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vendredi 28 avril 2006

Le soufflé Clearstream

L'affaire dite "Clearstream" occupe actuellement les médias, qui s'empressent de relayer abondamment les moindres développements de cette affaire, jusqu'aux plus petits froncements de sourcils des protagonistes. En agissant ainsi par goût du sang, les médias français donnent une dimension à cette affaire politico-judiciaire somme toute banale et sans grand intérêt, hors du contexte d'une pré campagne présidentielle. La blogosphère s'y est mise aussi, avec notamment Ceteris paribus, Koz et Versac.

Les faits sont relativement simples. A l'occasion d'une importante vente d'armes, des commissions plus ou moins occultes ont été versées à des intermédiaires. Jusque là rien que très habituel dans ce domaine, et vu la masse financière des contrats, ces quelques à cotés sont finalement peu de choses. Qu'à cette occasion, des responsables politiques et militaires, chez le vendeur et chez l'acheteur, aient touchés des sommes versées sur des comptes discrets dans des paradis fiscaux, cela s'appelle de la corruption, mais là encore, c'est habituel. Ce qui change un peu dans le dossier de vente des frégates à Taïwan, c'est la difficulté posée par la République Populaire de Chine. Il a donc fallu arroser plus large, pour lever les réticences en Chine, et obtenir les autorisations en France.

La justice, qui enquête sur cette affaire (normal, vu le parfum de corruption qui s'en dégaeait dès le début), reçoit un listing de personnes ayant touché des commissions sur un compte discret à l'étranger, via une société luxembourgeoise appellée "Clearstream". Le montage est classique, le dossier de la vente des frégates a généré des flots de commissions occultes. L'accusation est tout à fait crédible, le juge retient donc ce document et lance les investigations. Là encore, rien à redire, affaire malheureusement tristement banale.

Les choses se gâtent lorsque l'on sait que sur la fameuse liste, figure le nom de Nicolas Sarkozy. Pour un candidat à la présidentielle, c'est un coup quasi mortel, une accusation dont il ne va pas pouvoir se dépêtrer, comme Giscard avec ses diamants. Voyant l'affaire venir, Sarkozy revient au ministère de l'Intérieur avec la ferme intention de tuer dans l'oeuf cette menace, en faisant toute la lumière sur ce document, dont absolument rien ne prouve l'authenticité. D'ailleurs, aujourd'hui, il est à peu près clair pour tout le monde que cette liste est bidon et qu'il s'agit d'une tentative de manipulation (ou alors sarko a réussi là un magnifique coup de communication, allez savoir...).

C'est là que commence la véritable affaire politique: qui a balancé la liste ? A qui profite le crime ? Et là, les regards se tournent vers Chirac et de Villepin. C'est vrai que cette affaire sent à plein nez le coup fourré, comme il y en a eu à chaque présidentielle, pour tenter de déstabiliser un candidat majeur. Souvenez-vous de l'affaire Markovic, en 1969, où Madame Pompidou est plus ou moins accusée de participer à des soirées fines, ou la vente de terrains par les Chodron de Courcelles, famille de Madame Chirac en 1995. A chaque fois, l'accusation est bidon, mais le coup peut porter et disqualifier un candidat.

Il faut donc prendre ce dossier pour ce qu'il est, une péripétie de début de campagne présidentielle. Mais une fois de plus, Nicolas Sarkozy a été très fort, car il a réussi à détourner cette torpille, et ceux qui sont maintenant bien ennuyés, ce sont les chiraquiens, Michèle Alliot-Marie et Dominique de Villepin en tête.

jeudi 27 avril 2006

Les droits acquis

En période de croissance économique, comme la France en a connu dans les années 50-70, la Valeur Ajoutée augmente. Il y a donc plus de gâteau à se partager. Pour les salariés, cela peut prendre plusieurs formes : de meilleurs rémunérations, sous forme d'augmentations de salaires, mais aussi des primes diverses et variées, de meilleures prestations sociales (couverture maladie, accidents du travail, prestations familiales), une offre plus importante de loisirs et de services (via par exemple les comités d'entreprise) de meilleures conditions de travail avec des locaux plus agréables, des cafétérias, du matériel plus performant. La panoplie est donc large.

Les problèmes surviennent lorsque la croissance diminue et la Valeur Ajoutée n'augmente plus assez, voire baisse. Normalement, la part de chaque groupe doit suivre l'évolution de la taille du gâteau. La tentation existe alors, pour chacun, de faire porter l'effet de la baisse sur la part des autres, pour préserver la sienne. Tout est alors question de rapports de force entre les différents bénéficiaires : capital contre travail, salariés du privé contre fonctionnaires, actifs contre retraités, cadres contre employés...

Dans ce combat, les mots ont une grande importance, car le but est de faire passer la taille de sa part comme légitime et justement dûe, quelque soit la taille du gâteau. On entend alors beaucoup parler "d'acquis sociaux" ou "d'avantages acquis" et à l'inverse, répondent les termes de "nécessaire ajustement", "flexibilité". S'en sortent finalement ceux qui arrivent à imposer leur point de vue dans la négociation, en gros la loi du plus fort.

Sur ce terrain, quel doit être le rôle du pouvoir politique. Plusieurs choix sont possibles. On peut ne rien faire, ne pas intervenir et laisser la loi de la jungle faire son oeuvre. C'est globalement la position des ultra-libéraux, voire des libéraux tout court, qui en général sont du bon coté de la barrière. Les pouvoirs publics peuvent aussi choisir d'intervenir, mais en faveur de qui faire pencher la balance, et dans quelle mesure ? Le choix le plus démagogique consiste à soutenir le groupe qui à le plus fort poids électoral, ce qui amène le parti socialiste à bichonner particulièrement les fonctionnaires. A l'inverse, la droite aurait une tendance à écouter les tenants du capital au détriment des salariés. Bien entendu, tout cela est couvert et habillé d'une rhétorique destinée à légitimer l'action menée. Les politiques sont très forts pour cela, puisque c'est leur métier.

Enfin, il y aurait la position courageuse, pas souvent adoptée. Elle consiste à prendre ses responsabilités et à trancher, soit en répartissant équitablement les sacrifices, soit en favorisant le plus faible et en amenant la charge sur les plus privilégiés, ceux chez qui une baisse serait peu douloureuse. Cela passe par l'existence d'un pouvoir politique fort, à même d'imposer son point de vue à des partenaires sociaux pas forcement d'accord, certains refusant les sacrifices. C'est beau de rêver...

mercredi 26 avril 2006

Le brouillard se dissipe

L'affiche de l'élection présidentielle pour 2007 est maintenant à peu près connue. A droite comme à gauche, les jeux sont faits et sauf accident toujours possible, la liste des poulains appelés à s'aligner est quasi définitive.

