, plusieurs évènements s'enchassent les uns dans les autres.

La république des blogs est devenue un "évènement" dans le sens du "lieu où il faut être et se montrer". La venue de deux candidats à la présidentielle, François Bayrou et Dominique Voynet est un signe qui ne trompe pas. Avec les agendas chargés qu'ils ont, ils sont obligés de faire des choix, d'arbitrer. Le fait d'être présent et pas seulement cinq minutes est un signe qui ne trompe pas sur l'intérêt qu'ils portent aux blogs. Reste à voir le pouvoir d'attraction de la prochaine édition pour confirmer, mais je n'ai guère de doutes.

A coté de cet aspect très "politique", il y a l'aspect convivial, celui de la rencontre physique de blogueurs qui ne se connaissent que par articles et commentaires interposés. A chaque édition son lot de nouvelles têtes et le plaisir de retrouver ceux que l'on connait déjà (et que je ne vais pas citer, sinon, on n'en finit pas), de pouvoir discuter tranquillement. J'ai eu peur un moment que l'attractivité politique ne tue la convivialité, mais finalement, les deux facettes se sont très bien combinées. Même si cela ne me fait plus rien de cotoyer de près les "vedettes" de la politique (j'en croise tellement) je conçois que cela puisse intéresser certains. Ceux qui comme moi, souhaitaient avant tout le calme et la conversation pouvaient se réfugier loin des people et des caméras, par exemple sur la terrasse, étonnament vide malgré la douceur des températures.

Bilan très positif donc, par la diversité des présents et donc des rencontres que l'on peut y faire, par l'ambiance sympathique et la convivialité.

mercredi 27 septembre 2006

Une autre relation entre patrons et salariés

L'Assemblée nationale va examiner la semaine prochaine un projet de loi intitulé "développement de la Participation et de l'actionnariat salarié". Il vise à renforcement deux systèmes mis en place par le général de Gaulle, l'intéressement en 1959 et la Participation en 1967, où les salariés sont associés au résultat et à la gouvernance de l'entreprise.

Les salariés des grosses entreprises connaissent bien ces lignes supplémentaires sur la fiche de paie, qui permettent d'avoir des suppléments agréables si les résultats de l'entreprise sont bons. Mais bien souvent, cela ne va pas plus loin. Pour ce qui est de la gouvernance d'entreprise et de la participation aux décisions, les salariés peuvent passer leur chemin. Pourtant, l'ambition de la Participation était d'inaugurer une nouvelle forme de relations sociales au sein de l'entreprises entre patrons et salariés. Une relation autre que la confrontation syndicale, sur fond de lutte et d'antagonisme où le dialogue se fait de tranchée à tranchée entre deux conflits sociaux. On comprend que la Gauche, plus ancrée culturellement dans le syndicalisme, n'ai pas fait grand-chose sur ce terrain de la participation, vue surtout comme un "acquis social salarial". Et c'est bien dommage.

Je pense qu'il y a là une nouvelle voie à creuser pour favoriser le dialogue social, avec en arrière plan l'idée qu'une collaboration est possible, que le patron et le salarié ne sont pas voués à une antagonisme éternel et irréductible. Cela implique des changements culturels de chaque bord et que les deux partenaires acceptent de jouer le jeu. On peut espérer que la CFDT, seul syndicat d'une certaine importance à avoir une attitude constructive, pourra être le pilier et le relais de cette politique chez les salariés. Ces derniers ont tout à gagner à investir dans leurs entreprises, à investir les conseils d'administration en usant des pouvoirs qui peuvent leur revenir comme actionnaires. Pour que les administrateurs salariés puissent pleinement jouer leur rôle, il faut qu'ils soient soutenus, qu'il y ait derrière une attente et un investissement (pas seulement financier) de la part des salariés, qui doivent s'approprier ces mécanismes. Il faut dans le même temps que les employeurs comprennent qu'il est de leur intérêt d'associer les salariés aux décisions, pour qu'elles soient mieux comprises, mieux admises, et prévenir ainsi les conflits sociaux. A l"heure où on se gargarise tant de "démocratie participative", pourquoi ne pas introduire le concept (une peu aménagé) dans l'entreprise.

Cette loi a donc pour ambition de toiletter les mécanismes, en les élargissant, pour relancer une dynamique initiée par le général de Gaulle, et qui aujourd'hui, peut rencontrer des conditions favorables à son épanouissement. L'avenir de la Participation sera ce que l'on en fera. Ici, les politiques proposent, mais ce sont les citoyens en tant que salariés qui disposent et feront vivre ou pas la Participation.

lundi 25 septembre 2006

Il paraît qu'ils sont députés...

Cet après-midi, s'est déroulé le débat sur l'article 10 de la loi sur l'énergie, celui qui autorise l'Etat à descendre en dessous de 70% du capital. Dans les discussions parlementaires, avant chaque article, des orateurs peuvent s'inscrire pour une "mini discussion générale" où ils peuvent exprimer leur position politique sur la mesure proposée dans l'article. Sur cet article sensible, tous les pontifes socialistes se sont inscrits : Ségolène Royal, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Jack Lang, François Hollande, Dominique Strauss-Kahn. C'est l'occasion pour certains de se rappeler qu'ils sont députés.

Il y a plusieurs méthodes pour calculer l'activité d'un parlementaire. Les magazines se livrent régulièrement à ces petits comptes, sur le mode "votre député est-il un faineant ?". Pour cela, ils prennent des indicateurs qui souvent ne veulent pas dire grand chose, comme le nombre de questions écrites, les chiffres donnés par le site internet de l'Assemblée sur les interventions en séance. Ces indicateurs sont tronqués, car pondre de la question écrite, ce n'est pas bien difficile, il suffit de motiver un peu son collaborateur. De même, les chiffres d'interventions en séance données sur le site internet prennent en compte toutes les prises de parole, y compris quand le député se contente de d'interrompre ses collègues, sans pour autant apporter un avis éclairé ou un participation au débat.

Le travail des parlementaires, c'est de participer à la délibération (fonction de représentation), à l'élaboration de la loi et au contrôle de l'action du gouvernement. On peut juger de leur activité au nombre de rapports produits, au nombre d'interventions construites, d'amendements déposés, bref, tout ce qui nécessite de passer un peu de temps et de se pencher réellement sur les dossiers (histoire de ne pas dire trop de conneries à la tribune de l'Assemblée). C'est là seulement que l'on peut apprécier si un député a fait son boulot. Venir faire un bout de causette en discussion générale ou comme orateur sur un article, cela ne mène pas loin et n'a guère d'utilité pour le travail parlementaire. On a même coutume de dire qu'un texte de discussion générale, c'est avant tout un communiqué du député à destination de la presse, locale ou nationale.

Sur le panel cité plus haut, seuls deux d'entre eux font correctement leur boulot de député. Il s'agit d'Arnaud Montebourg avec 68 interventions en séance depuis le début de l'année 2004 et 12 questions d'actualité au gouvernement depuis le début de la législature, et François Hollande avec 86 interventions depuis 2004 et 15 questions d'actualité depuis 2002. Les autres sont très peu présents et donc pas en mesure de fournir le travail que l'on attend d'un député.

Commençons par le pire, Jack Lang. Aucune question d'actualité et une seule intervention significative, au cours du débat sur les droits des malades en fin de vie, en novembre 2004.

Vient ensuite Dominique Strauss-Kahn, trois questions d'actualité et deux interventions : La loi de finances pour 2005 (octobre 2004) et le projet de loi sur l'énergie (septembre 2006).

Ségolène Royal, trois questions d'actualité et trois interventions significatives, sur le texte "autonomie financière des collectivités locales" (mai 2004), sur le projet constitutionnel de charte de l'environnement (mai 2004) et sur le projet Fillon sur l'école (février 2005).

Laurent Fabius, cinq questions d'actualité et trois interventions : La loi sur l'application des principes de laïcité dans les écoles (février 2004), la loi sur la réforme de l'assurance-maladie (avril 2004) et la loi sur l'égalité des chances (février 2006).

On est loin des scores des "tacherons" de base, comme François Brottes, député de l'Isère avec 185 interventions en séance depuis 2004, qui porte beaucoup de sujets "industriels" ou Jean Gaubert, député des Côtes d'Armor, 86 interventions, le spécialiste "agricole" du PS, Augustin Bonrepaux, député de l'Ariège, 188 interventions, ancien président de la commission des finances, le "Monsieur Budget" avec Didier Migaud, député de l'Isère (131 interventions). Voilà des noms de députés socialistes qui bossent, qui sont présents en séance, y compris de nuit, qui y restent alors que d'autres se contentent de faire tour, d'utiliser la tribune de l'Assemblée pour passer un message et s'en retournent.

