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vendredi 28 juillet 2006

Indignation efficace ?

Le verdict des sages du Conseil Constitutionnel sur la loi DADVSI a entraîné un durcissement des sanctions pénales contre les téléchargements illégaux sur internet. L'émotion est à son comble comme le prouve l'intense activité bloguesque sur le sujet chez Maître Eolas.

Que d'indignation, que d'émotion et finalement que d'inéfficacité et de confusion ! Certes la loi va être promulguée, mais comme je l'affirme depuis le début, ce n'est qu'une étape. Le sujet est trop conflictuel, trop sensible pour que tout soit réglé en seul texte, qui plus est avec des débats parlementaires en partie bâclés. Finalement, la discussion a quand même eu lieu, chaque camp a fait valoir des arguments et les échanges ont été véritablement constructifs. Le débat a avancé, reste maintenant à trouver un compromis acceptable pour tous, ce qui est loin d'être fait. La loi DADVSI, telle qu'elle sort du Palais Royal n'est pas acceptable concernant la question des téléchargements, bien qu'elle contienne des avancées indéniables. L'idée d'imposer l'interopérabilité, même si elle a été mal formulée (et donc censurée sur la forme) est présente et accpetée par les politiques, y compris le ministre. Ce n'était pas le cas en décembre au début des discussions. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

Il faut maintenant envisager l'avenir et la suite des discussions, car ce sujet reviendra lors de la campagne présidentielle, 8 millions de pirates potentiels, c'est un enjeu trop important pour être occulté. Les candidats devront en parler et il va falloir leur fournir des billes, leur exposer concrètement ce que nous considérons comme souhaitable. Mais pas sous la forme d'imprécations comme on en a trop vues pendant les discussions parlementaires, où seul un groupe de pression a fait du boulot techniquement convenable pour la défense des intérêts des internautes et du logiciel libre, même s'il s'y sont mal pris politiquement, par manque de doigté lors des débats parlementaires. Ce qu'il faut fournir, ce sont des projets de textes, des amendements juridiquement solides, avec des argumentaires permettant de rendre compréhensible un sujet hautement technique (ce qui est le cas de l'informatique dès que l'on rentre dans les détails). C'est comme cela qu'on est utile, en proposant des contre-projets car ne vous en faites pas, les grandes majors ont des bataillons de juristes et lobbystes pour fournir des textes clés en main, et à leur avantage. La blogosphère a des ressources et de l'énergie, sachons les canaliser utilement !

Merci le réglement, suite et fin

Le conseil constitutionnel vient de rendre son verdict sur la loi DADVSI. Le début de la décision porte sur la procédure d'adoption de la loi, le conseil ayant été saisi par les députés socialistes sur cette base, entre autres choses. Le feuilleton des péripéties de l'article 1, en plusieurs épisodes racontés ici, et trouve son aboutissement.

Le Conseil constitutionnel énonce dans cette décision plusieurs principes et éclaicissements qui vont faire jurisprudence. Les socialistes attaquent sur la base d'une atteinte au droit d'amendement des parlementaires, inscrit dans l'article 44 de la constitution. Ils considèrent que le retrait d'un article sur lequel des amendements avaient été adoptés porte une "atteinte substancielle" à ce droit, en ce qu'il prive de valeur et fait disparaitre des amendements adoptés par les députés.

Le Conseil constitutionnel leur donne raison. Cela va dans le sens de ce que Pierre Mazeaud avait fait comprendre au gouvernement et au président de l'Assemblée nationale au moment des discussions. Le fait de retirer un article sur lequel des amendements ont été adoptés pour y substituer une solution alternative par le biais d'un article additionnel est irrégulière et donc encourt la censure. Cette position affirme haut et fort la valeur des délibérations parlementaires, qui ne sauraient être passées outre. Seul un vote des députés peut annuler un autre vote. La volonté du peuple s'exprimant à travers ses représentants ne doit pas être pris à la légère, comme cela a été le cas.

Mais, l'article ayant été rétabli, y compris les amendements adoptés, et cela avant que les solutions alternatives aient été adoptés, la faute n'est pas constitué. Il faut bien que le Conseil valide la marche qu'il a officieusement conseillée sur cette affaire. Les députés se sont prononcés sur les amendements restant en discussion sur l'article 1, ils ont parfaitement pu rejetter un article sur lequel ils avaient adopté des amendements. Une disposition votée a été bien été annulée, mais par un vote des députés. L'avertissement est quand même donné et bien appuyé, pour que le gouvernement sache qu'il ne pourra plus faire n'importe quoi lors des discussions.

Cette décision marque une volonté de plus en plus forte du conseil constitutionnel de contrôler, non seulement la conformité constitutionnelle du texte de loi "produit fini", mais aussi de contrôler la conduite des débats et les procédures de discussion. C'est ainsi que la notion de "sincérité" du budget, inscrit dans la LOLF, permet au Conseil constitutionnel de sanctionner d'éventuels "tripatouillages comptables" qui iraient trop loin dans la subtilité pour verser dans la tromperie. En 1999, il avait déjà introduit le "principe d'intelligibilité et de clarté de la loi" comme "objectif à valeur constitutionnelle", catégorie un peu batarde mais qui a servi à censurer le plafonnement des niches fiscales dans la dernière loi de finance initiale.

