Authueil

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jeudi 31 août 2006

le retour de Juppé

Alain Juppé a fait son grand retour dans la politique française et s'en explique sur son blog. Hugues Martin et son équipe ont en effet démissionné en bloc pour provoquer une élection municipale partielle dont le résultat ne fait guère de doute, ou alors ce serait une énorme surprise, mais sait-on jamais, Juppé n'est pas spécialiste des dissolutions. Ce retour est diversement apprécié et nombre de critiques pointent une "élection pour convenances personnelles", qui en plus couterait de l'argent au contribuable. Certes cela va coûter de l'argent, mais certainement moins que s'il attendait l'échéance normale de 2008.

Toute collectivité importante a besoin d'avoir à sa tête un leader politique, "patron" incontesté, qui impulse et fait avancer les grands dossiers. Si ce leadership est absent ou déclinant, pas grand chose ne se fait, sinon des querelles de lieutenants se battant pour la succession et des bribes de pouvoir. C'est exactement ce qui s'est passé à Bordeaux lors du dernier mandat de Jacques Chaban-Delmas (et malheureusement dans beaucoup de villes où un grand homme politique vieillissant reste un mandat de trop). Dans ces cas de quasi vacance du pouvoir, c'est la ville qui paye les pots cassés en prenant du retard. Alain Juppé a pu réaliser de grands projets à Bordeaux (Tramways, aménagement des quais) parce que rien n'avait été fait avant.

Hugues Martin, qui a assuré l'intérim, est sans doute quelqu'un de compétent et d'estimable, mais il n'a pas la carrure pour assumer une place aussi lourde que maire de Bordeaux. Il est évident qu'il y a un vide au sommet et que dans l'esprit de tous, le vrai patron reste Alain Juppé. Maintenant qu'il est de retour à Bordeaux, il serait idiot de croire qu'il resterait en dehors des affaires municipales. Si c'est lui qui dirige, autant qu'il le fasse comme maire, avec une véritable légitimité populaire. C'est une question de respect de l'électeur et de démocratie. Les informations qui me parviennent font état d'une véritable attente des bordelais, qui souhaitent le retour d'Alain Juppé à la mairie. A partir du moment où ce retour anticipé est profitable à la ville et souhaité par les habitants, je n'y vois pas matière à polémique autre que politicienne.

mercredi 30 août 2006

Des pratiques d'un autre âge

Le Parti Socialiste, n'en finit pas de parler candidatures. Bien sûr, il y a à présidentielle, qui écrase tout, mais il y a aussi les législatives derrière. Tous n'ont pas la carrure pour la course à l'Elysée, par contre, la course au Palais Bourbon est plus ouverte, avec davantage de postes à pourvoir. Le PS ne s'en désintéresse pas et c'est dans les pratiques d'investitures pour les législatives que l'on se rend compte de la véritable culture politique d'un parti, mais aussi d'une génération. Une querelle, qui n'a pas fait grand bruit dans médias est pourtant, à mon sens, emblématique d'un modèle auquel j'aimerais tellement tordre le cou.

Dans la 4ème circonscription des Pyrénées Orientales, le député socialiste sortant, Henri Sicre, ne se représente pas. C'est un fief, tenu par le sortant depuis 1988 (il a résisté à la vague de 1993) avec une section socialiste nombreuse, des maires et des conseillers généraux. Bref, une circonscription en or pour un candidat PS. Inutile de dire que les appétits s'aiguisent. Lors des consultations initiales de militants, c'est le maire d'Argelès-sur-mer, Marc Aylagas, qui l'emporte face à quatre autres candidats, dès le premier tour avec 62% des voix. Même si en principe, les circonscriptions où le sortant socialiste ne se représente pas sont "réservées" pour des femmes, des "minorités", ou des "jeunes générations", cette règle est à géométrie variable (on a bien envoyé Malek Boutih sur une circonscription où une femme avait été désignée) et le maire d'Argelès avait toutes les raisons de tenter sa chance. Les choses auraient pu en rester là si un jeune loup parisien, Olivier Ferrand, n'avait jeté son dévolu sur cette circonscription, créant de fortes tensions locales.

Car jeune loup parisien, Olivier Ferrand en est l'archétype. Né en 1969, c'est un jeune énarque (promotion 1997) qui a rejoint dès 2001 le cabinet de Lionel Jospin. La même année, il se présente aux municipales à Paris et devient adjoint au maire du troisième arrondissement. Pour boucler le portrait, il faut ajouter qu'il a été délégué national (apparatchik) du PS chargé des questions européennes. Ce jeune homme s'est bien gardé de se manifester au moment du vote des militants locaux, espérant l'emporter sur le tapis vert, à la session de septembre. Jouant habilement de sa connaissance de l'appareil, il a exploité l'adhésion de son adversaire au courant Fabius. Au niveau national, c'est un crime et faire la peau d'un candidat fabiusien est une oeuvre louable. Au cours d'un Bureau national que l'on devine animé, Olivier Ferrand est investi dans la douleur grâce aux voix du courant Hollande. C'est la seule chose dont on soit sûr, car les comptes rendus divergent sur le nombre de voix contre et sur le niveau des abstentions.