A droite, Dominique de Villepin est définitivement hors course, même ses amis s'en sont rendu compte et se dirigent vers l'écurie sarkoziste. Certes, Chirac et ses plus farouches partisans auront du mal à accepter, et risquent de lancer quelques pointes, mais la route est dégagée pour Nicolas Sarkozy. Il sera flanqué de petites candidatures de "niche". Le vicomte de Villiers parti braconner sur les terres du Front National (marécages nauséabonds compris), Christine Boutin, qui remplacera le vicomte dans le coeur de la droite traditionnaliste, peu encline à fricoter avec le populisme de bas étage. François Bayrou, en campagne permanente depuis 2002 sera aussi de la partie, comme outsider surprise espérant bénéficier d'une chute éventuelle du favori de son camp. A l'extrême droite, Jean Marie Le Pen a repris son bâton de pelerin pour un dernier tour de piste (il a quand même 78 ans). Mais il n'a jamais été aussi menaçant, car sa présence au second tour en 2002 est encore dans tous les esprits. Pour autant, je ne lui prédit pas un grand avenir pour 2007, car son "succès" de 2002 était surtout une défaillance de la gauche. Et en politique, les plats ne passent qu'une fois.

A gauche, Ségolène Royal semble avoir fait le trou. Celle que je considérais comme une baudruche médiatique en janvier, a duré bien plus que prévu pour être encore prise à la légère aujourd'hui. Certes, elle est encore fragile et son statut de candidate officielle ne sera véritablement consolidé qu'en tenant le rythme jusqu'aux vacances d'été. Si elle se présente dans une situation aussi favorable à la rentrée, c'est plié. Elle a bénéficié du vide dans son parti, entre le patriarche qui a tout plaqué et les éléphants défraichis. Elle aussi sera entourée d'une nuée de petits candidats, qui lui donneront plus de soucis que son adversaire de droite. Les trotskystes enverront leurs deux éternels candidats, Arlette et Olivier, l'une en fin de carrière mais ayant fait ses preuves, l'autre en pleine ascension et voué à la même longévité. Les Verts ont enfin fait le choix d'être un peu sérieux et de mettre en avant des professionnels crédibles. Maintenant, qui de Voynet ou de Cochet ? Bien malin qui peut prédire le résultat d'un vote interne chez les verts. Enfin, Marie-Georges Buffet, qui a fermement pris en main les rênes de ce qui reste du communisme officiel, ne pourra pas faire autrement qu'y aller, sinon à quoi sert encore le PCF ? Je crois moins aux autres candidatures, type Chevènement ou José Bové. Leur seul atout est médiatique, sans troupes ni argent ni programme lisible, ils n'iront pas bien loin.

Comme d'autres, je me livre donc au jeu de la voyante, qui un an avant, donne le résultat. Après consultation de la boule de cristal et du marc de café, je vois une victoire au deuxième tour de Nicolas Sarkozy sur Ségolène Royal. Pour plus de détails et d'explications sur cette fulgurante prédiction, attendre d'autres billets, que je reprenne quelques cafés.

mardi 25 avril 2006

Celui par qui le scandale arrive

Une autre découverte d'un auteur, par le biais d'un livre d'entretiens et de courts textes: René Girard, philosophe français, récent académicien. Ce petit opuscule "celui par qui le scandale arrive" est paru en 2001 et reprend bien la théorie mimétique, centre de l'oeuvre de René Girard. En résumé, cette théorie pose que le moteur de l'action humaine, c'est l'imitation, le désir mimétique. On désire une chose, non pour elle même, mais parce qu'un autre la désire aussi. On se trouve de ce fait en permanence dans des relations humaines basées sur le conflit et la violence, qui mettent en péril l'équilibre des sociétés humaines.

Pour Girard, les sociétés humaines ont trouvé la solution à cette instabilité avec la pratique du bouc émissaire. Une victime innocente est régulièrement désignée comme coupable des désordres et de la violence, ce qui permet à la communauté de se refaire une unité et de donner ainsi un exécutoire à la violence collective, qui peut se déchaîner sans risque pour la survie de la société. Cette position, illustrée notamment par l'étude des mythes grecs, est intéressante et mérite discussion, mais ce n'est pas là ce qui m'a le plus intéressé chez René Girard.

A coté du philosophe, somme toute classique, il y a un chrétien, qui analyse les évangiles et apporte des interprétations personnelles aux écritures. Cette démarche est pour moi appréciable et brise heureusement le monopole des religieux sur l'interprétation de haut niveau des textes sacrés du christianisme. Bien que s'affirmant clairement catholique, Girard est un laïc, qui n'est en rien tenu par une quelconque hiérarchie religieuse, qui a le don, aujourd'hui encore, d'étouffer les recherches qui ne sont pas dans la ligne du Vatican. D'ailleurs, les recherches théologiques les plus vivantes et novatrices sont actuellement le fait des protestants, signe qui ne trompe pas.

Dans le cadre de sa théorie mimétique, Girard interprète la Bible comme le refus de cette logique d'imitation, qui prévalait depuis la fondation du monde. La loi de Moïse est sur ce point explicite "tu ne désireras pas la femme de ton prochain". Il va plus loin encore dans l'analyse, avec sa lecture des évangiles. Le Christ serait venu détruire le système du bouc émissaire, en rompant l'unanimité autour du sacrifice de la victime innocente. En effet, pour l'alchimie opère, il ne faut aucune voix discordante qui viennent s'interroger sur la culpabilité ou l'innoncence de la victime. Jésus, d'abord bouc émissaire, fait la preuve de son innocence par sa résurrection, signe de son caractère divin. Ses disciples proclament alors la nouvelle, rompant l'unanimité de la communauté, qui se déchire autour de la question de l'innocence ou de la culpabilité de la victime. Cela inverse même le processus puisque c'est la victime qui est innocente, et la violence collective envers elle, et donc la société, qui sont coupables. D'où les phrases de l'évangile où Jésus annonce qu'il est venu apporter le glaive, la guerre et non la paix.