Par ces biais, le Conseil constitutionnel est amené à faire le travail que les parlementaires ne sont pas en mesure d'assumer, à savoir freiner le gouvernement dans ses manipulations du règlement des assemblées et assurer des débats réellement transparents, pour que les textes adoptés reflètent la volonté réelle des parlementaires. Quelque part, ce n'est pas un mal et une fois de plus, par petites touches et par des voies détournées, le Conseil constitutionnel fait respecter la séparation des pouvoirs, en s'érigeant protecteur de la délibération parlementaire face aux empiètements d'un éxécutif envahissant et despotique. Exactement le contraire de ce qu'avaient voulu les rédacteurs de la constitution de 1958.

jeudi 27 juillet 2006

Cachez ce pauvre que je ne saurais voir

Les tentes de la honte. C'est par ce titre que Guillermo de Radical Chic lance un débat, repris par Versac, sur les effets de la distribution de tentes aux SDF parisiens par Médecins du Monde. Le but de cette distribution, qui a eu lieu cet hiver, était de leur donner un abri et de les rendre plus visibles pour susciter un débat public. Objectif atteint !

Cette question des "marginaux", de leur existence et de leur place dans la société n'est pourtant pas nouvelle. Dès qu'il y a une société, il y a une hiérarchie, avec ceux qui sont en haut, ceux sont en bas et ceux qui sont tellement en bas qu'ils sont à peine reconnus comme faisant partie de la société. De tout temps il y a eu des personnes en marge, vivant d'expédients, non reconnus par la société et rejettés. Et ils étaient nettement plus nombreux et voyants autrefois. La cour des miracles était un lieu en plein Paris où régnait les vagabonds et brigands, et où Louis XIV a dû envoyer l'armée, la police n'osant pas s'y aventurer. Le Moyen-âge était peuplé de ces personnages plus ou moins louches, tous en rupture de ban et de "liens sociaux".

Ce qui a changé, en fait, c'est notre vision de ce phénomène. Notre société issue des Lumières n'accepte plus cet état de fait. Nous vivons sur des aspirations et des mythes collectifs qui sont contrariés par l'existence de ces marginaux, parfaits contre-exemple de ce que la société moderne tente de promouvoir comme idéal. Nous ne sommes plus dans un monde qui nous a été donné par des dieux. Ce monde, il est tel que nous le faisons, nous sommes responsables de ce qui existe et nous ne pouvons plus évoquer la fatalité pour nous dédouaner. Cela crée une tension que nous cherchons à résoudre, sans y parvenir.

Ces marginaux contrarient le mythe de la toute puissance de l'homme, résumée dans cette formule pour coaching à la petite semaine "quand on veut, on peut". Eh bien non ! Nombre de SDF n'ont pas demandé à l'être, il y sont tombés et n'ont pas ou plus la force de s'en sortir, même avec de l'aide. Certains luttent, veulent garder leur dignité, et pourtant, il n'y arrivent pas. On cherche à nier cela en affirmant que s'ils sont dans cette situation, c'est de leur faute, parce qu'ils ne font aucun effort. Facile, mais quand on y regarde de plus près, ce n'est pas ce que l'on découvre. L'homme a des limites, il n'est pas omnipotent et les marginaux sont un témoignage gênant de cette réalité. Ces marginaux sont aussi la démonstration vivante que nous n'avons pas atteint la sécurité absolue, qui est notre rêve, particulièrement en France. Chacun sait, même tous ne veulent pas se l'avouer, que personne n'est à l'abri d'une dégringolade. Combien d'exemples de cette lente déchéance : un divorce, un logement qu'il faut quitter, parfois la perte de l'emploi, les amis qui se dérobent. C'est tellement facile de tomber et tellement difficile d'en sortir une fois pris dans l'engrenage.

Le rêve est de pouvoir faire disparaitre cette pauvreté et cette marginalité, et on s'y emploie. Il faut remettre les choses dans une perspective historique et se rendre compte que l'on ne s'est jamais autant et aussi bien occupé des SDF et des marginaux. Des efforts importants sont consentis. Ils restent insuffisants car le problème est immense et largement insoluble. Alors à coté, on occulte et on masque, car cette vision, tout comme celle de la vieillesse, de la déchéance et de la mort est trop insupportable pour notre société.

mercredi 26 juillet 2006

La Comédie du Français

Le non renouvellement de Marcel Bozonnet de son poste d'administrateur de la Comédie Française n'en finit pas de faire des vagues, mais pas forcement sur le sujet Handke, même s'il est abordé. Chacun y va de son explication, les uns (dont moi) mettant en avant l'affaire Handke, d'autres évoquant davantage des querelles et règlements de compte internes. On est en tout cas en plein psychodrame, comme notre petit monde de cultureux parisiens les aiment. Pierre Bergé, grand pontife de la culture, refuse de subventionner une mise en scène de Phèdre prenant comme prétexte que cette éviction "donne implicitement raison à Handke". De son coté, Florence Delay claque la porte du comité de lecture. Et bien entendu, les pétitions circulent et les journaux "de référence" accumulent les articles.

Il semble en effet que cette vénérable maison soit traversée de courants et de clans. La couverture presse, généreuse pour un tel évènement intéressant de près la vie quotidienne des français, nous offre quelques exemples maginifiques de dits, de non-dits et de suggestions à lire entre les lignes. L'interview d'Eric Génovèse, sociétaire, dans Libé de ce jour est sur ce point édifiante.