Quelque soit le parti, c'est le même drame. La nouvelle génération, la mienne (c'est cela qui me fait le plus mal) reproduit exactement le même modèle de sélection des élites que la génération précédente. J'en ai marre de ces énarques parachutés, de ces jeunes ambitieux, passés par le moule parisien sans avoir leur preuves sur le territoire qu'ils entendent représenter et qui veulent s'emparer du pouvoir pour s'y maintenir pendant des années. Ce qui les préoccupent, c'est leur carrière et un siège de député, ce n'est rien d'autre qu'un étape dans un cursus. C'est se foutre de la gueule des électeurs, qui n'en pensent pas moins, mais qui, par discipline, parce que c'est celui là et rien d'autre, votent pour lui. Une fois encore, je dénie à ces jeunes-là toute légitimité à se proclamer représentants de ma génération.

mardi 29 août 2006

GDF-Suez I

La rentrée politique et parlementaire pointe le bout de son nez avec la réapparition du dossier de fusion GDF-Suez. Alors que la gauche se montre assez discrète, c'est un député de droite, Dominique Paillé, qui monte au front. Ce matin encore, dans Métro (cela m'arrive de le lire, dans le métro justement), il donne une interview où il assène son opposition au projet, sans rien argumenter. C'est vrai qu'on ne le lui demande pas, un député de droite (sarkoziste en plus) qui tape sur un projet gouvernemental, malgré le ralliement de Sarkozy audit projet, c'est déjà une info en soi, qui suffit pour que la sauce monte. Ses deux gros arguments sont que les tarifs du gaz s'envoleraient si GDF était privatisée et que le législateur s'étant prononcé en 2004 pour l'Etat détienne au moins 70% de GDF, il n'allait pas se déjuger en 2006. Ces deux affirmations sont aussi idiotes l'une que l'autre !

Sur les augmentations de tarifs, GDF n'est pas producteur de gaz et achète à 95% à l'étranger (beaucoup en Russie) ce qu'il revend à ses clients. Il est donc totalement tributaire des cours du gaz et ne peut que les répercuter (sinon, la boite coule). Le fait d'être une entreprise publique n'empêche absolument pas les envolées de prix. C'est ce qu'ont prouvé en 2000 Lionel Jospin premier ministre et Laurent Fabius ministre des finances, en augmentant le tarif du gaz de 30%. Dominique Paillé semble oublier que le projet de loi qui va être soumis prévoit des mécanismes de régulation de tarifs pour les plus modestes. La distribution du gaz reste un service public, de ce fait, GDF (privée ou publique) aura des obligations de service public, au même titre que France-télécom. Il n'y a que l'extrême-gauche pour croire qu'une prestation de service public ne peut être correctement effectuée que par une entreprise publique ou une administration.

Sur le deuxième argument, la sagesse populaire dit qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas. Le secteur de l'energie est en pleine mutation et la conjoncture de 2006 n'est pas la même que celle de 2004. Je rappelle à Monsieur Paillé que le prix du pétrole à flambé, et qu'il peut s'en rendre compte dans toutes les stations-service de France et de Navarre. Dans la foulée, toutes les énergies ont suivi cette tendance, dont le gaz. Un des effets est de permettre au géant russe Gazprom de nourrir des ambitions de développement, avec des moyens financiers substantiels. Cette entreprise russe, essentiellement productrice, souhaite se diversifier et maîtriser davantage la distribution (pile le créneau de GDF). Plusieurs entreprises européennes sont ainsi convoitées. Commence alors une valse de mariages et d'alliances, chacun espérant qu'une fusion, rendant une OPA plus coûteuse, détournera le prétendant russe vers d'autres proies. Le couple GDF-Suez pèserait 65 milliards d'euros, ce qui semble suffisant pour mettre cette nouvelle entité à l'abri. Mais pour qu'un mariage se fasse, il faut la part de l'Etat dans le nouveau groupe ne soit pas majoritaire, sinon, quelle entreprise accepterait une alliance dans lequel elle se retrouve nationalisée de fait. Ce n'est clairement pas le souhait de Suez. Un autre effet de la flambée du prix des énergies est de rendre rentables des projets qui ne l'étaient pas, car il semble que l'énergie va rester chère un certain temps. Il serait donc idiot de rester figer sur des positions alors que le monde change.

Sur le fond de ce dossier, je n'ai pas de position tranchée, mais je n'y suis pas défavorable. Ce projet de loi sur le secteur de l'énergie est conçu pour laisser à GDF (et au gouvernement) les mains libres pour mener à bien des rapprochements et des projets industriels, dont celui avec Suez, mais aussi d'autres éventuellement. Thierry Breton garde le souvenir du désastre de France-télécom, qui a été obligée de payer son développement à l'étranger en cash, car l'échange d'actions était impossible, l'Etat devant garder une participation majoritaire. Il s'agit de ne pas répeter la même erreur pour GDF à la veille d'importantes restructurations dans le secteur de l'énergie. Si on lit le projet de loi (ce que tous ne semblent pas avoir fait), on se rend compte l'Etat garde de toute façon 34% qui est la minorité de blocage, ainsi qu'un droit de veto sur la cession d'actifs jugés stratégiques. Reste à savoir comment tout cela va être utilisé, mais sur le papier, des garanties existent pour préserver le service public.