Cette relecture de la Bible à travers la théorie mimétique est certes discutable et discutée. Je n'ai ici donné que les grandes lignes de ce qui j'ai compris et retiré de cette lecture. Ce qui me gène un peu dans Girard, c'est l'affirmation d'une spécificité de la tradition judéo-chrétienne. C'est le croyant qui parle, et l'Académie française ne s'y est pas trompée, en l'élisant au fauteuil 37, traditionnellement occupé par un écclésiastique, où Girard succède au RP Carré. A quand une interprétation d'un tel niveau intellectuel par un non croyant ?

lundi 24 avril 2006

Roue de secours

Le prince Harry d'Angleterre, actuellement à l'académie militaire de Sandhurst, menace de quitter l'armée s'il n'est pas autorisé à suivre son régiment sur les théâtres d'opérations militaires (Irak et Afghanistan). Etant le troisième sur la liste des héritiers du trône, après son père et son frère aîné, les autorités ne veulent pas prendre de risques, pour lui, et pour son unité. Pour les rebelles irakiens, quelle cible de choix. La chasse serait ouverte.

Le pauvre Harry se retrouve donc planqué malgré lui. Une fois de plus, son statut princier le rattrape, l'empêchant de mener une vie normale. Dans la famille royale, c'est vraiment lui qui a le plus mauvais rôle, celui de roue de secours, que l'on éduque, que l'on préserve, au cas où. Il a donc tous les inconvénients de la fonction, sans en avoir les avantages puisque c'est son frère aîné qui est destiné à régner, ce qu'il fera sauf improbable accident. Il ne peut pas décider de mener une carrière professionnelle, hormis l'armée, et encore, on le bride. Il a commencé à avoir les paparazzi aux fesses, avec interdiction de faire des conneries comme un jeune de son âge. Même le prince Charles (qui a pourtant bien morflé aussi) est mieux loti. Même s'il attend depuis longtemps, et il semble en avoir encore pour un certain temps, il sait que le trône finira par venir. Cela le consolera un peu de tout ce qu'il a dû subir.

La dernière à avoir tenu ce rôle de roue de secours, ce fut la princesse Margaret, soeur cadette d'Elisabeth II. Quand on voit comment elle a vécu, ses amours brisées, son mariage plus ou moins raté, le temps à tuer entre l'île Moustique et les rails de coke, pour finir grabataire et apoplexique. Franchement, je plains le prince Harry et je n'aimerais pas être à sa place.

dimanche 23 avril 2006

Le médecin de garde

Lors des différentes hospitalisations d'Abdelaziz Bouteflika, on a beaucoup entendu le professeur Bernard Debré, au point que certains ont pu croire que le président algérien était hospitalisé dans son service au val de grâce. Le professeur Debré n'a en fait rien à voir médicalement avec le président algérien, hospitalisé pour des troubles à l'estomac (officiellement ulcère, plus vraisemblablement cancer) puisqu'il est urologue et que ce sont davantage les prostates qui sont de son domaine de compétence. Ensuite, le professeur Debré est un médecin civil, qui a officié à l'hôpital Cochin, et le val de grâce est un établissement militaire.

Les médias auraient pu s'adresser à de vrais spécialistes de l'estomac, il en existe sans doute d'excellents. Mais aucun ne pouvait répondre aussi bien au cahier des charges médiatique que le professeur Debré. En effet, il passe très bien à la caméra, sait s'exprimer calmement. C'est une tête connue des français depuis qu'il a fait partie de l'équipe qui a opéré François Mitterrand en 1992. Il est donc identifié comme "professeur de médecine". Enfin, en tant qu'ancien ministre, député et candidat aux prochaines municipales à Paris, il est connu des journalistes, qu'il fréquente à plusieurs titres.

Il est donc "référencé" dans les rédactions, comme un produit peut être "référencé" dans les grandes surfaces, et chaque fois que l'on a un sujet "chirurgie", on fait appel à lui. Qu'importe s'il n'est pas l'intervenant le plus pertinent et qu'il n'a aucun accès au dossier médical du patient, il fait l'affaire. Les médias ont malheureusement cette tendance fâcheuse, que je ne suis pas le seul à remarquer, à faire appel toujours aux mêmes, ceux qui sont dans les carnets d'adresses, sans trop se soucier du fond. Parfois cela se passe bien et les intervenants sont réellement bons, parfois ils sont à coté de la plaque et on est dans l'à peu près. Ainsi va le JT.

vendredi 21 avril 2006

Et la Cohérence Abdelaziz ?

Lundi dernier, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika en a remis une couche sur la colonisation française, parlant de "génocide culturel" et de "cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme" pour qualifier la loi française du 23 février 2005 sur les rapatriés et harkis.

Certes, la colonisation française de l'Algérie n'a pas été ce qu'il y a eu de plus brillant et honorable pour notre histoire. Et cela ne concerne pas que la colonisation de l'Algérie. Ce qui s'est passé à Madagascar en 1895-1898 et en 1947 n'est pas franchement à notre honneur non plus. Pour autant, lorsque l'on veut véritablement lever le voile et lutter pour la vérité, il faut le faire complètement. Les historiens sont encore bien timorés (du moins dans les médias) sur l'histoire de l'Algérie contemporaine, celle qui est indépendante depuis 1962. Quel bilan pour les élites qui ont pris les commandes au départ des français ? Comment ont-ils trouvé l'Algérie et qu'est ce qu'ils en ont fait ? Combien de morts, combien de torturés en 1962, mais aussi dans les années 1990 ? On ne peut pas dire que cela a été une réussite, alors qu'un pays voisin, la Tunisie de Bourguiba, a connu une autre destinée. Comme quoi, il n'y a pas de fatalité et la réussite d'un pays dépend beaucoup de la valeur de ses dirigeants.

Abdelaziz Bouteflika est un de ceux qui ont dirigé l'Algérie de ces trentes dernières années, puisqu'il était ministre de Boumedienne dans les années 70 avant de devenir président en 1999, avec le soutien de la haute hiérarchie militaire. Cette nomenklatura du FLN qui a mis le pays en coupe réglée, il en fait partie. Et aujourd'hui, face au bilan désatreux, notamment économique, il ne trouve rien de mieux à faire que de masquer ce monumental gâchis en relançant un nationalisme agressif vis-à-vis de la France. Comme si cela allait améliorer la situation des algériens !

