Authueil

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mercredi 31 mai 2006

Atmosphère atmosphère

L'ambiance devient de plus en plus lourde dans les sphères gouvernementales françaises. Un peu sorti de l'oeil du cyclone Clearstream qui perd de la puissance, le premier ministre n'arrive pourtant pas à se relancer. Il a beau sortir en province, faire des discours et des propositions, rien n'y fait, la crédibilité, l'autorité ne sont plus là.

Malgré tous les efforts, il ne semble guère possible de maintenir le gouvernement Villepin en survie artificielle encore longtemps. On peut le faire durer jusqu'à l'été (et encore), mais à la rentrée, il faudra trouver une autre solution, car la question du départ de Nicolas Sarkozy est une épée de Damoclès. Lui parti, plus rien n'assure la cohésion d'un gouvernement où les ministres sont maintenant exclusivement préoccupés par leur survie politique. Le moindre incident, la moindre attaque peut provoquer une débandade.

La fin de règne calamiteuse de Jacques Chirac enfonce encore plus la droite dans la tourmente, avec des erreurs monumentales comme l'amnistie de Guy Drut. L'administration centrale a d'ailleurs pris acte de la "mort cérébrale" de la chiraquie. Plus rien n'avance, les hauts fonctionnaires attendent la relève. Mais un an, c'est long et la nature a horreur du vide.

mardi 30 mai 2006

C'est si facile

Comme Anaclet de Paxatagore, mon attention a été attirée par un article du Monde 2, sur Marie-Ségolène Royal. Un océan de complaisance, indigne à mon avis d'un journaliste anglo-saxon. C'est peut-être pour cela qu'il a été repris par le Monde 2. La description de la carrière de la candidate à la présidence de la république est un modèle de flagornerie.

Notre petite Marie Ségolène, tout juste débarquée de sa Lorraine profonde, sans connaitre l'existence des grandes écoles, découvre au moment de passer son baccalauréat l'existence de Sciences-Po. Elle s'inscrit en prépa sur les conseils d'une cousine. Commence alors une saga digne des mille et une nuits. Elle intègre bien entendu Sciences-Po et dans la foulée l'ENA. En lisant l'article, on a une impression de naturel et de facilité. Les concours sont pour elle des formalités ! Ceux qui s'y sont frottés savent qu'il en va autrement. L'époque où les oies blanches de province pouvaient ainsi entrer dans le saint des saints est révolu, si jamais il a existé. La suite de la carrière n'est qu'une ascension sans faute. Remarquée pendant la campagne de Mitterrand en 1981, elle passe de chargée du courrier à conseillère du président. Là, c'est pour la touche conte de fée, la bergère devant princesse. 1988, elle débarque la veille de la cloture des candidatures dans un département qu'elle ne connaît pas et arrive à se faire élire. C'est tout juste, selon le journaliste, si les électeurs ne se battent pas pour la soutenir et la faire élire. Comme une fleur une fois de plus. Vient ensuite la carrière ministérielle, naturellement. Elle enchaîne les postes, à chaque fois ministre déléguée seulement, mais cela, on se garde de le souligner. On oublie aussi de dire qu'elle a été largement insignifiante comme ministre déléguée à l'enseignement scolaire entre 1997 et 2000. C'est vrai qu'avec un ministre de tutelle comme Claude Allègre, ce n'est pas évident d'exister. Enfin, couronnement de la carrière, Marie-Ségolène est présidente en 2004. Bon ce n'est que du conseil régional de Poitou-Charentes. Et contrairement à ce qui est dit dans l'article, ce n'est Jean-Pierre Raffarin qu'elle a terrassé, mais Elisabeth Morin, qui avait repris le poste en 2002. Notre héroïne a bien quelques défauts, mais qui sont finalement des qualités. Et surtout, elle est différente des autres, différente des parisiens, différente des énarques !! Elle a pourtant bien traçé son parcours dans un milieu où les atypiques sont gentillement écartés.

Tout cela pour nous faire comprendre que Marie-Ségolène Royal est prédestinée, à être la candidate de Gauche bien entendu, mais encore au delà. Y avait-il besoin de mobiliser un journaliste anglo saxon et de ternir ainsi la réputation de la presse US pour un tel résultat ? Jean-Marie Rouart, grand thuriféraire de Saint-Germain-des-prés aurait bien suffi, mais cela se serait vu. Le Monde² porte finalement bien son nom. On y retrouve les ingrédients du quotidien (mauvaise foi et manipulations comprises) à la puissance deux.

lundi 29 mai 2006

Heureux anniversaire

Le 29 mai, la presse et les médias me disent que c'est l'anniversaire d'un référendum. Un an après le vote que tous reconnaissent comme historique, la pilule a encore du mal à passer et on y revient sans cesse, surtout pour se lamenter. Le Monde y consacre un beau dossier, très révélateur. Dans certains articles, on sent même de l'amertume, sur l'air du "vous avez cassé et rien reconstruit". En tout cas, les médias traditionnels ont la digestion difficile et une fois de plus, c'est sur les blogs que l'on trouve les analyses les plus intéressantes.

Pierre Bliger, se faisant le relais d'Yves Bertoncini, a proposé une analyse très pertinente, et que je partage. L'expression "despotime éclairé" qu'il emploie pour désigner la gouvernance de l'Union européenne est particulièrement heureuse. On a fait notre bien, sans nous demander notre avis. Une "technocratie conservatrice" est aux manettes, et c'est elle qui a été désavouée par les citoyens. Cela fait longtemps que le feu couvait. Le traité de Maastricht avait été ratifié d'extrême justesse en 1992, preuve d'un agacement des citoyens, qui ont clairement fait passer le message en 2005. Il est temps à une certaine élite de passer la main.

Reste maintenant à continuer l'Europe, car contrairement à ce que l'on a pu entendre, le rejet de la constitution européenne n'était en rien un vote contre l'idée même d'Europe. D'autres doivent maintenant émerger, pour porter un autre projet. Cela peut prendre du temps, pour changer d'élite, et surtout pour définir et faire agréer DEMOCRATIQUEMENT un nouveau pacte fondateur. Que doit-être l'Europe ? vaste sujet où toutes les options sont ouvertes. On peut déjà lancer quelques pistes.

La nouvelle Europe sera à géométrie variable, on ne peut pas faire à 25 ce que l'on faisait à 6 ou à 9. La constitution européenne proposait un mode d'organisation et de décision qui n'était pas mauvais en soi. Le débat n'a d'ailleurs pas véritablement porté sur cela. On peut donc réutiliser les réflexions et le travail menés. L'aspect démocratique doit impérativement être revu et les citoyens doivent pouvoir s'approprier l'Europe. Le non du 29 mai 2005 est en partie un rejet de ce "machin" lointain, qui pond des normes contraignantes que l'on doit appliquer sans avoir eu le sentiment d'avoir été consulté.

L'économie reste une priorité. Personne ne songe à revenir sur l'existence de cette vaste zone de libre échange, pas même les britanniques. C'est un axe qu'il faut creuser, car il reste encore beaucoup de travail, pour harmoniser les législations et surtout, amener les pays les plus en retard à un niveau de développement suffisant. A l'Est, les besoins sont énormes.

Le militaire et le diplomatique doivent réellement émerger. L'Europe, grande puissance économique, doit aussi devenir une grande puissance politique et diplomatique. Cela implique des renoncements de la part des Etats membres, notamment de la France, qui doit comprendre que son avenir passe par l'Europe. Les défis géopolitiques ne pourront être relevés qu'à cet échelon. Le général de Gaulle avait déjà cette intuition.

Enfin, l'Europe c'est aussi un modèle culturel, qui au delà des nuances régionales, a une unité et un sens. Nous sommes tous issus du même moule historique et culturel forgé par la romanité, le christianisme et une histoire commune. L'Europe a des racines qu'il lui faut affirmer plus qu'elle ne l'a fait. Dans la compétition mondiale que se livrent les grandes aires culturelles (Chine et extrême orient, Inde, Amérique du Nord, monde musulman), il est important de savoir d'où l'on vient. Nous formons une communauté, c'est un gage de cohésion et donc de survie dans la lutte mondiale.