Encore une fois, la politique française se complaît dans l'idéologie et masque ainsi son impuissance, car pour les patrons de GDF et de Suez, c'est à Bruxelles, devant la commission européenne que se joue réellement l'avenir de leur projet.

dimanche 27 août 2006

Le chantier de la décentralisation

La présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, candidate à l'investiture socialiste, sollicite beaucoup ses camarades présidents de région. Souvent dans son discours, revient "nous les présidents de région", comme pour l'opération médiatique de parrainage des lycéens étrangers expulsables. A cette occasion, elle étend largement la compétence des conseils régionaux qui, dans ce domaine, ne sont responsables que de l'entretien des bâtiments. Dans la bouche de Madame Royal, les régions sont globalement responsables des lycées. Raccourci un peu rapide, qui me donne des inquiétudes sur sa vision des compétences des collectivités locales. Elle surfe tactiquement sur le résultat des élections régionales de 2004 qui ont donné la quasi-totalité des présidences à la gauche. Mais cette situation exceptionnelle n'a pas vocation à durer ; et quid de son positionnement de long terme sur les pouvoirs des conseils régionaux ? Pour l'instant, ses déclarations sont assez limitées. Un seul point un peu novateur émerge : la promesse de transfert de la ressource fiscale. C'est bien vague et n'apporte pas véritablement de réponse aux enjeux et aux choix politiques qui s'offrent à elle.

Les collectivités locales n'ont, en France, que des compétences "d'attribution". Elles ne doivent en principe s'occuper, dans leur ressort territorial, que de ce qui leur a été expressément dévolu. Si le principe était appliqué dans toute sa rigueur, le préfet devrait bloquer toutes les dépenses qui ne sont pas en rapport avec ces compétences. Cela permettrait de réaliser d'importantes économies, car les collectivités locales ont une tendance très forte à dépenser pour ce qui leur fait plaisir, pour ce qui est valorisant, sans trop regarder si cela est de leur compétence. Et après, elles protestent qu'elles n'ont pas assez de ressources quand l'Etat leur demande de prendre des compétences qui ne leur agréent pas, parce politiquement peu intéressantes. C'est ce qui est arrivé pour la gestion des personnels techniques des lycées, transfert pourtant cohérent vu que les conseils régionaux sont chargés des investissements sur les bâtiments. Il faut donc mettre un peu de clarté et trancher pour savoir si les collectivités locales doivent rester strictement dans leurs champs de compétences ou si elles deviennent des collectivités à "compétence générale de plein droit", devenant ainsi détenteurs d'une part de souveraineté. On bascule alors dans le fédéralisme.

Dans le même sens, qu'est-ce que Madame Royal entend par ses transferts de ressources fiscales ? Actuellement, l'Etat accorde aux collectivités locales certains impôts et taxes, accordant des dotations pour compenser les éventuels dégrèvements et modifications qu'il pourrait décider. Si l'idée de Ségolène Royal est de rendre les collectivités locales maîtresses non seulement des taux, mais aussi de la définition de l'assiette, ce serait un réel progrès. L'Etat, quelque soit la majorité en place, a eu la mauvaise manie, ces dix dernières années, de rogner considérablement la part des recettes fiscales dans les budgets des collectivités locales par des réformes intempestives et unilatérales. La compensation par des dotations n'est que partielle, car une collectivité qui veut augmenter l'assiette des impôts qui lui reviennent par une politique d'attractivité n'en touchera pas les fruits. Mais là encore, on fait un pas vers le transfert de souveraineté.

Le PS est encore très jacobin. Il sera difficile pour beaucoup d'accepter une réelle décentralisation qui implique de donner une réelle autonomie aux collectivités locales (c'est-à-dire la vraie maîtrise de leurs ressources). Ce serait une révolution culturelle. Je suis assez partagé sur l'opportunité de donner cette pleine autonomie des collectivités locales, mais c'est ainsi, à mon sens, que le débat doit être posé, avec des enjeux clairs sur des choix réellement fondamentaux qui permettent, ensuite, une fois la question tranchée, d'avancer.

samedi 26 août 2006

L'université des alouettes

L'UMP organise son université d'été le premier week-end de septembre, et a cette occasion, a "accrédité" des bloggeurs au même titre que des journalistes. Cette nouveauté est une reconnaissance de l'impact que peut avoir la blogosphère sur les débats politiques. Certains accrédités s'enthousiasment tel Loïc Le Meur voirent fantasment sur des sites à grosse audience, d'autres sont plus agacés par le battage autour de ces accréditations, comme Koztoujours. Les débats sont donc animés et c'est ce que voulaient les responsables de l'UMP.