Ségolène Royal a annoncé qu'elle ne se représenterait pas à la députation en 2007. Qu'elle ne s'inquiète pas, le travail parlementaire n'en souffrira pas.

Edit du 28 septembre 2006: L'express à un temps de retard et surtout, reprend exactement mes propos. Les grands esprits qui se rencontrent, mais certains ont plus d'avance que d'autre (à défaut d'avoir la même audience).

Ca sent le gaz

Ce lundi, vers 15 heures, alors que la séance devait reprendre sur la loi sur l'énergie, le Palais-Bourbon a été évacué pour une fuite de ... gaz. Hasard ou coup fumant des syndicats de GDF ? Il y a des signes que les anciens auruspices auraient interprété comme néfastes.

samedi 23 septembre 2006

Ségolène dans un fauteuil ?

La campagne interne s'intensifiant chez les socialistes, on nous balance tous les jours des sondages. Certains s'en méfient comme de la peste et en notent les incohérences. Et il y a de quoi !

Ce sondage porte sur un échantillon de sympathisants socialistes. Que je sache, en novembre, ce sont les militants socialistes qui votent. Il ne faut pas confondre les deux populations qui sont assez différentes dans leur comportement. Le militant est quelqu'un qui a pris sa carte, en direct dans une section ou sur internet. Il a franchi un seuil et accepté de "s'engager". Il faut être militant politique ou l'avoir été pour se rendre compte des différences et des spécificités du militantisme politique. Dans tous les partis, mais au PS plus qu'ailleurs, les idées sont finalement assez secondaires, ce qui prend le plus de temps et d'énergie, ce sont les querelles de personnes et la course aux honneurs. Qui va être chef, sous-chef, vice-sous-chef ? C'est souvent la grande question dans les sections. Ce qui se produit à la base est visible au sommet avec les guerres d'éléphants, qui passent d'un bord à l'autre en fonction de considérations de personnes et de carrières, mais très peu pour des raisons idéologiques. Un sympathisant qui souhaite militer se retrouve immédiatement pris dans ces jeux de pouvoir clientélistes et seuls restent ceux qui y trouvent leur compte, souvent car ils aspirent eux aussi aux postes et aux honneurs. Les autres, ceux qui sont venus pour défendre des idées et des idéaux, repartent en courant. Un vote des militants n'est donc en rien assimilable aux souhaits des sympathisants.

Il faut ensuite connaitre les arrières boutiques et les recettes des votes au sein d'un grand parti. Je souhaite que le vote pour la désignation du candidat socialiste soit sincère et transparent. Mais...

Tous les grands partis ont des traditions et des petits arrangements avec la démocratie interne, les socialistes comme les autres. Ils jurent leur grands dieux, tous les dix ans, que les pratiques un peu douteuses appartiennent au passé, que maintenant tout est clair. Et à chaque fois, le même cirque recommence. D'abord, il y a le "nombre de cartes", et comme les électeurs parisiens de certains arrondissements, on peut avoir des "militants fictifs". Faire de la carte, tous les vieux routiers connaissent. On fait adhérer (en liquide) des familles entières, et si on pouvait aussi carter le chien et le poisson rouge, vous pouvez être certain qu'ils voteront, par procuration bien entendu. On ne voit ces militants que le jour de l'élection et jamais plus après. Cela n'est pas une pratique ancienne et purement socialiste. En 2003, Alain Carignon est devenu président de l'UMP de l'Isère par ce moyen. Dans le même genre, il y a les adhérents un peu moins fictifs, qui prennent leur carte pour des raisons tout autres politiques. Dans certaines villes du sud de la France, j'ai ouï dire qu'il était bon pour les employés municipaux, dans l'intérêt de l'avancement de carrière, d'avoir la carte du parti. Et au moment du vote, il est bon de donner des gages d'obéissance aux consignes des élus municipaux. Et après, comment s'étonner de scores africains, de fédérations qui votent à plus de 80% pour une motion. La possibilité d'adhérer par internet, dans cette optique, est un boulevard pour la fraude et l'exigence de "présentation physique" dans une section n'est qu'élémentaire prudence.

On peut penser que, compte tenu des pensanteurs internes et du poids des éléphants sur l'appareil, il y aura deux tours lors de cette élection interne de désignation du candidat à l'élection présidentielle. Ne serait-ce que pour éviter une humiliation à Lionel Jospin et à Laurent Fabius. Et c'est là que réside le danger pour Ségolène Royal, car le scénario de deuxième tour le plus probable est un choc Royal-Jospin. Et là, on peut se retrouver avec un front uni du "tout sauf Ségolène" extrêmement risqué pour elle. En 1999, lors de l'élection par les militants RPR de leur président, il y avait un candidat "officiel", parrainé par la chiraquie. Il s'appelait Jean-Paul Delevoye. Arrivé en tête au premier tour (35%) talonné par Michèle Alliot-Marie (31%), il a été pulvérisé au deuxième tour (62-38), tous les autres candidats éliminé se ralliant à Michèle Alliot-Marie. Le scénario au PS pourrait bien être le même, avec peut-être des proportions différentes, mais un même résultat.

Je suis donc très prudent sur ce sujet de l'investiture socialiste pour la prochaine présidentielle. Il se pourrait bien que le candidat officiel ne se prénomme Lionel...

vendredi 22 septembre 2006

La république des blogs 2

La deuxième rencontre des blogueurs politiques approche, c'est mercredi prochain, 27 septembre 2006, sous la houlette de Versac, GO de cette charmante animation.

            

J'avais bien apprécié la première rencontre, qui m'avait permis de mettre quelques visages sur des blogs que je fréquente, avec lesquels j'ai des discussions passionnées (non, pas de bûcher prévu pour mercredi). J'espère à cette occasion fait la connaissance de ceux qui, la dernière fois, se sont contentés de rester au loin, sans oser approcher, ainsi que ceux avec qui je n'ai pas eu le temps de discuter.

Venez donc nombreux.

jeudi 21 septembre 2006

L'apprentissage de la violence

La fessée va bientôt être interdite aux Pays-Bas. Au moins pour les enfants, ainsi que les violences mentales et physiques. Cela nous ramène à des débats en vogue en France dans les années 70 et un peu passés de mode aujourd'hui, sur les questions d'autorité et de violence.

A mon sens, la violence telle que visée par cette interdiction est une pure construction de l'esprit. Nous sommes centrés sur notre propre égo, qui pour nous est le centre de tout, l'alpha et l'oméga de notre existence. Nous refusons toute atteinte à cet égo, voire toute contrariété. Nous appelons cela violence et elle devient de plus en plus insupportable à mesure que notre égo grandit et que l'individu devient le centre de tout. C'est en partie pour cela que nous avons du mal à comprendre d'autres lieux et surtout d'autres époques, où l'individu en soi vaut moins que le collectif, où finalement, l'égo est faible et non central dans la construction de l'individualité. Je suis un occidental de mon temps, je ne prétends pas m'abstraire de cette réalité, juste en avoir conscience pour prendre un peu de recul face à la vie qui nous malmène sans ménagements et aux autres, qui ont toujours tendance à préserver leur égo au détriment du mien.

Je considère que la voie suivie par les néérlandais sur cette question de l'interdiction de la violence des parents sur les enfants est dangereuse, quoique parfaitement logique et cohérente avec l'évolution de la modernité occidentale issue des Lumières. La violence, telle que nous la concevons, est inévitable et rien ne pourra jamais la supprimer. Le croire, même l'espérer, c'est se bercer d'illusions. La vie est dure, le monde est violent et surtout, les autres sont violents. Alors autant habituer les enfants à cette violence. Vouloir la leur épargner, c'est leur rendre un mauvais service, car le jour où ils la rencontreront, ils seront démunis et là, les dégâts psychologiques risquent d'être d'une autre ampleur que ceux provoqués par une bonne fessée. C'est le rôle des parents d'éduquer leurs enfants et de leur faire faire les apprentissages nécessaires, y compris celui de la violence. Les enfants peuvent ainsi expérimenter, se forger une personnalité qui soit apte à faire face à la vie en société.

Les hollandais sont vraiment des précurseurs dans bien des domaines. Ils expérimentent tout ce que peut prescrire la modernité occidentale poussée à son maximum. Quand ils se plantent comme sur la libéralisation des drogues ou le multiculturalisme à tout-va, cela nous évite de nous lancer dans des impasses. Sur cette question de la violence, j'ai l'impression qu'ils remettent ça. Affaire à suivre donc !

mercredi 20 septembre 2006

Un putsch de salubrité publique

Les militaires viennent de prendre le pouvoir en Thaïlande. Contrairement à Versac, qui me déçoit beaucoup sur ce coup là, j'estime que ce putsch était nécessaire, voire salutaire.