Il ya donc du pain sur la planche et une dizaine d'années ne seront pas de trop pour que l'Union européenne puisse redémarrer et devenir l'Europe 2.0.

mardi 23 mai 2006

Les réceptions de l'ambassadeur

Hier soir, réception à l'ambassade de la république populaire de Chine, pour le lancement de la semaine de la gastronomie du Sichuan. Les salons de cette ambassade située avenue Georges V sont sympathiques, sauf que les lampions rouges vont assez mal avec les boiseries sculptées. Mais bon, il faut bien une touche chinoise dans cet ensemble très français.

Bien que le prétexte soit assez mince, cette réception attire beaucoup de monde. C'est la première fois que je pénètre ce monde feutré des ambassades. L'accueil est agréable, par l'ambassadeur en personne. L'assistance est fournie, beaucoup de chinois bien entendu, mais aussi des diplomates étrangers et de la très bonne société. Le nombre de rosettes rouges ou bleues aux revers des vestes est impressionnant. Parmi les célébrités, des amis de la Chine tels que Jean-Pierre Raffarin, Madame Pompidou, l'amiral De Gaulle et son fils Jean, député de Paris, Simone Veil et une foule de têtes qui me disent quelque chose sans que j'arrive à les identifier. Par contre, pas de "people", ce n'est pas le genre de la maison.

Le déroulement de la soirée me confirme que la gastronomie du sichuan est un prétexte pour organiser une petite manifestation et pouvoir l'inaugurer. Quasiment tout de suite, les buffets (exclusivement de la nourriture du Sichuan) sont ouverts. Ils étaient d'ailleurs excellents. La note est nettement moins bonne pour les boissons, le Sichuan ne produisant que du vin rouge et du rosé très moyens. Tout le monde mange et discute pendant les discours officiels, d'ailleurs peu intéressants. Bel exercice de langue de bois pompeuse, pour dire que la France et la Chine s'aiment beaucoup. Mais ce n'est pas là l'essentiel. Le plus important se déroule dans les salons, lieu de rencontres et de contacts. Les cartes de visite circulent, les contacts se prennent, à haut niveau, mais surtout aux niveaux intermédiaires, entre conseillers, adjoints et autres seconds couteaux, qui n'ont pas forcement l'occasion de se cotoyer comme peuvent le faire les ambassadeurs et les ministres. Pour ma part, j'ai eu une intéressante conversation avec le premier conseiller de l'ambassade de Russie (comme par hasard chargé des affaires politiques).

Le vrai bonheur de la soirée, cela a quand même été de pouvoir échanger quelques mots avec François Cheng, de l'académie française. Je ne raterai pas la prochaine réception d'ambassade.

lundi 22 mai 2006

Handke l'hérétique

L'affaire Handke est une polémique comme notre milieu littéraire et artistique les aime. A partir d'un détail, d'une broutille, on vous fait un scandale, avec des attaques en rafale, des réponses, des répliques aux réponses. On pétitionne à tour de bras. Cela occupe les pages "rebonds" de Libération et "opinions" du Monde, à travers lesquels je suis cette pièce d'un oeil détaché et souvent apitoyé.

Début avril 2006, Marcel Bozonnet, administrateur de la Comédie Française décide de déprogrammer un auteur dramatique, l'autrichien Peter Handke, dont une pièce devait être jouée au théâtre du Vieux Colombier. Pour justifier sa décision, il déclare avoir été scandalisé par des propos, et surtout par la présence d'Handke aux obsèques de Slobodan Milosevic. Immédiatement, cette décision provoque des remous et des réactions justifiées. Déprogrammer un auteur pour "incorrection politique", cela a du mal à passer. A ce train là, on ne programmera plus grand monde, à commencer par Jean Genet, Louis-Ferdinand Celine et bien d'autres auteurs talentueux, mais aux engagements politiques tranchés et assez extrêmes. Même le ministre de la Culture fait connaitre sa désapprobation.

Rapidement, les commanditaires de Bozonnet rameutent les pétionnaires. Plus l'affaire progresse, plus je suis convaincu que Marcel Bozonnet a agit sur ordre d'une cabale, et ce n'est pas à son honneur. Lorsqu'il programme Handke, il connait l'oeuvre, mais il connait aussi l'homme et ses engagements. Prétendre que c'est la lecture d'un article du Nouvel Observateur qui lui a ouvert les yeux, c'est risible. Si c'est le cas, il n'a franchement pas sa place comme administrateur d'une aussi prestigieuse maison que la Comédie Française. Il y a derrière tout cela un procès en sorcellerie.

Nos "intellectuels" français ont ainsi encore frappé, lançant l'inquisition aux trousses d'un hérétique. Du déroulement du procès aux arguments utilisés, tout est tristement typique. L'intégralité de l'arsenal du terrorisme intellectuel a été déployé dans deux tribunes de Libération, celle de Louise Lambrichs et celle de Sylvie Matton. Dès le début, les termes sont posés, Handke est un révisionniste, un négationniste, un déviant politique. C'est l'accusation en hérésie en bonne et due forme, avec toutes les "preuves" à l'appui. Handke serait fils d'un nazi, autrichien (depuis 2000, c'est une tare dans certains milieux intellectuels que d'être autrichien, comme si le pays était peuplé de petits Jorg Haider). Tous les mots-clés, tous les symboles sont là. Heureusement, Libération se sent obligé de permettre à Handke de répondre une première fois le 10 mai, puis à nouveau le 22 mai, même si on sent que la rédaction le fait presque en s'excusant. Cela permet d'éviter l'impression de lynchage comme dans d'autres affaires.

Derrière cette polémique, il y a des enjeux politiques sur la lecture du conflit yougoslave. Pour je ne sais quelles raisons, une partie de "l'intelligensia" française a décrété que dans cette guerre, ce sont d'"horribles méchants" serbes qui ont attaqués les "innocents agneaux" bosniaques et croates. Le chef de file est Bernard Henry Lévy, dont je m'étonne du silence dans cette polémique. Il doit probablement oeuvrer en coulisses, ce qui expliquerait que Marcel Bozonnet ait cédé et que les anti-Handke arrivent à mobiliser. Cette doxa est contestée par Handke, qui prend parti pour les serbes. Pour lui, une guerre, ce n'est jamais propre et aucun protagoniste n'est tout blanc ou tout noir. Sa position est difficile, les serbes ont quand même beaucoup de sang sur les mains. Il a le courage de l'assumer.

Toute cette polémique me dépasse et ne provoque chez moi qu'une indifférence agacée. Une indifférence car je ne suis pas en mesure de porter un jugement sur les évènements tragiques de Yougoslavie, que ce soit en Bosnie ou au Kosovo. Je n'ai pas tous les éléments et je ne suis pas en mesure de les avoir. De plus, cela n'a qu'une incidence infime sur ma vie : on ne peut pas s'occuper de tout et avoir un avis sur tout. Démêler les versions, établir les faits, c'est le travail des historiens, et c'est encore bien trop tôt. L'agacement, partagé par d'autres bloggeurs, c'est devant les méthodes de procureurs du milieu parisien soit disant intellectuel. Aucun dialogue, aucun échange, juste des anathèmes et des condamnations au bucher. Je ne suis pas très sûr que tout cela soit efficace. J'ai plutôt tendance à éprouver de la sympathie pour ceux qui se retrouvent ainsi cloués au pilori. Un intellectuel honni à Saint-Germain des prés ne peut pas être complètement mauvais.

vendredi 19 mai 2006

Séance de nuit

L'Assemblée Nationale travaille souvent le soir, au cours de séances qui débutent à 21 heures 30, et peuvent se prolonger fort tard dans la nuit, parfois jusqu'à une ou deux heures du matin. Il y règne une ambiance spéciale. Tant que les députés siègent, et jusqu'à une demi-heure après la levée de la séance, tous les services de l'Assemblée fonctionnent. Vous pouvez ainsi aller à la bibliothèque, à la buvette.