Une université d'été, c'est un vaste raout politique, un meeting sur deux jours, rien de plus. C'est un évènement pour rassembler les jeunes (et quelques moins jeunes) d'un parti pour faire la fête dans un endroit ensoleillé et venir acclamer les discours des leaders du moment. On peut y faire de belles images d'hommes et de femmes politique en tenue décontractée, au milieu de jeunes. Ce qui attendent autre chose risquent d'être déçus ! L'objectif de ces universités d'été est d'obtenir un écho médiatique le plus fort possible. Dans cette optique, inviter des bloggeurs permet de focaliser les débats de la blogosphère sur cet évènement (les bloggeurs invités n'auront pas le temps de pondre des articles sur d'autres sujets pendant ce week-end). Si en plus, on peut avoir un buzz une semaine avant, c'est encore mieux. Le responsable blog de l'UMP doit être heureux !

Il ne faut se leurrer, l'UMP qui invite attend quelque chose sans forcement donner beaucoup. Quelques billets de train et chambres d'hôtel en plus, ce n'est rien. Leur objectif est double. Il faut faire parler de l'évènement, du discours du leader. Sans forcer la main, on emmène aux bons endroits, on fournit les fiches de presse. Les responsables UMP risquent d'être un peu surpris de la réaction, les bloggeurs ne fonctionnant pas comme des journalistes. Même si les articles ne sont pas "dans la ligne du parti", ce n'est pas trop grave, ce qui compte, c'est qu'on en parle et que l'on occupe ainsi l'espace médiatique. Le CSA n'est pas encore à règlementer la blogosphère. L'autre objectif, à plus long terme, c'est de nouer des liens avec des bloggeurs en vue avant la campagne présidentielle. Nos accrédités vont être bien soignés, bichonnés même et leur ego sera flatté. Cela leur enlèvera-t-il leur mordant et leur esprit critique ? Je ne le souhaite pas, même s'il est plus difficile de tomber à bras raccourcis sur quelqu'un que l'on connait, que l'on a déjà rencontré. Ce n'est d'ailleurs que le début d'une série d'invitations de la part des politiques, dont le but est de "domestiquer" les bloggeurs, comme ils y arrivent très bien pour les journalistes politiques. On entre dans un circuit où on est tenu par des services rendus et l'espoir d'infos et de scoops futurs.

Je crains que ce système d'accréditations ne soient finalement qu'un marché de dupes et une vaste manipulation dont seraient victimes les bloggeurs. La véritable information, elle n'est pas là où on souhaite les emmener. Pour avoir une vision globale, il faut des contacts en interne qui vous expliquent l'envers du décor et les non-dits de la communication officielle. Les journalistes font cela très bien, je ne vois pas ce que les bloggeurs peuvent apporter de plus, sinon quelques impressions. Leur rôle est autre et à mon sens, ils doivent rester en marge d'un système qui risque de les broyer. Je ne suis pas sûr que certains se rendent compte qu'ils entrent dans la cage aux fauves.

jeudi 24 août 2006

A quand l'interdiction du tabac ?

Le gouvernement entend prendre des mesures pour interdire la cigarette dans tous les lieux publics. Cette décision est le résultat d'un constat, celui de l'échec relatif de la loi Evin, destinée à protéger les non fumeurs des dangers du tabagisme passif.

Je dis échec relatif, car on continue à fumer dans des lieux publics fermés, et même dans les couloirs de l'Assemblée Nationale où un jour, une journaliste, sans faire attention, a demandé du feu à ... Claude Evin (inutile de dire qu'elle s'est sentie très mal quand elle s'est rendue compte de sa boulette). Relatif, car ces cas de transgression sont plus rares qu'autrefois. Reste que le problème est toujours aigü dans les bars, restaurants et sur les lieux de travail. Le nouveau texte (dont on ne connait pas les détails) entend poser une interdiction totale. Des "aménagements" et des "moratoires" vont être accordés à certaines professions. Je sens déjà les lobbystes qui fourbissent leurs armes. Ca va se déchaîner !

Bien que non fumeur et "anti-tabac", je suis très dubitatif sur la méthode choisie. Alors que l'interdiction de la consommation du tabac serait la solution simple et radicale (et quelles économies pour la sécu), on tourne autour du pot. On augmente le prix des cigarettes, on interdit la vente aux jeunes. On tente de circonscrire la consommation, empêchant ceux qui veulent s'empoisonner de pourrir la vie des autres. Certes, il y a des zones non-fumeurs, mais quand chacun est d'un coté de la salle du restaurant avec un simple paravent comme séparation !! De même, je n'ai jamais vu ni entendu parler d'un fumeur qui se serait fait verbaliser pour en avoir grillé une dans un hall de gare ou sur un lieu prohibé. On décide alors de prendre une nouvelle loi un peu plus stricte, mais qui ne servira à rien si on ne met pas de la fermeté et de la constance dans l'application. Vu la molesse dans l'application de la première loi, on peut se poser la question de savoir si avant de prendre une nouvelle loi, il n'aurait pas mieux valu appliquer la première. La dernière nouveauté est la discrimination à l'embauche, être fumeur pouvant s'avérer un vice rédhibitoire en toute légalité, du moins sans être trop inquiété.