On y lit par exemple "L'autarcie est déjà le principal danger de la Comédie-Française". J'ai peur de comprendre sous cette petite phrase que la Comédie-Française est une tour d'ivoire, une institution qui se regarde le nombril et vit en vase clos. Eric Génovèse semble s'alarmer de ce penchant, ce qui est tout à son honneur, mais quelques lignes plus loin, les réflexes de cultureux reviennent au grand galop: "Quand je lis «création de formes légères et inventives susceptibles de tourner partout dans le monde», je traduis immédiatement : gare aux baisses de budget". C'est bizarre, car quand je lis cette phrase, je comprend tout autre chose. Je traduis plutôt "merci de produire des spectacles susceptibles de tourner ailleurs qu'à Paris et d'être un peu accessibles au grand public". En gros, prière de ne pas tomber dans l'élitisme, qui est le travers où mène directement l'autarcie, tare qui ne menace pas que la Comédie-Française. Et je m'étonne du lien qu'il fait "immédiatement" avec les budgets. Au contraire, faire de l'accessible favorise la fréquentation et la diffusion, donc amène l'argent. La réaction d'Eric Génovèse suit une logique (artistique ?) que je n'arrive pas à comprendre.

Enfin, la dernière partie de l'entretien est un monument. Génovèse nous balance les petits potins du Français, citant des personnes dont les noms me sont totalement inconnus, qui auraient été évincées et seraient allées pleurer chez le ministre. C'est clochemerle au Palais-Royal ! Il évoque aussi des "conciliabules suspects" où lui, le pur, aurait refusé de se compromettre ! "Il s'agissait de «discuter de manière informelle sur la troupe et son renouvellement». J'ai refusé d'y aller. Je trouvais que ça sentait mauvais. Je ne voyais pas pourquoi certains étaient conviés et pas d'autres". Saisi de demandes contradictoires, d'attaques pour ou contre Bozonnet, assailli d'informations vraies ou fausses, il est normal que le ministre consulte, pour savoir s'il est raisonnable de maintenir ou non Bozonnet, pour cerner le profil d'un remplaçant, pour déterminer les orientations futures de la troupe. Pas besoin pour cela de faire venir tout le monde ! Il suffit de recevoir quelques personnes bien choisies pour avoir les informations pertinentes. En tant que citoyen ordinaire, je pourrait au contraire m'offusquer qu'un ministre consacre tant de temps et d'énergie (recevoir toute la troupe) sur un sujet aussi mineur. Enfin, sur la question Handke, on botte en touche, no comments. On ne saura rien de la position de Génovèse sur Handke et sur la décision de Bozonnet de le censurer. On devine que cela a dû tanguer sérieusement et que les échanges ont été vifs. Il y a des ragots que l'on diffuse et d'autres que l'on se garde de révéler.

En lisant cette interview, je ne peux pas m'empêcher de sourire. Que de parisianisme ! Qu'est ce que j'en ai à faire des petites histoires de la Comédie-Française, des petits guéguerres et rivalités de ce monde clos ! J'ai souvent l'impression que certaines pages de nos "grands quotidiens nationaux" sont le terrain de jeux d'une petite élite, qui se parle, se répond, s'attaque, dans l'indifférence la plus totale de l'immense majorité des lecteurs. Il n'y aurait pas mieux à faire de ces pages de journal ?

lundi 24 juillet 2006

La censure ne paie pas !

Marcel Bozonnet, administrateur de la Comédie française, n'a pas été reconduit dans ses fonctions par le ministre de la Culture. Arrivé à la fin de son mandat de 5 ans, il souhait encore continuer pour 3 ans. Cela ne lui a pas été accordé. C'est, à mon sens, la suite logique de son attitude lors de "l'affaire Handke", il y a quelques semaines, bien que Marcel Bozonnet fasse aujourd'hui l'étonné.

Il prétend ne pas comprendre les raisons de son éviction. Il affirme avoir un bon bilan et l'envie de continuer pour achever les chantiers déjà lancés. Je ne me proncerai pas sur le bilan, je n'ai aucune compétence pour le faire et d'ailleurs, c'est sans grande importance. Marcel Bozonnet semble avoir oublié ou méconnu quelques règles de fonctionnement du pouvoir et de la distribution des postes, montrant une absence de sens politique. On est rarement reconduit sur un bilan, mais sur ce que l'on est encore capable de faire pour le mandat suivant. Attendre de la reconnaissance de ceux qui vous désignent expose à de cruelles désillusions. Les soirs d'élections, on en voit beaucoup, des battus amers. Ensuite, l'appréciation d'un bilan, c'est quelque chose de très subjectif, et parfois, il suffit d'une gaffe pour annuler tout ce qui a été fait de bien avant. C'est encore plus dévastateur quand l'erreur est commise juste avant le renouvellement du mandat. Il est arrivé à Bozonnet exactement la même chose qu'à José Maria Aznar en 2004. Grâce à son excellent bilan économique, la droite espagnole voguait vers une réélection tranquille. A quelques jours des élections, de terribles attentats frappent Madrid. Aznar commet alors la maladresse d'attribuer ces attentats à l'ETA, contre toute vraisemblance. Résultat des courses, c'est la gauche qui est passée.

Marcel Bozonnet paye ainsi son erreur. En décidant de déprogrammer Handke, il engage l'institution qu'il dirige dans une querelle politique. Qu'il s'y lance à titre personnel, c'est son droit, mais en tant qu'administrateur de la vénérable maison qu'est la Comédie Française, il a un devoir de prudence et de neutralité dans les engagements et les positions qu'il prend. Il a failli à cette obligation et il est logique qu'il ne soit pas reconduit dans ses fonctions.

jeudi 20 juillet 2006

Réformer la politique

L'approche de la présidentielle amène les candidats, petits et grands, à proposer leurs réformes, avec des grands projets pour favoriser le renouvellement de la classe politique (plus de parité, plus de "minorités visibles", plus de jeunes). Mais aucun n'aborde de front le véritable obstacle, qui est la mainmise totale de la haute administration sur le système. Les hauts fonctionnaires sont partout, Président de la République, Premier Ministre, ministres, parlementaires, membres des cabinets ministériels et bien entendu haute administration. Et tous ces braves gens tournent en vase clos, passant de l'administration à un cabinet, puis à un mandat parlementaire, puis ministre, avec éventuellement des retours dans l'administration pendant les alternances politiques. Accessoirement, ils ont aussi investi le secteur privé. Le tout est aggravé par un recrutement précoce et une absence de deuxième voie. Si on n'y est pas avant ses 25 ans, c'est terminé, la porte est close.