Le premier ministre, en poste depuis 2001, avait largement perdu sa légitimité et cherchait à se maintenir à tout prix au pouvoir, y compris en manipulant les élections. Le pays n'a plus de Parlement, le dialogue est totalement rompu entre le gouvernement et l'opposition. Le fonctionnement des institutions est totalement paralysé, alors qu'une guerre civile fait rage au sud du pays (attisée d'ailleurs par le premier ministre renversé). Il y a des moments où il faut trancher dans le vif et mettre fin aux crises. Le temps était venu de recourir au mode de régulation extrême, le coup d'état militaire.

Je suis pour la démocratie, mais contrairement à Versac, je ne met pas cette exigence démocratique au dessus de tout. Il faut qu'un pays fonctionne et si le prix à payer pour une "vraie démocratie" c'est l'impuissance et le chaos, cela fait cher et au final, tout le monde est perdant. Ensuite, quand on verse des larmes de crocodiles sur une "démocratie", on regarde avant la réalité de ce que l'on met sous ce vocable. Le premier ministre renversé est certes arrivé au pouvoir par les urnes, mais le reste de son comportement ne correspond pas franchement à nos critères occidentaux pour qualifier un régime démocratique. Que ce soit la fortune de sa famille, son autoritarisme, le trucage des élections ou son comportement vis-à-vis des minorités ethniques, on est en plein dans le potentat oriental façon Suharto en Indonésie ou Marcos aux Philippines (qui lui aussi est arrivé au pouvoir démocratiquement).

L'armée thaïlandaise a pris le pouvoir, mais attendons de voir ce qu'elle compte faire. 23 coups d'état militaires en 70 ans, c'est beaucoup, bien plus que le Paraguay où il s'est écoulé 35 ans entre deux coups d'état, pendant lesquels le dictateur Stroessner a régné pour le grand désespoir de son peuple. La Thaïlande n'est pas du tout dans ce shéma, et les militaires ont toujours rendu le pouvoir aux civils (de plus ou moins bonne grâce) et la démocratie a globalement repris ses droits. Derrière le coup d'état, il y a le roi, qui règne depuis 60 ans et qui est le véritable garant de la stabilité de son pays. S'il soutient le coup d'état, c'est qu'il l'estime nécessaire. Faisons donc lui confiance. Le peuple thaïlandais ne s'y trompe pas et le vénère.

Je m'agace toujours profondément de cet attachement occidental aux critères formels d'un régime démocratique qui est avant tout le notre. Pourquoi la Thaïlande devrait-elle se fixer comme but l'instauration de pratiques politiques copiées sur l'occident ? Arrêtons, de grâce, ce comportement ethocentique. Les thaïlandais sont assez grands pour choisir leur propre mode de fonctionnement, avec des pratiques et des logiques en adéquation avec leur culture, qui n'est pas la notre et qui n'est est pas moins respectable et en rien inférieure.

mardi 19 septembre 2006

Il faut que ça prenne ...

Les remous autour des propos prêtés à Benoît XVI continuent à occuper les médias et la blogosphère. Jusqu'à maintenant, je suis resté très prudent sur le fond théologique. N'ayant pas eu tout de suite le texte français et connaissant la subtitlité intellectuelle, mais aussi la modération de Benoit XVI, je ne me sentais pas en mesure de porter un jugement rapide qui aurait été trop expéditif. J'y vois un peu plus clair maintenant.

Sur l'aspect médiatique, les torts sont partagés. Benoît XVI a maintenant compris qu'il n'est plus le cardinal Ratzinger. Les petits plaisirs intellectuels de haute volée, c'est terminé, du moins par oral. Il est pape et à ce titre, tout ce qu'il peut dire ou écrire est disséqué (parfois de manière malveillante). Il ne doit donc en aucun cas prendre le risque d'être mal compris. Cette histoire de citation de Manuel II est typiquement l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Le pape a tenu un propos de haute volée, justement de trop haute volée, qui a largement débordé le champ du public à qui il était destiné et qui pouvait en saisir le sens. Demander aux journalistes et au grand public d'avoir une finesse de théologien ou d'universitaire, c'est trop attendre d'eux. Pour autant, les journalistes ont commis de grosses bourdes. On ne leur demande pas d'être des génies, mais juste de connaitre leur limites, et de demander conseil quand ils sont dépassés. Ils sont pourtant partis au quart de tour sans chercher à approfondir. Ils auraient pu au moins se renseigner pour savoir quels propos avaient été exactement tenus par Benoit XVI et s'ils étaient bien dans la lignée de ce qu'il avait pu dire avant. Autre grosse connerie, inhérente au système, c'est la déformation d'une info pour en faire quelque chose de vendable. On tient un truc qui va faire vendre du papier ! Pensez donc, le pape (cible très appréciée) qui commettrait une agression verbale contre l'islam (autre cible appréciée). On monte en épingle, on fait des "petites phrases" bien adaptées au format médiatique et on a une belle polémique qui vous occupe l'espace médiatique et fait de l'audience (le sang, ça marche toujours très bien).

Reste tout de même un élément grave qui a été révélé par cette affaire, c'est que le feu à pris ! On peut créer toutes les étincelles que l'on veut, s'il n'y a pas de baril de poudre à proximité, rien ne se passe. Là, on s'est retrouvé avec un embrasement du monde musulman, identique d'ailleurs à celui provoqué par l'affaire des caricatures danoises. A chaque fois, nos médias occidentaux se complaisent à détailler toutes les manifestations et actes de violences, leur donnant une importance et une visibilité qui n'est pas forcement toujours révélatrice de la situation réelle dans ces pays. C'est cela qui m'inquiète, cette susceptibilité du monde musulman vis-àvis des occidentaux, en particulier sur le sujet de la religion. C'est sans doute révélateur d'un malaise plus global du monde musulman face à l'Occident, qui trouve dans ce sujet un moyen d'expression d'une colère et d'une rancoeur plus profondes. C'est aussi révélateur d'un malaise ou d'une mauvaise conscience européenne vis-à-vis du monde musulman. On se sent presque obligés de s'auto-fustiger (chose que les américains font rarement), de demander pardon d'être ce que nous sommes.

En tant qu'occidentaux et européens, il est urgent que nous nous interrogions sur le pourquoi de telles réactions. Une partie des réponse se trouve dans l'attitude des USA. Par leur soutien à Israël, leurs interventions en Irak et en Afghanistan, on ne peut pas dire qu'ils favorisent la paix et la concorde entre les nations. De plus, ils le font avec une arrogance et un culot qui n'appartient qu'aux personnes et aux peuples qui ne doutent de rien, et surtout pas d'eux-même. Nous désolidarisons souvent de ces actes et de ces attitudes, mais l'Europe étant désunie et peu audible, c'est l'Amérique qui porte la bannière de l'Occident et que nous le voulions ou non, nous sommes embarqués dans le navire. Les pakistanais ou les egyptiens ne font pas dans le détail, nous sommes tous des Occidentaux chrétiens, tous mis dans le même sac. C'est le drame de l'Europe que de subir, dans ce domaine culturel et civilisationnel comme dans les autres, le poids et les conséquences de décisions prises en Amérique du Nord. Notre malaise civilisationnel vient en partie de là.

lundi 18 septembre 2006

Que reste-t-il des communistes ?

La fête de l'Huma s'est déroulée ce week-end à la Courneuve, traditionnel rendez-vous politique du Parti Communiste. Nous avons bien entendu eu droit au discours de la cheftaine, Marie-George Buffet. C'est l'occasion de faire le point sur ce qu'est devenu le PCF.

Premier constat, il ne reste rien, ou quasiment rien de la bonne vieille rhétorique marxiste. Une fois seulement, Marie-George Buffet parle des "intérêts d'une classe" et on retrouve de temps à autre le terme capitaliste. Autrement, rien !! Par contre, le champ lexical de la "lutte" et de la "protestation" est encore très présent. La thématique altermondialiste est omniprésente, avec la "mondialisation ultralibérale" et le "social-libéralisme" fustigés à longueur de discours. Suivant la mode, la démocratie est nécessairement "participative". J'espère que cela ne ressemble pas au "centralisme démocratique" auquel nous ont habitué les dinausores marxistes de l'ancien PCF. Ce serait un retournement époustouflant de la part de cet appareil, longtemps le plus verrouillé. On retrouve aussi dans ce discours les habituelles attaques "militantes", drôles tellement elles sont grossières. Sarkozy comparé à Bush (qui va finir par remplacer Hitler pour le point Godwin), EDF qui serait offert en cadeau à la présidente de MEDEF. Le reste de la gauche n'est pas épargné. Elle aurait échoué par "molesse" et par abandon des utopies au nom du réalisme. "Changer la vie", c'est maintenant un slogan communiste, qui revient plusieurs fois dans le discours. Je ne suis pas certain que tous aient oublié suffisamment pour tomber dans le panneau une seconde fois.