Cessons donc ces faux-semblants et orientons nous vers la seule solution, l'interdiction progressive de la vente et de la consommation de tabac. En annonçant cela sur un temps suffisamment long, on permet à la filière de se reconvertir, éventuellement on indemnise (je pense aux débitants de tabacs). Les fumeurs sont informés qu'il va falloir arrêter en ayant le temps de suivre les traitements adéquats. Le vrai courage politique serait là.

mercredi 23 août 2006

Israël, "corps étranger"

Le proche-Orient n'en finit pas de vivre des soubresauts depuis plus de 50 ans. Les récents évènements du Liban en sont un de plus et certainement pas le dernier. A chaque fois, c'est un conflit entre Israël et ses voisins. Force est de constater que la création de l'Etat d'Isrâël a durablement déstabilisé la région.

La création s'est accompagnée de déplacements de populations qui ont détruit de fragiles équilibres. Les pays voisins, notamment Jordanie et Liban se sont retrouvés avec des camps de réfugiés, qui sont devenus permanents. La composition de leur population a changé, ce qui a entraîné des confilts. En Jordanie, c'est l'affrontement entre bédouins et palestiniens qui s'est terminée par "Septembre noir". Au Liban, même scénario, sur fond de guerre civile interconfessionelle. Cette question des populations déplacées tend à s'apaiser, les enfants et petit-enfants de palestiniens, nés en exil, ont fait leur vie ailleurs, se sont intégrés (la reine de Jordanie est d'origine palestinienne). Bien entendu, tout est loin d'être réglé, notamment pour les palestiniens des territoires occupés, littéralement parqués comme du bétail dans des conditions de vie indignes.

La déstabilisation vient aussi du fossé qui sépare Israël de ses voisins. Ce pays a été créé et maintenu à bout de bras par l'Occident, USA en tête. Israël est une enclave occidentale au Moyen-Orient, et est ressenti par ses voisins comme un coprs étranger qui doit être détruit comme un virus peut être détruit par les défenses immunitaires. La trop grande différence de puissance (dans tous les domaines) entre l'occident et le monde musulman a empêché ce dernier d'éliminer Israël (et ce n'est pas faute de l'avoir voulu et d'avoir essayé). Les peuples arabes, présents depuis des siècles, ont tissé des liens, noué des alliances, ont une culture commune et finalement, parlent le même langage. Pour apaiser le conflit, il faudrait qu'Israël "s'orientalise", et que les orientaux s'occidentalisent, chacun faisant un bout du chemin pour combler le fossé civilisationnel qui empêche actuellement les échanges et la compréhension mutuelle. Malheureusement, cette voie est largement du domaine de l'utopie, car si les pays riverains peuvent finir par se résigner, d'autres puissances régionales, qui ne subissent pas les désagréments physiques du conflit, vont souhaiter continuer le combat. Elles ont besoin de cet ennemi pour mobiliser et souder leur population. Je pense ici à l'Iran, à la Syrie pour les plus virulents. Mais cela concerne potentiellement tous les régimes arabes du Moyen-Orient. La diatribe anti-occidentale est tellement utile !

La situation du Proche-Orient est donc bien plus complexe que voudraient nous le faire croire moult commentateurs "autorisés". Il n'y a pas de bons et de méchants, ce serait trop simple. La responsabilité pèse d'abord sur l'Occident, qui a créé et maintenu Israël. Après la seconde guerre mondiale, l'Europe a découvert les horreurs de la Shoah et s'est sentie terriblement coupable, et il y avait de quoi. Nous avions une dette vis-à-vis des juifs et à titre de réparation, nous leur avons alors donné l'Etat juif qu'ils réclamaient depuis un demi-siècle. Le problème initial vient du refus de l'Europe de payer elle-même, en accueillant le nouvel Etat juif sur ses territoires. Elle a fait supporter le coût de la réparation de sa faute par les arabes, qui n'avaient rien demandé et n'avaient pris aucune part à l'Holocoste. Cette plaie ouverte au Proche-Orient, c'est nous qui l'avons créée, qui l'avons autorisée (Le Proche Orient était sous mandat français et britannique entre les deux guerres). De temps à autres, il est bon de s'en souvenir.

mardi 22 août 2006

Saint Tourisme, priez pour nous

Dans un récent article de son blog, Alain Lambert se réjouit de l'arrivée de plus en plus importante de pèlerins dans sa bonne ville d'Alençon, où est née Sainte Thérèse de Lisieux. Jusque maintenant, les retombées de la sainte profitaient quasi exclusivement à Lisieux, morne sous-préfecture de province dont c'est la principale attraction, avec une basilique hideuse et son cortège de marchands de bondieuseries, un petit Lourdes en quelque sorte.