Le plus cocasse est quand même dans cette concommitance des évènements. Le lundi, monsieur Bouteflika crache sur la France, et le jeudi de la même semaine, il est à Paris, dans un hôpital militaire, pour se faire soigner. J'espère qu'en partant, il aura la décence de remercier l'armée française pour ce qu'elle a fait pour lui.

mercredi 19 avril 2006

La Revue administrative

Je lis depuis quelques temps un périodique, la revue administrative. Paraissant tous les deux mois, elle publie des études et de courts billets sur l'administration et ce que l'on a appelé la "science administrative" ainsi que sur le droit constitutionnel (avec à chaque numéro une rétrospective sur la jurisprudence constitutionnelle). On y trouve aussi de l'histoire et de la méthodologie historique. C'est d'ailleurs par ce biais que j'ai découvert cette revue.

Le ton y est d'une liberté époustouflante, tant sur la forme et le ton que dans les angles d'étude. On sent clairement que les rédacteurs écrivent ce qui leur plait et ne sont tenus en main par personne. Leurs plumes peuvent être trempées dans le vitriol, tout en restant d'une grande correction. Cela n'en est que plus cinglant et ô combien réjouissant.

François Monnier a ainsi administré une volée de bois vert au "conformisme universitaire" dans le numéro de novembre 2005. Son éditorial est à la fois un rappel de la ligne générale de la revue, et une fin de non-recevoir à des pressions que l'on devine insistantes. Je ne peux m'empêcher de citer quelques passages, tant le style en vaut la peine. "Non la Revue administrative n'est pas une revue universitaire au sens propre du terme, ce qui n'est pas sans créer certaines incompréhensions dans le monde des enseignants. Certains de ceux-ci, nous en avons des preuves tous les jours, ne désireraient rien moins que de la voir modélée sur leurs schémas coutumiers, afin de la soumettre à un comité de lecture composé de doctes professeurs dans le dessein non avoué de 'placer' les articles de leurs disciples en vue de répondre aux impératifs de la vie universitaires: les indispensables publications (...) Telle n'est pas sa vocation, telle n'a jamais été sa vocation et telle ne devra jamais être sa vocation".

"La Revue a été conçue pour être l'organe d'étude de l'ensemble de la fonction publique, pour créer un lien entre les fonctionnaires et pour conduire administrateurs et universitaires à mener ensemble un dialogue ayant pour objet l'étude de l'administration".

François Monnier évoque ensuite les grands principes qui animent le comité de rédaction: Volonté de s'occuper de problèmes actuels et de faire de l'anticipation, de la prospective. Les articles doivent garder une certaine importance dans la durée, sur dix ou quinze ans. Le but étant de provoquer les questionnements et obliger à la réflexion, la Revue est ouverte à toutes les disciplines et toutes les orientations. Le conformisme n'est pas de mise à la Revue administrative, pas plus que la langue de bois.

Tout au long de mes lectures, tant de la Revue administrative que des travaux historiques de Guy Thuillier, j'ai retrouvé cet esprit ouvert, ce souci de la prospective et de la "durabilité des travaux", cette volonté de ne pas être enfermé dans une chapelle et de pouvoir critiquer librement. Ce genre de perle est rare, très rare, il faut donc la préserver et la faire connaitre.

mardi 18 avril 2006

Festivus festivus

Le décès de Philippe Muray et les hommages qui lui ont été rendus m'ont donné envie d'aller y voir de plus près. Je me suis donc plongé dans "Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Levy". J'aime bien rencontrer un auteur par le biais d'un livre d'entretiens. On y découvre ses passions, son histoire, ses positions, ses ennemis. Si cette première étape est positive, on peut passer à autre chose de plus consistant.

Pour Philippe Muray, cette première étape est plus que mitigée. Certes le style est flamboyant, les idées et les points de vue surprenants. Il se lance avec délices dans la chasse aux bobos, épinglant leurs travers et notamment leur coté "toujours festif". C'est d'ailleurs le fil conducteur de cet ouvrage. Quand on les a sous les yeux en permanence, cette charge féroce fait plaisir à lire, puis elle finit par lasser, comme l'excès de sucreries peut provoquer des hauts le coeur.

Philippe Muray est souvent excessif dans ses dénonciations et surtout, il se complait dans l'incantation. Il démolit, fustige, certes avec style, mais il ne propose pas grand chose. Les mêmes thèmes reviennent, déclinés sur tous les tons. Quelque part, il me donne l'impression d'être un bobo de droite, l'image inversée de ceux qu'il dénonce. Son style, lui aussi, amuse, séduit, puis finit par lasser. Déception donc. Muray oui, mais à petites doses.

lundi 17 avril 2006

La figure de l'expert

Notre société, nos médias, tous nous faisons appel à des experts, sans s'interroger véritablement sur ce mot, sur ce qu'il recouvre. L'expert, c'est une personne qui a autorité pour parler d'un sujet précis. Comment devient-on expert ? qui autorise ? qui fait autorité ? On devrait davantage s'interroger sur ce point lorsqu'une analyse ou une injonction nous est donnée.

La position d'expert peut venir des fonctions occupées par celui qui parle. Qui mieux que celui qui est en mesure de prendre la décision ou d'influer fortement sur elle peut en parler. Cela ne veut pas dire qu'il a une vision complète du sujet, mais ce qu'il dit est forcement pertinent.

L'autre expert, que l'on rencontre le plus souvent, est celui muni d'un titre, d'une délégation "l'autorisant" à s'exprimer (dans les milieux autorisés à penser comme le disait Coluche). On en croise une foule dans les pages "débats" de nos grands quotidiens. Ce titre peut être un diplôme universitaire ou assimilé, le fait d'avoir ou d'exercer des fonctions en rapport avec le sujet traité. Plus le titre en impose, plus l'expert apparaît crédible. Cela est-il pour autant une garantie de qualité de l'expertise ? Le fait d'avoir obtenu un diplôme il a des années vous rend-il compétent à vie ? Les institutions qui ont délivré les titres dont se prévalent les experts sont-elles crédibles ?

Trouver les réponses à ces questions, c'est le travail des journalistes qui offrent des espaces, qui tendent les micros et les caméras à ces experts. Le font-ils sérieusement et sans complaisances ? C'est pourtant là que se joue la crédibilité des médias, presse écrite et audiovisuelle en particulier.

vendredi 14 avril 2006

Etre sur la toile

Ce matin, intéressante émission de France Culture, à laquelle ont participé Maitre Eolas, Versac et Zaki Laïdi, de Telos-eu, portant sur les blogs et les usages de l'internet.