A ces heures tardives, les lieux sont déserts, hormis le personnel de l'Assemblée et quelques individus qui sont là parce qu'ils ont une bonne raison d'y être. On reste rarement traîner à 23 heures dans la salle des quatre colonnes pour le plaisir. C'est pourtant là que l'on fait les rencontres les plus intéressantes. Les gens sont alors disponibles, ils ont tout leur temps pour discuter, échanger, sans être dérangés par le téléphone portable ou par le passage d'une connaissance dans le couloir. Dans la pénombre, les lieux ont une majesté et un charme que le silence renforce. C'est véritablement une autre ambiance.

Le travail des députés n'en est pas autant relâché, mais là encore, les débats se déroulent dans une autre ambiance. Sauf cas très exceptionnels comme lors des débats sur les droits d'auteurs, les tribunes sont quasi vides et surtout, il n'y a pas un journaliste. Il peut donc se passer des psycho-drames, des débats tendus, des négociations serrées, personne ou presque n'en saura rien. Suivre ces séances des tribunes du public est passionnant. On voit les mouvements, les déplacements. Pendant qu'un orateur s'exprime, les uns vont voir les autres, discutent. Le président de la commission fait le tour des popotes (y compris UDF) pour s'assurer que l'amendement important qui va arriver en discussion va être voté sans anicroche. On voit alors les députés qui s'intéressent au sujet et ceux qui sont de permanence et qui lèvent la main en fonction de ce que disent le rapporteur et le ministre.

C'est là que se fait le véritable travail législatif, dans le calme et la sérénité. Totalement à l'inverse du cirque des questions d'actualité, le mardi et le mercredi après midi.

jeudi 18 mai 2006

La patate chaude arménienne

La patate chaude arménienne est une nouvelle recette de cuisine parlementaire. Elle a été expérimentée ce matin dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale. Encore un grand moment de parlementarisme, édifiant et pas forcement à l'honneur de nos députés, toutes tendances confondues.

Ce matin, deux propositions de loi avaient été déposées par le groupe socialiste. L'une portait sur une modification de l'article 34 de la constitution, l'autre sur la création d'un délit de négationnisme concernant le génocide arménien de 1915. Au cours de cette matinée, les députés ont montré deux visages, le meilleur et le pire.

Le meilleur aspect est cette proposition socialiste, déposée par Paul Quilès, qui vise à modifier l'article 34 de la constitution pour permettre un meilleur contrôle de l'exécution de la loi par le parlement. Le constat est en effet affligeant. Le parlement vote des lois, de plus en plus nombreuses, qui ne sont pas appliquées faute de décrets et de circulaires administratives. Cela fait longtemps que cet état de fait irrite les parlementaires et un mouvement de fond, au delà des clivages politiques, les amènent à rééquilibrer les pouvoirs. Depuis quelques années, les rapporteurs des lois ont l'heureuse initiative, un an après la promulgation, de faire le point sur les décrets d'application. Nous voilà dans une réforme du même esprit que la LOLF, initiée par un député de l'opposition, soutenue et votée à l'unanimité. On aimerait voir cela un peu plus souvent.

A l'inverse, le débat sur la question du génocide arménien a dévoilé les turpitudes, les compromissions et l'hypocrisie de la vie parlementaire. Les arméniens, après avoir obtenu en 2001 la reconnaissance du génocide, veulent maintenant que sa négation soit pénalisée. A droite comme à gauche, les lois mémorielles n'ont plus trop la côte, et chacun est bien conscient que l'extension de la qualification de négationnisme au génocide arménien affaiblit la loi Gayssot en désingularisant la Shoah, et ouvre ainsi la porte à toutes les revendications. Les digues seraient rompues. Mais alors, comment ne pas se mettre le lobby arménien à dos, un an avant les élections ? C'est à ce petit jeu que se sont lamentablement livrés les députés, tous aussi hypocrites les uns que les autres.

Les socialistes, après moult discussions internes, ont fini par mettre ce texte à l'ordre du jour dans leur niche parlementaire (une niche parlementaire est une matinée dont l'ordre du jour est fixé par l'opposition). Mais ils ont aussi inscrit un second texte, consensuel, et dont on pouvait penser que la discussion n'allait pas traîner. C'est sans compter avec l'inventivité de l'UMP, qui a fait traîner les débats, avec l'active complicité de Jean-Louis Debré. A 11 heures 30, la discussion générale n'était pas encore close, après deux heures de débats. Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste s'alarme et constate que l'on aura pas le temps de finir le texte sur le génocide arménien. Il interpelle alors le président Debré et au terme d'échanges assez vifs et d'une suspension de séance, il est décidé d'accélerer l'examen du premier texte, quitte à la bâcler, pour enfin arriver sur la question du génocide arménien. Au passage, les députés de droite, le président du groupe UMP en tête, se font un malin plaisir de souligner l'inconfort de la position de Jean-Marc Ayrault. Si ce texte sur le génocide arménien était si important, pourquoi avoir inscrit un autre texte et l'avoir fait passer en premier. Ensuite, ce n'est qu'au bout de deux heures de séance qu'il se rend compte que l'on ne va pas y arriver. Il fallait réagir avant mon bon monsieur !

Finalement et après négociation, l'examen du texte sur le génocide arménien débute à 12 heures 15. Comme cela était prévisible, l'heure de la fin de séance arrive alors que la discussion n'est pas terminée. Elle est donc interrompue et renvoyée à une date (sans doute aux calendes grecques) qui doit être déterminée à la prochaine conférence des présidents.

Dans cette affaire, nos leaders politiques ont été pitoyables. Ils ont pris les arméniens (très présents dans des tribunes du public pleines à craquer) pour des imbéciles, en faisant semblant de leur donner satisfaction pour récupérer leurs voix. Toute cette mascarade était depuis le départ vouée à l'échec, et cela, les socialistes le savaient bien. Toute loi qui n'est pas définitivement votée avant la fin d'une législature tombe de plein droit. A chaque renouvellement de l'Assemblée nationale, on remet les compteurs à zéro. Il s'agissait donc pour le groupe socialiste de faire un geste de bonne volonté en direction des arméniens, et pour l'UMP d'empêcher les socialistes de tirer profit de leur initiative en sabotant le débat.

Le meilleur et le pire dans la même matinée, Etonnant, non ?

mercredi 17 mai 2006

l'icone écornée

La députée néérlandaise Ayaan Hirsi Ali a reconnu publiquement avoir menti lors de son arrivée aux Pays Bas, pour obtenir un statut de réfugiée auquel elle n'aurait pas eu droit si elle avait dit la vérité. Ces révélations ont suscité un tollé dans ce pays en pleine tourmente sur les sujets d'immigration et de multiculturalisme.

Ayaan Hirsi Ali a perdu de ce fait toute crédibilité. Une icone médiatique vient de s'effondrer, ou tout au moins de perdre sérieusement de son lustre. Elle n'a pas connu la guerre en Somalie comme elle le prétendait et son mariage ne serait pas aussi forcé qu'elle a voulu le dire, alors que ce sont deux éléments essentiels de sa légitimité politique. C'est aussi l'occasion de s'apercevoir qu'elle est assez controversée aux Pays-Bas et que son combat, encensé par certains, était contesté pour sa radicalité. Cette affaire est dommageable pour la cause qu'elle servait, celle des femmes en pays d'islam, mais quand on choisi la stratégie de la focalisation médiatique sur une "icone", on s'expose à de tels revers de bâtons. Il faut faire attention à ce que l'on nous vend, nous en avons ici un exemple supplémentaire. Cette vérité sur Ayaan Hirsi Ali était semble-t-il déjà connue de certains et les médias auraient pu enquêter davantage avant de la hisser sur un piédestal. Mais elle est tellement jolie, tellement photogénique, tellement télégénique...