Cette manie "d'aller sur les pas de" que l'on rencontre beaucoup chez les catholiques m'a toujours étonné. Que l'on ait de la "vénération" pour une personne, que ce soit la vierge ou un saint quelconque, je peux comprendre, même si je ne partage absolument pas cette pratique. Ce qui m'étonne vraiment, c'est ce besoin d'aller sur les lieux. Au plan strictement religieux, cela n'apporte rien. Ce n'est pas parce qu'une femme a cru voir la vierge sur un lieu précis qu'elle va reparaître au même endroit. Il n'y a pas davantage de contact plus étroit avec le paradis à cet endroit précis, où une essence divine suinterait pour effectuer des miracles. La sainteté n'est pas contagieuse et on peut se promener tant qu'on veut sur les pas d'une sainte ancienne ou moderne, on ne risque pas de le devenir à notre tour, ni même d'en récupérer un bout.

Il est vrai que le catholicisme est moins que d'autres une religion de l'intériorité et davantage une pratique visible. Etre catholique, c'est aller dans des lieux (messes, pelerinages...), pratiquer des "exercices spirituels" (récitation de chapelets, adoration d'une hostie...) de préférence dans les lieux consacrés et se soumettre à l'autorité d'une hiérarchie pesante. Le reste est en option (et heureusement que nombre de catholiques prennent les options). Le pelerinage fait partie de ces pratiques encouragées, avec des "hauts lieux" dotés de toute l'infrastructure religieuse et hôtelière, avec des "moments forts". Les jubilés sont un magnifique exemple de cette pratique, qui vise uniquement à draîner vers Rome une masse de pélerins. Nombre d'élus locaux et de commerçants ne voient dans tout cela qu'une source de profits matériels qu'il faut exploiter. Ils défendent âprement ce fond de commerce, tel le maire de Lourdes qui a fait interdire dans sa ville la diffusion du film "le miraculé", qui se moquait allègrement des pèlerinage et plus particulièrement de Lourdes. De même, imaginez la réaction du maire de Rome si un pape annonce qu'il n'y aura pas de jubilé à la date prévue. Malgré l'appui de la hiérarchie catholique, il n'y a rien de religieux dans leur démarche, si ce n'est leur ressemblance avec les marchands du Temple que Jésus a fustigé.

A travers ce texte de la Bible, ce qui est condamné, c'est l'utilisation de la religion comme support de commerce. Les dérives peuvent aller très loin, comme par exemple lorsque les pratiques religieuses et les rites sont fixés en fonction des intérêts matériels, avec l'obligation de se fournir en produits spécifiques auprès de commerçants ayant un monopole (et rétribuant grassement le clergé pour ce monopole). Le catholicisme n'en est pas là, fort heureusement, mais la potentialité existe. Les catholiques sont friands de rites et gestes extérieurs (mettre des cierges par exemple) où il faut se procurer des objets spécifiques. A coté de cela, une industrie de la "bondieuserie" existe et elle ne demande pas mieux que d'exploiter encore davantage le filon.

lundi 21 août 2006

Sarkozy l'opportuniste

Le personnage de Nicolas Sarkozy m'a toujours un peu dérangé. Il fait peur par son ambition avouée et assumée de requin tueur, qui écarte impitoyablement tous ceux qui sont en travers de son chemin. Il me dérange surtout par son coté opportuniste. Il donne régulièrement à entendre ce que les citoyens attendent : Ils veulent de la fermeté, on leur donne du Karcher, il faut un peu d'humanisme, on envoie une petite circulaire aux préfets sur la régularisation des enfants d'étrangers et on offre même 6000 cartes de séjour.

Dans tous les domaines, il colle ainsi à l'opinion, en fonction des préoccupations du moment, du public qui est dans la salle. Et le drame, c'est que Sarkozy est très bon. Quand vous l'avez en face de vous, il est terriblement convainquant et vous ne pouvez que saluer l'artiste, quand vous n'êtes pas directement convaincu. Mais bien malins sont ceux qui connaissent le fond de sa pensée et ses intentions véritables. C'est un champion de l'écran de fumée (comme la plupart de nos hommes politiques nationaux).

Sarkozy, c'est Chirac avec 25 ans de moins. Quelques convictions sur des points précis accompagnées d'une immense souplesse vis à vis des demandes de l'électorat, avec pour fin unique la conquête du pouvoir en vue de satisfaire un égo démesuré. Les deux sont de formidables bêtes de campagne (Sarkozy a fait son apprentissage chez Chirac), des bulldozers qui ne font aucun cadeau. Reste une inconnue chez Sarkozy, sa capacité à exercer le pouvoir une fois en place. Espérons qu'il fera mieux que Chirac, pour qui la conquête du pouvoir est une fin en soi. Une fois élu, il commençait à préparer la prochaine échéance, dans une logique clanique qui l'emportait souvent sur l'exercice du mandat. C'est d'ailleurs là son drame, continuer à se comporter en candidat une fois élu. Cela nous a donné 12 ans d'immobilisme et d'eau tiède, où le gouvernail de l'Etat oscille en fonction des désirs de l'opinion, de la pression des médias et des lobbys. Surtout, ne pas commettre d'impair qui compromettrait le prochaine élection !