Le plateau d'invités et de chroniqueurs offrait une palette d'opinions et de positionnements intéressants, bien que différents. L'appelation blogs de cette émission est un peu trompeuse et ne recouvre pas complètement, à mon sens, ce qui a été traité. On parle avant tout de diffusion des idées et des informations sur internet. Les blogs y ont largement leur part et dans ce créneau, le choix de Versac et Maitre Eolas (préselectionnés par Le Monde) est pertinent et représentatif. La présence de Zaki Laïdi, qui se défend de tenir un blog et ne veut surtout pas être assimilé à la blogosphère, est elle aussi pertinente dans cette optique, car il présente un autre visage de cette diffusion de productions intellectuelles via internet. Par contre, tout l'aspect "blogs de vie et blog égotistes" a été complètement écarté, bien que formant le plus gros bataillon de la blogosphère.

Les échanges ont été de très bon niveau, et je ne saurais prétendre tout reprendre et analyser ici. Comme d'autres, je préfère me concentrer sur ce qui m'a touché et interpellé, dans l'émission, mais aussi dans les commentaires sur l'émission. Personne n'était hors sujet et on a le droit comme Slama d'être hermétique à la blogosphère.

Sa vision d'un grand bazar où se cotoye le pire et le meilleur se défend. Les blogs sont d'abord destinés à satisfaire l'égo de ceux qui les tiennent, et chez certains, c'est le seul horizon. C'est sûr que lorsque l'on recherche une communication et des échanges d'un certain niveau intellectuel, on peut être déçu. Je ne peux que l'inviter à revenir sur les blogs, mais en passant par les bonnes portes d'entrée. Il trouvera des blogs dont la qualité intellectuelle vaut bien des "tribunes" et autres "rebonds". Les médias traditionnels ne sont pas forcement gage de qualité. C'est en effet la rentabilité financière qui prime, ce qui n'incite pas à l'audace et à la prise de risque.

La position de Zaki Laïdi est tout aussi intéressante, et il avait toute sa place dans cette émission. Il ne se reconnait pas dans le phénomène blog, ce n'est pas pour autant une marque de mépris ou de snobisme. Il est dans la mouvance de ce milieu intellectuel et universitaire, qui a ses règles et ses coutumes. Internet est un moyen de communication comme un autre, mais ils n'ont pas intégré toutes les potentialités de l'outil. Ils sont clairement dans la position professorale, du docteur qui parle du haut de sa chaire. Une fois que le maître, celui qui a une légitimité irrécusable, a parlé, rien ne saurait être dit de plus. Il a forcement fait le tour de la question et son propos fait autorité. Ce n'est pas du tout notre culture de blogueurs, mais je respecte cette ligne et ce choix, qui est cohérent et totalement assumé par Zaki Laïdi.

La culture blog est un phénomène très neuf, qui touche quasi exclusivement les moins de 40 ans. Les "officiels" et les "institutionnels" des médias et de la communication commencent tout juste à se rendre compte que quelque chose existe. Cette émission est formidablement parlante, avec cette coupure entre nos deux blogueurs et les autres, qui sentent qu'il y a là un sujet, mais qui n'ont pas les clés, les schémas intellectuels et la pratique pour appréhender le phénomène dans sa globalité. La plupart n'y arriveront d'ailleurs pas, soit ne voulant pas s'y intéresser, soit trop figés pour se remettre en question.

jeudi 13 avril 2006

A la soupe !

En feuilletant le Paris Match du 13 avril, je suis tombé sur un publi-reportage sur BHL. Son dernier opus "american vertigo" ainsi que le personnage ont fait l'objet de billet ici, et plus récemment chez Radical Chic.

Le ton et la complaisance des deux pages d'entretien m'ont sidérés. Cela commence par "le french intello qui séduit Manhattan". "encensé ou jalousé, BHL est une légende vivante". La phrase en haut de la deuxième page résume le ton "Il n'a le tort que d'être beau, riche, célèbre et de ne pas s'en contenter. Ce sont des privilèges qu'on pardonne difficilement au pays de l'égalité". Simplement incroyable que telles salades puissent être imprimées et distribuées. Certes, Paris Match n'est pas une revue intellectuelle, et son public vient surtout pour le choc des photos, de préference de la famille de Monaco ou d'Angleterre (comme par hasard toutes les deux présentes dans le même numéro). Un intérêt toutefois, cet article offre une revue des clichés "philosophe engagé à la française".

Il faut d'abord être à Saint Germain des prés. BHL s'y fait photographier, dans son bureau, mais aussi boulevard Saint Germain. Comme le lieu n'est pas très identifiable (il est dans la rue), on prend soin d'apporter la précision dans la légende. Bien entendu, BHL est célèbre, et cela avant 30 ans "il a rejoint la lumineuse cohorte des demi-dieux que nous admirons autant que nous les envions" (sic). Il est riche, mais cela ne l'intéresse guère (ben voyons). Il est dans un autre monde que le notre, "il ne fait pas la queue dans la boutique du teinturier le samedi matin" (vu qu'il porte ses éternelles chemises blanches à col ouvert).

Bien que philosophe de formation, "son esprit ne s'est pas égaré longtemps dans les nuées". Comprendre : ce n'est pas un jargonnant, qui écrit des livres stratosphériques que personne ne comprend. Il ne faut surtout pas effrayer le lecteur de Paris-Match, le but est quand même de faire vendre le dernier bouquin, voire les autres que l'on cite habilement tout au long de l'entretien. Toutefois, cette présumée facilité de lecture n'est pas un défaut ni un manque de sérieux, car notre BHL "a vécu dans la familiarité de Heidegger, de Sartre et d'Althusser" et en plus c'est un hyperactif "il a un formidable appétit, une boulimie à faire les choses". L'acheteur potentiel est rassuré, c'est de la bonne...

Comme tout bon intellectuel, BHL est un pluriactif: philosophie, roman, théatre, cinéma. Créateur d'un courant, les nouveaux philosophes, de revues et bien entendu, intellectuel engagé à l'autre bout du monde (Bosnie, Afghanistan). Un bémol toutefois, parce que l'intellectuel français ne saurait être parfait: "il n'a connu qu'un Waterloo, l'échec de son journal l'imprévu". anecdotique face à la mâââsse des succès.