Après les incantations, exercice classique dans ces occasions, on passe (rapidement et brièvement) au programme. Là encore, pas de surprises, il faut augmenter le SMIC, donner du pouvoir aux salariés dans les entreprises, remettre en cause la réforme des retraites, les privatisations, les lois sur l'immigration (en donnant le droit de vote aux résidents étrangers), développer les dépenses sociales. Tout cela est peut-être généreux, mais on est dans le rêve et le délire. Le SMIC devrait être augmenté après de grandes négociations salariales !! On tape d'un bord sur le MEDEF tout en le reconnaissant implicitement comme partenaire légitime quelques phrases plus loin. A part tenter de s'approprier la fonction tribucienne et jouer à fond la carte protestataire, le PCF n'a rien dans sa besace.

Le PCF a-t-il encore un programme, voire même un projet politique ? J'en doute et c'est là qu'est véritablement la déchéance. Le PCF aujourd'hui, c'est un appareil politique, des cadres et des permanents, quelques élus et quasiment plus de militants. Son ossature marxiste, qui était sa raison d'être a été larguée corps et biens. Où sont passées la dictature du prolériat, la propriété collective des moyens de productions ? A quoi sert alors le PCF s'il n'y a plus le marxisme ? on se le demande quand on voit Marie-George Buffet jouer les coquettes à propos de sa candidature aux présidentielles, qui attend d'être investie par un "pôle radical". Elle passe son temps à courir après les altermondialistes, les alter tout-ce-qu'on-veut, sans d'ailleurs y parvenir, faute de crédibilité. Qu'est ce le PCF apporte à l'extrême-gauche en terme d'idées, de théories, de projets de société ? Pas grand chose, pas assez en tout cas pour justifier son existence.

Pour faire le lien avec l'article précédent, Le Parti communiste français me fait penser à l'empire byzantin finissant, celui de Manuel II paléologue. Il reste une antique splendeur, un nom qui a pu faire rêver et qui garde encore une certaine aura. Il reste aussi une structure centrale de pouvoir, avec ses palais, ses titres, mais comme dans une armée mexicaine, il y a plus de colonels que de soldats et derrière les tentures, le bâtiment est dangereusement délabré. Ce parti n'est plus qu'un vestige qui attend l'assaut final pour terminer une très longue agonie.

vendredi 15 septembre 2006

Messages subliminaux

La récente sortie de Benoit XVI sur la religion musulmane suscite beaucoup de remous. Citant un empereur byzantin du XIVe siècle, il condamne l'idée même de guerre sainte et de conversion par la violence. Bien entendu, cela provoque des remous dans les pays musulmans, et quelques critiques en Europe. Effectivement, le propos est un peu rude, et s'il existe des fanatiques musulmans qui prônent la violence au nom de Dieu, ils ne sont qu'une minorité, en rien représentatifs de l'immense majorité. Aller chercher des poux dans le Coran, c'est s'exposer à ce que d'autres viennent faire de l'exégèse dans la Bible, où il y a aussi des poux à trouver. De plus, l'église catholique n'a pas toujours été exemplaire sur le sujet de la violence au nom de Dieu...

Ces propos peuvent apparaitre comme une bourde, ce qui est surprenant de la part d'un homme aussi fin et subtil que Benoit XVI. Quand on creuse un peu, on s'aperçoit que c'est en fait un message codé à l'attention des autorités turques et du patriarchat orthodoxe de Constantinople. Le pape doit se rendre très prochainement en Turquie (du 28 au 30 novembre). La situation des chrétiens orthodoxes n'est pas très enviable. Depuis des années, l'église orthodoxe est soumise à une politique d'étranglement et d'étouffement, par de multiples chicaneries administratives, la fermeture des séminaires, les églises délabrées. C'est contre cette situation que Benoit XVI met en garde le gouvernement turc, actuellement dirigé par des islamistes modérés. Le choix de l'auteur cité est absolument sans équivoque. Un pape latin qui cite un empereur byzantin, c'est trop singulier pour ne pas être significatif. Le choix de la référence est remarquable. Les orthodoxes ont toujours très présent à l'esprit leur histoire byzantine, qui était leur âge d'or. Alors que les empereurs byzantins sont bien oubliés en Occident, il le sont nettement moins chez les grecs. La situation de Manuel II paléologue, au moment où il a les conversations avec l'érudit persan, est celle d'un otage, prisonner à la cour du sultan Bayazid Ier. Comment en pas y voir une allusion voilée à la situation actuelle des chrétiens en turquie.

On dit que la diplomatie vaticane est l'une des plus subtiles au monde. En voilà un bel exemple.

jeudi 14 septembre 2006

La difficile sortie de la bulle

A travers un article de Libé, j'apprend que les scientifiques et chercheurs sont en colère, une fois de plus ! Un projet de décret veut mettre en place un "machin administratif" chargé de les évaluer, l'Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur (AERES) qui ne convient pas aux organisations syndicales.

Que dit ce projet de décret ? Libé n'en dit rien, se contenant de tendre le micro aux syndicalistes. Allons donc voir à la source. Cette agence sera dirigée par un président et un conseil nommés par décret sur le rapport du ministre de l'Enseignement Supérieur, à partir d'une liste de candidats proposés par les présidents ou directeurs des établissements publics d'enseignement supérieur et des établissements de recherche. Chaque établissement peut proposer un candidat et ceux qui ont plus de 1000 chercheurs peuvent en proposer deux. Cela fait une belle liste dans laquelle le ministre a une liberté de choix assez grande. Toutefois, on y trouve que des personnes émanant du milieu de la recherche. Les mandats sont de quatre ans, renouvelable une fois.

Ce Conseil délibère sur les grands principes de l'évaluation et de la notation, regroupés dans une "charte de l'évaluation", et fixe de manière assez précise le cadre, les objectifs et les critères de la procédure d'évaluation. Il valide ensuite les rapports de synthèse. Les sections d'évaluation ne font donc pas ce qu'elles veulent. Enfin, le conseil donne des avis sur les habilitations des établissements à délivrer des diplômes. Et surtout, il nomme les directeurs de section, sur proposition du président.

Quatre sections sont prévues. La première s'occupe de l'évaluation des établissements et des organismes de recherche, la seconde s'occupe plus spécialement des unités de recherche (les labos). La troisième section est chargée des formations et des diplômes et la dernière a compétence pour les procédures d'évaluation des personnels de recherche. Il va sans dire que les sections stratégiques pour l'organisation de la Recherche en France sont les deux premières. Chaque directeur de section organise le travail, signe les rapports de synthèse des commissions d'évaluation dont il a nommé le président et les membres, pris sur une liste officielle et publique d'experts. Cette dernière est établie par les membres du conseil de l'agence, les présidents et directeurs d'établissement, les conseils scientifiques des organes de recherche. On risque de retrouver dans cette liste beaucoup des candidats désignés pour être membres du conseil de l'agence, ainsi que d'autres, français ou étrangers, reconnus compétents et sérieux. Quel établissement irait se discréditer en proposant un "guignol" d'autant plus que les CV des experts inscrits sont rendus publics ?

Les évaluations sont menées par des experts issus du monde la recherche, sous la direction et le contrôle d'autres chercheurs (les directeurs de section) eux-mêmes nommés par un conseil composé de personnalités issues du monde la recherche. Certes, en bout de chaîne, le ministre nomme, mais pas n'importe qui et pas n'importe comment. Il est tenu par une liste de candidats établie par le monde de la Recherche. Rien de bien dangereux pour le monde de la Recherche, à priori. Sauf que, les syndicats se retrouvent complètement sur la touche car le processus de désignation des candidats potentiels (et notamment des experts) est trop diffus et trop large pour que la liste finale puisse être verrouillée. Leurs revendications, quand on lit entre lignes, portent sur cela. Quand ils affirment la nécessité d'avoir dans les instances de décision "une proportion suffisante d'élus des personnels" et que les critères doivent être élaborés "démocratiquement", c'est une demande de retour à un système où les organes sont élus cooptés au terme de consultations qui ne sont guère qu'une répartition des parts entre les différents syndicats.