Pour autant, je ne jette pas la pierre à Ayaan Hirsi Ali. Comme tous les êtres humains, elle aspire à progresser, à évoluer et elle a saisi une occasion, lors de son passage en Europe, pour changer de vie, quitter une voie qui ne lui convenait plus. Elle a trafiqué la vérité, comme le font des milliers de personnes, sans que cela ne fasse tort à autrui. Elle a creusé son sillon, mais a fini par se trouver en porte-à-faux avec son passé, son "péché originel". On est toujours rattrapé par son passé et son seul tort est d'avoir accepté de se lancer dans ses combats en sachant qu'une faille existe. Pour autant, elle assume courageusement, ce qui est à son honneur. Elle a révélé elle-même la vérité et surtout, elle en tire les conséquences en annonçant son départ des Pays-Bas.

mardi 16 mai 2006

Bayrou, un traître ?

Lorsque j'ai entendu la position de François Bayrou annonçant qu'il votera la motion de censure, je me suis posé cette question : traître à son camp ? D'autres ont eu la même réaction, comme Jean-Louis Debré, le pitt-bull de Chirac.

C'est vrai que le geste est osé et risqué. François Bayrou semble oublier qu'il a été élu avec des voix de droite et qu'au second tour des législatives, la plupart des députés UDF ont bénéficié d'accords de désistement de la part de l'UMP. Il semble aussi oublier que dans la plupart des exécutifs locaux, le partenaire de coalition de l'UDF, c'est l'UMP. Quoiqu'il en pense, il est de Droite et il doit faire attention à ce que ses électeurs, qui le sont aussi, le suivent. cela devient de moins en moins évident au fil de ses coups d'éclats. Les autres députés UDF semblent avoir ce genre de considérations plus présentes à l'esprit. Ce que Bayrou peut, à la limite se permettre, eux ne le peuvent pas. De ce fait, il provoque des tensions importantes au sein de son groupe parlementaire. Attention aux fissures qui peuvent se créer, les députés, de quelque bord qu'ils soient, sont entrés dans une période où ils agissent suivant un seul paramètre : leur réélection. Il est des fidélités et des allégeances qui peuvent flancher, d'autant plus qu'un recours existe avec Gilles de Robien.

C'est pourtant un geste qui s'inscrit dans la logique de son comportement depuis 2002. Il est clairement dans une stratégie de candidat à la présidentielle et bien entendu, il y a des considérations purement tactiques de positionnement électoral. Les journalistes politiques ne voient d'ailleurs que cela, comme à leur habitude. Il faut peut être tenter de creuser un peu plus, de discerner dans cette course une nouvelle tentative des centristes et des démocrates chrétiens pour incarner une autre voie, ni conservatrice et libérale comme le propose l'UMP, ni à relents marxistes comme le propose encore largement le PS et complètement l'extrême Gauche.

Les exemples étrangers sont nombreux d'évolutions de formations politiques (souvent de Gauche) vers le réformisme. Que ce soit le SPD allemand depuis 1959, le Labour anglais avec Tony Blair, les réussites de "troisième voie" existent. La Gauche française étant incapable de réaliser ce tournant réellement réformiste, François Bayrou a senti qu'il y avait un espace et s'y est engouffré. En cela, il se veut le successeur de Michel Rocard, le dernier à avoir tenté quelque chose de crédible et plus anciennement de Pierre Mendès-France. Son action a donc une véritable logique et un enracinement profond qui interdit de voir dans ses choix uniquement l'expression d'une ambition personnelle démesurée, qui est quand même bien présente, il faut le noter (Bayrou est de ceux qui se croient nés sous LA bonne étoile et se sentent promis à un grand destin).

Maintenant, a-t-il les moyens de ses ambitions pour rénover et bousculer les lignes politiques ? Il dispose de plus d'atouts que ses prédécesseurs. Bayrou est un réaliste, il sait que la politique est une jungle et que les naïfs se font manger tout cru par les grands prédateurs (exemple de Rocard et de Mitterrand). Il s'est donc adapté aux règles du jeu et sait être un tueur quand il le faut. On ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs, et il faut accepter de se "salir les mains" si on veut arriver à quelque chose. C'est une attitude que les centristes et réformateurs ont toujours eu du mal à avoir. Ensuite, François Bayrou est le maître incontesté d'une formation politique. Là encore, nos gentils réformateurs avaient plusieurs longueurs de retard, il en étaient à brasser les idées et à laisser aux autres les manettes. Dissoudre le PSU dans le Parti Socialiste a été une erreur monumentale qui a servi de leçon à Bayrou. Il s'est battu farouchement pour préserver une UDF indépendante et y est arrivé.

Reste maintenant à accomplir le plus difficile, faire basculer l'opinion et surtout les leaders d'opinion vers le réformisme. La première difficulté est de faire prendre la greffe. Nos élites intellectuelles sont encore très (beaucoup trop) marquées par leur formation d'extrême gauche. Ils peuvent bien avoir évolué, il reste toujours quelque chose d'un passé trotskyste, maoïste ou simplement marxiste. Les schémas de pensée, les constructions intellectuelles sont là et surtout, cela reste valorisant et connoté positivement d'en avoir été. L'espoir dans ce domaine est dans la génération suivante, celle des trentenaires, qui a vécu autre chose et n'a, globalement, jamais cru à toutes ses lubies issues de théories du XIXe siècle. Encore faut-il que cette génération arrive aux commandes.

Ensuite, il faut être identifié comme étant de Gauche car c'est là qu'est le potentiel. En effet, la Droite modérée n'éprouve guère d'attirance pour les thématiques de la démocratie-chrétienne et pour cette troisième voie. Et surtout, la présence d'un leader comme Nicolas Sarkozy ne laisse aucun espace libre. La véritable opportunité, elle est au PS, avec l'incroyable déficit de leadership et de programme de ce parti. Il y a des élus, des structures militantes et derrière, rien, une machine qui tourne idéologiquement à vide et cherche désespérement une raison d'être autre que la seule quête du pouvoir. On y a encore les restes des anciens courants réformateurs, qui continuent à exister, à produire des idées (à l'exemple de Jean-Marie Bockel) mais n'ont plus de leader. Et malheureusement, c'est là le très gros handicap de Bayrou. Il est marqué à Droite et il a beau draguer l'électeur d'opposition en votant par exemple les motions de censure, il ne gagnera pas pour autant leurs voix (par contre, il risque de perdre les siennes). Ne lui reste que le chemin de la troisième voie, qui est à mon sens une impasse politique.

lundi 15 mai 2006

C'est quoi l'équité du commerce ?

Le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat a lancé un dispositif de reconnaissance officielle du commerce équitable. La loi avait déjà amorcé ce mouvement, mais les définitions proposées sont encore bien vagues. Le progrès est dans la volonté de certifier les labels, par le biais d'une commission sous le contrôle de l'Etat. Actuellement, les consommateurs qui achètent équitable ne savent finalement rien de l'action équitable ou pas du label, ni même de ce que le label met sous le mot "équitable". Ils doivent donc croire sur parole. C'est la porte ouverte aux arnaques, aux demi-tromperies et au non-dit, qui pourraient couler le label si on n'y met pas un peu d'ordre et de contrôle indépendant. L'initiative est bonne, espéront qu'elle aboutisse, ce qui n'est pas gagné.