Enfin, l'intellectuel français est détesté et jalousé "controversé". "BHL est comme ces héros de la mythologie grecque, proies de la fatalité qui ont beau élargir les bornes de leur empire, ils voient aussi s'accroitre la malédiction dont ils sont l'objet. Pas moins de six biographies ont tenté de déboulonner l'idole". Bien entendu "la fièvre inquisitoire" des ennemis ne trouve rien de probant "quel triste métier d'aller chercher des poux dans la crinière du lion". Rien que ça ! De toute manière, la critique parisienne est "délétère", donc nulle et non avenue.

Il faut véritablement être dans Paris-Match pour toucher le fond à ce point. Le plus dur, c'est lorsqu'on lit le nom de l'auteur de cet article : Jean-Marie Rouart, de l'académie française. On est tombé bien bas quai Conti, pour en être réduit à faire le garçon d'ascenseur.

Féodalité socialiste

Ségolène Royal n'en finit pas de faire des remous au sein de la gauche, et du PS en particulier. Les chroniqueurs et journalistes donnent à cette occasion une image très particulière du Parti Socialiste, que je considère comme affligeante pour la démocratie.

On n'entend plus parler que de territoires et de ralliements. Le maire socialiste de telle ville serait "DSK", telle autre fédération "fabusienne" et tel hiérarque "ancien NPS rallié hollande". Ségolène vient bousculer ce paysage en ramassant les allégeances et hommages. Les seuls informations qui sortent dans la presse à propos du PS sont les mouvements de troupes et les positionnements tactiques. Des idées et des projets, néant. Juste des hommes, des ambitions et des manoeuvres.

On se croirait revenu au Moyen Age, au temps de la féodalité, où la politique est confisquée par les ducs et les seigneurs. Au gré des alliances et des intérêts, les grands barons prêtent hommage à l'un ou à l'autre des prétendants au trône, entrainant dans les revirements leurs vassaux, tout comme l'engagement d'un leader socialiste est censé valoir pour sa fédération, qui ne fait qu'un bloc avec lui.

Comment croire que le PS soit tombé si bas. Reste-il encore des militants avec des ideaux ? Ce parti ne serait-il plus constitué que d'élus locaux et de jeunes aspirants à l'être, de chevaliers titulaires d'un petit domaine et de jeunes damoiseaux rêvant de se tailler un fief ?

mercredi 12 avril 2006

Célérité Parlementaire Etonnante

La discussion de la proposition de loi destinée à abroger sans le dire le CPE a commencé mardi soir. On bat jusqu'ici tous les records de célérité parlementaire. Le texte a été déposé à l'Assemblée nationale le lundi 10 avril en fin d'après midi. Laurent Hénart a été désigné rapporteur et a présenté son rapport dans la matinée du mardi 11 avril, avec un dépôt des amendements en commission avant neuf heures du matin. La discussion générale a débuté le soir même à 21 heures pour se terminer autour de minuit, dernière limite pour le dépôt des amendements (et il y en a quand même eu 32). Les débats prévus pour durer toute la journée du mercredi 12 avril, se sont terminés à temps pour aller déjeuner. Il faut maintenant transmettre le texte au Sénat, pour examen, mais cela peut aller très vite. Un vote conforme du Sénat permettra d'éviter une navette et une deuxième lecture devant l'Assemblée nationale, et il reste encore toute la journée de jeudi pour cela. Les délais seront donc tenus, avec une rapidité phénoménale. Comme quoi, quand on veut...

lundi 10 avril 2006

capitulation en rase campagne

Le fait du prince vient de tomber. Le CPE est mort-né. En vertu de l'article 20 de la consitution de 1958, qui dispose que "le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation" et de l'article 34 qui dispose que "la loi est votée par le parlement", le président de la République vient d'annoncer que l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances sera remplacé par un dispositif en faveur des jeunes en difficulté. Même la face n'est pas sauvée.

Fin pitoyable et prévisible d'une tragi-comédie politique. Nos institutions et notre classe politique sont véritablement au fond du trou, sentiment d'ailleurs partagé, en France et à l'étranger. Jamais l'esprit monarchique n'aura soufflé aussi fort. Ce dispositif du CPE n'était pas mauvais en soi, mais imposé d'en haut sans aucune concertation, il n'avait aucune chance. Les élites sûres d'elles même, fières et dominatrices ne sont plus acceptées. Il faut vivre avec son temps, Monsieur de Villepin ! Et vous vous êtes planté, l'époque n'est plus à l'héroïsme individuel et au panache, mais à la modestie et à la coopération.

J'attends maintenant que les "conséquences" soient tirées par les responsables, en premier lieu par Dominique de Villepin. La démission s'impose, pas seulement pour lui, mais aussi pour tous ceux qui sont aux commandes du Pays. Qu'ils soient de Droite ou de Gauche, ils ont fait la preuve de leur épuisement et du vide de leur projet. Il est temps de laisser la place...

samedi 8 avril 2006

La question écrite

La question écrite est un moyen pour le parlementaire d'interroger le gouvernement. La question est publiée au Journal Officiel et le ministre interrogé doit en principe répondre dans les deux mois. Sa réponse, qui paraît également au JO, a valeur juridique et engage l'administration. Les parlementaires peuvent en poser autant qu'ils en veulent.

Les sénateurs, hormis Jean-Louis Masson, sont assez tranquilles et n'abusent pas du procédé. Par contre, certains députés sont des acharnés. Une course s'est ainsi engagée, à celui qui sera en tête et finira le mandat avec le plus de questions écrites. Dans ce petit groupe, on trouve Jean-Luc Warsmann (UMP Ardennes), Francis Falala (UMP Marne), Bruno Bourg-Broc (UMP Marne), Marie-Jo Zimmermann (UMP Moselle), Thierry Mariani (UMP Vaucluse). Ce sont des habitués de ce classement, avec une véritable organisation, qui sort les questions écrites par paquets de 50. Les ministres ont bien du mal à suivre. Pour arriver aux chiffres faramineux de plus de 2000 questions en 4 ans, ces parlementaires ont quelques techniques.

D'abord, tout est bon pour faire une question. Les associations ou groupements les plus obscurs qui ont une cause à défendre peuvent amener les questions qui les intéressent toutes rédigées. Il y aura bien un ou plusieurs acharnés pour les reprendre. Ils ne sont d'ailleurs pas toujours regardants, ce qui peut leur jouer des tours. Les plus anciens se souviennent encore de la question posée par l'un des sus-nommés, sur une histoire abracadabrentesque de trafic de sperme de chameau séché.