C'est certain, que l'on risque de se retrouver avec une conception de l'évaluation n'est pas du tout dans la culture des syndicats d'enseignants-chercheurs. Mais ne serait-il pas temps d'en finir une fois pour toute avec cette opacité dans les systèmes de contrôle et d'évaluation de la Recherche en France. Je ne peux pas m'empêcher de rire quand je lis cette phrase dans le communiqué du SNESup "Le projet de décret substitue aux instances d’évaluation existantes une superstructure complexe". Comme si le système actuel était simple et transparent !! Malheureusement, beaucoup d'évaluations se passent en milieu fermé, où jouent plus ou moins les réseaux de connivence, de protection, les vieilles haines et les retours d'ascenseur, les baronnies et les mandarinats. Permettre à des regards extérieurs et indépendants de venir mettre leur nez dans l'organisation et de donner un avis sur l'efficacité de la Recherche est salutaire et il y a belle lurette que cela aurait dû être fait. Alors Monsieur le Ministre, tenez bon !

mercredi 13 septembre 2006

De la collégialité dans l'exercice du pouvoir

Dimanche dernier, Alain Lambert, sénateur de l'Orne, conseiller général et ancien maire d'Alençon a été élu conseiller municipal dans une micro-commune de la banlieue d'Alençon. On peut présumer que cette élection est destinée à lui permettre de revenir au sein de la communauté d'agglomération d'Alençon. J'ai réagi sur son blog, pour critiquer cette démarche, qui à mon sens, va à l'encontre de ma conception de la gouvernance locale.

Dans un mail privé, Alain Lambert souligne, à juste titre, que l'on peut trouver contradictoire que je lui reproche cette élection de convenance, alors que j'ai approuvé le souhait d'Alain Juppé de redevenir maire de Bordeaux. Pour moi, les deux cas sont différents, mais effectivement, ce n'est pas un mal de détailler pour bien me faire comprendre.

A Bordeaux, Alain Juppé a été contraint au départ en laissant un vide. Il n'y avait plus de "patron", c'est-à-dire de leader suffisamment fort pour fédérer, impulser et jouer le rôle d'ambassadeur à l'extérieur. Hugues Martin, son remplaçant à la mairie, sans remettre en cause ses qualités, n'a pas l'envergure pour jouer ce rôle de patron. Or, pour qu'une structure fonctionne convenablement, il en faut un. Alain Juppé, physiquement présent à Bordeaux, aurait joué ce rôle, de facto, mais sans légitimité démocratique et surtout sans les moyens du mandat. Cela aurait été malsain pour tout le monde. Malgré tout ce que l'on peut penser sur l'honnêteté en politique et sur Alain Juppé, mieux valait faire une municipale partielle. Je n'aurai sans doute pas la même "compréhension" si Alain Juppé s'avisait de vouloir aussi redevenir président de la communauté d'agglomération (bien que ce soit dans la continuité), conseiller général ou parlementaire.

Pour Alençon, la situation est différente. Alain Lambert, sénateur, conseiller général, ancien ministre était et reste le "patron" incontesté dans sa ville, même s'il n'en est plus maire. Pourtant, il provoque une municipale partielle dans une petite commune où il ne réside pas, qui n'est même pas dans son canton, pour devenir conseiller muncipal et par derrière, revenir comme conseiller à l'agglomération. La suite logique est le retour d'Alain Lambert comme président de la communauté d'agglomération d'Alençon. A-t-il vraiment besoin de reprendre ce poste pour continuer à être le patron ? Je ne le pense pas, et sa réponse à mon commentaire laisse penser que l'ambiance est bonne entre lui et l'actuelle présidente de l'agglo, qui lui a d'ailleurs succédé comme maire d'Alençon.

On se retrouve à nouveau dans les vieux schémas de la baronnie féodale, où le patron est celui qui cumule tous les postes. C'est l'opposé de ma vision de l'exercice des mandats locaux, où je souhaite qu'une véritable collégialité s'installe. Autour d'un leader, d'un patron, qu'il y ait autre chose que des sous-fifres ! Il est nécessaire d'établir des contre-pouvoirs, avec des élus qui, travaillant en osmose avec le patron, aient une vraie légitimité qui leur permette de pouvoir dire non en étant écoutés, d'avoir des avis dont le patron doive tenir compte. C'est là que la limitation du cumul des mandats prend tout son sens. Que personne ne puisse plus, à lui seul, régner en maître sur une ville ou sur une région en trustant tous les postes.

mardi 12 septembre 2006

La parole manipulée

Je viens de terminer la lecture du livre de Philippe Breton, intitulé "la parole manipulée". Bien que datant de 1997, il n'a absolument pas perdu de sa fraîcheur et de sa pertinence.

L'auteur part du constat que la parole, c'est-à-dire l'échange verbal entre les hommes est de plus en plus vicié par les techniques de manipulation. Pour lui, la vraie parole doit respecter la liberté de choix de celui qui la reçoit et peut être libre de l'accepter ou pas. C'est même la condition sine qua non du bon fonctionnement de la Démocratie. A partir du moment où des techniques viennent parasiter la parole pour nous faire adopter par tromperie des comportements ou admettre des opinions, il y a manipulation. L'auteur entend par là toute action destinée à tromper, que ce soit par des mensonges, des omissions, des manipulations psychologiques. On la retrouve aujourd'hui partout, dans la publicité qui n'est faite que de cela, mais aussi dans la politique.

Dans le corps de l'ouvrage, Philippe Breton dresse la panoplie complète des techniques de manipulation, pas finalement si nombreuses, mais dont le cumul offre des perspectives importantes à tout ceux qui veulent violer nos consciences et nous "convaincre", sans avoir à argumenter ni laisser de liberté de choix au récepteur du message. La manipulation peut porter sur les affects, par le jeu de la séduction, l'esthétisation des messages. C'est ce que fait la publicité quand elle associe Zidane avec un produit (une pizza, une voiture ou une compagnie d'assurance) espérant un transfert d'affect qui n'a pourtant rien de naturel. Il y a aussi les manipulations cognitives, qui portent sur le contenu même du message, par le biais de cadrage déloyaux et de points de vue biaisés.

L'ampleur de cette manipulation, omniprésente, est révélatrice des ressorts profonds de notre société, toujours poussée à optimiser, à accroître l'efficacité, dans une course sans fin. La publicité n'a qu'un but, contraindre à consommer, toujours et encore plus. Ces manipulations ont aussi pour effet de détruire les liens interpersonnels et de renforcer l'individualisme. L'une des protections contre la manipulation, surtout quand elle est omniprésente, peut être tout simplement de débrancher, de couper cette parole dévoyée.

Face à cela, il faut résister, mais aussi proposer une autre éthique de la parole. Même pour une "bonne cause", l'emploi de procédés manipulatoires n'est pas admissible. L'une des clés est dans l'éducation des citoyens, pour qu'ils apprennent à décrypter, pour être libres de refuser. La liberté d'expression ne s'entend ici que débarassée de procédés déloyaux et manipulatoires. C'est un retour à son sens premier où chacun est libre d'exprimer son opinion, n'importe laquelle, tant qu'il ne cherche pas à l'imposer à son interlocuteur.

Grâce à ce livre, j'ai pu mieux cerner les raisons de ma répugnance à l'égard des activités commerciales, mais aussi de "communication", de marketing et de publicité qui ne sont rien d'autres que des activités de manipulation. Refusant que l'on porte atteinte à ma liberté et à mon intégrité, je me refuse à être un instrument zélé de cette vaste manipulation qui finalement, ne nous mène nulle part.

Allez, prends donc une verveine

Je suis toujours étonné de la virulence que peuvent prendre ce que, dans le langage politiquement correct, l'on appelle des "réactions citoyennes". Sans même prendre la peine de se renseigner, on attaque bille en tête les politiques, les accusant de voter des "lois scélérates", appelant à la désobéissance civile. L'histoire du purin d'ortie me fournit une belle occasion de remettre certaines pendules à l'heure sur le fonctionnement de l'Etat et les moyens de se faire entendre autrement qu'en beuglant à tout va sur la blogosphère.

Tout commence avec une descente administrative chez un conférencier spécialisé dans les produits naturels pour les jardins (dont le purin d'ortie). Il se serait fait saisir des documents, en application d'une disposition de la loi d'orientation agricole votée par les députés en 2005 et promulguée le 6 janvier 2006. Dans les premiers posts sur le sujet, on part dans tous les sens, parlant de décret, puis de loi, sans donner la moindre référence. Il suffit de faire une petite recherche simple. Ces dispositions, inscrites dans les articles L 253-1 et L 253-7 du code rural, disposent qu'il est interdit de mettre sur le marché des produits phytopharmaceutiques n'ayant pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché. De plus, il est également interdit d'en faire la publicité ou d'en recommander l'usage. La loi a prévu une application directe de ces dispositions à compter du 1er juillet 2006.