Cette autarcie sociale et intellectuelle est extrêmement préjudiciable pour le bon fonctionnement de notre démocratie, et c'est là, plus que dans l'organisation des institutions que réside le véritable problème. Passer à la VIe république comme le préconisent certains n'auraient que peu d'effet si c'est pour maintenir les mêmes aux postes de commande. L'affaire n'est pourtant pas compliquée et quelques mesures simples pourraient tout bouleverser.

Il faut interdire le cumul des mandats, ou au moins le réduire de manière drastique. Il devrait être interdit strictement pour les mandats nationaux et pour les exécutifs locaux. A la limite, que l'on soit maire d'une commune rurale et conseiller général, cela ne dérange pas. Député et maire d'une grande ville, ce sont deux postes à plein temps pris par une même personne. Si on veut renouveller, il faut commencer par libérer des places. Il faut aussi par ce biais casser ou limiter fortement les possibilités de "carrière politique" avec un mandat de repli qui permet de rester dans le jeu et de revenir en cas de défaite.

Il faut également obliger les fonctionnaires à choisir rapidement entre un mandat national et leur appartenance à la fonction publique. Le politique et l'administratif sont deux sphères qui doivent rester les plus étanches possibles pour éviter les collusions et les "amicales pressions". Comment voulez-vous qu'un ministre aille contre les volontés de son corps d'origine, dont il aura besoin pour la suite de sa carrière. Cette mesure aura aussi pour effet de mettre à égalité les candidats venant du public et du privé, chacun ayant les mêmes risques, rien n'empêchant un ancien fonctionnaire de repasser un concours s'il souhaite retourner dans la fonction publique.

Enfin, il faut interdire aux fonctionnaires les postes en cabinet ministériel. Cela n'apparait pas dans les médias et en dehors du milieu, on ne sait pas grand chose du fonctionnement de ces instances. Ils sont pourtant essentiels et l'omniprésence des énarques dans ces instances politiques est une véritable gangrène. La moitié des promotions 2000 et 2001 de l'ENA doit se trouver en cabinet ministériel et les autres n'y sont pas parce qu'ils sont de Gauche et attendent une alternance pour y entrer à leur tour. Cette pratique est tellement ancrée que le passage en cabinet est intégré au plan de carrière des hauts fonctionnaires. Pourtant, il y a incompatibilité absolue, le cabinet étant un organe politique, chargé de conseiller le ministre et de lui apporter un autre regard que celui des administratifs. Or, actuellement, ce sont les mêmes qui sont des deux cotés de la barrière. On en reviendrait ainsi à l'essence d'un cabinet ministériel, dévoyée par une pratique qui respecte la lettre mais pas l'esprit des textes.

Rien qu'avec ces mesures simples, on renouvellera le personnel politique national, et local. On renouvellera par là même les idées, les pratiques et la façon de faire de la politique. Parfois, il suffit de faire sauter un petit verrou pour avoir de grands effets.

mercredi 19 juillet 2006

Que vaut le baccalauréat ?

Tous les ans, c'est une question rituelle, un marronnier qui refleurit en juillet. Cette année, la floraison a été particulièrement somptueuse, avec les accusations de "bradage" des uns, les dénégations du ministre et de l'administration scolaire de l'autre. Les troubles du CPE n'ont visiblement pas pesé sur les résultats du bac, avec un taux de réussite de 79,3% dans les filières générales. Indulgence du jury ou talent des candidats ? Finalement, la réponse n'a pas grand intérêt.

Le baccalauréat a aujourd'hui deux fonctions majeures. Il assure d'abord une sélection à minima pour l'entrée dans l'enseignement supérieur, et particulièrement pour les universités. Le bac est surtout un symbole et un rite d'inititiation au sens ethnologique du terme. Il marque la fin d'un cycle, c'est le passage dans le monde adulte, d'autant plus fort qu'il coïncide souvent avec la majorité civile et l'obtention du permis de conduire. Tout la même année, on en sort différent. Enfin, le baccalauréat est une épreuve, à la fois individuelle et collective. Il faut le passer ce bac, au mois de juin dans la chaleur, après des mois de révision et d'angoisses, les siennes et celles des parents. Epreuve collective, car c'est finalement un des rares moments que vit l'ensemble d'une classe d'âge. On peut se mesurer aux autres et c'est le dernier moment que l'on partage avec les amis que l'on suit parfois depuis le primaire.

L'important, c'est que le baccalauréat continue d'exister dans sa forme actuelle, celle d'une épreuve terminale sanctionnant la fin d'un cycle d'études, passage obligé pour continuer. L'important, c'est que ceux qui le passent n'aient pas l'impression que ce diplôme a été bradé, donné, que symboliquement il continue de valoir quelque chose, même si tout le monde sait qu'avec le seul bac, on ne va pas loin. Les petites querelles que l'on voit poindre sur les prétendues instructions d'indulgence et sur le niveau qui baisserait, c'est sans importance et c'est presque rassurant, car cela montre que l'on attache encore une importance au baccalauréat.

lundi 17 juillet 2006

L'immigrationnisme militant

J'ai enfin retrouvé le Jean-François Kahn que j'apprécie, dans un article bien senti de la dernière livraison de Marianne. Il y fustige "les apprentis sorciers de l'immigrationnisme militant". Dans son style acide, il met en lumière les postures, les contradictions et les véritables intentions de ceux qui sont derrière la "mobilisation citoyenne" contre les expulsions d'enfants scolarisés.