Malheureusement, la candidate la mieux placée à gauche, Marie-Ségolène Royal est exactement sur le même mode de fonctionnement, avec moins de talent et de charisme que son adversaire de droite. Cette absence d'alternative est affligeante. Je n'ai franchement pas envie de reprendre encore 20 ans de cette classe politique et de son mode de fonctionnement. J'attends autre chose de la politique et je pense que ma génération partage mon attente. Elle ne pourra pas se satisfaire longtemps de ce qui est actuellement proposé.

jeudi 17 août 2006

L'injonction d'agir

Les médias, reflet de notre société, ne cessent de nous assaillir d'ordres et d'injonctions. Tous les canaux sont utilisés, le pilonnage est systématique et couvre beaucoup plus d'aspects de notre vie que nous le pensons. Bien souvent, nous nous engouffrons dans le boulevard qui est ouvert, sans prendre le temps de s'arrêter pour questionner ce qui nous est mis devant les yeux, car les messages sont à plusieurs niveaux.

L'une des injonctions que je refuse est l'obligation d'avoir un avis et de trancher. Sans cesse, nous devons prendre position pour ou contre et surtout, nous devons agir, être solidaires. Certains milieux (notamment à gauche), élèvent cela au rang d'obligation sacrée. Eh bien non ! Je revendique le luxe ne pas avoir d'avis sur certains sujets, de ne pas prendre de position, voire même d'être indifférent et de ne pas souhaiter lever le petit doigt. Si j'applique cela à des sujets comme la nouvelle couleur de cheveux de telle ou telle starlette people, on ne me dira rien. Par contre, si je proclame mon indifférence totale aux récents évènements du Liban ou au sort de Hmong du Laos, la réaction sera autre. On me traitera plus ou moins explicitement d'insensible, d'irresponsable, voire de salaud. Sur des sujets comme cela, il est interdit d'être neutre, de ne pas compatir.

En prenant cette position, on viole une limite, on sort du cadre imposé. Depuis quelques siècles, la comception occidentale de l'homme est celle de la toute-puissance. L'homme peut tout et doit donc agir pour modeler le monde à son image et selon sa volonté qui ne doit rencontrer aucun obstacle. Les médias, télévision en tête, ne cessent de nous montrer (non sans mise en scène) des évènements qui heurtent notre sensibilité d'occidentaux (des guerres, des massacres de populations civiles, des femmes musulmanes voilées...). A chaque fois, nous sommes individuellement mis en demeure de désapprouver et appelés à "agir". Et on nous reproche même parfois d'oublier (comme Koztoujours), de passer à autre chose et de ne pas continuer à nous indigner sur les évènements qui ne sont plus sous les feux médiatiques.

Je ne suis qu'un être humain, modeste, limité et faillible. Je ne saurais prétendre avoir un avis sur tout, avoir la solution à toutes les misères du monde (ou ce qui m'est présenté comme tel). Bien sûr, certains sujets me touchent, j'ai des avis et des opinions, j'agis et je tente de peser pour que les choses aillent dans le sens que je souhaite. Je suis un produit de mon époque, mais je suis conscient des limites de mon action et de l'utilité (très relative) de mon indignation. Rien que le penser, c'est déjà limite. Le dire, c'est aller contre le dogme et à ce titre, encourir les foudres des inquisiteurs, qui vous attaquent, vous disqualifient, vous chassent de la communauté avant de vous envoyer sur le bûcher.

samedi 5 août 2006

La Bretagne celtique ?

Mon séjour en Bretagne est l'occasion de me replonger dans l'atmosphère culturelle de cette région, avec un regard décalé "d'exilé parisien". Je me suis retrouvé plongé, via Ouest-France (la Pravda locale), dans "l'actualité", à savoir le festival interceltique de Lorient.

Cet évènement, incontournable monument de la culture celtique, est une institution qui rassemble la crème des musiciens. Les prestations y sont d'une qualité exceptionnelle pour des musiciens officiellement amateurs (en fait semi professionnels). Les animations sont nombreuses, rituelles comme la grande parade dans les rues de Lorient ou le concours des bagadou, et plus Off comme les innombrables concerts dans les bars et autres Fest-noz. C'est la preuve de l'existence d'une culture régionale vivante.

Depuis longtemps, j'entretiens des relations ambivalentes avec cette culture celtique. J'y ai mes racines (et pas plus loin que mes grands-parents et arrières grands parents, paysans de Bretagne intérieure), mais ce qui m'est présenté aujourd'hui comme LA culture bretonne me dérange et m'interpelle. La Bretagne a connu une mutation formidable au XXe siècle, passant d'une société très majoritairement rurale à un modèle très urbain. Beaucoup d'éléments de l'ancienne culture rurale ont été repris et ont réussi leur translation dans la nouvelle bretagne. Je pense en particulier à la musique et à la danse. Des façons de penser, des schémas culturels ont également été transmis. D'autres comme la langue bretonne ont, par contre, trébuché sur l'obstacle et n'ont pas véritablement trouvé leur place dans la nouvelle société bretonne.

