samedi 30 septembre 2006
L'impasse de la décroissance
Par Samuel, samedi 30 septembre 2006 à :: Reflexion
Le concept de décroissance est en vogue en Europe depuis au moins une trentaine d'années. Les décroissants ont une conscience aigüe des limites de notre monde et surtout du fait qu'elles risquent d'être bientôt atteintes. Les réserves de matières premières et d'énergie ne sont pas inépuisables et au train où va le monde, il risque de se prendre un mur dans pas longtemps, un sévère rappel à l'ordre de la part de la planète. La réflexion est engagée, notamment sur les blogs. Ce mouvement m'est sympathique car je partage leur inquiétude sur ce monde qui est devenu fou, comme un cheval emballé. Les signaux sont alarmants, car nous avons quand même réussi (ou presque) à détraquer le climat. Des conneries peut-être irrécupérables sont en train d'être commises.
Je partage également leur vision très critique de la consommation à outrance qui anime notre société. Encore plus, toujours plus vite, finalement pour quoi faire, dans quel but ? On ne le sait même plus ! Notre société tourne de plus en plus à vide et on se retrouve dans le "croître pour croître". Moi aussi je m'interroge, je cherche autre chose car l'homme ne vit pas simplement de croissance, pas plus que d'amour et d'eau fraîche. Ce que j'apprécie également dans ce mouvement est le choix de la modestie, et surtout de l'action concrète. Pas ou peu de postures médiatiques, de grandes idées généreuses mais vaines et vouées à rester théoriques, mais une somme d'attitudes concrètes, de petits gestes salutaires : se couper (autant que possible) du flux médiatique, refuser d'entrer dans le jeu de la consommation inutile, adapter son style de vie pour préserver les ressources sans pour autant vivre qualitativement moins bien.
Mais un élément me heurte, c'est ce choix de prendre la voie de dé-croître. Décroître, c'est décliner, c'est aller vers la mort. Je vois dans cette attitude un révélateur de la fatigue d'une partie de notre société occidentale. Nous sommes à un sommet, sans nous rendre compte que d'autres, à travers le monde, ne sont pas encore au stade de dégoût de la consommation à outrance, parce qu'ils n'ont pas commencé à consommer, tout simplement. Si nous devons être les seuls à décroître, pendant que les autres ne pensent qu'à avancer et à croître, nous allons rapidement nous retrouver, au mieux marginalisés, au pire submergés, comme l'empire romain le fut par les peuples barbares. Si nous voulons continer à exister, à peser sur les choix mondiaux pour qu'ils aillent dans le sens que nous pensons bons pour l'ensemble de l'humanité, il faut continuer à croître.
Pour autant, il ne faut pas forcement croître n'importe comment. Le but de ces mouvements devrait au contraire, être de prendre le contrôle de la croissance et de l'orienter. Il faut continuer à croître pour dégager des surplus et réaliser les investissements nécessaires pour continuer à croître suffisamment dans l'avenir. Une fois ce minimum assuré, le reste peut être soit mis au service de l'homme et de son épanouissement. On peut aussi choisir un mode de croissance moins productif, moins "rentable". Qu'importe la rentabilité, à partir du moment où le niveau d'investissements pour l'avenir est atteint ! Cela permettra de remplir pleinement les objectifs du "développement durable", théorie qui me plait, même si je suis agacé par toutes les tentatives de récupération et d'accaparement de cette notion par des groupes plus ou moins politisés.
La décroissance est sympathique, mais à terme, c'est une impasse mortelle, car elle nous prive du levier qui nous permet de continuer à exister. Entre la course folle et le suicide, je pense qu'il y a une troisième voie, du moins je l'espère.