Oui, il y a bien eu manipulation médiatique sur cette affaire, avec des militants de base (de bonne foi) instrumentalisés dans une stratégie de communication qui a utilisé toutes les ficelles du genre pour tenter de déstabiliser Nicolas Sarkozy. On commence par l'outrance des comparaisons. Une des marques de fabrique de ce type de mouvement est l'amalgame quasi systématique avec Vichy et le nazisme. C'est une attitude qui remonte loin, et le refrain de 2006 a été de voir dans les centres de rétention des petits "Drancy" et dans les policiers venus chercher les enfants des SS. Cela n'a pas forcément toujours été dit explicitement, mais parfois, c'est plus efficace de suggérer. Comparer les explusions de clandestins à la déportation des juifs, c'est pitoyable, mais tellement courant chez certains. Cela permet d'assommer le débat, de le noyer dans l'émotion et l'indignation.

Derrière cette attitude, il y a un message, et là encore, l'analyse de Jean-François Kahn est d'une clarté admirable. Ce que veulent ces militants, c'est une immigration totalement libre. Les slogans sont d'ailleurs très explicite "régularisation de tous les sans-papiers". Pourquoi cette posture ? Il y a bien entendu chez beaucoup un véritable engagement humaniste, ce que Kahn appelle "une générosité christique" qui oblige à soulager la misère, toutes les misères, donner sans compter. Cela est tout à fait acceptable à titre privé. Tant que l'action de ces militants n'engage qu'eux-mêmes, ils peuvent accueillir toute la misère du monde à leur domicile (avec tout ce que cela implique), cela ne me dérange pas. J'aimerais d'ailleurs que tous ces militants donnent personnellement l'exemple, en ne se contentant pas de parrainer, mais en hébergeant une famille de sans-papiers. Ce qu'ils peuvent faire à titre privé, ils ne peuvent pas l'imposer à toute une société et enjoindre aux autres de s'aligner sur leurs positions philosophiques ou religieuses.

Sur ce sujet, la position des militants de l'immigration est délicate, car ils semblent se moquer complètement des conséquences de leurs actions. Faire venir des immigrés, oui, mais pour leur offrir quoi ? Si c'est pour les parquer en banlieue (et pas les plus verdoyantes), leur faire connaitre la discrimination, le chômage, l'insalubrité des logements, ce n'est franchement pas le peine. Une fois qu'on a régularisé tous les sans-papiers, on en fait quoi ? J'attends encore les réponses des militants "immigrationnistes" ! Ces mêmes personnes semblent aussi se moquer éperduement des conséquences de leur "générosité" pour les pays d'émigration, qui voient partir leur élite. Former des étudiants des pays du Tiers-Monde, c'est formidable, à condition qu'ils retournent participer au développement de leur pays. Sinon, c'est la perte sèche. Déjà que l'on pompe pas mal les talents des pays du Tiers-Monde, imaginons un seul instant les conséquences du formidable appel d'air que constituerait une ouverture totale des frontières.

Les contradictions ne manquent pas chez ces militants. Ce sont les mêmes qui sont pour la totale liberté de circulation des personnes et qui luttent contre la libre circulation des capitaux et des marchandises à coup de taxes Tobin et de contestation altermondialiste. Pareillement, ce sont les mêmes qui achètent "équitable" et qui proposent des mesures qui auraient pour effet de vider complètement les pays du Tiers-Monde de leurs élites.

En conclusion, je rends la parole à Jean-François Kahn: "Ponce Pilate est devenu associatif: il s'en lave les mains. Il livre la poudre, le cordon et l'allumette, mais se déclare innocent de l'explosion. Il alimente, nourrit, exacerbe tout ce qu'ensuite, drapé dans sa probité de candide, il dénonce". Belle leçon d'honnêteté intellectuelle d'un homme de gauche.

jeudi 13 juillet 2006

La modestie du blogueur

Pikipoki a lancé une intéressante réflexion sur le complexe du blogueur. En résumé, il se considère comme indigne de faire partie de lieu-commun, pensant (à tort) qu'il ne soutient pas la comparaison avec des vedettes comme Maitre Eolas ou Versac. Cher Pikipoki, moi non plus je ne tiens pas la distance face à ces mastodontes, pas grand monde d'ailleurs ne tient la distance. Faire partie du début d'un collectif, c'est une aventure. Tu t'y es retrouvé embarqué, tant mieux pour toi. De toute manière, il y aura toujours des jaloux, quoique tu fasses. Dans la vie ou derrière un clavier, l'être humain reste le même !

La question que tu te poses, tous les blogueurs l'ont eu en face d'eux, et l'ont toujours régulièrement, devant un billet particulièrement brillant lu sur le blog d'un autre. Et bien oui, il faut l'admettre, il y en a qui sont meilleurs que moi ! Le blog est quelque fois une école de modestie pour égos surdimensionnés (enfin ceux qui ne sont pas obtus et hermétiques). Cette réaction est d'ailleurs typiquement française, tellement nous sommes obsédés par le mythe de "l'individualité brillante". Notre système éducatif est d'ailleurs orienté vers cela : produire des têtes d'oeufs éblouissantes (autrement appelés énarques), qui ont toutes les qualités réunies dans un seul homme. C'est un travers que nous reprochent les pays étrangers. Nous produisons des individualistes incapables de travailler en groupe.