Ensuite, on peut faire "pisser la vigne" comme des vignerons peu scrupuleux. On prend un rapport, et à chaque proposition formulée par ledit rapport, on interroge le ministre concerné sur ce qu'il en pense et ce qu'il compte faire sur le sujet. A ce rythme, un bon rapport vous fait facilement une trentaine de questions écrites. Facile et pas cher. On peut aussi poser la même question à tous les ministres, en leur demandant ce qu'ils font pour l'accessibilité aux handicapés dans leur ministère, combien de rapports et circulaires ont été pondus par leurs services ou combien de directives européennes sont en retard de transcription. Cela peut être intéressant, notamment pour comparer les réponses des différents ministres mais en général, l'intérêt de ces questions est anedoctique et ce n'est pas cela qui fait avancer la France.

Bien entendu, entre concurrents, on s'épie et on se copie. Rares sont ceux qui reprennent les questions des autres mot pour mot, mais on recycle l'idée et on reformule. Les ministres ne s'y trompent pas et donnent la même réponse à ces questions jumelles. Enfin, il y a ceux qui n'ont honte de rien et dans ce domaine de la gonflette, la palme revient à Marie-Jo Zimmermann, qui repose ses questions écrites restées sans réponse, s'étonnant auprès du ministre que sa question numéro tant, de tel jour, n'a toujours pas eu de réponse et demandant les raisons de ce retard.

Ce petit jeu est une illustration de la décadence du Parlement. Un instrument qui doit servir de moyen de contrôle, et dont on ne devrait pas abuser est dévoyé et quelque part décrédibilisé.

Supplément du 11 avril: le même raisonnement s'applique aussi aux propositions de loi, comme le démontre Anaclet de Paxatagore.

vendredi 7 avril 2006

Le top du top

Le Monde vient de publier un "palmarès" des blogs les plus influents. Cet article est plutôt intéressant, et surtout écrit par quelqu'un qui connait et comprend la blogosphère. C'est si rare de trouver un journaliste de quotidien qui prend le temps de fouiller son sujet.

Vouloir tout condenser en 15 blogs, c'est comme sortir une anthologie d'un millénaire de littérature en 10 titres. C'est impossible, frustant et décévant, mais comment faire autrement ? Il faut bien accrocher le lecteur néophyte en lui donnant quelques points de repères, des lumières dans ce qu'il faut bien appeler le brouillard de la blogosphère. Il émet d'ailleurs des réserves et nuance son propos "l'influence des blogs est difficile à mesurer avec précision", tout en rajoutant un peu de sauce, parlant de "musts incontournables". Cela fait sourire le bloggeur averti, mais finalement, combien sommes-nous face à la masse des non bloggeurs à qui il faut donner quelques portes d'entrée ?

La sélection des 15 blogs ne m'apparait pas choquante, ce sont effectivement des carrefours. On y trouve des blogs "chics" et médiatiques comme le blog de Loïc Le Meur, d'autres avec plus de contenu comme celui de maître Eolas ou de Versac. Même Etienne Chouard a sa place dans ce panorama, par l'impact qu'il a eu et qu'il continue d'avoir (même si je considère que le contenu de son blog est affligeant).

Cette rétrospective est finalement plus parlante que toutes les études qui se veulent scientifiques, notamment sur les blogs politiques. Une vision précise de la blogosphère n'est guère possible et cet exemple des études blogpolitique est parlant. En ne tenant compte que des blogs qui s'affichent ouvertement partisans, ils négligent les blogs citoyens, où l'on parle aussi de politique, et qui sont souvent plus influents que les blogs militants où le dialogue n'existe pas.

jeudi 6 avril 2006

Môssieu le doyen

"Massacre organisé à l'université". C'est sous ce titre qu'un "éminent juriste" nantais, le doyen Bigot, vient de lancer un cri d'alarme. Il y dénonce l'incroyable gâchis humain que représente les taux d'échecs dans les premiers cycles universitaires. En cela, il a parfaitement raison de dénoncer cet envoi au casse-pipes de jeunes, sortis tous frais du lycée, avec un baccalauréat largement dévalué parce donné avec trop de générosité. Rien de très nouveau dans cette dénonciation toutefois.

Après le constat, doivent normalement suivre les propositions, et c'est là que cela se gâte. Ce bon doyen (directeur de la faculté de droit) n'a qu'un mot à la bouche : sélection. Il faut sélectionner les étudiants dès la première année, et envoyer gentillement ailleurs ceux qui n'ont rien à faire à l'université. Cela ne leur fera perdre qu'un an au lieu de deux ou trois. En résumé, autant les achever tout de suite, cela fera des économies pour tous le monde, cela s'appelle "la sélection par souci d'humanité". C'est cynique ! A sa décharge, il faut reconnaitre que la sélection se fait quand même. Elle n'est pas transparente et peut ainsi être source d'incompréhensions et de frustrations pour les rejetés du système. En prenant ce parti de la sélection officialisée, on enterre l'idée de l'ouverture à tous des filières universitaires. On veut réserver l'université à une élite et en faire des grandes écoles bis. Et les autres, ils font quoi ? Le doyen Bigot ne propose rien, et cela ne semble pas être sa préoccupation. C'est bien dommage !

Car derrière ce plaidoyer pour une sélection, se cache, à peine dissimulée, la frustration des professeurs d'université. Ils ont suivi de très longues études, et au bout d'un chemin semé d'embûches, après une sélection féroce, ils ont atteint le graal. Et là, ils s'aperçoivent que cette coupe, magnifique vue de loin, n'est qu'en plaqué or. Ce qui intéresse les universitaires, c'est avant tout la recherche, et ils se retrouvent à encadrer des pléthores d'étudiants, dont la plupart n'iront pas plus loin que la première année. Par décision politique, l'Université est devenue le déversoir voire le dépotoir, les meilleurs éléments (ainsi que les crédits de l'Etat) étant dirigés vers les grandes écoles. D'où colère et frustration des enseignants, qui au passage se voient socialement déconsidérés et financièrement pénalisés: Tout ça pour ça !

Finalement, le sort des étudiants ne semble pas intéresser tant que cela le doyen Bigot, pas plus sans doute que ses autres collègues. L'organisation de notre enseignement supérieur est à réformer complètement, c'est une évidence, mais il faut pour cela que les acteurs de premier rang tels que les professeurs d'université aient un peu plus de hauteur de vue et pensent aussi aux étudiants avant de plaider pour leur confort.