Effectivement, le texte de la loi pose un problème, car la définition du produit phytopharmaceutique englobe tous les produits contenant une ou plusieurs substances actives ayant une action sur les plantes. Sont visées toutes les cochonneries produites par les industries chimiques, mais aussi les produits naturels comme le purin d'ortie, qui contient des substances actives. Mais le législateur a-t-il véritablement voulu interdire le purin d'ortie et empêcher que l'on en parle ? Un petit tour sur le site de l'Assemblée nationale permet d'avoir les comptes rendus des débats sur le sujet (ils sont à l'article 21). A lecture, on s'aperçoit que sont surtout visés les produits chimiques hautement toxiques (on pense par exemple au Gaucho et au Régent). Qu'ils soient interdits de vente, mais aussi de publicité, c'est normal et même souhaitable. L'impact de ce texte sur les produits bio a été aperçu par le rapporteur du texte, Antoine Herth, qui a déposé deux amendements, le 455 rectifié et le 864, visant à exclure les produits "naturels" du champ de cette mesure. Le ministre de l'agriculture a bien noté cette préoccupation, et a déclaré qu'un groupe de travail planchait sur la question, mais que la solution ne pourrait être prise qu'au niveau communautaire. En tout état de cause, des solutions allaient être proposées, le rapporteur a donc retiré ses amendements.

Maintenant que l'on a ces éléments, comment agir ? On sait que le législateur n'a eu aucune intention hostile vis-à-vis des produits naturels, que nous avons à faire, dans cette histoire, à un excès de zèle administratif. Une circulaire ministérielle devrait suffire à calmer les ardeurs administratives, en leur rappelant que l'esprit de la loi d'orientation agricole n'est pas d'aller chercher des poux aux agriculteurs bio. La solution ne passe donc pas par un changement de la loi. Il est toujours plus facile d'édicter une règle large, pour ensuite la restreindre par voie réglementaire. Changer la loi oblige à trouver une formulation très précise pour désigner les produits que l'on souhaite exclure du champ de l'interdiction. L'expression "produits naturels" et l'appel à la notion de "patrimoine commun" ne sont pas juridiques et ne conviennent pas. Certains ont lancé un mouvement en direction des parlementaires. C'est une bonne chose de les sensibiliser, mais arroser largement n'est pas d'une grande utilité. C'est vers les parlementaires "agricoles" de l'UMP, ceux qui se sont investis dans cette loi qu'il faut se tourner (Antoine Herth, Marc Le Fur, François Guillaume, Michel Raison, Gérard César). Eux pourront relayer et appuyer auprès du ministre et de son cabinet, pour les activer.

J'ai pris cet exemple, mais j'aurais pu en prendre d'autres pour illustrer l'ignorance ou l'incompréhension de nombre de blogueurs sur les questions de fonctionnement de l'Etat. Ils se permettent pourtant de brandir les étendards de l'indignation, de la révolte en fustigeant ce législateur imbécile. Avant d'attaquer et de critiquer dans le vide, il faut commencer par se calmer, prendre une bonne tisane et tenter de comprendre le fonctionnement de l'autre, pour savoir si un désaccord de fond existe réellement. On éviterait beaucoup d'aneries.

lundi 11 septembre 2006

Amis de la poésie bonsoir !

Le projet de loi sur l'énergie est véritablement un texte hors normes. Après les milliers d'amendements, la demande de huis-clos, voilà maintenant que le député socialiste François Brottes se fend d'une petite poésie à la tribune de l'Assemblée. On aura tout vu !

''Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps

Je viens de recevoir

En session extraordinaire

Un papier délétère – « délétère » se dit d’un gaz nuisible à la santé, selon le dictionnaire –

Pour brader notre histoire

Monsieur le Président

Je ne veux pas le faire

Je ne suis pas sur terre

Pour voler les pauvres gens

C’est pas pour vous fâcher

Il faut que je vous dise

Si vous privatisez

Vous serez désavoué

Ce dont on a besoin

Pour vivre chaque jour

S’éclairer chaque nuit

Se chauffer chaque jour

C’est notre bien commun

C’est parfois un secours

Ce n’est pas un profit

Pour le vendre plus cher

Cette lettre est comme un cri

Pour vous dire d’arrêter

Vous n’êtes pas mandaté

Pour une telle ineptie

Depuis qu’on vous connaît

Vous en avez fait d’autres

Vous êtes bon apôtre

Monsieur le Président

Mais là reconnaissez

Qu’en apprenti sorcier

Vous bradez l’héritage

De valeurs bien ancrées

La France en éclaireur

Dans notre République

Inventa des répliques

Pour le droit au bonheur

Et le service public

Est membre fondateur

D’une certaine éthique

N’en faites pas une relique

Monsieur le Président

Avant de nous quitter

Devenez un peu sage

Respectez ce message

Pour la postérité

Ne faites pas naufrage

De la fraternité

De notre égalité

Sinon ça va chauffer

Vous allez regretter

D’être passé en force

Au détour d’un été

Pour quelques intérêts

Sûrement particuliers.''

Pour autant, François Brottes n'a pas déserté l'hémicycle à la fin de sa chanson.

vendredi 8 septembre 2006

La tournée des stars engagées

Et c'est reparti pour la tournée des stars engagées au grand coeur ! A chaque fois, c'est la même chose, souvenez-vous, il y a dix ans, c'est Emmanuelle Béart qui venait s'indigner à l'église Saint-Bernard. Maintenant, c'est Josiane Balasko qui va à Cachan. De telles apparitions sont davantage destinées à leur faire de la pub et à affirmer leur bonne conscience à la face du monde qu'à faire avancer la cause qu'ils prétendent servir. C'est profondement agaçant, car lorsque le problème arrive à ce point de pourrissement et que les médias sont scotchés dessus, c'est bien souvent trop tard pour agir concrètement. On est dans le conflit politique, dans le choc médiatique. Certains s'en rendent compte et sont complices, par militantisme politique, les autres le sont plus souvent par naïveté. Ces peoples croient en effet que leur intervention médiatique va faire avancer les choses en attirant l'attention des médias et donc des citoyens. Quand les peoples débarquent, c'est que les médias sont déjà là. Ceux qui orchestrent l'opération médiatique et qui instrumentalisent la situation à des fins purement politiques veulent surtout alimenter le feu médiatique. Si on ne remet pas régulièrement du bois dans la cheminée, le feu baisse puis s'éteint.

Sur l'affaire de Cachan, on a même assisté à une manipulation énorme, que personne n'a relevé. Deux footballeurs de l'équipe de France ont invité 70 sans-papiers de Cachan au match France-Italie, le 6 septembre dernier. Ces jeunes ont eu de la chance, car à ce que l'on m'en a dit, ce fut un très beau match. Bien entendu, la presse à glosé sur ce geste généreux, cet engagement des footballeurs. Mais personne ne s'est demandé d'où venaient les billets. Je ne savais pas que chacun membre de l'équipe de France pouvait inviter 35 personnes lorsqu'ils jouent en équipe nationale ? Si ce n'est pas le cas, qui a payé ? Je serais curieux de le savoir, parce qu'une semaine avant le match, il n'y avait absolument plus aucun billet en vente. Un match à guichets fermés où on arrive encore à trouver 70 places. Pas mal !

Je ne dis pas que les stars n'ont aucun engagement et en seraient incapables. Certains sont même admirables. Il y a des moments, en amont, où leur rôle peut effectivement être positif et constructif, quand la cause pour laquelle ils se mobilisent n'est pas encore un abcès de fixation politico-médiatique, pendant que l'on peut encore débloquer une situation. Evidemment que les sans-papiers de Cachan sont heureux de cette mobilisation qui peut les sortir de leur triste situation, qui dure quand même depuis 3 ans (Josiane, t'aurais largement pu venir avant). Mais combien auraient préféré que tous ces braves gens se mobilisent plus tôt, que des solutions puissent leur être proposées sans tout ce barnum médiatique et ce tapage qui peut avoir son revers. Il n'y a pas que les stars qui viennent, on trouve aussi les policiers qui amènent direct en centre de rétention les sans-papiers qui ont le malheur de croiser leur chemin.

Il y a bien d'autres "Cachan" en région parisienne, et si certains ont une réelle volonté de s'engager au service de cette noble cause, qu'il aillent s'en occuper, leur rendre visite, et les invitent à des matchs de foot. Je suis certain que les jeunes ainsi conviés seront aussi heureux que ceux de Cachan.

jeudi 7 septembre 2006

GDF-Suez à huis clos

On savait que l'opposition allait utiliser toutes les ficelles du règlement pour faire durer les débats sur le projet de loi sur l'énergie. Le nombre d'amendements est hallucinant (137 634), un record absolu et quelque peu ridicule. Dès le début des débats, socialistes et communistes multiplient les demandes de suspension de séance et les rappels au règlement qui permettent de gagner du temps et d'exprimer leur opposition politique. Ca, c'est de bonne guerre et c'est classique.