Il faut arrêter de raisonner comme cela et de croire que l'on doit tout porter seul, que l'on doit écrire tous les jours un billet génial, apportant du fond, dans un style éblouissant. Ce qui est important, c'est le réseau, c'est l'échange, les commentaires. Il faut avoir la modestie d'accepter de collaborer à un projet dont on n'est pas le centre, la partie émergée de l'iceberg. Au fil des articles, des discussions, un idée lancée par l'un s'affine, se développe, évolue. Tous ne peuvent pas être chargés du lancement initial ou de la synthèse finale (ça c'est pour les stars versions Eolas ou Versac). Il faut derrière un tissu de blogs où les analyses trouvent un écho. Chacun a une pierre à apporter, en fonction de ses compétences. Il ne faut pas que des juristes (c'est un peu le péché mignon de lieu-commun). Des profils plus atypiques comme le tien ont toute leur place pour apporter une diversité dans le regard et l'analyse.

Ton malaise vient aussi peut-être du flou qui règne autour des raisons d'exister de lieu-commun. Si au départ, il fallait surtout fédérer et donner une visibilité sur la toile, il est temps de passer à autre chose. C'est en fonction de ce projet que tu pourras mieux déterminer quelle sera ta place et ton rôle au sein de ce collectif qui doit accueillir la diversité. Il faut de tout pour faire un monde.

mercredi 12 juillet 2006

Le mouvement critique du sport

Pour suivre dans la même veine des séquelles de la coupe du monde de football, un site découvert par le biais de Krysztoff, le mouvement critique du sport. Iconoclaste comme je les aiment, soulevant des questions parfaitement légitimes (Et si Zidane était dopé ?) que même moi, n'ayant pourtant pas froid aux yeux, n'aurait pas osé soulever sur ce blog. Sur la base du sport professionnel, ce site et l'association qui est derrière mène une véritable réflexion sur des phénomènes comme la "pensée unique", l'embrigadement des foules, la tricherie des instances officielles et des médias. Je m'y retrouve donc pleinement.

mardi 11 juillet 2006

Il faut sauver les campagnes de pub Zidane

Le geste de Zidane, envoyant un coup de boule à un joueur italien n'en finit pas de faire vibrer les médias. Ils sont d'ailleurs unanimes, cela ne peut pas être la faute de Zidane, c'est l'autre qui l'a cherché, forcement, nécessairement. Alors on nous sert des explications, dont la plus largement répandue est l'injure raciste.

La réalité n'est sans doute pas très loin, même si les "informations" ne sont que des rumeurs. Les italiens ne sont pas des tendres sur le terrain, ils mettent volontiers la pression, y compris physique (comme en tout début de match) et psychologique. Il fallait s'y attendre, ce n'est pas correct mais à ce niveau, tous les moyens sont bons pour gagner et prendre le dessus sur l'adversaire. Cela n'excuse pas Zidane pour autant, qui savait être une cible, LA cible. Ces méthodes ne sont pas nouvelles ni inhabituelles dans le football. Le racisme y est malheureusement ordinaire, tout comme le tirage de maillot, l'insulte et les tacles agressifs. Et cela dure parce qu'on ne cherche pas véritablement à ce que cela change. Cette "virilité" est un attrait du spectacle football. Heureusement que les choses évoluent et que les attaques racistes passent de moins en moins bien. Mais de là à éradiquer la violence des stades et des pelouses... Le but est encore de gagner de l'argent, la FIFA ne l'oublie pas.

La véritable raison de cette offensive médiatique, c'est la protection de l'icone médiatique bien lisse, celle du "gentil" Zidane, qui porte tant de "belles valeurs" et surtout, qui fait tant vendre. Pensez à ses pauvres annonceurs, qui ont payé des contrats faramineux, qui ont misé sur l'image de Zidane. La voir écornée comme cela, c'est inacceptable. Et comme le bon peuple veut également préserver cette icone, tout le monde marche du même pas, niant une réalité qui gêne le commerce et qui gêne le rêve.

lundi 10 juillet 2006

Avec les honneurs

La coupe du monde de football est (enfin) terminée. Nous allons pouvoir reprendre une vie normale et dormir dans le calme. La France a réalisé un très beau parcours et n'a en rien démérité face à l'Italie. Il n'y a aucun déshonneur à perdre aux tirs aux buts. Il faut bien un vainqueur et l'Italie a gagné par le tirage au sort.

C'est seulement maintenant que la compétition est terminée que l'on peut en parler, avec le bilan. Une fois de plus, les médias et la télévision au premier chef, ont construit et surgonflé un évènement. Heureusement, je n'ai pas la télévision et j'écoute peu les radios généralistes. J'ai ainsi pu échapper à l'avalanche de commentaires oiseux et d'informations sans aucune importance (l'ampoule au pied droit d'un tel, l'incertitude sur le genou de l'autre). Cette coupe du Monde, c'est une compétition sportive qui mérite d'être abordée, mais à ce point, cela en est ridicule. Aucun enjeu stratégique ne rendait l'issue de cette compétition décisif ou dangereux. Economiquement, je ne suis pas certain que les retombées soient extraordinaires (mis à part la vente de maillots de l'équipe de France à des prix prohibitifs). Sur le plan intérieur, nous sommes loin des illusions de 1998, où tout le monde était beau, gentil et "métissé". L'impact d'une telle compétition a été revu à sa juste valeur. On est content, la communauté nationale a pu se retrouver autour d'un évènement fédérateur, mais une fois la télévision éteinte le soir de la finale, la vie continue comme avant.