Il existe indéniablement une continuité dans la culture bretonne, et ce point est constamment mis en avant. Par contre, on occulte le fait que l'adaptation d'une culture rurale et paysanne à un monde urbain ne s'est pas faite sans transformations. La culture bretonne d'aujourd'hui est pour une bonne part, une reconstruction, une reprise d'éléments d'un monde et d'une culture en train de mourir (et c'est bien avancé). La langue en est un exemple frappant. Le breton est une langue orale et dialectale. Les habitants de Quimper ne comprennent pas forcement ceux de Vannes ou de Tréguier. Les néo bretonnants urbains ont voulu unifier cette langue (c'est devenu le breton KLT) et l'imposer comme LE breton, y compris dans des secteurs qui n'ont jamais parlé breton comme Vitré ou Fougères. Mes grands-mères, qui parlent le dialecte du vannetais (qui est leur première langue, avant même le français) ne comprennent pas ce breton KLT qu'elles entendent à la télévision.

La promotion et l'affirmation culturelle des milieux "bretonnants" m'agace fortement. Il y a ce message, souvent implicite parce que jugé évident, de la spécificité absolue de la culture bretonne par rapport au reste de la France. La bretagne est celtique et toute comparaison avec des éléments culturels d'autres provinces françaises sont malvenues, d'ailleurs, les travaux un peu sérieux dans ce sens sont peu nombreux. Ce qui est légitime, c'est la comparaison avec l'Irlande, l'Ecosse, le Pays de Galles. C'est vrai que la Bretagne fait partie de cette aire culturelle, mais se couper de la France est un choix de renier et d'effacer une partie des origines bretonnes. Pourtant, la Bretagne d'avant le XVIIe siècle présentait bien des points communs avec d'autres régions de la France de l'Ouest. C'est après la révolte des bonnets rouges, en 1675, qu'a commencé une période d'isolement et de déclin économique de la Bretagne. Le costume breton de l'époque ne diffère guère de ce que l'on rencontre dans le Poitou à la même époque. Le couple musical hautbois-cornemuse est un grand classique de la musique populaire dans l'Europe entière. C'est au cours de cette période d'isolement que les éléments distinctifs de l'actuelle "bretonnitude" ont suivi une évolution différente, le costume gardant des spécificités qui ailleurs ont disparu, le hautbois a dérivé en bombarde et la cornemuse en biniou. L'étude des contes et légendes de Bretagne montre leur appartenance au corpus indo-européen. J'avais été très frappé, il y a quelques années, lors d'un séminaire universitaire, par le discours d'un enseignant du département d'études celtiques de l'université de Brest. Il parlait de la culture populaire bretonne et de son utilisation radiophonique, sans jamais esquisser la moindre comparaison avec ce qui se faisait ailleurs en France. Il a fallu que ce soit des historiens, originaires d'autres régions, qui interviennent pour apporter des compléments montrant clairement que finalement, ce qui se faisait en Bretagne n'avait rien d'original par rapport au reste de la France.

On rencontre aussi dans le "celtisme" beaucoup d'âneries et de fumisteries, qui occupent malheureusement beaucoup trop d'espace médiatique pour ce qu'ils valent. Toutes ces sagas celtiques de Brocéliande, les légendes du roi Arthur sont reprises, brodées (et bien entendu exploitées commercialement). On joue sur la fibre mystique et l'attrait du mystère, en lien direct avec la fantasy et la littérature fantastique, donnant ainsi ce cliché répandu de la "Bretagne mystérieuse" qui a le don de m'énerver. Cela va parfois très loin, avec par exemple les hurluberlus du néo-druidisme, très proche du paganisme d'extrême-droite. C'est fou le nombre de livres sur cette thématique qui encombrent les rayonnages des librairies bretonnes.

L'identité bretonne est complexe et multiple. La "celtitude" en fait partie, mais ce n'est qu'un élément parmi d'autres. Sans renier cette part de mon identité, je refuse d'en faire l'épine dorsale, le point central.

jeudi 3 août 2006

Revenir en touriste

Cela fait une étrange sensation de revenir en touriste dans une région où l'on a passé trente ans de sa vie comme autochtone. Les lieux sont familiers, et on peut avoir l'impression d'être parti quelques semaines auparavant. Pourtant, des petits signes montrent que l'éloignement a été plus long et qu'insensiblement, on perd le lien. Un nouveau rond point par ici, un nouveau lotissement par là, le paysage a évolué.

Dans le comportement, on change aussi, à une vitesse stupéfiante. On fait des choses que l'on aurait jamais faites du temps où on y vivait à l'année. On va dans les attractions à touristes que l'on regardait avec dédain autrefois, on va sur la plage aux heures où il ne faudrait pas, alors qu'on sait pertinemment les dégâts du soleil de midi sur la peau.

Le résultat, c'est un breton de souche qui roule en voiture 75, rouge comme une écrevisse, qui fait le tour du Golfe du Morbihan en bateau panoramique. C'est là qu'on se rend compte qu'une page est réellement tournée.