Et, par surprise, il ont dégainé une arme inusitée, la demande de huis clos. En vertu de l'article 51 du règlement de l'Assemblée nationale, il peut être demandé que l'Assemblée siège en comité secret sur demande écrite d'un dixième des députés (58). Comme il faut un motif, l'opposition a pris appui sur une vague histoire de lettre de la commission européenne dont certaines parties sont confidentielles, sur l'ouverture d'une instruction sur le dossier de fusion GDF-Suez. Bien que le président de la commission des affaires économiques ait indiqué que cette lettre (de 200 et quelques pages) pouvait être consultée dans son bureau, mais pas lue à la tribune en séance publique, l'opposition a maintenu sa demande.

Cette demande, soumise à un vote sans débat a été rejetée par 220 voix contre 105, après que les groupes parlementaires aient fait le rabatage des députés dans les bureaux et à la buvette. Cela peut sembler anecdotique, mais quelque part, ce fut un moment historique, une telle demande n'ayant pas été déposée depuis 1945.

mardi 5 septembre 2006

GDF-Suez, la préparation d'artillerie

Le 31 août 2006, Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale a écrit aux députés pour leur faire part de ses réflexions concernant les discussions du projet de loi relatif au secteur de l'énergie. Il dénonce l'inflation des amendements (plus de 136 000) déposés par l'opposition. Il s'inquiète, à juste titre, du dévoiement du droit d'amendement, utilisé comme une arme d'obstruction. Il souligne au passage les problèmes logistiques, les 50 tonnes de papier nécessaires pour imprimer tous les jeux d'amendements (normalement un par député) et le temps nécessaire pour en débattre à raison de 5 minutes par amendement. Il conclut en mettant l'opposition devant ses responsabilités: "déposer 100 000 amendements dépasse le cadre de votre légitime opposition et pourrait traduire une volonté de remise en cause de notre démocratie parlementaire, ce qui n'est pas, j'en suis certain, votre but". En tant que président de l'Assemblée, il est effectivement du devoir de Jean-Louis Debré de souligné le caractère absurde et dangereux pour les institutions d'un tel comportement. 100 000 amendements, c'est ridicule et cela n'a aucun sens. Mais pour autant, il y a bien de la mauvaise foi dans cette missive, pour qui connait l'institution.

Quand il annonce qu'il faudrait 8 333 heures de débats à raison de 5 minutes par amendement, il se moque un peu du monde. D'abord, les amendements identiques sont discutés et votés en bloc. C'est ce que l'on appelle la discussion commune, qui permet de mettre dans un paquet groupé les amendements portant sur le même sujet, même si leur rédaction n'est pas tout à fait identique. Dans ce cas précis, il y a une foule d'amendements similaires, à la virgule près, déposés séparement par les députés socialistes et communistes. Cela fait du chiffre, c'est impressionnant, mais avec cette technique du regroupement, on arrive en fait à 410 "vrais" amendements, et encore, il est possible qu'il y en ait moins si les communistes ont copié sur leurs petits camarades socialistes qui avaient déposé leurs amendements avant la réunion de la commission.

Ensuite, il y a mille et une astuces de règlement pour faire tomber les amendements indésirables aux oubliettes. Lors du débat sur les activités postales, l'opposition avait déposé 14 586 amendements, où ils citaient ainsi l'intégralité des points postaux du territoire. Bonne idée, mais le règlement stipule que le président de séance peut décider ce que l'on appelle la "réserve", c'est-à-dire le report de la discussion de certains amendements. Les fameux amendements postaux se sont trouvés évoqués à la fin des débats, un jeudi soir à une heure du matin, devant un hémicyle quasi-vide. Les députés de gauche présents n'ont pas insisté et ont laissé tomber.

Autre technique, lors des discussions, on commence toujours par l'amendement le "plus large", c'est-à-dire modifiant le plus l'article initial. Si cet amendement large est adopté, les autres amendements déposés sur la partie d'article modifiée (et de ce fait n'existant plus) n'ont plus de support et plus d'objet et ne sont pas évoqués. On dit en jargon parlementaire qu'ils "tombent". Le gouvernement pouvant déposer des amendements à n'importe quel moment, y compris en cours de discussion (il est le seul à pouvoir le faire après la fin de la discussion générale), rien ne l'empêche de déposer plusieurs amendements "extra-larges" qui réécrivent complètement certains articles, faisant ainsi tomber des milliers d'amendements d'un seul coup. Le gain de temps est fabuleux.

La seule limite à ces petits jeux est le Conseil constitutionnel, qui surveille de plus en plus la procédure parlementaire. Il veille au respect du droit constitutionnel d'amendement des parlementaires. Dans ce cas précis, l'abus de droit est évident pour la plupart des amendements et le conseil ne risque pas d'être bien méchant sur ce point. Jean-Louis Debré peut y aller à la hache, il ne risque pas grand chose.

Toute cette agitation, qu'elle soit de droite ou de gauche, n'est finalement qu'une gesticulation destinée à masquer l'impuissance du Parlement et de l'opposition, qui détourne les instruments de la délibération parlementaire et donne une fois de plus une image déplorable de son rôle. Il n'y a guère que lors de certaines séances de questions au gouvernement que l'on peut tomber plus bas dans le ridicule et le discrédit de la fonction parlementaire. Au Sénat même s'ils ont encore moins de pouvoirs, ils savent garder leur dignité.

De la baronnie en blogeoisie

La blogosphère française grandit petit à petit et voit émerger des entitées appelées "barons". C'est Christophe Ginisty qui a lancé le concept en 2005. Il a été repris et un "baronmètre" a même été créé pour suivre l'évolution et le classement de ces barons de la blogosphère.

Ces barons sont souvent des hommes, autour de la trentaine, qui vivent du blog, comme fournisseurs (plate forme de blogs, podcast, hébergements...) comme animateurs de sites à gros trafics, comme consultants indépendants voire les trois à la fois. Le blogging, pour eux, n'est pas ou n'est plus un loisir, mais leur gagne-pain, et cela change tout. Ils entrent alors dans un milieu, un microcosme où tout le monde se connait, se fréquente, avec des rivalités, des haines, mais aussi des alliances et de toute manière, une connivence. Ils sont tous susceptibles d'avoir besoin des autres à un moment. Il est donc interdit de se fâcher, il faut ménager les intérêts des uns et des autres, se taire quand on a envie de parler. L'affaire de la censure du podcast de Marine Le Pen par la société Podemus est emblématique. Les réactions les plus vives contre cette censure sont venues de blogueurs "amateurs", soit sur leur blog, soit en commentaire ailleurs. Dans le même temps, certains barons prenaient la défense de Podémus, se taisaient ou réagissaient avec retard. On sentait une gêne chez eux.

Bien qu'ils aient leur utilité comme centralisateurs d'information, comme innovateurs qui font progresser la blogosphère, je suis assez réservé sur leur action au sein de la blogosphère. Sur certains sujets, ces barons trustent l'espace et prétendent fixer les normes, servir de référence. Chacun ses règles, et surtout, chacun est maître sur son blog, quitte à assumer ensuite des retours ou des réactions. Il n'y a pas une "éthique du blog" ou une quelconque classification fixée par certains et sur laquelle tous devraient s'aligner. Leur volonté de se poser comme représentatifs de la blogosphère toute entière est très agaçante. Versac a pointé cet élément concernant la sélection des blogueurs invités par l'UMP pour ses universités d'été. Parmi les heureux élus, beaucoup de personnes ayant un blog Typepad, un certain nombre de "pro" ou de "semi pro" de l'internet, de la communication et donc de la blogosphère, le tout parrainné par un "métabaron". La blogosphère est très diverse et certains clans ne sont pas forcement représentatifs (sans préjuger en rien de la qualité des contenus). Nombre de "portes d'accès" à la blogosphère sont tenues par ces barons, qui ont une tendance, bien naturelle, à orienter le trafic selon leurs intérêts et à faire croire que la visite de quelques sites bien sélectionnés permet de faire le tour et de s'économiser la peine d'aller voir ailleurs.

Dans les blogs comme dans le sport, il y a une différence, voire un gouffre entre professionnels et amateurs. C'est la même activité à la base, mais les enjeux, les moyens et les finalités sont toutes autres. Il serait peut-être bon que la blogosphère "amateur" s'organise pour avoir ses voies d'entrées, car elle a des spécificités et un attrait que n'ont pas ou n'ont plus les grosses mécaniques des barons. Il en existe quelques unes, dont certaines que je fréquente, mais encore trop peu.

lundi 4 septembre 2006

Une autre vision de l'immigration...