Beau comme de l'antique

Le candidat Sarkozy vient d'ajouter un nouvel étage à sa fusée de lancement présidentielle, avec la convention de l'UMP sur les institutions. Comme dans beaucoup de conventions UMP ces derniers temps, il s'y dit des choses fort intéressantes, avec une analyse et des propositions de fond. On est d'accord ou pas, au moins, il existe une base pour discuter.

Sur la question importante des institutions et donc du fonctionnement de notre démocratie, le candidat Sarkozy fait des déclarations magnifiques, auxquelles je souscris pleinement. Mais mes souvenirs de 1994 et de 2001 me font remonter des messages d'une même teneur, des analyses tout aussi justes et percutantes, et non suivies d'effets.

C'est pourquoi j'attends la suite, non plus les constats et les analyses, mais les modalités concrètes de mise en oeuvre. Car le changement ne peut aboutir que si ceux qui ont à le mettre en place y trouvent leur intérêt. A moins de faire surgir rapidement une élite politico-administrative de rechange, il va falloir faire avec ceux qui sont en poste depuis de nombreuses années, que l'on connait bien et qui n'ont pas manifesté une grande ardeur à la réforme jusqu'ici. Les véritables enjeux sont là, et c'est sur ce point précis que des propositions sont attendues.

mercredi 5 avril 2006

Un petit pas vers la sortie

Lors des questions au gouvernement, Dominique de Villepin a annoncé qu'il tirerait "naturellement toutes les conclusions nécessaires au fil des prochains jours", sur le CPE. C'est clair, la démission est dans la balance.

Dominique de Villepin a achevé de creuser sa tombe, et il attend maintenant de savoir si la majorité UMP va décider de le mettre à mort ou non. Déjà mis à l'écart sur le dossier du CPE, il semble préparer son départ de Matignon. Au fil de cette triste affaire, il s'est peu à peu isolé, enfermé dans sa superbe et dans l'impasse où il allé s'enferrer lui-même. Personne ne lui a demandé ce CPE, personne ne lui a demandé d'utiliser le 49-3. D'ailleurs, une telle réformette méritait-elle autant d'égards ?

La balle est maintenant dans le camp des députés UMP, qui ont tous compris qu'en 2007, il n'y aura qu'un seul candidat de Droite: Nicolas Sarkozy. En se mettant ainsi entre les mains de son ennemi, Dominique de Villepin lui lance un défi "flingue-moi si tu l'oses". Ce quitte-ou-double ne manque pas de panache, et en cas de renvoi, Villepin pourra toujours endosser la panoplie du réformateur incompris, trahi par les peureux de son propre camp.

Même si on peut lui reconnaitre beaucoup de défauts, Dominique de Villepin reste un tragédien-né. Le problème pour lui, c'est que les tragédies finissent souvent mal pour le héros. Mais peut-être est-ce cela qu'il recherche...

mardi 4 avril 2006

Une serpillière appelée parlement

Le chef de l'exécutif vient de montrer une nouvelle fois quelle est la place du Parlement dans notre système politique. En direct à la télévision, il a annoncé aux français qu'il allait saisir le Parlement, et dans la foulée, a donné les mesures que celui-ci devait entériner, à la virgule près. Finalement, pourquoi ne pas prendre un décret-loi. Il doit bien y avoir un vieux texte qui autorise le gouvernement à zapper l'étape "Parlement". Cela fera gagner du temps à tout le monde.

Le plus amusant est que dans le même temps, le gouvernement s'évertue à proclamer que ce n'est pas le rue qui fait la loi, mais les instances réprésentatives régulièrement élues, c'est à dire le Parlement. Il faudra qu'on m'explique...

lundi 3 avril 2006

Pour des magistrats indépendants

L'exercice de la Justice suppose des magistrats indépendants. Oui, mais indépendants de qui et de quoi ? Car on aura beau tout essayer, les juges resteront des êtres humains, ayant une vie en dehors du travail, une famille, des envies, des ambitions, des opinions et des croyances.

Assurer l'indépendance des magistrats, c'est d'abord leur donner une absence de hiérarchie, qu'ils ne puissent pas recevoir d'ordres et de directives. Encore faut-il que cela ne soit pas seulement formel. Un juge réellement indépendant est celui qu'on ne peut pas tenir, ni par l'argent, ni par les promotions ou les décorations. Un juge d'instruction comme celui d'Outreau était engagé, comme quasiment tous les autres, dans une "Carrière" où on entre à 25 ans et on sort à 65, après en avoir gravi tous les échelons et reçu plein de belles médailles qui font si bel effet sur le manteau d'hermine. On sait qu'il ne faut pas déplaire si l'on veut obtenir les postes gratifiants, les bonnes juridictions. Certes, aucun ordre n'est formellement donné, mais ce n'est pas nécessaire.

Assurer l'indépendance de la magistrature, c'est s'assurer de la neutralité des juges. Soit on croit au mythe de l'apolitisme absolu des membres de cet honorable corps, soit on veille à ce que la sélection prenne aussi en compte ces aspects non juridiques, qui pèsent autant, voire plus lourd que la compétence juridique dans l'action de juger. Il y a des pays qui soumettent le recrutement des juges à des élections, à des auditions où la personnalité compte autant que l'expérience et la compétence juridique. Au moins, on sait devant quel juge on passe.

Assurer l'indépendance de la magistrature, c'est lui offrir une respiration, à l'institution, mais aussi aux hommes qui la composent. Juger est un acte lourd, on tient dans la main la vie d'êtres humains. Il ne faut que cela devienne un automatisme. Il ne faudrait pas être juge toute sa vie, mais au contraire que cette fonction soit un passage. On aurait alors des juges ayant l'expérience de la vie, et pouvant à tout moment repartir vers d'autres horizons lorsque la lassitude ou la routine prennent le dessus.

Recruter les juges parmi les avocats et gens de loi ayant une expérience professionnelle minimale dans le domaine du Droit me paraît une nécessité pour notre justice. On sait qui on recrute, tant sur la compétence juridique que sur la personnalité. Ce magistrat sait qu'il n'est que de passage, que l'avocat qui plaide devant lui pourra un jour être le juge devant lequel il plaidera. Cela ne règlera pas forcement tous les problèmes et les imperfections de notre système, mais si par là, on pouvait éviter de nouveaux dossiers tels qu'Outreau ou l'affaire Grégory.