Un épisode m'a attristé et à la fois amusé, c'est le coup de boule de Zidane à un joueur italien. Je n'irai pas me perdre en conjectures sur le pourquoi du comment de ce geste, qui n'a d'ailleurs eu absolument aucune incidence sur le résultat final. Attristé car c'est dommage pour un joueur de cette envergure de finir sa carrière internationale sur une expulsion à moins de 10 minutes de la fin du match. Il méritait mieux comme sortie. Amusé car l'homme Zidane, impulsif sur le terrain, a un peu écorné l'icone médiatique. Ceux qui fréquentent un peu ce blog savent comme je déteste les icones médiatiques, ces choses lisses destinées à porter toutes les valeurs bienpensantes que véhiculent les médias. Oui Zidane est quelqu'un de gentil dans la vie, mais sur le terrain, c'est un footballeur, avec ses défauts. Pour véhiculer les "valeurs du sport", il va falloir en trouver un autre.

En conclusion, bravo l'équipe de France.

vendredi 7 juillet 2006

Vox populi, vox segoleni ?

Depuis le début de sa campagne, Ségolène Royal use et abuse de la flatterie populiste vis-à-vis de ses électeurs, avec cette thématique du "citoyen-expert" décliné sur tous les modes et à toutes les occasions. Un peu, cela se comprend, Ségolène Royal est une candidate en campagne et un grain de populisme n'a jamais nui, à condition de savoir doser et surtout de ne pas tomber dans les pièges, comme elle est en train de le faire.

Cette stratégie qui consiste à flatter l'électeur présente des risques. Il y a ceux chez qui cela ne prend pas et qui ont l'impression d'être pris pour des imbéciles. Le citoyen expert, c'est du pipeau, l'intelligence d'une situation, d'un sujet, c'est forcement le résultat d'un processus où interagissent divers acteurs de niveau différent. Il faut plusieurs points de vue pour arriver à un diagnostic valable. Prétendre que les citoyens sont "les meilleurs experts de ce qu'ils vivent" relève de la bêtise profonde et surtout dangereuse. Qu'elle aille donc demander aux parents d'un enfant assassiné leur "expertise" sur le traitement que l'on doit réserver aux assassins d'enfants ! Oui, les citoyens, ceux qui vivent les situations ont leur mot à dire et parfois, ils ne sont pas assez écoutés. Mais en même temps, ils n'ont pas tous les éléments pour avoir un avis juste. Ségolène Royal aurait frappé tellement plus juste si elle s'était contenté de dire simplement que l'on doit faire appel plus souvent aux avis de la base dans l'élaboration des décisions. Mais non, il fallu mettre le curseur au maximum et tomber dans la flatterie populiste.

Un autre gouffre vers lequel amène cette stratégie de campagne est la tentation de la démocratie directe. Puisque les citoyens sont si "experts" et "intelligents", pourquoi passer par des représentants ? Le peuple peut bien décider seul, sans passer par les parlementaires. Ségolène Royal n'en est pas là, mais si on pousse son raisonnement jusqu'au bout de sa logique, c'est là que l'on arrive. Et cela me ferait peur pour notre pays, car le modèle suisse n'est pas, à mon avis, un modèle d'efficacité, et surtout, les français n'ont absolument pas la culture politique pour faire fonctionner un tel système. Après l'expérience du 29 mai 2005, je n'ose pas imaginer ce que pourraient donner des référendums sur des sujets de société comme la peine de mort, l'avortement, les lois sur la nationalité et l'immigration, etc.

Je trouve assez triste que les candidats les plus susceptibles d'être présents au second tour se sentent obligés de flirter avec le populisme, Sarkozy n'étant pas exempt non plus de gestes destinés à brosser l'électeur dans le sens du poil. J'espère qu'au cours de la campagne, ils montreront davantage de hauteur de vue.

mercredi 5 juillet 2006

La bêtise des censeurs

Lors du précédent billet, je m'interrogeais sur les raisons de la censure par l'hébergeur Podemus du podcast de Marine Le Pen. Je suspectais fortement une censure politique, tout en laissant la porte ouverte à d'autres explications. La porte vient de se refermer avec la mise au point de BuzzBazar. Il s'agissait bien d'une censure politique, l'hébergeur ne voulant pas servir de tremplin aux idées du Front National ''malgré les tentatives de justification''.

Cette attitude est absolument scandaleuse et antidémocratique. Et le pire, c'est qu'elle trouve des gens pour la défendre. Refuser la parole à ceux qui ne pensent pas comme nous ! Comment soutenir de telles positions tout en se déclarant par ailleurs généreux, ouvert, tolérant... et pour beaucoup de gauche ! Car désolé, mais cette attitude se rencontre bien plus souvent à gauche qu'à droite. Bien sûr, il ne faut pas laisser dire n'importe quoi, mais que je sache, les lois françaises permettent largement de réprimer les propos et les attitudes racistes, antisémites et les incitations à la haine.

Je risque d'être très dur, mais les fascistes, ce sont les censeurs et ceux qui les soutiennent. Utiliser les méthodes des extrêmes, c'est déjà faire un pas vers eux et leur ressembler. J'ai toujours été très irrité par tous ces militants de la bonne conscience qui prennent des postures, roulent des mécaniques devant un adversaire sans consistance, se donnant ainsi l'illusion à eux-mêmes et aux autres d'être des héros. Cela flatte l'égo, rien de plus. Le véritable courage, c'est d'avoir la même attitude, mais au péril de sa vie (comme en 1941 en France pour les résistants). C'est là qu'on voit les vrais engagements et on est parfois surpris. Des baudruches matamores peuvent de dégonfler pendant que des gens ordinaires se révèlent alors admirables.