Cela ne règle pas pour autant la question de fond. Le commerce équitable tel qu'il est pratiqué remplit-il réellement le rôle qui lui est assigné, à savoir participer au développement "durable" des pays du Sud ? J'ai des doutes, que j'ai déjà exprimés. D'autres billets comme celui de Guillaume Barry de Swissroll sont également prudents et dubitatifs. L'idée générale qui ressort de ces lectures, c'est une méfiance vis-à-vis de cette pratique. Partie d'une bonne intention, cette initiative avait un sens lorsqu'elle était encore pratiquée de manière "artisanale". Elle a perdu son âme en passant au stade industriel comme le démontre remarquablement Alexandre Delaigue d'Econoclaste. Michel Edouard Leclerc lui même se sent obligé de répliquer à des attaques, sans prendre position sur le fond du problème.

La véritable équité, on l'aura lorsque le producteur du Sud sera en mesure d'imposer sa volonté, sur le niveau du prix et sur le cahier des charges. Les pratiques du commerce équitable vont-elles dans le sens de l'instauration d'une véritable équité ? Peut-être, mais c'est une goutte d'eau qui ne changera pas grand chose. La solution est à un autre niveau. En attendant, la position des labels de commerce équitable oscille entre la naïveté et l'escroquerie intellectuelle.

dimanche 14 mai 2006

L'esprit du sport

L'expression "l'esprit du sport" m'a toujours interpellé et étonné. De la même manière, j'ai du mal à penser que le sport véhicule des "valeurs". Le sport, c'est pour moi une activité physique, nécessaire pour rester en bonne santé et peut être un plaisir (pour certains). Bref une saine occupation, ce qu'elle a cessé d'être à haut niveau, bien que l'on tente encore plus ou moins de nous le faire croire.

La coupe de monde de football approche, je vais donc prendre l'exemple de cette discipline, mais le raisonnement vaut pour tous les autres. On nous ressert à cette occasion tout le discours marketing, agrémenté d'une bonne dose de nationalisme, dans un but bien précis: nous amener dans les stades et surtout devant nos téléviseurs. Les jeux Olympiques sont un autre grand moment où la sauce monte, et les journalistes sportifs sont assez phénoménaux dans ce rôle. Dans un deuxième temps, on exploite la notoriété des équipes et des sportifs en les transformant en hommes sandwich, pour des pizzas, des casques audio, voire des crèmes dessert. Ce que l'on appelle sport est devenu un simple spectacle, au même titre que le cirque et le cinéma. On change les règles lorsqu'elles ne conviennent pas au format télévisé où qu'elles ne permettent plus d'assurer un spectacle satisfaisant. La Formule 1 et le football américain sont très bons à ce jeu là. Il faut reconnaitre pour être honnête, que parfois, le spectacle est bon, même excellent. Je souviens d'un France-Bresil lors de la coupe du monde 1986, ou d'un France-Italie à l'euro 2000 qui étaient de toute beauté, avec une intensité, du suspense, des retournements de situation. Bref, du grand art, mais qui reste du spectacle.

Mais a coté de cela, les coulisses du football (et des autres sports), c'est une histoire d'argent et rien d'autre. L'esprit du sport professionnel, c'est le bussiness, et rien que cela. Les rencontres truquées sont légions. En Italie, un énorme scandale est en train de naitre sur le trucage du championnat 2004-2005, avec des matchs arrangés entre la juventus de Turin, le Milan AC, la Lazio de Rome et la fiorentina. Dans le même temps, on commence à s'intéresser aux finances de la FIFA, et là encore, c'est pas joli à voir. Quel décalage avec le discours très "pierre de Coubertin" sur la noblesse du sport, le dépassement de soi et autres valeurs d'amateurisme! Le discours sur le dopage est exemplaire à cet égard. Officiellement, c'est interdit et on lutte. Dans les faits, les contrôles antidopages sont des passoires, la recherche pharmaceutique ayant toujours une longueur d'avance. A chaque fois qu'un scandale éclate, on nous jure la main sur le coeur que c'est marginal, que bien entendu des mesures vont être prises pour renforcer encore la lutte. Que je sache, on continue à contrôler positif et les moyennes horaires des coureurs du Tour de France ne cessent d'augmenter.

Bonne coupe du Monde de football quand même !... pour ceux qui aiment

vendredi 12 mai 2006

Y a vraiment pas autre chose à faire ?

Au début, l'affaire Clearstream m'a amusé. Ca y est, la campagne commence ! L'affaire m'est apparue mineure, le genre de missile que l'on envoye dans les pattes de l'adversaire juste avant la campagne. Contrairement à ce que pensent certains, il est bon qu'on aille fouiller un peu dans les poubelles des hommes politiques aspirant à de hautes fonctions. Ce n'est pas une fois qu'ils sont en poste qu'il faut s'apercevoir que ce sont d'authentiques crapules (toute ressemblance avec une situation existante serait bien entendu fortuite). C'est comme la taille des rosiers, il faut y aller franco, ça ne pousse que mieux après. Et qui d'autres que les concurrents seraient efficaces pour chercher la petite bête.

Aujourd'hui, je ressent nettement plus d'agacement. Cette affaire me gonfle et même me saoule ! Messieurs les journalistes, mais aussi les politiques, vous n'auriez pas autre chose de plus important à mettre dans vos colonnes. Là, je suis à saturation, je n'arrive plus à suivre et finalement, je m'en fout. Et pourtant, je suis dans le milieu, jusqu'au cou. Je partage pleinement l'analyse d'Emmanuel Todd, dans Libé d'aujourd'hui. Cette affaire ne méritait pas un traitement d'une telle ampleur. C'est le signe que le système politico-médiatique n'a plus grand chose à dire, ou veut esquiver les vrais questions de fond en organisant du bruit autour d'une affaire qui finalement, ne concernent qu'eux.

jeudi 11 mai 2006

Le monde change, l'homme s'adaptera

Cette semaine dans "Le Point", interview rafraichissante d'Yves Chauvin, prix nobel de Chimie 2005. Ce savant nous offre une leçon de modestie, et renvoye bien des analystes à leurs chères études et à leurs faux problèmes.

La planète change, le monde bouge, faut-il en avoir peur ? Ce monsieur de près de 80 ans nous apporte un regard d'une luminosité et d'une fraicheur inhabituelle dans nos médias grisâtres. A quoi cela sert d'avoir peur? La planète s'en fout de ce que l'on pense, et de toute manière, l'homme a une capacité d'adaptation formidable. Il y a moins de pétrole, et bien on voyagera moins et on fera plus de marche, c'est bon pour la santé. Les générations précédentes ne partaient en vacances à l'ile Maurice, elles n'en étaient pas malheureuses pour autant. Des catastrophes, il y en a eu, et il y en aura encore et bien souvent, nous n'y pouvons rien. Et pourtant, nous sommes toujours là ! Alors ayons un peu confiance en nous et en nos descendants !

La seule véritable inquiétude d'Yves Chauvin, c'est la surpopulation. Notre inventivité trouve sans cesse de nouvelles ressources, le problème est que la population augmente elle aussi et que lorsqu'il n'y a pas assez de ressources pour tout le monde, les conflits sont inévitables. L'avenir de l'espèce n'est pas en danger, mais la "régulation" peut engendrer des troubles à l'échelle planétaire, avec des crises aigües ou latentes. Le reste, on s'y fera bien.

Cette vision me plait, car elle ramène l'individu à ce qu'il est, un élement, modeste, parmi d'autres au sein d'une longue durée. Le destin à long terme de l'humanité est à envisager en masses et en tendances, sur plusieurs milliers, voire centaines de milliers d'années. Nous sommes à un moment X avec derrière nous plus de 35 000 ans d'évolution. Finalement, nous ne sommes pas grand chose à cette échelle, alors arrêtons de nous pourrir la vie pour rien.

mercredi 10 mai 2006

Jacquouille la fripouille

Le Canard enchaîné vient de frapper un nouveau coup en lançant l'info qui tue. Jacques Chirac aurait un compte bancaire bien garni au Japon. Que croire ? Le Canard n'est pas un journal à cancan qui balance sans vérifier avant et sans prendre de précautions. En plus, le parfum de scandales et de corruption qui flotte au-dessus de Jacques Chirac rend cette information crédible. Encore un coup pour la démocratie, mais bon, cela me touche finalement peu, cela fait bien longtemps que je ne me fais plus aucune illusion sur l'honnêteté de notre président.