Un lien trouvé au hasard de mes surfs sur internet. Le ton (très africain) et les commentaires m'ont fait hurler de rire. Au delà de cet aspect humoristique (pour ceux qui aiment l'humour noir), cela fait réflechir sur la manière dont les africains envisagent les européens et leur politique d'immigration.

Marseille vue du blog

Lundi 4 septembre, retour sur terre et commentaires pour un certain nombre de blogueurs après les universités d'été de l'UMP. Il y avait ceux qui étaient invités et n'y sont pas allés (Versac et Koz), ceux qui n'y sont pas allés (bien qu'invités) et qui ont un regard critique sur ceux qui y sont allés et enfin ceux qui y ont été et en parlent sur leurs blogs. Parmi ces derniers, on trouve de tout, du bon comme du moins bon.

Je partage l'avis d'Embruns, la palme revient à Thomas Clément et à Vinvin. Chacun dans leur style, ces deux blogueurs visent juste, par leur recherche d'infos ailleurs que dans la salle de presse. Les podcasts de Thomas Clément sont excellents et donnent une autre image de la réalité d'un parti politique. Mention à Vinvin pour son analyse lucide de sa position de blogueur invité. Ils ont offert tous les deux une véritable valeur ajoutée.

Viennent ensuite les aimables bavardages, pas inintéressants, mais plus au ras du sol. Nuesblog offre un joli reportage (les photos sont superbes) mais pas très différent de ce qui peut faire un journaliste. Missblablabla est dans le même registre de la blogueuse touriste, qui raconte ce qu'elle voit et retient surtout l'aspect people et vécu personnel. C'est un autre angle de vue, moins "blog politique" mais qui a son intérêt. D'autres ont aussi produit de tels compte-rendus intéressants comme Ginisty, avec plus ou moins de subjectivité et même pour certains de narcissisme. Il manque toutefois le recul et la recherche de l'envers du décor. Ces blogueurs sont sans doute trop restés entre eux et dans la salle de presse. C'est un peu le piège tendu par l'UMP, qui voulait surtout un buzz où l'on parle en termes positifs et impressionnés du discours de Sarkozy (objectif totalement atteint), de la bonne ambiance, du bon accueil (là aussi objectif atteint) et où l'on aille pas trop regarder derrière le décor.

Le bilan est quand même positif grâce au nombre et à la diversité des blogueurs présents. Tous ont joué le jeu et n'ont pas chômé pendant ce week-end. C'est par la lecture croisée des différents blogs, en prenant à chaque fois le meilleur, que l'on arrive finalement à une image sincère et assez exacte de ce qu'est une université d'été d'un grand parti politique.

vendredi 1 septembre 2006

L'institut Montaigne au chevet de la presse quotidienne

L'institut Montaigne, think-tank français vient de sortir un petit opuscule "Comment sauver la presse quotidienne d'information". Encore une publication qui se penche sur un vrai problème, maintes fois évoqué sur les blogs et ailleurs.

La première partie fait un constat du délabrement. En janvier 2006, l'institut avait commandé un sondage d'où il ressortait que la presse quotidienne payante avait une image de "presse d'initiés" à savoir d'une presse de connivence et par ailleurs difficilement accessible au lecteur moyen. Les sondés soulignent un certain négativisme ainsi que des oeillères idéologiques dans le traitement de l'information. Au yeux des jeunes (15-34 ans), la presse écrite est le média qu'ils consultent le moins, l'associant à l'engagement politique. Les quotidiens gratuits et internet sont leur lot quotidien. Pour plomber un média et compromettre son avenir, nos ex-mao et trotskistes ont fait du bon boulot !

A coté de cette crise de l'offre, l'institut Montaigne souligne aussi la faiblesse financière des organes de presse français. Les ventes baissent pour les principaux titres généralistes (Le Monde, Libération, Le Figaro), la concurrence pour la publicité est de plus en plus rude, les quotidiens gratuits taillant des croupières à nos vieux titres payants. Enfin, les coûts fixes dans la presse écrites sont lourds (achat de papier, imprimerie, distribution) et la taille réduite du marché français ne permet pas de les amortir comme peuvent le faire les grands titres nord-américains. Sur ce point, l'étude est assez fournie et documentée. Et dans tous ces domaines, les quotidiens français font moins bien que leurs collègues européens, d'où au final un prix plus élevé qu'ailleurs, qui ne facilite pas la conquête de lecteurs.

L'étude évoque divers blocages et fait un peu le procès du milieu de la presse écrite. La tendance à se tourner vers l'Etat pour avoir des aides quand cela va mal n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois, mais c'est la solution de facilité pour les patrons de presse. C'est la France qui a la palme de la presse la plus aidée, et c'est pourtant là que cela va le plus mal, preuve de l'inadaptation d'un système mis en place au lendemain de la Libération. Commence à poindre l'idée qu'il faut tout chambouler. L'étude pointe aussi les rigidités de la distribution. Les abonnements ne représentant que 30% de la diffusion, la presse française est entre les mains des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) fief de la CGT, même si les choses changent un peu par la création de concurrents et des réformes internes aux NMPP. L'autre maillon faible de la distribution est le détaillant. Il n'y a pas assez de kiosques, parce qu'ils ne sont pas assez rentables pour faire vivre convenablement leur titulaire.

Une autre réforme structurelle serait à mener dans l'impression, qui coute cher et où le syndicat CGT du Livre bloque toute tentative de réforme. Elle dispose en effet d'un quasi monopole de l'embauche qui permet de verrouiller le système. La France est le seul pays où une grève des 1200 ouvriers du livre empêche la parution des titres. L'institut Montaigne dénonce des sureffectifs imposés par la CGT, avec l'exemple du Monde, où un plan social à l'imprimerie supprime 90 emplois sur 400 (soit un quart) sans qu'il soit nécessaire de revoir l'organisation de l'imprimerie ! Il va sans dire que les ouvriers des imprimeries de presse sont très correctement rémunérés (rien à voir avec les pigistes voire même les journalistes). Tout le monde en prend donc pour son grade dans cette "course au conservatisme", y compris les journalistes, qui vivraient sur le mythe d'un âge d'or et qui s'accrochent à un statut jugé "dépassé" et générateur de blocages matériels, mais aussi intellectuels. L'actionnaire n'a rien d'autre à faire que renflouer et se taire. C'est exactement l'attitude de Serge July et des journalistes de Libé vis-vis d'Edouard de Rothschild. Comment voulez-vous attirer des investisseurs qui ne soient pas des mécènes ?

Plus on avance dans la lecture, plus le libéralisme de l'institut Montaigne ressort. Le troisième chapitre est un plaidoyer pour la concentration dans la presse. Pour eux, le pluralisme n'est en rien menacé par la concentration. C'est l'existence de grands groupes plurimédias qui peut permettre à la presse quotidienne nationale de survivre et ils s'appuient sur des exemples européens et américains, où des titres très différents existent au sein d'un même groupe. En gros, c'est Rupert Murdoch et Berlusconi qui assurent le maintien de la pluralité de la presse en Angleterre et en Italie. On ne me l'avais jamais faite, celle-là !!!

Très logiquement, l'institut Montaigne propose une série de mesures qui passent par la suppression des lois anticoncentration dans la presse, la suppression progressive des aides directes de l'Etat, le démantelement de la puissance de la CGT et bien entendu, la renégociation complètement la convention collective des journalistes. On croirait entendre Dassault et Lagardère !! Comme si le problème de la Presse quotidienne nationale se résumait à cela, des rigidités strcuturelles qu'il faut faire sauter. La solution est ailleurs, dans la fuite des lecteurs, car la rentablité du secteur n'est pas en question, et c'est même dit dans le corps de l'étude : "La presse quotidienne est très rapidement déficitaire quand elle n'atteint pas le point mort, mais elle est en revanche très rentable quand sa diffusion s'envole". Une fois le numéro amorti, tous les exemplaires vendus en plus, c'est du bénéfice net. Il faut simplement augmenter la diffusion et donc satisfaire plus de lecteurs. Cela passe par un débat, effleuré dans l'introduction puis dégagé aussitôt en touche sur "la déontologie de l'information en France".

Ce petit ouvrage illustre malheureusement trop les défauts des Think-Tank à la française. L'étude est bien documentée, le secteur de la presse quotidienne et ses problèmes sont assez bien analysés et derrière, les conclusions sont une assiette de soupe servie aux intérêts des grandes entreprises. On ne s'y prendrait pas autrement pour discréditer cette étude, mais aussi l'ensemble de ce que peut produire l'institut Montaigne, ravalé au rang d'officine néo-libérale.