Je terminerais par cette phrase de Voltaire: "Monsieur, je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me batterai pour que vous puissiez vous exprimer"

Sur le net comme ailleurs

En début de semaine, Versac a réalisé une interview de Marine Le Pen, vice-présidente du Front National, dans le cadre du site BuzzBazar. Jusque là rien à dire, le FN fait depuis 20 ans des scores conséquents aux élections, il est normal de lui accorder de l'attention et d'aller écouter ce qu'ils ont à dire. L'interview est menée par Versac, centriste bon teint (même s'il est un peu palôt en ce moment), donc sans risque de complaisances dans les questions et surtout sans risque de laisser passer des propos pénalement répréhensibles.

La vidéo est mise en ligne et 24 heures après, les hébergeurs annoncent brutalement que le contenu étant "non conforme à leur ligne éditoriale", ils décident unilatéralement de la retirer. Cela a provoqué des réactions, parfois soft, parfois plus violentes.

En tant que citoyen et blogueur, cette censure politique me dérange profondément. On peut être en désaccord avec les positions du FN, tant qu'ils ne violent pas la loi par des propos répréhensibles, on doit les laisser s'exprimer. Ce raisonnement s'applique à tous les partis. Je n'ai pas vu le podcast en question, j'ai juste lu quelques commentaires qui en ont été faits. Personne n'a relevé l'existence de propos contestables de la part de Marine Le Pen telles que l'incitation à la haine raciale ou la contestation de crimes contre l'humanité. Si cela avait été le cas, la responsabilité pénale des hébergeurs aurait pu être mise en cause, ce qui aurait justifié le retrait de l'interview. Les raisons des hébergeurs sont donc pour le moment inconnues, mais je leur conseille vivement de les expliciter. Je les attend ainsi que la publication de leur ligne éditoriale, pour que l'on sache ce qui est interdit chez eux. Pour ma part, ce sera à titre purement informatif, car sauf explications convaincantes, je ne risque pas de me tourner vers eux ni leur faire de la publicité pour quoique ce soit

mardi 4 juillet 2006

Le mariage homo

C'est un sujet qui agite beaucoup le club des présidentiables, surtout au moment de la Gay pride, grande manifestation de la communauté homosexuelle. De manière parfois brutale, les politiques sont sommés de se prononcer, pour ou contre. Devant les ces injonctions, les politiques, tels Ségolène Royal, annoncent clairement leur approbation du mariage gay. Ils seraient suicidaires de dire le contraire. Même si la question est encore assez délicate, avec une France très partagée, le refus du mariage gay est un combat d'arrière garde. L'évolution des mentalités françaises va dans le sens de l'ouverture et d'autres pays voisins comme l'Espagne ont montré la voie.

Personnellement, ce n'est pas un sujet qui me mobilise, ni pour, ni contre. J'enregistre les avancées progressives vers l'homofamilialité, car le but est clair : que les non-hétéros puissent fonder des familles au même titre que les hétéros. C'est un objectif qui me rassure, car l'essentiel, à mes yeux, est préservé, voire conforté. Le but de la famille est d'accueillir l'enfant, de l'élever, l'éduquer et de l'inscrire dans une filiation et une généalogie. Ensuite, qu'il y ait une mère ou deux pères, c'est anecdotique. Ce qui compte est la stabilité du cocon dans lequel l'enfant se construit.

Il ne reste finalement que peu de pas à franchir. Juridiquement et socialement, les cadres sont prêts, il n'y a plus qu'à adapter quelques lois et laisser aux français le temps de s'y habituer. Ceux qui ont encore du chemin à faire, ce sont les gays. Car une fois les droits conquis, il va falloir assumer de nouvelles responsabilités, ce qui est autre chose que de défiler autour de slogans mobilisateurs. Je ne suis pas certains qui tous les gays qui demandent aujourd'hui le droit au mariage se rendent compte des obligations civiles et financières induites par le mariage. Quant à ceux qui réclament le droit d'adopter, savent-ils à quoi ils s'engagent en acceptant d'élever un enfant ? Quand il y a des droits, il y a aussi souvent des devoirs.

lundi 3 juillet 2006

Tirer les cartes

Ce midi, je me suis fait "tirer les cartes". A l"issue du déjeuner, une des convives que je connais un peu a proposé de me tirer les cartes. J'ai toujours été partagé sur ces pratiques. Y croire, ne pas y croire ? Objectivement, il n'y a de raisons pour que cela fonctionne, ce n'est pas "rationnel". Une partie de moi-même adhère à cette rationnalité, à ce scepticisime. Mais en même temps, je ne peux pas m'empêcher d'être fasciné et intrigué, surtout après m'être fait lire dans les cartes.

Je fais la différence entre les charlatans (que je ne crois pas) et ceux qui font cela de manière totalement désintéressée, comme ce fut le cas ce midi. Ce fut totalement gratuit, sans enjeux, juste pour le plaisir. Et connaissant un peu la personne qui m'a tiré les cartes, je sais qu'elle est sérieuse et totalement digne de confiance. Les résultats m'ont étonné. Pas d'annonces grandiloquentes type "amour, gloire et beauté", pas même des prédictions d'avenir. Tout au plus m'a-t-elle annoncé un déménagement, sans donner le moindre délai de réalisation. Ce qu'elle a lu, c'est ma situation personnelle actuelle, dont elle ne connaissait pas grand chose sinon rien, avec une grande justesse dans la description. Elle m'a surtout parlé de mon amie, qu'elle ne connait pas et qu'elle n'a jamais vue.

Tout en maintenant ma position officielle de "non croyance", je suis quand même troublé qu'avec des méthodes aussi étranges et empiriques, on puisse dire des choses aussi justes et personnelles sans aucun renseignement préalable. Je constate, sans être capable d'apporter la moindre explication, ni sur le pourquoi, ni sur le comment.