Je suis tout de même surpris de certains éléments. La source du Canard enchaîné serait l'audition du général Rondot devant les juges. Je croyais qu'elle avait été publiée et exploitée in extenso par Le Monde. Ce n'est pas leur genre de passer à coté d'un scoop comme celui-là et de le laisser à la concurrence. Et pourtant... Ensuite, il semble que cette histoire était plus ou moins connue des initiés depuis 2001, époque où Jospin avait fait discrètement enquêter, via les services secrets, sur ce compte bancaire, histoire de le balancer dans les pattes de son concurrent le moment venu. Cela me rappelle le scénario d'une affaire récente...

Comme je l'ai dit, nous sommes entrés dans la pré-campagne présidentielle, et il s'agit de sortir l'artillerie contre les candidats potentiels. J'ai comme l'impression, et ce n'est qu'une intuition personnelle, que tout cela n'est qu'une grande manipulation orchestrée par le journal "Le Monde", toujours servile pour les puissants d'aujourd'hui et de demain, en vue de favoriser un candidat, en l'occurrence Nicolas Sarkozy. Ils avaient déjà roulé pour Edouard Balladur de manière éhonté en 1995, pourquoi ne pas remettre le couvert. De toute manière, il n'y a aucune sanction. Le but de la manoeuvre aurait été de cramer définitivement Dominique de Villepin, pas de toucher Jacques Chirac. Il ne faut viser qu'une seule cible à la fois, pour ne pas diluer l'effet. Déstabiliser Jacques Chirac peut être dangereux pour Nicolas Sarkozy et contrarier (peut-être) ses plans. Ce n'était en tout cas pas dans le cahier des charges de l'opération Clearstream, d'où probablement le silence du Monde sur cette cagnotte présidentielle.

Et le Canard Enchaîné est arrivé, comme un chien dans un jeu de quilles. Et qu'est ce que c'est réjouissant ! C'est là que l'on voit où sont les vrais démocrates. Je ne partage pas toujours les positions du Canard, mais encore une fois, je leur dit un grand merci.

lundi 8 mai 2006

Sarkozy à Matignon ?

On évoque de plus en plus la possibilité du départ de Dominique de Villepin et son remplacement comme Premier Ministre par Nicolas Sarkozy. Pour l'instant, nous sommes dans la rumeur, mais elle est trop insistante, et surtout, elle est objectivement fondée. Cette nomination serait même logique, l'ultime carte de Jacques Chirac pour tenter de griller celui qui a survécu à toutes les attaques. Il déteste Nicolas Sarkozy, qui l'a trahi (comme Chirac a trahi Chaban et Giscard). C'est la loi du genre et c'est quelque part un juste retour des choses. Depuis 2002, son objectif est de le tuer politiquement. A chaque fois, Nicolas Sarkozy a esquivé l'attaque, faisant preuve d'une force et d'une habileté remarquable. Il a montré depuis quatre ans qu'il est de loin le meilleur de sa génération à droite.

Pourtant, Chirac a tout essayé, le mettant ministre de l'Intérieur en 2002, poste hautement sensible, la lutte contre l'insécurité étant alors au coeur des préoccupations des français. Il le transfère ensuite aux finances, autre poste casse-gueule. Sarko ne s'y sent pas à l'aise et son élection comme président de l'UMP est l'occasion de se sortir de ce piège. Il n'a pas fait grand chose à Bercy, mais il peut plaider le manque de temps. Et vu le bilan des autres ministres des finances , il ne s'en sort pas mal. Après un intermède, Chirac lui tend un nouveau piège. Il lui propose de revenir comme numéro deux d'un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. On retente l'opération de 2002, mais avec cette fois un tueur à Matignon. Plus question d'attendre que Sarkozy se casse les dents sur un dossier (le bougre est capable de réussir encore). Le contrat passé entre Villepin et Chirac est clair : à Villepin la succession s'il arrive à abbatre le gêneur Sarkozy. Une nouvelle fois, c'est un échec, le poulain officiel ne se montrant pas à la hauteur. Il s'est brulé les ailes en voulant courir après Sarkozy. Le CPE était une opération à haut risque. Villepin s'y est lancé à corps perdu, avec panache et témérité. Il s'est scratché, tout seul, comme un grand. Et encore une carte en moins pour Chirac. L'échéance est maintenant dans un an, Sarkozy est toujours vivant, et pire, à chaque fois plus fort.

Sarkozy à Matignon, c'est tout ce qui reste à Jacques Chirac, avec comme arrière pensée la politique de la terre brûlée. Plus le temps de faire émerger un concurrent crédible à droite. En 2007, c'est Sarkozy ou la gauche. Si Chirac voulait préserver les chances de la droite, il laisserait le seul champion qui reste à l'abri. Il ne manque pas de candidats prêts à se "dévouer" pour faire quelques mois à Matignon. Nommer Sarkozy premier ministre, alors qu'il ne reste plus assez de temps pour faire oeuvre utile, c'est tenter de le griller. Mais c'est un pari incroyablement risqué pour Chirac, car Sarkozy est devenu plus fort que jamais, alors que Chirac est de plus en plus seul. Je ne sais pas s'il se rend compte de ce qu'est une fin de règne. Qu'il regarde la dernière année du mandat de François Mitterrand, il comprendra.

Les atouts de Sarkozy sont impressionnants et c'est lui qui est en position de force. Il a survécu à tout. La réserve de coups bas est épuisée, et pourtant, ils sont inventifs dans les officines de la vieille droite gaulliste. Il ne faut pas oublier que Sarkozy a été à l'école de Pasqua et que l'élève a doublé le maitre en lui soufflant la mairie de Neuilly en 1983. Depuis quatre ans, sa montée en puissance s'est accompagnée d'un retournement complet de son image dans l'opinion. Il est certes controversé, mais il plait fortement à l'électorat de droite et d'extrême droite, et c'est cela qui compte. Cela ne sert à rien d'avoir des "bonnes opinions" de gauche qui ne se transformeront pas en bulletins de vote dans l'isoloir. Enfin, l'ensemble de la classe politique de droite a compris que l'avenir, c'est lui, que le seul à même d'assurer leur réélection, c'est Sarkozy. Mis à part quelques irréductibles, l'ensemble des députés UMP lui mangent dans la main. Le vrai patron, au parti mais aussi à l'Assemblée nationale, c'est Sarkozy. Le camp des chiraco-villepinistes, c'est devenu un désert et mis à part Jean-Louis Debré, ils n'ont plus aucun leader visible (en encore, Debré n'a aucun pouvoir exécutif, juste un tribune pour faire le maitre d'école qui admoneste).

En appelant Sarkozy à Matignon, Chirac prend le risque d'être définitivement marginalisé et de se retrouver à inaugurer les chrysantèmes. Il n'a aucun moyen de pression, aucune monnaie d'échange et en cas de crise ouverte, il est directement menacé. Si Sarkozy décide de démissionner, Chirac se retrouve les mains vides. Il n'a déjà plus aucune marge de manoeuvre ni aucune crédibilité politique, il serait alors au fond du trou (sans vilain jeu de mot). Comme je l'ai déjà annoncé, la main est passée.

samedi 6 mai 2006

Rencontre impromptue

Vendredi soir, ballade dans Paris, de Saint-Michel à la Concorde, par le chemin des écoliers. C'est agréable de musarder à Saint-Germain quand il fait beau. Passage devant une librairie, rue du Four. Je m'arrête machinalement pour "lécher" la vitrine (c'est presque un réflexe). Beaucoup de livres de René Girard, tient une bonne maison ! Au moment de m'éloigner, une petite affichette accroche mon regard, annonçant une causerie avec René Girard, qui se déroule... juste à ce moment à l'intérieur de ladite librairie.

Je m'engouffre et me joint à un public fourni, qui écoute René Girard parler de Shakespeare. C'est un moment magique car totalement inattendu. Il n'y a pas à dire, Paris, c'est bien ! J'écoute pendant trois quart d'heures. René Girard est passionnant, c'est un enseignant, qui sait tenir son public sans jamais le lasser. Il parle de littérature, mais aussi beaucoup de la théorie mimétique, qu'il utilise comme grille de lecture pour comprendre Shakespeare. Au passage, il égratigne les critiques littéraires et les universitaires spécialistes, qui emprisonnent et s'efforcent avant tout de masquer ce qui fait la force et l'originalité des grandes oeuvres.

Sans être "fétichiste" ni "fan club", je dois quand même avouer que cette rencontre avec René Girard, que je venais de découvrir à travers "Celui par qui le scandale arrive", m'a beaucoup impressionné. Ce personnage est un autodidacte, qui a suivi une trajectoire brillante, mais non linéraire. D'abord diplômé de l'école des Chartes, il se dirige ensuite vers l'histoire littéraire et l'anthropologue. Il s'affirme d'ailleurs anthropologue autodidacte. Enseignant aux USA, il est en dehors des circuits intellectuels et universitaires français, qui pendant longtemps, l'ignorent superbement. On sent dans ses propos, l'habitude des attaques et du dédain des "officiels". C'est pourtant cet aspect hors norme qui me séduit chez René Girard, qui a pu mener une véritable réflexion novatrice et personnelle, en passant d'une discipline à l'autre, sans avoir à s'embarasser d'un microcosme finalement plus stérilisateur de pensée qu'autre chose.

Il y a des moments dans la vie que l'on savoure. Cette rencontre en fut.

vendredi 5 mai 2006

France Culture, les vieux ont la parole

Trouvé au cours de mes périgrinations, ce petit bijou, avec lequel je suis entièrement d'accord. France Culture, temple de la pensée officielle, est en fait un repère de vieux soixante-huitards sur le retour. Je le savais, mais là, c'est démontré avec clarté et précision.

Da concord code

Ce matin, descente à la station concorde sur la ligne 1. Je me suis demandé si j'étais bien réveillé et après un moment pour retrouver mes esprits, je me suis rendu compte que je ne m'étais pas trompé, que j'étais bien là où je voulais aller. Car cette station avait changé dans la nuit, pour se recouvrir de rouge. La RATP a vendu l'ensemble de la station à la pub du film Da vinci code. Tous les panneaux publicitaires réservés aux affiches du film et surtout, les murs recouverts d'un film plastique rouge avec de discrets signes cabalistiques. De la promo comme cela, j'en avais rarement vu, surtout pour ce qui n'est qu'une superproduction hollywoodienne. Et cela m'agace, cet envahissement commercial de l'espace public.

Au delà, je me pose la question du pourquoi du succès du livre Da Vinci Code, le film n'étant finalement qu'un produit dérivé. Comme beaucoup, je l'ai lu (on me l'a offert) et je l'ai trouvé pas trop mal. C'est un bon thriller, même si les ficelles sont parfois visibles (chapitres courts qui se terminent par la promesse d'un rebondissement, course poursuite, intrigues emmêlées...). L'arrière fond philosophico-ésotérique n'est pas mauvais, ce qui est la bonne surprise et fait la qualité (relative) de ce roman. Mes réflexes d'historien me font traquer, même malgré moi, les incohérences et invraisemblances historiques et je n'en ai pas trouvé. L'arrière plan est documenté, cohérent et crédible, même si ce n'est que pure création de l'esprit. Le prieuré de Sion et toutes les balivernes autour de Marie Madeleine, c'est de l'invention. J'ai du mal à comprendre que des gens puissent prendre cela pour argent comptant, mais bon, si cela leur fait plaisir, chacun est libre de croire ce qu'il veut.

Le succès vient de ce mélange de roman accessible, facile à lire, sans mots trop compliqués et d'ésotérisme suffisamment crédible pour cela ne tombe pas dans le ridicule. Dan Brown n'a pas puisé à n'importe quelles sources et c'est là sa force. Il s'appuie sur le courant gnostique, fort d'une tradition très ancienne avec la thématique du secret caché, connu de quelques initiés seulement. Et il tombe là sur un incroyable fantasme de notre époque, celui du complot, celui de la main invisible, où les coïncidences n'existent pas et où toutes choses peuvent avoir plusieurs sens, du plus courant au plus secret. Ce n'est d'ailleurs pas spécifique au christianisme, on retrouve de telles positions dans le judaïsme avec la Kabale (autre source de fantasmes et de profits commerciaux). Le succès est assuré dans notre monde occidental, où l'ego est poussé au maximum. Quel délicieux frisson que de se sentir un "initié", porteur de secrets connus seulement d'une petite élite restreinte dont on fait partie. C'est le principe biaisé sur lequel repose la publicité : "venez tous partager ce produit réservé à une élite". Enfin, l'aide involontaire de l'église catholique et des fondamentalistes protestants a permis de doper encore plus les ventes en donnant à ce roman un parfum de scandale et d'interdit "si les chrétiens se sentent menacés, c'est qu'il doit y avoir un fond de vérité".

La machine à faire du fric peut ensuite prendre le relais, le succès commercial est assuré. Cela fonctionne pour le produit direct et pour tout ce qui porte l'estampille "da vinci", y compris les autres romans de Dan Brown, que l'on dit moins bons, mais qui se vendent quand même très bien.

mercredi 3 mai 2006

Offensive psychanalytique

La psychanalyse est de nouveau à la mode dans nos médias français. Un temps secoué par l'offensive de leurs adversaires, qui avaient publié un "livre noir de la psychanalyse", les descendants spirituels de Freud ont repris du poil de la bête.

Un temps déstabilisés, ils ont remis en route leurs réseaux et lancent, à l'occasion des 150 ans de la naissance de Freud, une vaste offensive d'occupation du terrain médiatique, notamment dans la presse écrite. Dans son numéro du 20 avril 2006, le magazine le Point ouvre le bal avec trois articles sur une dizaine de pages. Le 3 mai, c'est au tour du Monde de suivre, avec un article de l'inévitable Elisabeth Roudinesco, grande prètresse de la psychanalyse en France. Que de la célébration, pas la moindre contestation sérieuse. Gageons que ce n'est pas fini, car la psychanalyse doit remonter la pente et il faut faire oublier la campagne "anti psychanalyse".

En lisant ces articles, j'apprend beaucoup de choses sur Freud, sa vie, ses disciples, ses ennemis. Par contre, d'un bord comme de l'autre, pas grand chose sur le fond, sur les différences d'approche théoriques. Une fois la lecture terminée, je suis toujours au même stade. Finalement, la psychanalyse est-elle valable ? Les alternatives sont-elles crédibles ? quels sont les derniers développements dans ce domaine ? J'attends toujours des réponses et des exposés objectifs et compréhensibles. Si je veux me soigner parce que je me sent un peu mal, vers qui aller ? Je n'entend pas me jeter dans les bras de n'importe qui et je pressent qu'il existe des différences importantes entre les thérapies proposées. Décevant.

Le 4 mai, dossier spécial en pages centrales de libération. Un peu plus consistant, le plus costaud jusque là. Attendons les autres, le concours du meilleur dossier "150 ans de Freud" est ouvert.

La main est passée

Mardi 2 mai 2006, Nicolas Sarkozy recevait en soirée les parlementaires UMP place beauvau. L'accueil a été somptueux, présidentiel même, avec la garde républicaine au garde à vous. A cette occasion, les parlementaires ont reçus des petits cadeaux (vide poches, porte clés, avec la date du 2 mai). Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy a fait son show, avec discours de candidat, plus sûr de lui que jamais. Et à la fin, le ministre d'Etat demande aux parlementaires de faire un accueil chaleureux au Premier Ministre, que Nicolas Sarkozy avait invité pour le buffet (sur le ton allez les gars, soyez sympa, il est un peu dans la mouise, ça lui fera du bien).

Et Dominique de Villepin est venu. Il y a des jours à marquer d'une pierre blanche, des tournants symboliques, et ce 2 mai 2006 en était un. Les parlementaires UMP ont parfaitement compris ce que cela signifiait. Dominique de Villepin a abdiqué. Usé, déstabilisé, décrédibilisé, cramé par le CPE et l'affaire Clearstream, il a jetté l'éponge. La voie est désormais ouverte pour Nicolas Sarkozy, véritable maître du gouvernement.

mardi 2 mai 2006

Le socialisme mémoriel

Après avoir dénoncé le "clientélisme" de l'UMP auprès des rapatriés avec la reconnaissance du "rôle positif de la colonisation", les députés socialistes se lancent à leur tour et sans aucune pudeur, dans la quête clientéliste de voix, mais cette fois auprès de la communauté arménienne. La loi Gremetz a officialisé en 2001 la reconnaissance par la France du génociden arménien de 1915, nous offrant à l'occasion une petite crise diplomatique avec la Turquie. Toutefois, cette reconnaissance n'était assortie d'aucune sanction, comme il en existe dans la loi Gayssot qui réprime la négation de la Shoah. On peut donc discuter en toute liberté de la réalité du génocide arménien.

Depuis cette date, le lobby arménien n'a de cesse de réclamer la création d'une incrimination de "négation du génocide arménien". Des propositions de loi ont été déposées par des députés de tous bords, y compris au sein des rangs de l'UMP (Eric Raoult et Richard Maillé). Les socialistes ont eu aussi leur proposition de loi, déposée par Didier Migaud. Si on jette un coup d'oeil sur ce que les députés déposent comme propositions de loi, on se rend bien compte que l'on est dans la pétition de principe et qu'il s'agit surtout de faire plaisir à tel ou tel groupe. Comme les chances d'aboutir sont très minces, on y trouve tout et n'importe quoi, y compris des mesures reglementaires.

Les choses auraient pu en rester là sur un sujet aussi sensible, surtout après le débat autour de ces lois mémorielles, qui a bien mis en évidence la gêne de beaucoup, et en premier lieu des historiens, face à ces "vérités officielles" sanctuarisées par la loi. La plainte déposée contre Olivier Pétré-Grenouilleau avait été la goutte qui a fait déborder le vase pour des historiens déjà soumis à de fortes pressions dans le débat sur la colonisation. Cet universitaire reconnu et intègre s'est retrouvé traîné devant les tribunaux après avoir publié une synthèse (excellente et primée à plusieurs occasions) qui mettait à mal les théories d'associations de "descendants d'esclaves". On a mis aussi en exergue à cette occasion les dangers de cette course à la victimisation, chaque communauté (descendants de déportés juifs, descendants d'esclaves...) cherchant de cette manière à obtenir des réparations symboliques, mais aussi sonnantes et trébuchantes. L'un des effets visibles de cette compétition est la radicalisation de l'humoriste Dieudonné, qui vire à l'antisémite hargneux, avec des soutiens dans la communauté noire dont il se revendique le porte-parole.

La décision du groupe socialiste d'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale la proposition de loi de Didier Migaud me semble révélateur des véritables choix des socialistes, qui restent campés sur une position politicienne à courte vue. Entre la préservation d'une liberté fondamentale et les intérêts d'une communauté, ils ont fait leur choix. Désolant et irresponsable! Heureusement, cette initiative est vouée à l'échec, une proposition de loi venant de l'opposition n'ayant en effet aucune chance de passer. Mais cela me navre car j'avais espéré que ce débat marquerait un tournant et que l'on cesserait d'imposer des "versions officielles" de l'histoire, qui sont de véritables dénis de la liberté d'expression. Je constate que ce n'est pas gagné.

Les increvables

On fustige volontiers la longévité et l'âge avancé des dirigeants politiques français. Pourtant, ce n'est rien à coté de l'Italie. Le président de la république, Carlo Azeglio Ciampi, âgé de 85 ans, termine son mandat dans quelques jours. Il a la sagesse de ne pas souhaiter rempiler, ce qui lui a été pourtant demandé de manière insistante. Il est en effet considéré comme une personnalité incontournable et consensuelle. Mais finir un second mandat à 92 ans, ce serait le nouveau record d'Europe, actuellement détenu par le grec Constantin Caramanlis, qui a quitté ses fonctions de président de la république à l'âge de 88 ans.

Le ponpon, c'est quand même la candidature de Giulio Andreotti à la présidence du Sénat. A 87 ans, il est encore en piste pour un poste important, au bout de 64 ans de vie politique et une batterie de casseroles impressionnantes. Il a dirigé l'Italie entre les années 50 et 1992, sept fois président du conseil, ministre un nombre de fois incalculable. Surnommé l'inoxydable, il est soupçonné de complicité avec la Mafia, pas clair dans l'affaire de l'enlèvement et de l'assassinat d'Aldo Moro en 1978, récemment inquiété dans l'enquête sur l'assassinat d'un journaliste, le tout sans jamais être condamné. Et en plus Andreotti a réussi à se faire nommer sénateur (avec immunité parlementaire) à vie. Jacques Chirac à coté, c'est un amateur !

10 mai, élection du successeur de Ciampi. Il s'appelle Giorgio Napolitano. C'est un petit jeune de 80 ans, qui a commencé sa carrière politique en 1953. Il est lui aussi membre de la confrérie des increvables (autrement appelés sénateurs à vie). Comme il est élu pour 7 ans, il peut battre le record de Ciampi de sortie de mandat. Quant à celui d'Andréotti et ses 64 années de vie politique...

lundi 1 mai 2006

La confusion des titres

Une pratique française m'a toujours étonné et je dois le dire, un peu agacé. Elle réserve l'usage social de certains titres universitaires à des professions bien déterminées. Ainsi, on ne donne le titre de docteur qu'aux professions de santé, et particulièrement aux médecins. La confusion est tellement forte que l'on dit souvent "aller voir un docteur" au lieu de "aller voir un médecin". Dans le même ordre d'idée, le titre de "maître" signale le titulaire d'une maîtrise. Or, ce titre a été capté dans la vie sociale par les professions juridiques, notaires et avocats.

Cela traduit un rapport assez étrange avec l'université et les titres qu'elle délivre. Les médecins ne sont pas les seuls à être docteurs et la maîtrise de droit n'est pas réservée aux avocats. Comme si eux seuls avaient fait des études universitaires. Cela était sans doute vrai dans le monde d'autrefois, où un bachelier pouvait être considéré comme surdiplômé. Alors une maîtrise et un doctorat, pensez donc ! Cela traduit aussi un rapport de force ancien au sein des universités, où les facultés de droit et de médecine dominaient, et cela dès le moyen âge (avec les facultés de théologie). Les médecins avaient besoin, pour exercer, d'être titulaire du doctorat et les avocats d'une maîtrise, d'où cette confusion. Comme cela leur faisait plaisir qu'on leur donne leurs titres universitaires dans la vie sociale, allons y !

L'usage social est tellement enraciné que personne ne le remet en cause, alors que le nombre de diplômés de l'enseignement supérieur a littéralement explosé et que l'on a des docteurs à pelle, qui sont loin d'être tous médecins. De même, quasiment tous les diplômés du supérieur ont au moins une maîtrise. Il serait peut-être temps de changer les choses. Il est anormal que le prestige (certes parfois très relatif) des titres universitaires soit monopolisé par des professions particulières, tout honorables soient-elles. En Allemagne, tous les docteurs, quelque soit leur spécialité, usent et abusent dans la vie sociale de leur titre de "Herr Doktor".